Eric Timmermans - Page 5

  • Remparts et portes des 1ère et 2ème enceintes de Bruxelles.

             REMPARTS ET PORTES DES 1ère et 2ème ENCEINTES DE BRUXELLES

     

    « Qu’on s’imagine le puissant intérêt et l’aspect saisissant que présenterait notre ville si nos pères, tout en renversant les murailles qui étreignaient l’expansion de la cité, avaient isolé, en les conservant, les portes si curieuses et si pittoresques des deux enceintes. Notre commune serait semée aujourd’hui de monuments originaux, de spécimens de l’architecture d’autrefois, tranchant, par leur aspect fruste et étrange, sur l’uniformité des constructions modernes, et l’étranger viendrait les contempler, comme il va à Rouen…Nous devons regretter amèrement que ces témoins du passé aient disparu. » (Charles Buls, Bourgmestre de Bruxelles, au Conseil communal du 27 février 1888, dans « Bruxelles, notre capitale », L. Quiévreux, p. 158). Précisons toutefois que les sublimes vestiges du Vieux Rouen vantés, à juste titre, par Charles Buls, ont eu largement à souffrir de la seconde guerre mondiale : l’incendie de juin 1940 et les bombardements de 1944 ont entrainé la destruction de 28,5 ha dans la zone de 95 ha délimités par l’enceinte du 12e siècle….

     

    1. Deux remparts ou trois ?

     

    La ville de Bruxelles fut, durant son histoire, dotée de deux enceintes, l’une élevée au 12e siècle et l’autre au 14e siècle, et chacune fut percée de sept portes. C’est là un fait historiquement établi. Toutefois, nous verrons que d’autres portes furent ultérieurement ajoutées et qu’il convient de ne pas les confondre – erreur que commettent régulièrement de nombreux Bruxellois eux-mêmes - avec ce que nous appellerons, afin de les distinguer, les quatorze « portes historiques » des deux enceintes de Bruxelles.

     

    En outre, selon certaines hypothèses, un rempart – ou, plus précisément, une ligne de défense - aurait été élevé avant celle du 12e siècle. Ainsi, M. Paul Bonenfant, ancien archiviste de l’Assistance publique, basant ses recherches sur une curieuse particularité relevée par Des Marez, archiviste de la ville de Bruxelles, révèle qu’en 1694, les graissiers (marchands de volaille et de produits laitiers) demandèrent la permission d’agrandir leurs locaux jusque sur l’ « ancien rempart ».

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La maison des graissiers n’était autre que l’actuelle Brouette, qui est aujourd’hui une taverne située aux numéros 2-3 de la Grand-Place, mitoyenne du Roi d’Espagne, établissement qui forme, lui, l’angle de la rue au Beurre. Or, les historiens s’accordent pour dire qu’il n’y a jamais eu de rempart entre la Grand Place et ce qui est aujourd’hui l’arrière de la Bourse. Quel « ancien rempart » les graissiers pouvaient-ils donc bien évoquer ?

     

    Examinant le plan de Martin de Tailly (1639), M. Bonenfant découvrit près de l’ancienne église des Récollets (qui s’élevait sur l’actuel emplacement de la Bourse), un mur de défense doté d’une tour, ledit mur étant orienté parallèlement à la direction de la Senne. Selon M. Bonenfant, cette ligne de défense, probablement édifiée à la fin du 10e siècle et laissant la Grand Place à l’extérieur de son enceinte, aurait eu pour mission de protéger le castrum de l’Île St-Géry.

     

    « Préoccupé de fournir des éléments nouveaux à cette théorie, M. Van Hamme a exploré la cave du 31 de la rue au Beurre, car la ligne du rempart, telle que l’établit M. Bonenfant, se superpose exactement au côté sud de la rue au Beurre. » (Bruxelles, notre capitale, p. 86). De fait, dans la cave du n°31 de la rue au Beurre (adresse de la Maison Dandoy, renommée pour la haute qualité et la grande variété de ses biscuits), ont été découverts des blocs de grès lédien maçonnés dans les briques. On pouvait donc s’attendre à retrouver des vestiges de la ligne de défense du 10e siècle derrière les maisons de la rue au Beurre.

     

    En outre, « les travaux d’approfondissement de la cave de la maison de la rue au Beurre ont ramené au jour un crâne humain, une entrave de fer et une cruche en grès. La cruche a été datée du XVme siècle. L’entrave devait emprisonner le poignet du captif. Serait-ce dans une cellule de l’enceinte ? Le crâne, conservé pendant longtemps, a malheureusement disparu. » (Ibid.). 

     

    1. La première enceinte.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    II.1.Bref historique de la première enceinte.

     

    La construction de la première enceinte de Bruxelles trouve son origine dans certains événements survenus dans le courant des 11e et 12e siècles. A cette époque, les habitations se multiplient dans la vallée de la Senne et le castrum de Saint-Géry, même renforcé de steenen, ces maisons « en dur » (steenen vient du thiois « steen » qui signifie « pierre ») qui remplacent progressivement les vieilles maisons de bois, n’est plus en mesure d’en assurer la défense. Aussi, le comte de Louvain, Lambert II Balderic, décide-t-il de quitter l’île Saint-Géry, située en zone marécageuse, et d’édifier, semble-t-il entre 1040 et 1047, le nouveau château ducal sur le Coudenberg (actuelle place Royale).

