Ixelles

  • Antoine Wiertz

     

    200px-Wiertz_selbst_bildnis[1].jpg

    ANTOINE WIERTZ, LE PHILOSOPHE AU PINCEAU

     

     












    1. Avant Bruxelles.

     

    Antoine-Joseph Wiertz (1806-1865) est né à Dinant (Wallonie), sous le Ier Empire, le 22 février 1806. Dès l’âge de dix ans, le jeune Antoine fait preuve d’une rare dextérité en sculptant des grenouilles en bois dans la boutique de son père, tailleur d’habits à Dinant. En 1820, grâce à la protection d’un mécène, M. Paul de Maibe, il entre à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers. Un séjour en Italie suite à l’obtention d’un prix de Rome, en 1832- l’amènera à s’intéresser aux sujets mythologiques (ex. : Les Grecs et les Troyens se disputant le corps de Patrocle, 1835-1836).Applaudi à Anvers, honoré à Rome, Wiertz sera boudé à Paris. De là lui viendra une rancœur tenace à l’encontre de la France qui se traduira dans certaines de ses œuvres, tel que son Napoléon aux enfers. Ce tableau, toutefois, traite aussi, de manière plus générale, de la situation des peuples, face à la guerre, de même que d’autres tableaux : De la chair à canon, Le dernier canon, La Paix. De fait, Wiertz se pose en artiste engagé, dénonçant ici la misère du peuple (ex.: Faim, folie, crime), militant là pour l’abolition de la peine de mort et la démocratie. Il rêve d’accrocher ses toiles pacifistes dans les lieux publics. Il excelle également dans la réalisation des portraits, mais prétend ne peindre ceux-ci que pour des raisons alimentaires, destinant ses seuls tableaux à l’édification de sa gloire.

     

    Wiertz_burial[1].jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    2. Wiertz à Bruxelles.

     

    Après le décès de sa mère, Wiertz s’installe définitivement à Bruxelles (1844). Il s’établit d’abord dans un hangar désaffecté de la rue des Renards (qui donne sur la place du Jeu de Balle).où il peindra notamment Le triomphe du Christ et La belle Rosine. Le moins que l’on puisse dire est qu’Antoine Wiertz, personnage rebelle, maniaque, fantasque, exalté, idéaliste, intransigeant, n’a pas une piètre opinion de lui-même ni de ses œuvres dont la qualité est telle, selon lui, qu’elles ne peuvent se payer qu’en millions ou ne point se vendre : mieux valait encore mourir de faim à côté d’elles ! Ne se veut-il pas la synthèse de Raphaël, de Michel-Ange et de Rubens ? Aussi, si ses expositions remportent un franc succès, il ne vend pratiquement rien, sinon quelques portraits. Vraisemblablement, on retrouve le peintre-sculpteur –car, ne l’oublions pas, Wiertz fut aussi un sculpteur ; il fut également littérateur et réalisa un grand nombre d’études- au n°106 du boulevard du Midi, mais la maison qu’il occupât a été démolie (Luytens). Sa réputation désormais bien établie, Wiertz demande au ministre de l’Intérieur, Charles Rogier, de léguer son œuvre à l’Etat en échange du financement, par celui-ci, de la construction d’un atelier susceptible d’accueillir ses œuvres immenses. En outre, le peintre-sculpteur émet le souhait qu’à sa mort, cet atelier soit transformé en refuge artistique ou en musée. Antoine Wiertz a trouvé le terrain idéal : un remblai du chemin de fer du Luxembourg, situé en plein chantier, isolé et peu coûteux. L’artiste veut y établir un « temple humaniste », soit un cube (35x15x15 m) recouvert d’une verrière et décoré notamment de fresques ; de celles-ci, seule celle du Démon de l’orgueil sera réalisée. S’agit-il là d’un hasard ? L’Etat belge financera donc l’atelier de Wiertz, mais au compte-gouttes et en engrangeant un nombre toujours croissant de tableaux. La maison-atelier de Wiertz fut finalement construite et, vers la moitié des années 1850, le peintre vint donc installer « dans la rue Terrade (aujourd’hui : rue Vautier), son atelier qui, après sa mort, devait devenir le Musée Wiertz. » (Histoire d’Ixelles, Gonthier, p. 210). C’est dans cet atelier, qu’après avoir poursuivi son œuvre quinze années durant lesquelles il exécutera les nombreuses œuvres qui décorent aujourd’hui son musée, qu’Antoine Wiertz devait trépasser, le 18 juin 1865, cinquante ans, jour pour jour, après la défaite de Bonaparte à Waterloo, personnage central de son Napoléon aux enfers déjà évoqué.

