Bruxelles vu par les bruxellois. - Page 4

  • Les Fontaines de Bruxelles (4) la meuse et l'Escaut.

    LES FONTAINES DE BRUXELLES (4) :

     

    LES FONTAINES DE L’HÔTEL DE VILLE ET DE SES ENVIRONS

     

    Les fontaines La Meuse et l’Escaut.

     

    Lorsque, venant de la Grand-Place, on passe le porche surplombé par un saint Michel écrasant le Démon, on pénètre dans la cour intérieure (ou cour d’honneur) de l’Hôtel de Ville. On peut également y accéder par la façade arrière, via la rue de l’Amigo. Cette cour d’honneur a été créée, au cœur de l’Hôtel de Ville, lors de son agrandissement, réalisé au lendemain du bombardement de 1695. Son pavement est marqué d’une étoile à six branches qui indique le centre géographique de Bruxelles (Pentagone). Cette dernière est identique à celle de la place du Capitole, à Rome.

     

    On remarque également deux fontaines de marbre rigoureusement symétriques encadrant la porte cochère située à l’arrière de l’Hôtel de Ville (côté rue de l’Amigo). Elles ont été sculptées, en 1714, par Johannes Andreas Anneessens (1687-1769). Chacune se compose d’une grande vasque semi-circulaire et est soutenue, à la base, par deux dauphins entrelacés. Ceux-ci, recevant l’eau du réservoir supérieur, alimentent par leurs gueules une deuxième vasque.

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    Photo de Pierrot Heymbeeck (2016)

    Chaque fontaine est surmontée d’une figure allégorique couchée et accoudée sur divers objets. Les deux figures allégoriques –des vieillards barbus- datent de 1715. Celle de gauche, œuvre de Jean Dekinder (1675-1739), représente la Meuse. Son bras droit repose sur une urne qui représente la source du fleuve et, de sa main gauche, elle tient un objet, placé derrière ses deux jambes. Celle de droite, œuvre de Pierre-Denis Plumier (1688-1721), représente l’Escaut. Ses mains sont libres et le bras gauche de la statue repose sur un enchevêtrement de pierres et de plantes qui, de toute évidence, représente aussi la source de ce fleuve. Les deux figures allégoriques sont encadrées par deux putti qui chevauchent des dauphins et animent la vasque supérieure de leurs jets d’eau.

     

    Les fontaines des Lions Cracheurs.

     

    Passons entre la Meuse et l’Escaut pour ressortir de la cour intérieure de l’Hôtel de Ville. Nous constatons que la façade arrière de ce dernier est agrémenté par deux lions cracheurs. Chacun d’eux est logé dans une niche cintrée pourvu d’un bassin de pierre bleue. De quand datent ces fontaines ? Jusqu’à la fin du 17e siècle, s’élevait à cet endroit l’ancienne halle aux Draps, construite en 1353, de même que la maison du Boterpot, qui s’élevait à côté de la halle aux Draps, au coin de la rue actuelle de la Tête d’Or. Le Boterpot avait un grand dôme bulbeux et la rue de l’Amigo était généralement nommée Boterpotstraat. Cet édifice ne nous est connu que par un seul dessin de la halle aux Draps, que l’on doit à Léon Van Heil le Vieux (15e siècle, Cabinet des Estampes). Au lendemain du bombardement de 1695, on décida d’édifier à la place de l’ancienne halle aux Draps, les bâtiments postérieurs de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, soit un édifice en « U » qui s’unit aux deux ailes dudit Hôtel de Ville. Ce nouvel édifice encadrait la cour intérieure, incluant les statues allégoriques de la Meuse et de l’Escaut, et intégrait, dans sa façade donnant sur la rue de l’Amigo, les deux lions cracheurs précités.

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    Photo de Pierrot Heymbeeck (2017)

    Ces lions sont toutefois antérieurs à la construction du nouvel édifice. En effet, leur origine remonte au 14e siècle, soit à l’époque de la construction de l’Hôtel de Ville. L’origine de l’eau qui s’écoule de leur gueule alimente encore bien des polémiques entre historiens. Pour les uns, un lion crachait l’eau provenant de la Montagne des Géants, l’autre du « quartier de Bruxelles ». Pour les autres, l’eau était captée dans le quartier des Alexiens et jaillissait dans la fontaine de la cour d’honneur, pour réapparaître dans la gueule des lions. Aujourd’hui, l’eau qui s’écoule des deux lions provient de l’eau de la ville. Et ces étranges anneaux dont ils sont flanqués, que représentent-ils ? Eh bien ils rappellent le temps où des gobelets étaient attachés aux fontaines, tout simplement !

     

    La fontaine Le Cracheur.

     

    L’une des plus anciennes fontaines bruxelloises, à l’aspect de triton (au sens mythologique du terme), se situe au n°57 de la rue des Pierres (coin de la rue des Pierres et de la rue Marché-au-Charbon). Jadis, son eau coulait du Coudenberg et elle était déjà connue au 14e siècle sous le nom de « Fontaine bleue ». A l’origine, notre cracheur était adossé au Boterpot, déjà évoqué au point précédent et qui servait vraisemblablement de dépôt d’archives. Et donc, comme ce dernier et les archives de la Ville qu’il contenait, il fit les frais du bombardement de 1695.

     

    La Ville de Bruxelles devait partiellement la restaurer en 1704, puis en 1786 :

     

    « La fontaine bleue était composée de plusieurs grandes coquilles, dans lesquelles tombaient de nombreux filets d’eau jaillissant d’un corps d’architecture assez remarquable. La maison ayant beaucoup souffert du bombardement, on remplaça la fontaine par un simple jet sortant d’un mascaron. En 1786, on l’orna d’un triton saillant, à mi-corps et entouré de joncs ; de là son nom de fontaine du Cracheur. » (Bochart).

     

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    Photo de Pierrot Heymbeeck (2012)

     

    « La fontaine qui crache son eau claire au coin de la rue des Pierres n’a pas toujours eu l’aspect que nous lui connaissons. Ce triton généreux qui jaillit à mi-corps parmi les joncs fut placé là par Fisco, architecte de la Vill, en 1786. Il y a détrôné un mascaron qui y avait remplacé lui-même plusieurs coquilles de pierre connue depuis le XIVe siècle sous le nom de « Fontaine Bleue » ou « Fontaine derrière la Halle. » (Renoy).