     

    Le Coudenberg est une colline voisine de ce qui allait devenir la collégiale des SS. Michel-et-Gudule (actuelle cathédrale Saint-Michel), suite au transfert, à la même époque, des reliques de sainte Gudule, jusque là conservées dans la chapelle castrale de Saint-Géry. Les centres des pouvoirs politique et religieux se déplacent donc, au rythme de l’élargissement de la cité. Ces évolutions réclament  l’édification d’un rempart adapté à la situation nouvelle.

     

    « La construction de la première enceinte, promise aux Bruxellois par le duc de Brabant, Henri Ier (1190-1235) fut organisée et financée par la Ville elle-même ; l’ensemble fut terminé dans le courant du XIIIe siècle. » (La Porte de Hal, L. Wullus, p. 4). Il s’agit d’une muraille, haute de 6 à 7 m, sur arcades insérées dans d’importantes levées de terre, type de construction que l’on retrouve dans tout le duché de Brabant, notamment à Binche et à Nivelles. Ladite enceinte, jalonnée de 50 tours de guet reliées entre elles par des pans de mur nommés courtines, était percée de sept portes, mais afin de faciliter les relations entre le centre-ville et les constructions bâties extra-muros, l’on perça en outre, dès 1289, cinq portes secondaires nommées « wickets ». Les abords de la muraille étaient défendus par un fossé, à certains endroits, rempli d’eau et entouré de marais (nord), à d’autres endroits, sec et relativement étroit (est). L’enceinte proprement dite, d’une longueur de 4 km environ, était, en outre, jalonnée d’une cinquantaine de tours de guet reliées entre elles par des pans de murs appelés courtines.

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    Une vue de la première enceinte, rue de Bréderode.

    La première enceinte englobe l’île Saint-Géry, le premier port de bord de Senne, les collines du Treurenberg, incluant la première collégiale romane des SS. Michel et Gudule, le Coudenberg avec le château ducal, sans oublier la Grand Place. Mais Bruxelles poursuit son expansion. Ainsi peut-on noter la construction, hors des murs, de l’église Notre-Dame de la Chapelle -la présence d’une chapelle à l’endroit où se dresse actuellement cette église est attestée par une charte datée de l’année 1134, signée de la main du duc de Brabant, Godefroid le Barbu- de même que d’un poste avancé que l’on nommera, pour des raisons que nous évoquerons plus avant, la Porte à Peine Perdue (du côté de la rue Rempart des Moines), édifiée au début du 14e siècle.

     

    Après la mort de Jean III de Brabant (1312-1355), suivit un conflit de succession qui amena le comte de Flandre Louis II de Maele, à investir Bruxelles. C’est là que l’on place l’épisode de la révolte d’Everard t’Serclaes qui, à la tête de quelques dizaines d’hommes, entra dans Bruxelles, jeta à bas le drapeau flamand que Louis de Maele avait fait hisser à la fenêtre de la Maison de l’Etoile, sur la Grand Place, et chassa les Flamands de la ville.

     

    Toutefois, le rempart ayant largement montré les limites de son efficacité militaire, l’on décida d’en construire un second qui devait accroître grandement l’étendue de la cité et lui donner globalement l’aspect d’un pentagone. Le démantèlement de la première enceinte s’étala, selon les quartiers, du 16e au 18e s, ce qui signifie que les premier et deuxième remparts coexistèrent durant près de quatre siècles (du 14e au 18e). 

     

    Après la destruction ou l’utilisation à des fins non-militaires de ses portes et de ses « wickets » (portes secondaires), la première enceinte fut conservée aux moyens de strictes mesures de protection. Ainsi, par exemple, durant tout le 16e siècle, était-il interdit de faire pousser des vignes aux abords des murs, celles-ci provoquant le déchaussement des pierres de la muraille. Quant aux tours, parfois utilisées comme entrepôts, parfois incluses dans les habitations, elles bénéficièrent de la même protection que les courtines. Ce n’est qu’au 16e siècle que la première enceinte fut totalement démilitarisée et cédée aux particuliers. Elle sera peu à peu absorbée par l’habitat urbain.

     

    Mais au 19e siècle, sous prétexte, plus ou moins justifié, de « modernité » et d’ « assainissement », on entreprit de colossaux travaux de rénovation urbaine. Il en fut ainsi des travaux de voûtement de la Senne, compris entre 1867 et 1871. Il en fut ainsi, aussi et surtout, de cette ogresse par trop célèbre, connue sous le nom de « Jonction Nord-Midi », qui saccagea la ville un siècle durant, les travaux ayant commencé au 19e siècle pour se terminer plus que laborieusement…en 1952. De nombreux édifices et maisons furent détruits, de même que nombre de vestiges de la première enceinte que l’on retrouva sous l’habitat urbain. Les quelques vestiges qui purent être sauvés ne le furent que par la volonté de quelques personnes, tel que le bourgmestre Charles Buls, grand défenseur du patrimoine bruxellois.

     

    II.2.Portes et « wickets » de la première enceinte.

     

    II.2.a.Les sept « portes historiques » de la première enceinte.