     

    3. Le Musée Wiertz.

     

    Le Musée Wiertz est bien peu visité et on commet là envers lui une bien grande injustice. Il est vrai que trouver la trace de cet édifice, adossé au parc Léopold et écrasé par le Musée des Sciences naturelles voisin, doté, il faut le dire, de collections d’une grande richesse, allant des dinosaures aux minéraux en passant par les plus invraisemblables insectes, n’est guère chose aisée. Ceci dit, égoïstement, j’ai toujours apprécié cet isolement, cette situation en retrait de l’ancien atelier du peintre Wiertz. Y entrer, c’est se couper du brouhaha et de l’agitation du monde d’aujourd’hui, c’est plonger dans un univers de silence, de paix et de recueillement. On visite le Musée Wiertz comme on visite un monastère : à pas feutrés, en chuchotant et en contemplation. Juste après le petit couloir d’accès, on découvre des pièces en enfilade aux murs couverts de tableaux traitant des sujets les plus variés, environnement chaleureux décoré de personnages fantastiques symbolisant les vanités humaines, d’atroces cauchemars, des scènes de chute angélique au milieu desquelles Satan trône en personne. Juste à côté, se dresse une salle immense aux murs d’une hauteur vertigineuse portant des toiles aussi grandioses que sombres, tant par leur taille que par le sujet qu’elles nous livrent : ici des anges affrontent des démons, là, les Grecs disputent aux Troyens le corps de Patrocle. Combien de fois mes pas m’ont-ils mené dans ce sanctuaire du numéro 62 de la rue Vautier ? Combien de fois ai-je trouvé refuge en ces lieux ? Mais un jour, après une réfection du musée, certes réussie (2010), le « monde d’aujourd’hui », celui du business pragmatique, de la spéculation et de l’argent-roi, a décidé que le musée n’ouvrirait plus ses portes le week-end, faute de personnel (ben voyons !), de moyens, de visiteurs. Le musée n’est donc plus accessible aux laborieux que nous sommes, à moins, bien sûr, de demander un congé ou de recruter vingt personnes susceptibles d’allonger ensemble quelques dizaines d’euros : les groupes, eux, sont admis. Finies donc les visites individuelles à l’ermitage de Wiertz. Depuis, une fronde s’est organisée, exigeant la réouverture du musée durant certaines heures du week-end. L’avenir nous dira si celle-ci l’emportera. Nous le souhaitons ardemment.

    Eric TIMMERMANS

     

    musée.jpg

        

    Sources : « Un grand peintre dinantais : Antoine Wiertz (1806-1865) », Michel Hubert, 1er avril 2007 sur www.genedinant.be  / « Histoire d’Ixelles », André Gonthier, 1960, p. 210 / « Ils ont choisi Bruxelles », Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004, p.315 

  • Jean-Baptiste Rousseau

     

     

    Rousseau,_Jean-Baptiste[1].jpgJEAN-BAPTISTE ROUSSEAU A L’ARBRE BENIT

     

    1. L’Arbre Bénit.

     

    La rue de l’Arbre Bénit (parfois orthographié « Arbre Béni ») doit son nom à un arbre qui, au Moyen Âge, fit longtemps l’objet d’une grande vénération de la part des habitants des campagnes environnantes.