     

    Mais qui peut donc bien être cet étrange triton cracheur ? La légende rapporte que des bourgeois de Bruxelles, constatant la disparition de leur fils matelot, se mirent à sa recherche. Ils le trouvèrent mort en ces lieux. Il fut dit qu’il avait par trop abusé du vin qui jaillissait des seins des Trois Pucelles de la fontaine du même nom et située non loin de là (au carrefour des rues du Marché-aux-Herbes, du Marché-aux-Poulets, des Fripiers et de l’actuelle rue de Tabora) ! En mémoire de leur fils, ces riches bourgeois firent ériger la fontaine du Cracheur à titre de monument expiatoire de leur malheur.

     

    Autres fontaines de la Grand-Place et de ses environs.

     

    Nous avons évoqué, dans un texte précédent, la fontaine d’Egmont et de Hornes qui se dressait jadis devant la Maison du Roi, de même que la fontaine éphémère édifiée sur la Grand Place, pour la célébration du 25e anniversaire du règne de Léopold Ier :

     

    http://bruxellesanecdotique.skynetblogs.be/archive/2017/01/29/fontaines-de-bruxelles-8695024.html

     

    Afin de compléter notre information, rappelons que, « plusieurs autres fontaines, parmi les plus anciennes comme celle de la rue des Foulons (Vollestraat) sont profondément modifiées et sont ornées de décors en métal, parfois même sous la forme de statues, figurant saint Michel (au Marché-aux-Herbes) ou sainte Gudule (fontaine de Magnus au Marché-au-Bois), pouvant être rehaussées d’or. L’une d’entre elles, celle du Marché aux Herbes, aussi appelée fontaine des Satyres, était d’ailleurs l’œuvre [de] Duquesnoy. Manneken Pis était donc en bonne compagnie ! Le motif des fontaines anthropomorphes n’était pas –on l’a vu- étranger à Bruxelles : les Trois Pucelles, le Cracheur, mais aussi la grande fontaine de la Grand-Place, du XVIe siècle [ndr : 1564], ornée de trois femmes et quatre hommes particulièrement dénudés (ces décors, s’ils ont été réalisés, semblent avoir déjà disparu avant 1615) ». (Manneken Pis – Dans tous ses états).

     

    Au sujet de la rue des Foulons, telle que nous la connaissons aujourd’hui, soulignons, à la suite de Jean d’Osta, que « cette rue est perpendiculaire au boulevard Lemmonnier, 143-145, et aboutit au boulevard du Midi, près de la porte d’Anderlecht. Elle mesure 320 m, mais elle était plus longue lors de sa création en 1860, car elle occupait une partie de l’actuelle rue Vander Weyden, jusqu’au chemin de fer qui est devenu plus tard la rue de Stalingrad. » (Jean d’Osta)

     

    Il s’agit toutefois de ne pas confondre cette « rue des Foulons » (l’actuelle) avec celle qui existait déjà à Bruxelles, au 13e siècle, à l’intérieur de la première enceinte. Un cartulaire la nomme en 1303 Volrestrate prope Stoefstrate (« la rue des Foulons près de la rue de l’Etuve »). Comme des usuriers lombards habitaient cette rue, cette rue fut appelée par le peuple de Bruxelles (du moins par sa composante romane), la « rue du Lombard » (qui n’est autre que l’actuelle « rue du Lombard »), même si les Bruxellois de langue thioise restèrent fidèles plus longtemps à l’appellation d’origine : Volderstroet, Volderstraet, Volrestraete, Volrestroet, puis, par corruption, Vollestroet et finalement, Vollestraat.

     

    La rue des Foulons actuelle ne sera tracée qu’en 1860, sur le Voldersbreempd (Pré aux Foulons) qui, dès l’époque médiévale « avait été la résidence de nombreux ouvriers qui « foulaient » la laine pour en faire du feutre, industrie qui nécessitait beaucoup de trempages, dans la Senne proche, et de séchage au soleil, sur les prés. » (Jean d’Osta). Même si elle ne semble pas avoir laissé de traces, le fait qu’une fontaine ait existé à cet endroit au fil des siècles, ne doit donc pas nous étonner : le besoin vital en eau de l’industrie de la laine peut largement l’expliquer. Au fait, connaissez-vous le nom humoristique que certains Bruxellois ont parfois donné à la rue des Foulons ? La Langezottestroet… Littéralement : « la rue des Fous Longs » !

     

    On remarquera d’ailleurs qu’à peu de distance de la rue des Foulons , existe une « rue de la Fontaine » qui « prend son nom d’une fontaine qui traversait naguère les prairies de la fabrique de M. Basse, et qui aujourd’hui alimente l’école de natation fondée par M. Tallois : c’est la première école de ce genre qu’on ait vue à Bruxelles » (Eug. Bochart) Décidément, que d’eau, que d’eau ! 

     

    « La rue de la Fontaine doit son nom à une source jaillissante, qui se trouvait dans le domaine de M. Basse (à peu près au n°19 ou 21 de la rue) et qui était utilisée pour le lavage de la teinture des tissus. Dans les années 1860, cette fontaine alimentait la piscine de l’Ecole de natation créée par M. Tallois, la première du genre à Bruxelles. » (Jean d’Osta)

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : « La Meuse et l’Escaut », http://lemuseedeleauetdelafontaine.be / Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, Eug. Bochart (1857), Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 200, 226 / « La Meuse et l’Escaut », http://joch.over-blog.com/ / « L’Hôtel de Ville de Bruxelles », Y. Jacqmin et Q. Demeure, Historia Bruxellae, Musée de la Ville de Bruxelles, 2011, p. 18 / « Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles », Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 15, 126-127, 174, 186 / « Fontaine Les Lions cracheurs », http://www.ebru.be / « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles », Eug. Bochart (1857), Editions Culture et Civilisation, 1981, p.393 / Ilot Sacré, Georges Renoy, Rossel – Bruxelles Vécu, 1981, p.95 / « Fontaine Le Cracheur », http://www.ebru.be / « Manneken Pis - Dans tous ses états », M. Couvreur, A. Deknop, Th. Symons, Historia Bruxellae, Musée de la Ville de Bruxelles, 2005, p.27-28.