     

    S’il existe encore un certain nombre de vestiges du premier rempart de Bruxelles, il n’existe plus de trace de ses sept « portes historiques ». Nous en connaissons toutefois l’emplacement :

     

    La Steenpoort (ou Porte de Pierre) était située au coin du boulevard de l’Empereur et de la rue de Rollebeek. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Hal.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte du Coudenberg (ou Porte de Namur) était située au coin de la rue de Namur et de la rue de Bréderode. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Namur (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte du Coudenberg » plutôt que de celle de « Porte de Namur », pour désigner la porte de la première enceinte)..

     

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    L’aspect rustique de la Porte du Coudenberg étonne. La construction de l’environnement, avec une tourelle aux pignons à gradins, coupe la ligne des remparts crénelés. A droite du dessin (Cobergh, daté : 30 di seth 1613.) le dessinateur a représenté un coin de l’auberge dont l’enseigne à potence porte l’esquisse d’un porc. Un monceau de bûche, soigneusement rangées, rappelle la dureté des hivers. Une entrée aux piliers de bois donne accès de l’établissement, dont le domaine est représenté clôturé. Une charrette à deux roues repose près de la clôture. Deux hommes, côté à côte, regardent les champs. Un personnage à cheval s'apprête à franchir la porte de sortie. (Bruxelles Jadis, Van Hamme, page 79)

    La Porte du Treurenberg (ou Porte Sainte-Gudule) était située derrière la cathédrale Saint-Michel, au coin du Treurenberg et de la place de Louvain. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Louvain.

     

    La Porte de Malines (ou Porte de Warmoesbroeck) était située au coin de la rue Montagne-aux-Herbes-Potagères et de la rue du Fossé-aux-Loups. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Schaerbeek.

     

    La Porte Noire (ou Petite Porte de Laeken) était située au coin de la rue de l’Evêque et de la rue de la Vierge Noire. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Laeken (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte Noire » plutôt que de celle de « Petite Porte de Laeken », pour désigner la porte de la première enceinte).

     

    La Porte Sainte-Catherine était située au coin de la rue Sainte-Catherine et de la place Sainte-Catherine. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Flandre.   

     

    La Porte d’Overmolen (ou Porte d’Anderlecht) était située au croisement de la rue Marché-au-Charbon et de la rue du Jardin des Olives. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte d’Anderlecht (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte d’Overmolen » plutôt que celle de « Porte d’Anderlecht », pour désigner la porte de la première enceinte).

     

    Durant la journée, c’est à ces portes que l’on percevait les taxes sur les marchandises. La nuit, elles restaient closes. Ajoutons que quatre de ces portes ouvrent et ferment le tracé de deux anciennes chaussées qui traversent Bruxelles :

    la première est la « Chaussée romaine » qui s’étend, à l’intérieur de la première enceinte, entre la Steenpoort et la Porte du Treurenberg via le boulevard de l’Empereur, le Cantersteen avant de parvenir au Treurenberg en longeant la cathédrale ;

    la seconde est la « Steenweg » (ou « Chaussée de pierre ») qui est sans doute légèrement antérieure à la première enceinte et qui s’étend de la Porte du Coudenberg à la Porte Sainte-Catherine, via la rue de Namur, la place Royale, la Montagne du Parc, le Mont des Arts, la rue de la Madeleine, la rue du Marché aux Herbes, la rue du Marché aux Poulets et la rue Sainte-Catherine.

     

    Au lendemain de la construction de la seconde enceinte, entre 1357 et 1379, les « portes historiques » de la ville, de même que les « wickets » (ou guichets secondaires) furent progressivement détruits afin de faciliter la circulation intra-muros. La Porte de Sainte-Catherine, de même que la Porte Noire, survécurent un temps du fait de leur transformation en lieu d’habitation. D’autres portes servirent d’entrepôts pour les grains et pour le sel. Toutefois, seules trois portes survécurent jusqu’au 18e siècle. Il s’agit de la Porte du Treurenberg et de la Steenpoort, qui furent aménagées en prison, et de la Porte du Coudenberg qui fut utilisée comme salle d’archives, à partir de 1594.  

     

    II.2.b. Les cinq portes secondaires ou « wickets » de la première enceinte.

     

    Nous l’avons dit, qu’il s’agisse de la première enceinte ou de la seconde, l’on commet souvent l’erreur de confondre les « portes historiques » et les portes secondaires, également nommées « guichets » ou « wickets » (ce terme thiois trouvant d’ailleurs son équivalent dans le mot français « guichet » dont il est peut-être une déformation) ou encore « portes d’octroi ». Afin de les distinguer, nous réserverons le terme de « portes » ou « pavillons d’octroi » pour les portes secondaires de la seconde enceinte et le terme de « wickets » pour les portes secondaires de la première enceinte, celles-là mêmes qui nous intéressent ici. Ainsi dénombre-t-on plusieurs « wickets », vraisemblablement cinq ;  (Promenades bruxelloises – La Première enceinte, p. 4), percés dans le rempart de la première enceinte. Nous en avons retrouvé quatre, dont un probable :

     

    -Le Wicket du Lion : La rue de la Grande Île était coupée en son milieu par le rempart. C’est à cet endroit qu’une poterne nommée Guichet (ou Wicket) du Lion, permettait d’entrer intra-muros.

     

    Le Wicket de Driesmolen : Situé au croisement de la rue Van Artevelde et de la rue Saint-Christophe.