     

    « Le voyageur qui, au sortir de la porte du Coudenberg ou de Namur, suivait l’une ou l’autre des chaussées ducales qui menaient vers Ixelles et Etterbeek, ne voyait, si loin que son regard pouvait porter, que landes, bruyères et boqueteaux. Lorsque l’horizon était clair, il apercevait sur sa droite dans le lointain l’Arbre bénit (Elterken) qui se détachait énorme, majestueux sur le décor de la forêt. Au XIIIe siècle, lorsque les premiers documents nous parlent du Gros Arbre, il avait empli l’imagination de plusieurs générations ; déjà, il appartenait à la légende. » (Histoire d’Ixelles, Gonthier, p. 32).

     

    L’arbre était un gros tilleul qui avait la réputation de posséder des vertus curatives. Une petite chapelle votive avait d’ailleurs été érigée près de son pied. Les habitants de la région avaient pour habitude de coucher sous son feuillage, après la pluie, les enfants qui souffraient de la fièvre. Les gouttes qui tombaient des feuilles étaient réputées être chargées de bénédiction. Selon la tradition, le mercredi des rogations (les trois jours des Rogations sont les trois jours qui précèdent immédiatement l’Ascension dans le calendrier liturgique chrétien ; le terme « rogations » vient du latin rogare, c’est-à-dire « demander »), le clergé de la collégiale des SS Michel et Gudule (actuelle cathédrale Saint-Michel) se rendait en procession à l’arbre sacré après avoir visité la chapelle d’Ixelles et un sermon religieux y était prononcé.

     

    Vint la modernité et son cortège d’actes sacrilèges et iconoclastes. Le hameau du Ten Bosch (= « du bois ») se retrouva bientôt enseveli sous les déblais (le nom de « Ten Bosch » désigne toujours une rue et un quartier d’Ixelles aujourd’hui) et « on abattit aussi le fameux Arbre-bénit. Le gros arbre semblait pourtant installé pour l’éternité. Il avait depuis les temps les plus reculés inspiré le recueillement et le respect. Mais l’Homo economicus du XIXe siècle qui ne respectait rien, le coucha par terre à grands coups de cognée et la population, consternée de ce sacrilège, recueillit ses débris qu’elle conserva longtemps comme des reliques. » (Histoire d’Ixelles, Gonthier, p. 157).

     

    2. Jean-Baptiste Rousseau.

     

    Le poète et dramaturge français Jean-Baptiste Rousseau (né à Paris, le 6 avril 1670, mort à Bruxelles, le 17 mars 1741) aurait vécu rue de l’Arbre Bénit, dans un pavillon carré auquel était annexée une métairie (Bochart), mais cela n’a pu être démontré avec certitude.

     

    En 1710, Rousseau ne put se faire admettre à l’Académie française, aussi son humeur s’en ressentit-elle. Il fut accusé de rédiger et de répandre nombre de couplets non-seulement vengeurs, mais franchement injurieux, diffamatoires et, pour tout dire, odieux, contre ses ennemis.

     

    L’affaire prit de telles proportions que Rousseau fut condamné au bannissement à perpétuité le 7 avril 1712. Le fait que Rousseau soit le véritable auteur des couplets incriminés ne put toutefois jamais être prouvé.

     

    Quoiqu’il en soit, le poète avait devancé l’arrêt du Parlement et d’ores et déjà quitté la France. Il transita par la Suisse, puis vécut trois ans à Vienne.

     

    Vers 1716-1717, Rousseau s’installa à Bruxelles, chez le duc d’Arenberg, bien que l’on dise également que « c’est à la ferme de la Montagne des Cygnes que le poète lyrique français J.-B. Rousseau trouva refuge lorsqu’il dut quitter son pays et la légende veut qu’il y mourut en 1741. » (Histoire d’Ixelles, Gonthier, p. 95).

     

    Il restera à Bruxelles durant une vingtaine d’années, puis tentera de regagner la France, d’abord par les voies légales, ensuite incognito, à la fin de l’année 1738. Mais en février 1739, il devait reprendre le chemin de son exil bruxellois.

     

    Jean-Baptiste Rousseau mourut à Bruxelles, le 17 mars 1741.

     

    Ajoutons que durant l’année 1722, Rousseau rencontra Voltaire à Bruxelles. S’ensuivit une violente inimitié entre les deux hommes suite à des circonstances assez obscures.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles », Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 (p. 95) / Histoire d’Ixelles, André Gonthier, imprimerie H. De Smedt, 1960 (p. 32, 95, 157).