  • Clémence pour le tireur jaloux des Marolles

    Clémence pour le tireur jaloux des Marolles

    METDEPENNINGEN,MARC

     

    Mercredi 30 juillet 2008

    Jeunesse et Justice (3/6)Jacques Drabben, l’ex-enfant du juge, est obsédé par la belle Antoinette Demesmaeker. Un soir d’octobre 1899, il ouvre le feu sur elle rue Haute.

    La rue Haute, en cette fin d’année 1899, fleure bon les effluves des immenses bacs à caricoles qui disputent les trottoirs aux cuiseurs de marrons. De la porte de Hal à la place de la Chapelle, ce n’est qu’une succession d’estaminets, de magasins, d’ateliers, de « kots à brol » qui permettent aux natifs du cœur de Bruxelles de vivre en autarcie, sans avoir à s’aventurer « en ville » pour subvenir à leurs besoins quotidiens.

    En cette soirée du samedi 21 octobre, les marchandes de « scholles » (plies séchées) ont déjà déserté la place du Jeu de Balle. Les deux commissariats du quartier sont en alerte, comme chaque fin de semaine forcément festive, du samedi au lundi soir. Les internes de l’hôpital Saint-Pierre s’apprêtent à recevoir en fin de nuit leur lot quotidien d’ivrognes pris de delirium tremens qu’ils soigneront d’une vomitive potion de sulfate de cuivre. Les « bruine pater », les frères capucins, ont refermé les portes de leur couvent, tout comme les petites sœurs de Saint-Vincent de Paul qui distillent tant de bonté dans les impasses populeuses où s’entassent tant de reclus et d’exploités.

    Au café du « Gros Pou », comme « Chez le Bossu » (Bij den Boelt), on propose au forfait ces moules outrageusement poivrées, amenées par seaux du quai de Willebroek, que seuls les habitants du cru peuvent ingurgiter sans éternuer ; une faiblesse qui arrête net la dégustation dans laquelle se lancent, imprudents, ces messieurs des beaux quartiers venus se frotter au petit peuple. Avec parcimonie : les Marolles, en cette année de fin de siècle, sont un foyer d’agitation politique. Les militants du jeune Parti ouvrier exigent toujours le suffrage universel, une revendication dont les Marolles sont le berceau. En 1848, la « Ligue belge pour le suffrage universel » n’a-t-elle pas été portée sur les fonts baptismaux par Jakob Kats dans ce café des Brigittines, le « Mouton Bleu » ? Des heurts entre gendarmes et manifestants se sont multipliés. Il se dit même que l’armée a fait pointer un canon sur la rue Montserrat pour prévenir un embrasement populaire.

    Dans le quartier, ce soir d’octobre, les salles de danse voient s’engouffrer la jeunesse du cru. Les « crotjes » (jeunes filles) sont déjà en beauté. Dans l’arrière-salle des cafés, passage obligé pour se désaltérer de « siphonné », un mélange à parts égales de faro et d’eau gazeuse, les orchestrions crient leurs vibrants « soldes ! » pour signifier aux fêtards qu’il est temps de renouveler leur redevance de bal. De solides gaillards en bras de chemise, les « veurvechters », mettent en garde les importuns, quitte à jeter les plus éméchés sur le trottoir pavé.

    Ce soir-là, un jeune homme d’1m68, au regard triste et aux cheveux noirs, n’a pas le cœur à la fête. Il projette depuis plusieurs heures déjà son amertume dans les vitrines des boutiques désertées. Il croise les yeux pétillants des passants. Il cherche sa bien-aimée qui l’a délaissé pour un autre. Jacques Drabben, le timide maçon du 14 de l’impasse des Ramoneurs, a 18 ans. Dans sa poche, il dissimule un revolver « Lafaucheuse » de 7 mm acheté quelques heures plus tôt, ainsi que 8 cartouches, chez l’armurier Dieudonné Dehoux dont le magasin est établi au nº 7 de la rue Blaes. Il enrage. Antoinette Demesmaecker, une apprentie de fabrique qui demeure au 22, rue de l’Abricotier, n’a une nouvelle fois pas voulu céder à ses avances. Sur le coup de midi, il la rencontre au pied de la porte de Hal.

    – Tu veux venir avec moi ?, lui demande-t-il en rougissant.

    – Non, réplique la jeune fille, lassée des assauts de ce dadais.

    Et puis surtout, Antoinette a déjà promis sa soirée au jeune cordonnier de la rue Jourdan, Frédéric Van Stokeren, un solide gaillard de 19 ans. Face au refus de son aimée, Jacques Drabben lui lance un mystérieux avertissement : « Si je te rencontre, je te mettrai de côté. »

    « De côté ? » En brinquebalant son désespoir dans les Marolles, le jeune maçon rencontre ensuite son rival dans la rue Haute. A Van Stockeren aussi, il lance d’étranges menaces :

    – Ce que vous pensez ne sera pas vrai !

    – Quoi ?

    – Courtiser Antoinette ! Préparez-vous pour ce soir !

    – Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?, réplique en flamand Van Stockeren.

    Pour toute réponse, il reçoit un soufflet en plein visage. Et Drabben, furieux, lui retourne la veste par-dessus la tête, tentant maladroitement de le frapper au visage.

    A la nuit tombée Antoinette Demesmaeker rejoint Frédéric Van Stokeren à l’estaminet « Bij Rosse Pie » établi 310, rue Haute, en contrebas de l’hôpital Saint-Pierre. Les deux jeunes gens n’ont que le cœur à la fête. Ils ont retrouvé dans cette grande salle dansante leurs amis Ferdinand Deloos et Cécile Theys. La bière coule à flots. Les rires ricochent sur le trottoir. Le quatuor, joyeux, emprunte la rue Haute. Soudain, une voix s’élève derrière eux. Jacques Drabben a rassemblé tout son courage. Il a sorti son revolver « Lafaucheuse » et le pointe en direction du groupe. Il supplie Antoinette Demesmaeker :

    – Venez avec moi, sinon je tire !