     

    Le Wicket (probable) du n°42 (2002) de la rue des Chartreux : « Anciennement nommée rue du Viquet, dont on a fait par corruption Vincket, [la rue des Chartreux] a, par arrêté du 4 mai 1853, aggloméré la rue qui portait encore ce nom. » (Bochart). Au 18e siècle, l’on fit de cette artère une rue du Finquet ou encore, de Finquette : le terme « wicket » vient-il du mot français « guichet » ou, au contraire, le terme Finquet ou Finquette, vient-il du mot « wicket », ou l’une métamorphose précéda-t-elle l’autre ? La question n’est guère tranchée. Dans le vestibule du n°42 de la rue des Chartreux, on peut encore apercevoir (2002) quelques pierres d’une tour dont on suppose qu’il pourrait s’agir des vestiges d’un « wicket » autrefois installé dans cette rue.

     

    Le Wicket de Ruysbroeck : Ce guichet s’éleva, de 1289 à 1540, sur la place de la Justice, dans le prolongement de la rue de Ruysbroeck. Il fut supprimé en 1540 afin de faciliter le passage du cortège de l’Ommegang.

      

    II.2.c. La Porte à Peine Perdue.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    Pas plus que les « wickets », la Porte à Peine Perdue, associée à la première enceinte de Bruxelles, ne compta parmi ses sept « portes historiques ». Cet ouvrage défensif avancé fut construit hors des murs, à peu près à mi-parcours de ce qui est aujourd’hui la rue de Flandre, là où cette artère forme un angle obtus, au carrefour du Marché-aux-Porcs, de la rue Léon Lepage et de la rue du Rempart des Moines. Cette dernière tient son nom d’un mur de terre et de pierre, bordé d’un fossé extérieur creusé au 13e siècle. Ledit « rempart des moines » était destiné à protéger le couvent de Jéricho, situé hors des murs de la première enceinte.

     

    On franchissait jadis ce rempart en suivant la rue de Flandre, en passant sous les voûtes de la Porte à Peine Perdue et en empruntant le pont Philippe qui enjambait alors le fossé du « rempart des moines ». Lorsque l’on décida la construction de la deuxième enceinte, dans la seconde moitié du 14e siècle, la Porte à Peine Perdue et le « rempart des moines » perdirent toute utilité. On rasa le rempart, on combla le fossé et, du fait d’une obsolescence intervenue si vite, la Porte à Peine Perdue acquit son nom. Elle « servit longtemps d’arsenal et de magasin d’objets de couchage pour les troupes. Un incendie s’étant déclaré en 1727 dans une maison attenante, le feu consuma entièrement la porte et les objets que le bâtiment renfermait. » (Bochart). On décida alors de raser ses décombres.

     

    III. La seconde enceinte.

     

     

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    III.1.Bref historique de la seconde enceinte.

     

    III.1.a. Quatre siècles au service de la défense de Bruxelles.

     

    Comme nous l’avons dit, au lendemain de la prise de Bruxelles par le comte de Flandre Louis de Maele (1356) et la reconquête de la ville par Everard t’Serclaes, les Bruxellois décidèrent de bâtir une seconde enceinte, longue de 8 km, prenant en compte l’expansion démographique et géographique de la cité. Les travaux s’étalèrent de 1357 à 1381-1383. La seconde enceinte, qui prit globalement l’aspect d’un pentagone –raison pour laquelle on se réfère parfois à « Bruxelles-Pentagone » pour désigner la ville originelle de Bruxelles-, devait s’étendre sur huit kilomètres, soit le double de la première enceinte.

     

    Comme cette dernière, elle fut percée de sept portes que nous nommons « portes historiques », qui correspondent chacune aux sept portes de la première enceinte et auxquelles, comme nous le verrons, viendront s’ajouter ultérieurement une huitième porte (la Porte du Rivage) et cinq portes secondaires dites « portes d’octroi ». La nouvelle enceinte est, en outre, jalonnée de 72 tours semi-circulaires et est, dans la partie basse de la ville, entourée d’un fossé inondé.

     

    Aux 16e et aux 17e s., les nouvelles techniques de siège et le développement de l’artillerie, obligèrent Bruxelles à entreprendre de grands travaux visant à doter le rempart de nouvelles défenses aptes à tenir l’ennemi à distance. Ainsi, de nouveaux obstacles (fossés, bastions et ouvrages défensifs triangulaires tournés vers l’extérieur), furent-ils placés en avant de l’enceinte.

     

    Entre 1672 et 1675, on construisit le Fort de Monterey (du nom du comte espagnol en charge du renforcement des défenses de la ville) sur les hauteurs de Bruxelles correspondant à la commune de Saint-Gilles, au sud de la Porte de Hal. Mais, en définitive, ces fortifications se révélèrent inefficaces : elles ne purent empêcher ni le bombardement de Bruxelles, en 1695, ni la prise de la ville par les troupes françaises, en 1746. L’ère de la guerre de siège prenait fin, et avec elle, l’utilité même des anciennes fortifications bruxelloises.

     

    III.1.b.. La garde des remparts.

     

    Durant la journée, les gardes surveillaient les différents accès de la ville, mais durant la nuit, ils étaient disséminés sur le rempart. Leur rôle était de surveiller les environs extérieurs, mais également de donner l’alerte en cas de feu ou de danger repéré intra-muros.