     

  • Georges Boulanger

                                      LE SUICIDE D’UN GENERAL AMOUREUX

     

    « Elle se tourna vers l’Orient et pria Dieu. Puis elle découvrit un peu le corps, s’étendit près de lui, tout le long de son ami, lui baisa la bouche et la face, et le serra étroitement : corps contre corps, bouche contre bouche, elle rend ainsi son âme ; elle mourut auprès de lui pour la douleur de son ami. » (Le Roman de Tristan et Iseut).

    Le 30 septembre 1891, au cimetière d’Ixelles, un coup de feu retentit : le général Georges Boulanger, militaire et homme politique français de renom, vient de se suicider. Une fin bien étrange et bien  triste pour un homme qui faillit changer le visage de la France.

     

    1. Boulanger : le « Général Revanche ».

     

    Georges Boulanger naît à Rennes, le 29 avril 1837. D’un point de vue militaire, il se distingue en Kabylie, en Italie et en Cochinchine, puis, participe aux combats de 1870 contre l’armée prussienne. En 1886, il obtient le portefeuille de la Guerre et entreprend la réorganisation de l’armée française. Il se fait connaître par l’esprit de revanche qu’il nourrit à l’encontre de l’Allemagne et est bientôt écarté du ministère par les républicains, inquiets de son audience croissante. De fait, il s’attire de nombreux partisans.et est largement acclamé pour ses prises de position patriotiques. C’est ainsi que naquit ce que l’on nommera le « boulangisme »,  qui séduira bientôt nationalistes, bonapartistes, royalistes et bien d’autres opposants qui espèrent tirer profit d’un éventuel coup d’Etat. Les autorités finissent par le mettre précipitamment à la retraite, en 1888. C’est alors que Boulanger se lance dans la politique. Le 27 janvier 1889, il est élu, avec 244.000 voix de préférence contre 160.000 à son adversaire, dans quatre départements, de même qu’à Paris. Il célèbre sa victoire au café Durand, place de la Madeleine (Paris), en présence de 50.000 personnes. Mais malgré le soutien populaire dont il bénéficie, il hésite à s’emparer de l’Elysée. Le gouvernement profite de cette faiblesse et réagit en lançant contre lui un mandat de dépôt pour atteinte à la sûreté de l’Etat et en faisant dissoudre son parti, la Ligue des patriotes. Boulanger, qui doit être arrêté le 1er avril, s’enfuit à Bruxelles ; cette fuite sera favorisée par le ministère de l’Intérieur. Le 4 avril 1889, par 333 voix contre 190, son immunité parlementaire est levée. Le général Boulanger est désormais condamné à l’exil. C’est là que le domaine politique laisse place à une bien triste romance.

     

    2. Mme de Bonnemains : l’agonie et la disparition d’un amour.

     

    Le 3 avril 1889, Georges Boulanger arrive à Bruxelles et se fait huer, à la gare du Midi, à sa descente de train. Il se rend en fiacre à l’Hôtel Mengele (actuellement, Hôtel Astoria, rue Royale n°103), où il s’inscrit sous le nom de M. Bruneau. Dès son arrivée à Bruxelles, le général Boulanger organise au Parc à Huîtres, sis boulevard Anspach (ex-Centre Anspach qui a fait, dès 2004, l’objet d’une réhabilitation complète et dont la majorité de l’espace est désormais occupée par le casino Viage de Bruxelles), un genre de dîner-meeting qui lui vaudra des remontrances du gouvernement belge. Georges Boulanger s’en va donc visiter Londres. De retour en Belgique, le général logea à l’Hôtel Belle-Vue, sis place Royale n°9. En 1891, il s’installe dans un hôtel situé au n°75 de la rue Montoyer, où il prévoit de faire également venir sa mère, sa nièce, de même que sa compagne et égérie, Mme Marguerite de Bonnemains, née Brouzet, à Saint-Vaast-la-Hougue, le 19 décembre 1855, et divorcée du général-vicomte Charles, Marie, Pierre de Bonnemains. Notons que ledit hôtel a été détruit sans vergogne en janvier 1986 pour faire place à un nouveau complexe de bureaux. En janvier 1891, Mme de Bonnemains rejoint Georges Boulanger à Bruxelles. Mais Marguerite est malade. Souffrant de phtisie (tuberculose pulmonaire), elle agonise durant plusieurs semaines. Georges Boulanger, malgré les appels à rentrer en France, refuse de quitter son amie et se détourne de la politique, ce qui lui vaudra reproches et insultes : on le traite de « Petit Caporal » et de « Héros d’Alcôve », et on ricane à l’évocation de ce million de francs dont sa compagne lui a fait don. Bref, la presse se déchaîne. Ni Marguerite ni Georges Boulanger ne profiteront pourtant de cet argent. En juillet 1891, malgré un nouveau traitement médical, la santé de Marguerite décline brusquement. Elle succombe dans les bras de son compagnon, le 16 juillet 1891, à l’âge de 36 ans, en lui murmurant à l’oreille « A bientôt ! »