    La jeune fille prend la fuite. L’arme de Drabben crache le feu. Une balle atteint la main de Cécile Theys. Une autre blesse Ferdinand Deloos au bras. Antoinette et Frédéric prennent la fuite à toutes jambes. Des cris s’élèvent dans la rue. Deux balles sifflent encore. Elles n’atteignent personne. Léon Vanderlinden, un soldat du 2e régiment de Ligne, compte les projectiles : l’arme de Drabben a tiré six fois.

    Le jeune maçon a raté sa vengeance. Tandis que des secouristes s’affairent autour de ses victimes, il enfile la rue Haute. A proximité du poste de police, l’agent François Plugers, 43 ans, l’aborde et lui demande de lui remettre son revolver. Drabben le sort lentement de la poche gauche de son veston. Il met en garde Plugers : « Attention, il y a encore deux balles dedans ! »

    Le dimanche 22 octobre, le juge d’instruction Jean Bollie reçoit dans son cabinet un garçon désorienté par l’échec de son entreprise et la gravité de ce qu’il a commis. Il l’interroge en flamand :

    – Depuis quand cherchiez-vous à courtiser Antoinette Demesmaeker ?

    – Je ne cherchais pas à la courtiser, réplique Drabben. Je la courtisais réellement. J’étais sorti trois ou quatre fois avec elle. La première fois, c’était il y a trois semaines. Je reconnais avoir voulu tuer ma maîtresse.

    – Elle était votre bonne amie ?

    – Il me semble que lorsqu’une fille sort avec vous, elle est votre bonne amie.

    – Avez-vous eu des rapports sexuels ?

    – Non !

    Antoinette, elle, raconte au juge qu’elle avait repoussé les avances du maçon : « Je savais que ses parents me voyaient d’un mauvais œil parce qu’ils auraient aimé une femme ayant de l’argent ! »

    L’agent de police judiciaire Barré est chargé de l’enquête de personnalité. Il qualifie Drabben « d’indigent qui appartient à la classe inférieure » et qui ne sait « qu’imparfaitement lire et écrire ».

    L’enquête révèle aussi le passé « d’enfant du juge » de l’inculpé. En 1893, alors qu’il n’est âgé que de 13 ans, il fugue du domicile de ses parents, emportant 3,50 francs. Trois jours plus tard, il est ramassé par la police. Ses parents ne veulent plus de lui. Ils le décrivent comme un « très mauvais sujet qui refuse de travailler » et les « volent ». A l’époque, les policiers notent : « les parents sont d’une bonne conduite et ont tout fait pour mettre leur enfant sur la bonne voie, mais rien n’y a fait ». Le jeune Jacques est placé par le juge de paix à l’Ecole de bienfaisance de Beernem « pour y être retenu du chef de vagabondage jusqu’à l’accomplissement de sa 21e année ». Le 16 avril 1897, après avoir suivi des apprentissages à Casterlé et Olen, il bénéficie d’une libération provisoire et est rendu à ses parents. Un an avant de se commettre des coups de feu de la rue Haute.

    A l’ouverture de son procès, le 29 janvier 1900, devant la cour d’assises de Bruxelles, Jacques Drabben, poursuivi pour une triple tentative d’assassinat, a bon espoir. Lors d’une précédente session, Joseph Kott, le mari jaloux de la rue de l’Enclume à Saint-Josse, n’a-t-il pas été acquitté pour le meurtre de sa femme Eugénie de Remu ? Et la justice pénale, en ce début de siècle, en est à un tournant. Les théories d’Adolphe Prins changent progressivement la finalité de la peine, qui n’est plus le reflet de la gravité d’un fait. Pour Prins, la peine doit être centrée sur la cause d’un acte. Et il voit dans « l’insuffisance morale ou sociale » d’un accusé l’occasion d’expliquer sa déviance criminelle et de lui ouvrir, moyennant des conditions, une occasion de se racheter. Ces théories ont alimenté les réflexions de l’influent ministre de la Justice Jules Lejeune dont la loi de libération conditionnelle qui porte son nom entend « faire cesser la peine quand le condamné paraît amendé ».

    Durant les débats, l’avocat général reconnaît des circonstances atténuantes à Drabben : son jeune âge, son passé difficile. Une lettre de Marolliens parvient à la cour : « C’était un brave garçon, très honnête. Nous-mêmes avions pitié de ce brave garçon et à tout moment nous devions empêcher les enfants et les gamins de maltraiter un malheureux si faible d’esprit. Il a eu pendant deux ans des attaques de convulsion et de ce terrible mal, il a gardé quelque chose ! »

    Les jurés ne retiennent que la tentative d’assassinat contre Antoinette Demesmaeker. Jacques Drabben est condamné à dix ans de réclusion. Il est incarcéré à la prison de Louvain-Centrale où sa bonne conduite lui vaut d’être libéré conditionnellement le 15 février 1904.

    A sa sortie, il s’établit au 16, rue de Liedekerke, à Saint-Josse, bien loin de ses Marolles natales et de cette Antoinette pour laquelle il avait perdu la tête, le 21 octobre 1899.

    Dossier préparé par Xavier De Weirt dans le cadre des travaux menés par l’action de recherche concertée « Jeunesse et violence en Belgique 1880-2006 : approches sociohistoriques » (UCL).

     

    Article paru dans le journal LE SOIR.

  • Le Spijtigen Duivel

    LE VIEUX DIABLE FURIEUX D’UCCLE

     

    1. Le Vieux Spijtigen Duivel aujourd’hui.

     