     

    Mais la défense de la ville reposait essentiellement sur la capacité de mobilisation de ses habitants, tous les hommes valides, de 17 à 60 ans, pouvant être appelés à porter les armes pour la défendre. Ils devaient pourvoir eux-mêmes à une partie de celles-ci (armes et armures), alors que la Ville se chargeait du matériel collectif (armes de jet, tentes bannières, artillerie…). La Ville disposait, en outre, d’un corps d’archers et d’arbalétriers regroupés dans des guildes et qui seront, ultérieurement, remplacés par des porteurs d’arquebuses et d’autres armes à feu.

     

    A l’origine, la gestion des remparts et de leurs portes était assurée par les Lignages, soit les sept grandes familles patriciennes de Bruxelles. Après 1421, les Nations – soit les neuf corps de métiers de Bruxelles- se joindront aux Lignages dans cette mission. Voilà pourquoi il fallut inventer un système d’ouverture et de fermeture des portes à deux clés, chaque porte étant du ressort d’un portier mandaté par l’un des Sept Lignages et d’un autre mandaté par l’une des Neuf Nations.

     

    III.1.c. Le démantèlement des fortifications.

     

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    Aussi, l’empereur autrichien Joseph II ordonna-t-il, en 1782, le démantèlement de la plupart des places fortes des Pays-Bas méridionaux, y compris celle de Bruxelles. Le Fort de Monterey et la majorité des portes de la ville furent rasées. Ne subsistèrent bientôt que les portes de Laeken et de Hal. Lors du rattachement des Pays-Bas méridionaux à la République Française, dans les années 1794-1795, les travaux de démolition furent arrêtés, mais ils reprirent sous le Consulat. La Porte de Laeken disparut à son tour sous le Premier Empire (1808). Enfin, par une ordonnance du 19 mai 1810, l’Empereur Napoléon Ier ordonna la destruction de la seconde enceinte qui se vit remplacée par des boulevards. Mais la fin du Premier Empire français empêcha la réalisation complète de ce projet. Les travaux d’aplanissement des ruines reprirent sous le régime hollandais (1815-1830).

     

    III.1.d. L’octroi.

     

    Les boulevards, qui suivent le tracé de ce que les Bruxellois nomment encore aujourd’hui la Petite ceinture, se virent doublés d’une barrière – la barrière de l’octroi- bordée par un fossé qui ferme la ville. « En 1800, l’administration française décida l’établissement d’octrois municipaux. L’article 131 de la loi belge du 30 mars 1836 laissa entier le principe des lois antérieures sur la matière, et les Bruxellois connurent l’octroi pendant soixante ans. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, p. 155).

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    Porte d'Anderlecht
    Photo de Pierrot Heymbeeck (2016)

    La barrière était défendue par un certain nombre de bâtiments nommés « pavillons d’octroi » qui remplacèrent progressivement les anciennes « portes historiques », désormais militairement obsolètes, et qui avaient pour but le contrôle de la perception des taxes sur les marchandises qui entraient dans la ville : « Avant 1860, on ne pénétrait pas aussi facilement dans Bruxelles-Ville qu’aujourd’hui. Les remparts avaient disparu, mais tout le long des boulevards extérieurs existait un fossé. Pour entrer en ville, il fallait passer par les portes de l’octroi, correspondant aux anciennes portes fortifiées. Les aubettes elle-même étaient défendues par des grilles, si bien que l’entrée de Bruxelles ressemblait étrangement à un passage en douane. Les gabelous veillaient. Ils étaient très sévères. La plupart des produits, surtout le gibier, le vin et les alcools étaient strictement contrôlés. » (Ibid, p. 155).

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    On supprima l’octroi le 21 juillet 1860. La barrière fut démantelée, « la population en liesse arracha les portes et les grilles de fer qui formaient barrière entre la ville et les faubourgs. L’Administration communale mit en vente les clôtures de la ville, à charge de démolition. » (Ibid, p. 155). Quant aux pavillons d’octroi, pour la plupart, ils disparurent. Ne subsistent de ces derniers que ceux que l’on peut encore voir aux carrefours des portes d’Anderlecht (dont l’un des anciens pavillons d’octroi abrite le Musée des égouts de la Ville de Bruxelles) et de Ninove (anciens pavillons d’octroi), de même que ceux de la porte de Namur (ancienne « porte historique » de la seconde enceinte) qui ont toutefois été déménagés au bout de l’avenue Louise, à l’entrée du Bois de la Cambre. De la seconde enceinte proprement dite, ne subsiste plus que la Porte de Hal, transformée, selon la mode romantique, en un château néo-gothique, entre 1868 et 1871, par l’architecte Henri Beyaert.

     

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    Entrée du Bois de la Cambre.

     

     

    III.2.Les portes de la 2ème enceinte.

     

    III.2.a. Les sept « portes historiques » de la 2ème enceinte.

     

    La Porte de Hal  constitue l’ultime vestige de la seconde enceinte de Bruxelles. Elle se situe à la jonction des boulevards du Midi et de Waterloo, en face de la rue Haute.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Namur était située à l’endroit qui porte encore son nom aujourd’hui et dominait la ville. Elle fut démolie en 1760 et remplacée, en 1835, par des pavillons d’octroi.

