Montagne des géants

  • Le Géant

                                               LA MONTAGNE DU GEANT

     

    A Bruxelles, l’une des sept portes de la première enceinte de la ville se nommait Steenpoort (ou « porte de pierre »). Elle était établie sur un lieu nommé « Montagne du Géant » qui correspond au bas de l’actuelle rue de Rollebeek et dont une rue portait le nom. Un morceau de la première enceinte et une tour secondaire –la « Tour Anneessens »- qui communiquait jadis avec la Steenpoort, est encore visible à cet endroit aujourd’hui.

     

    Le nom de « Montagne du Géant » semble provenir d’une légende dont le contexte se situe au 10ème siècle. Ainsi, vers 960, à l’emplacement de l’ancienne Steenpoort (ou, plus précisément, si l’on suit Eugène Bochart, à l’emplacement occupé, au milieu du 19ème siècle, par le pâté de maisons situé entre la Montagne du Géant et l’impasse des Trois-Perdrix ; Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.489), se dressait un château seigneurial occupé par un géant qui, dit-on, mesurait plus de 2,70 m.

     

    Ce géant était connu pour son caractère fantasque et sauvage, mais il avait également la réputation de ne s’attaquer qu’aux voleurs, maraudeurs, vagabonds et autres brigands et de prendre systématiquement la défense des faibles et des opprimés.

     

    Pour surveiller les alentours, il se postait sur une tour qu’il avait fait élever à grands frais sur un haut monticule. Lorsqu’il s’apercevait qu’une quelconque injustice était sur le point d’être commise, il se ruait hors de ses murs pour venir en aide aux victimes.

     

    Le reste de son temps, il le consacrait à sa fille unique, Héléna. C’était une jeune et magnifique créature sur laquelle le bon géant reportait toute son affection. De fait, sa défunte mère avait trépassé en lui donnant le jour.

     

    Héléna n’était jamais sortie de l’enceinte du château, mais un beau jour, alors que son père était sorti, elle décida de s’aventurer dans la vallée du Rollebeek. A peine avait-elle fait quelques pas en dehors du château qu’elle fit la rencontre d’un jeune chevalier qui, frappé par sa beauté, en tomba instantanément amoureux. Et il semble bien qu’il en fut de même pour la jeune fille.

     

    Les deux jeunes gens, pétrifiés par le coup de foudre, se tenaient encore immobiles, lorsque surgit le père de la jeune fille qui, de manière assez brusque, demanda au jeune chevalier ce qu’il pouvait bien vouloir à sa fille, alors que celle-ci, le front rouge, se ruait dans les bras de son père.

     

    Le jeune homme se présenta sous le nom de Hans de Huysteen et précisa qu’il avait été fait chevalier par Lothaire. Il avoua ensuite au seigneur géant le tendre sentiment qu’il nourrissait pour sa fille.

     

    Le géant réfléchit et finit par lui dire qu’il ne donnerait sa fille qu’à celui qui serait capable de construire en une nuit une route qui lui permettrait de venir la chercher dès la première heure de l’aube, en la faisant passer sous un portique, à la chapelle Saint-Géry. Le géant, narquois, s’en retourna avec sa fille au château, certain que le jeune chevalier ne pourrait relever pareil défi.

     

    Le malheureux prétendant comprit bien vite qu’une telle entreprise relevait de l’impensable. Il alla toutefois s’adresser aux ouvriers de son oncle qui travaillaient dans des mines de cuivre de la forêt de Soignes (dont, jusqu’à nos jours, aucune trace n’a toutefois pu être trouvée…). Mais les chefs de ces derniers ne furent guère encourageants. Selon eux, construire une route conduisant du château du géant aux limites de Bruxelles nécessitait le travail de mille ouvriers travaillant quotidiennement durant une année entière.

     

    Désespéré, le jeune chevalier s’en retournait, quand soudain une voix l’interpella : « Vous me semblez bien triste, sire de Huysteen et cela se comprend : personne en ce monde ne pourra vous aider. Mais si vous le désirez, moi je vous tirerai de la peine. »

     

    L’être qui s’adressait ainsi au jeune chevalier ne devait pas mesurer un mètre de haut : c’était un des lutins qui hantaient les mines de cuivre de l’oncle du jeune sire Huysteen. Il apprit à ce dernier que les travaux miniers le dérangeaient beaucoup, lui et les siens, aussi lui demanda-t-il, en échange de son aide, de tenir ce serment : « Si vous voulez me jurer de cesser les travaux et de combler la galerie, afin de me laisser avec les miens jouir en repos de ma puissance dans les entrailles de la terre, nous ferons cette nuit le chemin et le portique exigés par le géant, et demain vous serez lépoux dHéléna. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.492).