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    On peut rencontrer à Uccle, et ce depuis bien longtemps (des siècles, dit-on !), un diable furieux enlacé par un serpent, tous deux encerclés de flammes. S’agirait-il d’Asmodée, le démon de la fureur, ou de Samaël, le compagnon de Lilith ? Nullement. Il s’agit, plus prosaïquement, de l’enseigne d’une vieille auberge uccloise dénommée « Le Vieux Spijtigen Duivel » (Le Vieux Diable Furieux ou le Vieux Diable Epiant). Cet établissement (www.spijtigenduivel.com/), au demeurant bien sympathique, a su préserver un cadre rustique sans cesse enrichi, par Sylvie et Christos, les actuels tenanciers, de nouvelles pièces évoquant le passé campagnard de la commune d’Uccle. Et ce qui ne gâche rien, on y sert d’excellents plats (carbonnades flamandes, stoemp saucisse et lard, chicons au gratin…) et produits brassicoles de notre terroir. Rien de diabolique dans cet établissement donc, si ce n’est, cela va sans dire, la certitude de céder bien vite au péché de gourmandise ! L’auberge du « Vieux Spijtigen Duivel » est située au coin de la chaussée d’Alsemberg (n°621) et de la rue Joseph Bens. Elle fut tenue par une même famille, la famille Pauwels, durant près d’un siècle. Les tenanciers actuels, eux, prirent les rênes de l’établissement en 2005. Le cadre de celui-ci n’a, en un siècle, que peu changé et durant la période hivernale, c’est toujours le même vieux poêle Godin à charbon qui réchauffe les clients de l’auberge. Quant à l’enseigne, elle est attestée depuis 1742. Un conseil donc, que ce soit pour manger ou pour boire un verre, ne ratez pas l’étape uccloise du Spijtigen Duivel !

     

    2. Spijtigen Duivel - Historique.

     

    2.1. Une brasserie très ancienne.

     

    Certains prétendent que l’origine de la brasserie ne peut remonter à avant 1750 (sans doute entre 1726 et 1741), alors que d’autres prétendent que l’édifice était déjà établi à cet endroit en 1500, ce qui en ferait l’un des ou le plus vieux des estaminets de Bruxelles. En 1769, on retrouve cette auberge sous le nom de « Spijtigen Duivel » sur la carte Ferraris de la Forêt de Soignes et sous la dénomination de « Spytighen Duyvel », sur l’édition 1771-1778, de la même carte Ferraris. Le 8 avril 1771, on note que « le Sieur Jean-Baptiste Ryckaert habitant d’Ixelles, vend à Demoiselle Cécile Ryckaert épouse de Philippe Van Overstraeten, un demi bonnier de terre avec la maison portant pour enseigne « Den Spytigen Duivel » sur la chaussée de Bruxelles à Calevoet, bien venant de feue Demoiselle Cécile Bartelyns veuve du Sieur Jean Ryckaert sa mère par testament passé le 12 décembre 1762 pardevant le notaire Jean-Baptiste Boogaerts (Minute du Notaire Andrieu aux Archives Générales du Royaume – Communiqué par Henri de Pinchart – Ucclensia 154, p. 11). C’est l’un des rares bâtiments qui subsiste encore de l’époque de la création de la chaussée d’Alsemberg (1726). Dès le début du 19e siècle, le Spijtigen Duivel servit d’auberge-relais pour diligences (reliant Calevoet à la rue de la Montagne, au centre de Bruxelles) qui, pense-t-on, alors que la chaussée proprement dite n’existait pas, se situait au carrefour entre l’actuelle rue du Doyenné (Kerkstraat) et la rue Joseph Bens (Chemin de Forest), cette dernière reliant Uccle à Forest. C’est dans l’auberge du « Spijtigen Duivel » qu’avant 1827 se réunissait le conseil communal d’Uccle. De fait, vers 1790, l’établissement était tenu par un certain Henri Trageniers qui se trouvait également être conseiller communal. Une trentaine d’années plus tard, le notaire Delcor y procédait aux ventes du canton, sous le regard du patron Van den Branden. Dans les années 1860, il semble que Charles Baudelaire et Victor Hugo aient fréquenté la brasserie de notre diable furieux et qu’ils y auraient couché sur le papier (voir dans le bois de tables aujourd’hui disparues !) quelques une de leurs pensées. A la fin du 19e siècle, pour accéder au Spijtigen Duivel en venant du Chat, on empruntait un chemin nommé Pispottenstrôtje (petite rue des pots de nuit), car les habitants de ce lieu avaient pour habitude de faire sécher ces récipients sur les pieux des clôtures de jardin ! En 1907, la famille Pauwels (Jean, son épouse, deux fils et une fille) acquit le Spijtigen Duivel. En 1912, la Ligue Ouvrière d’Uccle choisissait le Spijtigen Duivel pour célébrer le 41e anniversaire de la Commune de Paris. Ladite ligue y avait vu le jour en 1887, sous la présidence de Jean Eggerickx, en même temps qu’une chorale confiée à la baguette d’un chef nommé le père Léger, lequel s’occupait depuis l’année précédente de la chorale socialiste « L’Echo du Peuple », sise rue d’Or (aujourd’hui disparue). A cette époque, du jardin de la brasserie, un escalier de bois menait à l’étage, comme en témoigne une eau-forte de Paul Craps. Avant que les billards électriques ne fassent leur apparition, le jardin du Spijtigen Duivel accueillait encore quelques antiques habitués qui pratiquaient un jeu de boules plates en bois, et ce jusqu’en 1948 (ou 1946). Ce fut probablement le dernier jeu de ce genre à Uccle.

     

    2.2. La Spijtigen Duivel en danger (1950).

     

    Au début des années 1950, le Spijtigen Duivel faillit bien disparaître, abandonné à son sort par un certain Van Loo, alors propriétaire des lieux ( ?). De fait, celui-ci, qui était, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, un Anglais authentique, semblait bien peu désireux de faire des frais pour entretenir son bien. Aussi, le Spytigen Duivel tombait-il en ruines et voilà la description que l’on pouvait en donner en 1950 : « C’est une vieille bâtisse régulière à six fenêtres fortement espacées, encadrant une porte centrale, avec un seul étage, le tout datant probablement du début du XVIIIe siècle. Les proportions sont bonnes, mais la construction est pauvre. Seule la porte en pierre moulurée a quelque valeur de style. Ce style est d’ailleurs rural et l’état de conservation médiocre. Les fenêtres n’ont pas d’encadrement de pierre ; la corniche est renouvelée ; à l’intérieur aucune cheminée ancienne ni porte de style ; l’escalier est ancien mais sans valeur. L’aspect de taudis se précise quand on passe aux dépendances qui toutes sont chancelantes sans qu’on y trouve le moindre coin artistique. » En ce 17 avril 1950, s’adressant à son Président, le Prof. Thibaut de Maisière semble bien avoir signé l’arrêt de mort du Spijtigen Duivel. En effet, les descendants de la veuve Pauwels comptaient sur un éventuel classement de la bâtisse qui sauverait leur établissement, or le verdict de Monsieur de Maisière est sans appel : « Nous ne croyons pas pouvoir proposer le classement de l’immeuble au titre artistique ou même folklorique. » Au début des années 1950, Louis Quiévreux lui-même fait part de ses craintes de voir disparaître l’auberge et son antique enseigne, que l’on venait de décrocher, mais il ne s’agissait, bien heureusement, que de rénovation : les murs de briques espagnoles furent repeints, la cour plantée de tilleuls vénérables fut restaurée et l’enseigne fut rajeunie par un certain M. De Coninck, un des habitués du lieu. La partie nord du bâtiment disparut toutefois en 1954 ; ce fut vraisemblablement là le prix à payer pour la sauvegarde de l’établissement.