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    La Porte de Louvain était située entre les places Madou et Surlet de Chokier, à l’endroit qui porte encore son nom de nos jours. Elle fut démolie en 1783 et remplacée ultérieurement par des pavillons d’octroi.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Schaerbeek (parfois nommée aussi « Porte de Cologne », à ne pas confondre avec les pavillons d’octroi de la « Porte de Cologne » jadis située au bout de la rue Neuve, du côté de la place Rogier) était située au croisement des actuels boulevard Botanique et rue Royale, à l’endroit qui porte encore aujourd’hui le nom de « Porte de Schaerbeek ». Elle fut démolie en 1784 et ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Laeken était située à la jonction des boulevards du Jardin Botanique et Emile Jacqmain. Transformée en prison, elle fut finalement détruite en 1807.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    La Porte de Flandre était située à l’endroit où, aujourd’hui, les rues de Flandre et Antoine Dansaert aboutissent au canal de Charleroi. Elle fut détruite en 1783 et ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi.

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    La Porte d’Anderlecht était située à l’endroit qui porte toujours ce nom aujourd’hui, où la rue d’Anderlecht rejoint le boulevard du Midi. Détruite en 1784, elle fut ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi qui existent toujours.

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    III.2.b. La Porte du Rivage.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte du Rivage –parfois également nommée « Porte du Canal » ou « Trou du Rivage »- était une huitième porte, ajoutée en 1561, soit deux siècles après la construction de la première enceinte (raison pour laquelle nous devons la considérer comme une « porte tardive » à distinguer impérativement des sept « portes historiques » de la seconde enceinte), afin de contrôler l’accès au port fluvial auquel on accédait par le nouveau canal. Elle était située à l’emplacement de l’actuelle place de l’Yser, où l’on trouvait anciennement l’Allée verte (J. d’Osta). Cette porte constituait donc l’accès fluvial et douanier du canal de Willebroeck vers l’ancien port intérieur de Bruxelles, dont les bassins aboutissaient à la place Sainte-Catherine. La Porte du Rivage fut détruite en 1783, puis remplacée par des pavillons d’octroi.

     

    1II.2.c. La Grosse Tour.

     

    La Grosse Tour, également nommée « Tour du Pré-aux-Laines », était un élément de la seconde enceinte situé au niveau de l’actuelle place Louise. Avec ses 30m de diamètre, c’était l’une des plus grosses tours du second rempart, raison pour laquelle on lui a donné le nom qui est le sien. Elle fut utilisée comme tour de guet et également dans le cadre du tir annuel des archers, des arbalétriers et des arquebusiers. La Grosse Tour subsista longtemps après le démantèlement de la seconde enceinte et même à celui de la grille de l’octroi : elle ne fut démolie qu’en 1907. Une rue qui relie la place Stéphanie et la rue de la Concorde, nommée « rue de la Grosse Tour », perpétue son souvenir.

     

    III.2.d.. La Tour Bleue.

     

    Avec la Grosse Tour, la Tour Bleue (ou Tour Hydraulique) était l’une des deux tours particulièrement remarquables de la deuxième enceinte de Bruxelles. Elle était située entre les « portes historiques » de Namur et de Louvain, et, plus précisément, au niveau du milieu de la rue Zinner, sur la droite, lorsque l’on vient de la rue Ducale pour se rendre au boulevard du Régent. Cette tour a subsisté des siècles durant mais a aujourd’hui disparu.

     

    III.2.e. Les pavillons d’octroi de la seconde enceinte (19e s.).

     

    Il convient de distinguer deux types de pavillon d’octroi :

    premièrement, ceux que l’on a substitués aux anciennes « portes historiques », de même qu’à la « porte tardive » du Rivage ; c’est le cas des portes de Namur, de Louvain, de Schaerbeek, du Rivage, de Flandre et d’Anderlecht ;

    deuxièmement, ceux qui ont été édifiés en supplément des premiers ; c’est le cas des portes de Charleroi (dite « Louise »), de la Loi, Léopold, de Cologne, d’Anvers et de Ninove.

     

    Nous comptons donc une douzaine de « pavillons d’octroi », tous composés de deux bâtiments de style néo-classique :

     

    La Porte de Charleroi, soit deux pavillons d’octroi édifiés en 1840, était située à la place Louise (entre les « portes historiques » de Namur et de Hal), que les Bruxellois nomment plus volontiers « Porte Louise ». Quoi de plus naturel d’ailleurs : la prétendue « place Louise » n’est, dans les faits, qu’un simple carrefour. Les pavillons d’octroi de la « Porte Louise » (le nom de « Porte de Charleroi » n’est plus utilisé, ni dans la toponymie, ni dans le langage courant) n’existent plus. Une fois de plus, on a substitué à un nom toponymique, celui d’une personnalité qui n’apporte aucune information sur le lieu ainsi nommé, ce que l’on ne peut que déplorer. La place ou porte Louise doit son nom à la reine Louise-Marie d’Orléans, épouse de Léopold Ier. Comme nous l’avons déjà dit, au niveau de la place Louise se situait un édifice nommé la Grosse Tour dont le nom se voit perpétuer dans celui d’une rue voisine située pour moitié sur le territoire de Bruxelles-Ville (n°s impairs), pour l’autre, sur le territoire d’Ixelles (n°s pairs).