    3. La mort d’un général.

     

    Georges Boulanger inconsolable, fait graver ces mots sur la tombe de sa compagne, inhumée au cimetière d’Ixelles :

     

    MARGUERITE

    19 décembre 1855

    16 juillet 1891

    A BIENTOT

     

    L’ancien général vient presque chaque jour visiter et fleurir la tombe où repose son amour perdu. En outre, il couche dans son lit, lui parle, se répondant à lui-même. La logique dépressive et suicidaire va bientôt avoir raison de lui. Le 30 septembre 1891, à 11h30 du matin, comme presque tous les jours, Georges Boulanger, s’en va visiter et fleurir la tombe de son amie d’une douzaine de roses rouges. Il est cette fois accompagné de deux personnes : Mouton-Defraisse, son secrétaire, et Dutens, un ami personnel, arrivé la veille de Paris, auxquels il demanda de le laisser seul un moment. « Quittant l’allée principale, le général passa derrière un buisson de lilas, s’assit par terre, le dos appuyé contre le monument funéraire de Mme de Bonnemain. Il déposa son haut de forme à côté de lui, tira de sa poche un gros revolver à barillet, se l’appliqua contre la tempe droite et fit feu » (« Bruxelles notre capitale », Quiévreux, p. 189). Mouton-Defraisse et Dutens se précipitent  et trouvent le général, étendu sur le sol, « la tête rejetée en arrière, la main sur la poitrine, l’autre tenant encore le revolver. Il s’était tiré une balle dans la tête et l’on pouvait voir à sa tempe un trou sanglant. Après quelques spasmes, il expira. » (« Les Mystères de Bruxelles », Luytens, p. 123). Les obsèques du général Georges Boulanger se déroulèrent le 3 octobre. Le cortège se forma rue Montoyer, au cœur d’un Quartier Léopold bondé, la foule brandissant, en un ultime hommage, une myriade d’œillets rouges, la fleur du boulangisme. C’est hélas dans l’indécence d’un indescriptible chaos que le cortège chemina péniblement vers le cimetière d’Ixelles : les funérailles du général « qui avaient attiré nombre de ses ex-partisans, dont Séverine et Georges Laguerre, donnèrent lieu à des manifestations et contre-manifestations si scandaleuses, aggravées par de si violentes bousculades de badauds, que le char funèbre faillit être renversé avec le cercueil et que la police eut beaucoup de peine à rétablir l’ordre. » (« Ils ont choisi Bruxelles », Luytens, p. 49). Conformément à son vœu, Georges Boulanger fut enterré au côté de sa compagne. Sur le cercueil du général, Paul Déroulède, poète et militant nationaliste français, déchira un petit sachet en disant ces mots : « Voilà un peu de terre de France ». Sur la tombe on inscrivit :

     

    GEORGES

    29 avril 1837

    30 septembre 1891

    Ai-je pu vivre 2 ½ mois sans toi !  