     

    Mais un obstacle se dressait encore sur le chemin du jeune Huysteen : son oncle avait un fils qui, bien qu’il soit un véritable vaurien, n’en était pas moins l’héritier légal des biens de son père. Le lutin lui apprit alors que ledit fils avait été tué, le matin même, par un écuyer qu’il avait fait bâtonner la veille. De ce fait, le jeune sire Huysteen devenait le seul héritier. Aussi jura-t-il bien vite au lutin que, dès qu’il aurait hérité de son oncle, il ferait fermer la mine de cuivre. Le lutin, quant à lui, jura que les travaux seraient terminés dès l’aube.

     

    A minuit, s’éleva une terrible tempête. Des vents déchaînés déracinèrent des arbres immenses alors qu’un formidable tonnerre grondait. Toutefois, de son château, Héléna entendit au-delà du déchaînement des éléments, le bruit de marteaux, le roulement de brouettes et les voix étouffées d’une armée d’ouvriers. Son père, le géant, se montra sceptique et prétendit qu’il s’agissait là du Chasseur sauvage poursuivant quelque bête féroce de la forêt. Mais Héléna insista, à quoi son père lui répondit que si Huysteen avait réellement entrepris le travail qu’il lui avait demandé, c’est qu’il était fou. Brusquement, la tempête cessa et plus aucun bruit ne troubla le silence de la nuit.

     

    Aux premières lueurs de l’aube, Héléna se précipita à la tourelle pour découvrir à sa grande surprise et à sa plus grande joie, briller un magnifique portail et s’étirer une route au bout de laquelle elle vit Hans de Huysteen arriver à cheval, suivi d’un élégant palefroi conduit par deux pages. Le même jour, le géant accorda la main de sa fille au sire Hans de Huysteen qui, à la mort de son oncle, tenant parole, fit combler les tunnels d’extractions des mines pour le plus grand bonheur et la plus grande quiétude des lutins qui les habitent…

     

    De cette légende en est née une autre. Il est dit qu’un géant apparaissait dans la cour de la prison de la Steenpoort dans la nuit qui précédait l’exécution d’un condamné. Il ne se montrait toutefois pas lorsqu’on avait condamné un innocent.

     

    Voilà aussi pourquoi, dans les querelles des métiers, l’apparition du géant était considérée comme un signe de culpabilité. Ainsi, les adversaires se lançaient parfois les paroles suivantes, sensées accréditer la culpabilité de l’autre : « Arrière misérable, la veille de ta mort, tu verras le géant. »

     

     

    Eric TIMMERMANS

    Bruxelles, le 16 août 2012

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    Sources : Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 487-494.

  • MONTAGNE DU GEANT

    MONTAGNE DU GEANT.

    "Arrière misérable, la veille de ta mort tu verras le géant".

     

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    En 1444, c’était un passage étroit coudé qui reliait la Steenpoort à la rue de Alexiens.

     

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    Mon arrière, arrière-grand-père, Guillaume Heymbeeck, dont la profession était  "Tueur d’Animaux " a habité  un moment cette ruelle.

    Une légende rapporte que du Géant auraient eu leur château à cet endroit et qu’ils tuaient les nombreux bandits qui infestaient les villages agricoles de la vallée de la Senne.

    Une autre légende affirme qu’au Moyen Âge un géant se montrait la nuit chaque fois qu’un prisonnier était exécuté dans la prison de la Steenpoort. Cette prison, démolie en 1760, avait effectivement une entrée dans la ruelle.

    La Montagne du Géant a été démolie en 1937. Le large boulevard de l’Empereur en a effacé la moindre trace.
    Infos : J. d’Osta « Les rues Disparues de Bruxelles »

     

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    Sortie à la place de Dinant (ex Bavière), de la rue Montagne du Géant en 1937.
    Ci-dessous les travaux de la jonction.
    La photo est prise du haut de l'église de la Chapelle, en direction de la rue des Alexiens.

     

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     Le tiret rouge situe la rue Montagne du Géant, la ligne bleu la première enceinte de la ville. ( carte de 1835)

     

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    Extrait du livre :

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