     

    La Porte de Namur « historique » fut détruite en 1782 et remplacée temporairement par une aubette de bois qui servit à la perception de l’octroi. Cette aubette précéda les deux pavillons de pierre élevés en 1835 et conçus par l’architecte Auguste Payen. Ces derniers subsistèrent à cet endroit jusqu’en 1863, soit trois années après l’abolition de l’octroi, et furent alors déplacés à l’entrée du Bois de la Cambre, au bout de l’avenue Louise. En 1866, à l’emplacement des anciens pavillons d’octroi, on édifia une fontaine monumentale à laquelle on donna le nom de Charles De Brouckère (1796-1860), en mémoire de cet ancien bourgmestre de Bruxelles. Cette fontaine fut démantelée en 1955. Ajoutons que l’on a parfois donné le nom de « Nouvelle Porte du Coudenberg » à la Porte de Namur (2ème enceinte), en souvenir du nom de la Porte du Coudenberg qui était la porte correspondante dans la première enceinte et que l’on nomme aussi parfois… « Porte de Namur ». Afin d’éviter les confusions, nous préférons, pour notre part, réserver le nom de « Porte de Namur » à la porte de la 2ème enceinte qui était jadis située à l’emplacement du quartier nommé « Porte de Namur » aujourd’hui, et celui de « Porte du Coudenberg » à la porte correspondante de la première enceinte, jadis située au coin des actuelles rue de Namur et des Petits Carmes.

     

    Les Portes de la Loi et Léopold, respectivement construites en 1849 et 1850, et situées entre les « portes historiques » de Namur et de Louvain, donnaient, l’une et l’autre, accès au quartier Léopold (où se situe aujourd’hui le Parlement européen). Les pavillons d’octroi de ces portes n’existent plus et leurs noms eux-mêmes se sont perdus, tant dans la toponymie de la ville que dans les mémoires.

     

    La Porte de Louvain « historique », jadis située au niveau des places Surlet de Chokier et Madou, fut détruite en 1783. Elle fut remplacée par deux pavillons d’octroi de plan octogonal, qui défendaient l’accès de l’hémicycle de la Porte de Louvain. Lesdits pavillons furent démolis lors de l’abolition de l’octroi, en 1860.

     

    La Porte de Schaerbeek « historique », jadis située à l’emplacement de l’actuelle place de Schaerbeek, fut démolie en 1785. On la nomma également « Porte de Cologne », nom que nous ne retiendrons toutefois pas pour désigner cette porte, afin d’éviter toute confusion avec les pavillons d’octroi de la Porte de Cologne, érigés en 1839, à hauteur de la place Rogier. Des pavillons furent également construits à l’emplacement de la Porte de Schaerbeek, en 1827. Ils furent démolis au lendemain de l’abolition de l’octroi, en 1860.

     

    La Porte de Cologne (1839) était située entre les « portes historiques » de Schaerbeek et de Laeken et, plus précisément, à hauteur de l’actuelle place Rogier (que l’on connut notamment sous le nom de « place de Cologne »). Les « pavillons d’octroi » de la Porte de Cologne, qui avaient été installés au bout de la rue Neuve et qui restèrent en place jusqu’en 1860, n’existent plus.

     

    La Porte d’Anvers :

     

    *La première porte d’octroi : La Porte d’Anvers est la première des portes d’octroi à avoir été édifiée, en 1804, sur le tracé de la deuxième enceinte. On la situait entre la « porte historique » de Laeken et la porte que nous dirons « tardive » du Rivage. Le percement de la Porte d’Anvers permit de passer directement de la rue de Laeken à la chaussée de Laeken (de nos jours, « chaussée d’Anvers »), sans devoir effectuer un détour en « U » par la Porte de Laeken voisine (jadis, il semble que l’on pouvait cependant accéder de la rue de Laeken à l’actuelle chaussée d’Anvers, par une poterne que l’on a muré ultérieurement). Le nouveau passage fut flanqué de deux pavillons d’octroi.

     

    *Sous le Premier Empire : C’est par cette porte, où l’on avait édifié une arche triomphale sur laquelle étaient écrits ces quelques mots, « Son nom seul le rend impérissable », que, le 1er septembre 1804, le Consul Napoléon Bonaparte (il ne sera sacré empereur que le 2 décembre 1804) fit son entrée à Bruxelles. Et voilà pourquoi, en 1807, on lui donna le nom de « Porte Napoléon ». C’est également par cette porte que, via la chaussée d’Anvers (à l’époque, « chaussée de Laeken »), « l’impératrice Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, petite-fille de Marie-Thérèse, fit son entrée à Bruxelles, le 23 avril 1810, avec l’empereur Napoléon Ier. » (Bochart) Après la chute de l’Empire, on donna à la « Porte Napoléon », le nom de « Porte de Laeken », puisqu’elle remplaçait la vraie « Porte de Laeken », « porte historique » de son état, située originellement à la jonction des actuels boulevard Emile Jacqmain et du Jardin Botanique, et détruite en 1807 : « Plus généralement connue sous le nom de Porte de Laeken. Elle sépare la place d’Anvers de la chaussée du même nom. Sous le régime impérial français, on la nomme Porte Napoléon. » (Bochart)

     

    *Sous le régime hollandais (1815-1830) :

     

    La Porte Napoléon prendra tout naturellement le nom de « Porte Guillaume », en référence au roi Guillaume Ier des Pays-Bas, pays sur lequel ladite porte donne dès lors un accès direct. La « Porte Guillaume » s’ouvre également sur la promenade champêtre très prisée et très mondaine de l’Allée verte. En 1819, un genre d’arc de triomphe aux prétentions monumentales, œuvre de l’architecte Tilman-François Suys, y est construit, pour perpétuer le souvenir de l’entrée de Guillaume Ier à Bruxelles (1817), le souverain des Pays-Bas ayant vraisemblablement décidé d’imiter Napoléon :