     

    2.3. Le Diable Furieux résiste !

     

    2.3.1. La résistance d’un diable.

     

    En 1960, on songe à nouveau à un classement, et en 1973, l’enseigne restaurée est remise à sa place par Jean Grimau, à l’initiative du Cercle d’Histoire d’Uccle : le Vieux Diable Furieux résiste avec cornes, griffes et fourche ! En 1992 et en 1995, la question du classement du Spijtigen Duivel revint encore, mais cela n’aboutit une fois de plus à rien. A noter que Jean Pauwels est présenté comme le propriétaire des lieux, en 1993 (La chaussée d’Alsemberg et ses vieux cafés, Le Soir, 8 novembre 1993). En 2005, après quelques semaines de fermeture, le Spytigen Duivel rouvrit ses portes sous la responsabilité d’une nouvelle gérance assurée par Christos Hatzis et de son épouse, Sylvie Vleminck. Ceux-ci tenaient la friterie voisine depuis une quinzaine d’années et entretenaient de bons rapports avec le Spijtigen Duivel qui acceptait que les clients viennent manger leurs frites dans l’établissement. Mais un jour, le propriétaire du « Spyt », comme une nomme parfois la brasserie, tomba malade et se trouva dans l’impossibilité d’ouvrir le WE, ce qui eut un impact très négatif sur le chiffre d’affaire de Christos et Sylvie. Aussi proposèrent-ils de racheter, tout simplement, le Spijtigen Duivel, à condition toutefois de ne rien changer à l’authenticité du lieu. Marché fut donc conclu et voilà comment notre furieux diable trône toujours au-dessus de l’entrée du n°621 de la chaussée d’Alsemberg aujourd’hui ! A noter qu’après des décennies d’ergotages et de péripéties, les autorités compétentes ce sont finalement décidées, en 2008, de lancer une procédure de classement du Spijtigen Duivel. Ouf !

     

    2.3.2. Le Spijtigen Duivel : quel intérêt ?

     

    Quel intérêt représente le « Spijtigen Duivel » d’un point de vue historique ou/et artistique ou/et folklorique ? Pourquoi méritait-il, en définitive, de se voir gratifier d’une procédure de classement ? Les raisons, nombreuses, sont les suivantes :

     

    -L’ancienneté du bâtiment qui remonte au deuxième quart du 18e siècle et portait au moins dès 1771 le nom de Spythigen Duyvel.

    -Sa fonction de relais de diligences le long d’une chaussée menant à Bruxelles.

    -La façade blanchie et la porte cintrée et son enseigne en bois (du 18e).

    -Le caractère folklorique de la salle du café.

    -La fréquentation du lieu par le conseil communal (avant la création de la première Maison communale au parvis Saint-Pierre) et par des célébrités parmi lesquelles Charles Baudelaire (plaque commémorative posée en 2002).

     

    Le Spijtigen Duivel devait donc se voir reconnaître la valeur historique et folklorique d’un « lieu de mémoire » ucclois.

     

    3. D’une auberge l’autre ?

     

    Selon certaines sources – Louis Quiévreux faisant référence à un texte de H. Crockaert, « Notice à servir à l’Histoire de la Commune d’Uccle », parue dans un numéro du « Folklore brabançon »- l’actuelle auberge du « Vieux Spijtigen Duivel » ne serait, en fait, pas celle d’origine. Le Prof. Thibaut de Maisière, déjà cité, renchérira même en précisant que si l’actuel établissement venait à disparaître, on pourrait éventuellement s’en consoler en songeant qu’il existe déjà dans les environs un « Vrai Spijtigen Duivel » et un « Nouveau Spijtigen Duivel ». Ces établissements nous sont aujourd’hui inconnus et nous ne connaissons plus que celui du n°621 de la Chaussée d’Alsemberg. Celle-ci, si l’on se réfère à la carte cadastrale de la chaussée d’Alsemberg de A. De Bruyne (parue vers 1731), se serait située à gauche de la chaussée lorsque l’on vient de Bruxelles pour se rendre à Uccle-Stalle, c’est-à-dire en face de l’auberge actuelle. Mais, dès lors, quelle serait l’origine du « Spijtigen Duivel » actuel ? Selon Crockaert, déjà cité, il s’agirait d’une autre auberge dénommée « Den Kyckuyt » (Le Guet ; une référence au « Vieux Diable Epiant » que nous mentionnons plus haut ?), dont les archives font également mention. Mais pourquoi l’actuel « Spijtigen Duivel » aurait-il troqué son hypothétique nom d’origine contre l’actuel ? Ne peut-on aussi envisager une erreur, une inversion des noms, par exemple, sur la carte de De Bruyne ? Et qu’est-il advenu, dès lors, de l’autre auberge ? Tout cela, ceux qui contestent l’identité du « Vieux Spijtigen Duivel » ne nous le disent pas. Aussi pensons-nous que c’est faire preuve de sagesse que de placer, faute de preuves et de témoignages suffisants, au rang des pures spéculations, l’hypothèse visant à nier le caractère historiquement authentique du nom de l’actuel « Spijtigen Duivel ». Et ce d’autant plus que l’hypothèse de Crockaert n’est guère reprise dans l’ouvrage « Monuments, sites et curiosités d’Uccle », édité en 2001 à l’initiative du Cercle d’histoire, d’archéologie et de folklore d’Uccle. Ledit ouvrage (p. 41) se borne à constater que « la partie nord des bâtiments –du XVIIIe s.- a disparu en 1954. Seule l’actuelle taverne témoigne de leur aspect originel. Ce fut le relais de la diligence qui allait de Bruxelles (Putterie) à Uccle (Bourdon). »