     

     

    boulanger.jpg

    4. Une tombe mystérieusement fleurie.

     

    L’on dit qu’à sa mort, en 1913, un docteur et ancien député du nom de Paul Méry, légua par testament une somme de cinq mille francs dont les intérêts devaient servir à fleurir la tombe de Marguerite de Bonnemains et Georges Boulanger, chaque 30 septembre. Était-ce donc pour cette raison que la tombe des amants se trouvait systématiquement fleurie le jour anniversaire de la mort du général ? Peut-être. Peut-être pas. Durant de nombreuses années, l’on tenta en vain de découvrir l’identité de celui ou de celle qui, tous les ans, n’oubliait point de fleurir l’ultime demeure des deux amants. Mais un jour, une lettre parvint au journaliste et folkloriste Louis Quiévreux. Celle-ci était signée par une certaine Mlle Christiaens habitant à la rue des Palais, à Schaerbeek, et expliquait le mystère de la tombe fleurie. Ce 31 janvier 1950, la sœur de Mlle Christiaens, Marie Christiaens, venait de décéder d’une crise cardiaque. Elle correspondait régulièrement avec Louis Quiévreux et voilà pourquoi sa sœur décida d’informer le journaliste de son décès. Mais elle ajouta également : « Savez-vous que c’était ma sœur qui, depuis son enfance a fleuri, tous les 30 septembre, la tombe du général ? Tous les ans, le « Soir » écrivait : « Quelle est donc la main mystérieuse qui fleurit cette tombe ? » C’était Marie. » (« Bruxelles, notre capitale », Quiévreux, p. 190).

     

     

    Eric TIMMERMANS

    Bruxelles, le 10 septembre 2012.

     

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 (p. 189-190) / Dictionnaire encyclopédique de l’histoire de France, Charles Le Brun, Maxi-Livres, 2002 (p.45-46) / Ils ont choisi Bruxelles, Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004 (p. 49) / Le Roman de Tristan et Iseut, Joseph Bédier, L’Edition d’Art, 1946 (p. 219) / Les Mystères de Bruxelles, Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2005 (p. 121-124).

  • Les étangs d'Ixelles

    pecheur 2.JPG

    Photo 1

     

    Bus-Ixelles.jpg

    Photo 3

     

    Le bus des TEC n° 366, laissant la chaussée d'Ixelles derrière lui,  emmène ses voyageurs en direction de Rixensart

     

    Bus-Ixelles.9-septembrejpg.jpg

    Photo 3

    Le même bus quitte la place Flagey (ex Sainte Croix).

    jolie-dame-2.jpg

     Photo 4

     

    chaussée-d'ixelles.jpg

    Photo 5

    La rue Lesbrousart en direction de l'avenue Louise.

    rue malibran bonne.jpg

    Photo 6

    La rue Malibran en direction de l'avenue de la Couronne.

    INR.JPG

    Photo 7

    L'ancienne Maison de la Radio de Belgique a été créée en 1930 sous le nom d’Institut National de Radiodiffusion (I.N.R.). Installée place Flagey  à Ixelles dans un bâtiment de style moderniste  conçu par Joseph Diongre (1878-1963).

    Le bâtiment possède des angles arrondis adoucissant le volume massif de cette construction de brique jaune ocre et de pierre bleue. L’horizontalité est soulignée par un vitrage continu et un auvent surplombant le rez-de-chaussée.

    L’œuvre est comparée à un paquebot avec ses ponts et ses longs couloirs. L’intérieur a conservé son mobilier d’origine de style Art déco. L’idée de ce bâtiment reçut le premier prix d’un concours organisé pour la construction de la Maison de la Radio.

    La construction s'échelonne de 1935 à 1938 , c'est alors l’une des premières maisons de la radio en Europe.

    Sur un sol de nature spongieuse due à une nappe phréatique instable, il a fallu installer un système de pompage permanent. Le bâtiment est construit sur une couche de béton et des feuilles de cuivre.

     

    Terminé en 1938, l’INR émit en continu de 6h45 à 24h.

    INR 2.JPG

    Photo 8

     

    Eglise.JPG

     Photo 9

    Église Sainte Croix

     

    eglise + étangs.JPG

    Photo 10

     

    pecheur-1-er-plan.jpg

    Photo 11

    Le pécheur et le chien.