     

    4. Les origines légendaires du « Spijtigen Duivel ».

     

    4.1. Au début du 16ème siècle, le « Spijtigen Duivel » portait, dit-on, le nom de « A l’Ange ». Mais la patronne de cet établissement, une certaine Bette passait alors pour une femme de fort caractère, à tel point qu’on la disait mégère et, pour tout dire, acariâtre. Un jour vint un gentilhomme qui, d’un air affecté de nonchalance hautaine, remit les rênes de son cheval au domestique du lieu, un certain Tontje. Derechef, il commanda un dîner, laissant entendre au passage qu’étant particulièrement pressé, il n’entendait point attendre. Mais avant même qu’on lui apporte sa pitance, il fit entendre moult remontrances et récriminations : la vaisselle était sale, le linge de table ne valait guère mieux, le service était lent, et j’en passe. Dans le même temps, l’étrange gentilhomme ne cessait de flatter Tontje, lequel, victime des incessants reproches et insultes du maître de maison, soit l’époux de Bette, en tirait une grande fierté et ne manquait pas d’attirer l’attention de sa patronne sur les louanges dont il faisait l’objet, d’autant que le gentilhomme ne cessait d’en remettre, affirmant au domestique qu’il était loin d’être un imbécile et qu’une carrière brillante l’attendait à Bruxelles. Bette, qui sentait depuis un certain temps la moutarde lui monter au nez, n’en put bientôt plus et explosa littéralement : « Bien ! Bien ! Cela est très bien, mais saura-t-il nous payer, cet enjôleur ? » lança-t-elle à son grincheux client, avant de lui jeter au visage quelques sarcasmes bien sentis. L’intéressé, sursautant sur sa chaise, brandit son poing armé d’un joint de veau parfaitement rongé, et se fit connaître : c’était Charles-Quint lui-même ! De fait, la réputation caractérielle de Bette était arrivée aux oreilles de l’empereur et celui-ci s’était décidé à aller vérifier sur place la réalité de la rumeur populaire : il ne fut guère déçu ! Mais, faut-il le dire, l’attitude de Bette déplut souverainement à Charles-Quint qui lui tint les propos suivants : « Vous êtes bien la mégère que l’on m’avait décrite ! Ce n’est pas « In den Engel » que l’on devrait enseigner votre auberge, mais bien « In den Spijtigen Duivel » - et désormais je veux qu’on la nomme ainsi. » Et voilà comment l’auberge « A l’Ange » (In den Engel) devint la brasserie « Au Vieux Diable Furieux » (In den Spijtigen Duivel) !

     

    4.2. Un jour, la Gilde des Escrimeurs de Bruxelles s’arrêta, bannière en tête, devant une auberge nouvellement ouverte que les Ucclois voulaient baptiser « Au Saint-Michel ». Cela fut contesté par les Bruxellois dont, comme tout le monde le sait, saint Michel est le patron. Au cours de la mêlée qui s’en suivit, le diable ciselé qui figurait sous le saint Michel d’argent sur la bannière de la Gilde, se brisa et quelqu’un cria : « Quel dommage, saint Michel a perdu son diable ! ». Sur ce, les Ucclois s’emparèrent du diable et le suspendirent au dessus de la porte de l’auberge. Les Bruxellois, quant à eux, déposèrent plainte devant le duc de Brabant et le diable leur fut rendu. Mais le cabaretier, ne se tenant point pour vaincu, décida de faire peindre un diable sur son enseigne ! Cette version donnerait du crédit à la traduction de « Spijtigen Duivel » en tant que « Diable piteux » ou « Diable endommagé », le terme « spijtig » pouvant désigner un état de dépit : dommage !

     

    4.3. Il est dit encore qu’une troupe de bateleurs réformés trouva un jour refuge dans un cabaret d’Uccle. Cela se passait au 16ème siècle, en pleine guerre de religions. Ils tentèrent d’y présenter une pièce de leur cru intitulée « Den Spijtigen Duivel » qui se montrait particulièrement critique à l’égard du gouvernement sanguinaire du duc d’Albe. Aussitôt, des soudards inféodés au régime espagnol surgirent et massacrèrent les bateleurs, quant au cabaretier, il faillit bien être lui-même pendu. Pour se venger, dès que le sinistre duc eut quitté les Pays-Bas méridionaux, il donna à son établissement le nom de la pièce des infortunés bateleurs.

     

    4.4. Quant à Louis Quiévreux, il nous propose une autre hypothèse, moins légendaire qu’étymologique et bucolique. S’inspirant d’un ouvrage de botanique réalisé par un certain Isidoor Teirlinck, « Flora Diabolica », il rappelle que dans la région de Kortrijk (Flandre-Occidentale) les perce-neige sont nommées « Spijtsche Duvelkens », parce que, dit-on, à l’instar de petits diables qui ne craignent rien, ils jaillissent de la neige avec vigueur. Or, il apparaît que l’habitat de ses plantes a donné nombre de noms à des lieudits. Aussi, Louis Quiévreux pense-t-il que l’auberge du « Spijtigen Duivel » pourrait désigner un ancien habitat de perce-neige, les flammes jaillissant de la bouche du diable symbolisant le jaillissement des perce-neige de sous la neige, « jaillir » se traduisant par « speiten », « speeten », « spuiten », selon les dialectes thiois, ce qui a donné le terme bruxellois, hybride de thiois et de français, « spiter » (de l’eau qui « spite », par exemple, désigne l’eau pétillante).

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : « Bruxelles, notre capitale », Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 184-186 / « Monuments, sites et curiosités d’Uccle », Cercle d’histoire, d’archéologie et de folklore d’Uccle et environs, 2001, p. 41 et 205. / Et avec tous nos remerciements à Monsieur Frédéric Kisters, historien-archiviste de la Région de Bruxelles-Capitale, pour l’aide apportée à l’enrichissement de ce texte consacré à notre « Vieux Diable Furieux » !

     

  • Marché au Charbon

    RUE DU MARCHE AU CHARBON
    Au temps des processions.

    Merci à Jacky Beckers, hélas dcd trop vite, pour les photos de la procession de la rue du Marché au Charbon.

     

    Cette rue trace une ligne sinueuse de 350 m. entre l’arrière de l'Hôtel de ville et la place Fontainas.
    Son prolongement naturel est la rue d'Anderlecht, car la rue du Marché au Charbon (ancienne voirie nationale) est un tronçon de la route séculaire vers Anderlecht et le sud-est.

    Cette artère s'est formée à la fin du XIIIème siècle. On la appelée en latin Forum Carbonum et en flamand Colemerct.
    Jean d'Osta DICTIONNAIRE historique et anecdotique des rues de Bruxelles, page 186. 

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     Église Notre-Dame de Bon Secours de Bruxelles.

    Plus d'infos : 
    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame_de_Bon_Secours_de_Bruxelles


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    L'église du Bon Secours, organisait une très belle procession.

    Après être passé devant la rue des Grands Carmes, les scouts s’apprêtent à dépasser la courte rue du Bon Secours.

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    Nous somme bien toujours, devant l’opticien du n° 72 de la rue du Marché au Charbon.
    C'était la grand-mère de Jacky, qui était la responsable du magasin. 
     

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  • La Senne & Notre Dame au Rouge

    Voyage en barque autour du Quartier de Notre Dame au Rouge
    ( première parution le 3 novembre 2008)

     

     

    plan modif

     Jean Baptiste VAN MOER
    17/12/1819 – 06/12/84.

     Le Bourgmestre Anspach lui commande 15 portraits de la Senne pour 57.000 francs, qui décoreront l'antichambre de son cabinet. On peut encore les y voir aujourd'hui.

     

     Nul ne pourrait imaginer, en voyant ces toiles, que l'insalubrité de la Senne était à l'origine du voûtement. Mais par leurs précision photographique elles n'en on pas moins une grande valeur documentaire. Les inondations incessantes amenèrent le Bourgmestre Anspach, à assainir la ville une fois pour toute.

    Jules Anspach, alors âgé de 34 ans, n'était certainement pas impopulaire, en raison notamment des mesures qu'il avait prisent pendant l'épidémie de choléra qui couta la vie de 3500 personnes en 1866.

    15 VUES DE LA SENNE A BRUXELLES
    Ci-dessous 10 vues parmi les 15 que J.B. VAN MOER a peintes vers 1870.

     

     

    1

    n° 1 - Vue prise du cabaret L’OURS en direction de la rue des Pierres

     

    2

     n°2 -  Vue prise Le Moulin à Papier rue des 6 jetons

    3 rue dupt de la carpe

    n° 3 -  La Senne, vue de la rue de la Carpe, côté Ouest

     

    4 place fontainas (pont de la barbe)

    n°4 Une partie du 1er Rempart de la ville de Bruxelles, vue de la rue de la Petite Ile.  

    5 Rue Van Artevelde direction 6 jetons

    n°5 La Senne, vue d'une maison dans la rue des Chartreux.

    6 rue du pont de la carpe ---direction bourse 

    n ° - 6 La Senne vue de la rue de la Carpe, côte Est

     

    7 bourse -rue Orts

    n° - 7 Vue de la rue Middeleer sur le cabaret l'Ours.

     

    8 la bourse direction rue Orts

    n° 8 l'ancienne brasserie des Récollets

     

    9  riche claire -direction place fontainas

    n°9 Une partie du 1er Rempart de la ville de Bruxelles, vue d'une maison au-dessus de la Senne.

     

    10 rue des pierres - direction bourse

    n°10 Vue vers le cabaret l'Ours prise de la rue des Pierres.

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    14 Senne bis

     

    Merci à Andrée Bolsius pour cette image, qui représente la Chapelle de Notre Dame au Rouge.

     

     

    la Senne - reçu de Nicky Luppens

     Un dessin fait à l'encre de chine  et daté de 1902. A mon avis il a été fait d'après (donc copié) une des photos des frères Ghémar en 1870.
    Ecrit par Nicolas Luppens

     

     

     

     

     

     

    Si Paris a la SEINE, Bruxelles a la SENNE

    Depuis le voûtement de la rivière (en 1867- 1872), il n'y a plus dans notre capitale ni pont à franchir ni quai à arpenter.

    La Senne, à laquelle Bruxelles doit son développement, s'écoule du Sud au Nord, depuis Soignie) en Hainaut, ou elle prend sa source, jusqu'en aval de Malines ou elle rencontre la Dyle qui elle-même rejoint le Rupel, affluant de l'Escaut.

    Venant de Drogenbos, la Senne s'introduit en territoire Bruxellois à Anderlecht.

    Son cours devient souterrain peu avant la gare du midi et retrouve la surface près du pont Van Prat à Laeken.
    Ecrit par Léon Paris.
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    Notredameaurouge

     

  • La Garde Civique

    LA GARDE CIVIQUE

     

    Georges LIGNIAN
    Photo 1

    Capitaine Georges LIGNIAN

     

    Assut
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    Georges LIGNIAN2

    Photo 2

    Georges LIGNIAN

    Georges LIGNIAN-fin
    Photo 3

    Georges LIGNIAN

     

    Roger Côme, nous raconte ;

    Mon Bonpapa (le fils de Georges) était aussi à la Garde Civique, mais a été démobilisé au début de la guerre de 14, les allemands ne considérant pas la Garde Civique comme des soldats réguliers, mais comme des francs-tireurs à fusiller. Il m'avait dit que lors des défilés, les canons étaient tirés par des chevaux "civils" (dont les siens) Le problème était avec les chevaux de brasserie qui, passant devant un café de leur tournée régulière, s'arrêtaient; pour les faire repartir, il fallait donc faire un arrêt, rentrer au bistrot et.... Il parait que la fin du défilé avait une allure moins "martiale" qu'au départ! (zatte processe?)

    +-+-+-+-+-

     

    Numériser..

    Merci à Guillaume pour les images ci-dessous

     

    Numériser0001

     

    Garde Civique

     

     

    1830

    Photo offerte le 23 septembre 1894 au bourgmestre Charles Bulls par la sociétè centrale des Combattants volontaires de 1830.

     

    garde civique