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    « Lors de l’entrée du roi Guillaume Ier dans Bruxelles (1817), les magistrats de cette ville et un grand nombre d’habitants lui préparèrent une brillante réception, et pour en perpétuer le souvenir, la régence fit construire une sorte d’arc de triomphe, exécuté sur les dessins de Suys, par Van Gheel ; il était soutenu par deux colonnes corinthiennes, avec un bas-relief représentant le bourgmestre Vanderfosse offrant les clefs de la ville au roi, au-dessus de l’archivolte étaient placées quatre grandes figures, et sur les côtés, à plomb des colonnes, deux statues colossales allégoriques. Depuis cette époque, jusqu’en 1830, on donna à cette entrée de Bruxelles la dénomination de Porte Guillaume. » (Bochart).

     

    Selon Jean d’Osta, les pavillons d’octroi de la Porte d’Anvers sont alors déplacés vers la nouvelle Porte de Ninove, pour laisser place à l’arche susmentionnée :

     

    « Mais, en 1819, on décida de transférer les deux petites aubettes de la rue de Laeken au boulevard de l’Abattoir, pour les besoins de la nouvelle Porte, dite de Ninove, et de construire à leur place une porte monumentale au bout de la rue de Laeken, dédiée au roi Guillaume. » (J. d’Osta)

     

    Cette thèse semble être toutefois contredite par Eugène Bochart, en 1857, qui précise qu’au lendemain des événements de 1830 (soit bien après 1819), la « Porte Guillaume » (future « Porte d’Anvers »), « qui n’avait pas été solidement construite, fut démolie à l’exception de la partie inférieure, c’est-à-dire des deux aubettes de l’octroi, que l’on voit encore actuellement. » (Bochart). Selon un témoignage d’époque, donc, les deux portes d’octroi de la Porte d’Anvers étaient toujours bien situées au même endroit, non seulement après 1830, mais jusqu’à la moitié des années 1850. Elles ont ainsi survécu à la Porte Guillaume elle-même, qui fut détruite en 1838.

     

    Ceci dit, Jean d’Osta n’a pas tort lorsqu’il prétend que des éléments de ladite Porte Guillaume ont bien été déplacés vers la Porte de Ninove, il ne s’agit toutefois pas des portes d’octroi, mais des seules colonnes de la Porte Guillaume (ex-Napoléon). Ainsi, Eugène Bochart précise-t-il qu’en 1820, on adapta à la Porte de Ninove, les colonnes de la Porte Guillaume.

     

    *Dans le royaume de Belgique (de 1830 jusqu’à nos jours) :

     

    Suite à la création du royaume de Belgique, au début des années 1830, la porte d’octroi change une fois de plus de nom –il n’est plus question, à présent, de garder celui du souverain des Pays-Bas, dont les territoires qui composent la Belgique viennent de se détacher !- pour devenir, comme nous l’avons dit,  la « Porte d’Anvers ». A noter qu’en 1835, c’est à l’Allée verte, à proximité de la Porte d’Anvers donc, qu’on édifiera la première gare ferroviaire de la ville. La Porte d’Anvers, dont le nom s’est perpétué jusqu’à nos jours, n’est plus aujourd’hui qu’un carrefour situé au croisement de la rue de Laeken et du boulevard d’Anvers.

    Porte d'Anvers.JPG

    Porte d'Anvers (2016)

     

    La Porte du Rivage, bâtie en 1561, est une huitième porte ou, plus précisément, une « porte tardive » de la seconde enceinte. Elle était située à l’emplacement de la place de l’Yser. Au lendemain de sa destruction, en 1783, on édifiera à cet endroit deux pavillons d’octroi qui seront démolis après la suppression de cet impôt, en 1860.

     

    La Porte de Flandre « historique » fut détruite en 1783. Elle fut ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi dont il ne reste cependant plus trace aujourd’hui. Le nom de « Porte de Flandre » s’est toutefois perpétué jusqu’à nos jours pour désigner un carrefour où se rejoignent les rues Antoine Dansaert et de Flandre.

    Ninove.jpg

    La Porte de Ninove (1806), que l’on situe entre les « portes historiques » de Flandre et d’Anderlecht est l’une des rares portes secondaires à avoir survécu jusqu’à nos jours. De fait, les pavillons d’octroi de la Porte de Ninove existent toujours. On les situe place de Ninove que les Bruxellois désignent presqu’exclusivement sous le nom de « Porte de Ninove ». A noter que c’est également à la Porte de Ninove que l’on situait la « Petite Ecluse ». C’est, en effet, à cet endroit que le bras occidental de la Senne pénètre en ville.

    Ecluse.jpg

    La Porte d’Anderlecht « historique » fut détruite en 1784. A son emplacement (toujours nommé « Porte d’Anderlecht » aujourd’hui), on édifia, en 1836, deux pavillons d’octroi, qui existent toujours et dont l’un abrite le Musée des égouts de la Ville de Bruxelles.

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, PIM-Services, 1951, p. 85-86, 155-158 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 23, 118-119, 227 / Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, Eugène Bochart (1857), Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 94, 157, 199, 209, 321-322 / Histoire de la Ville de Bruxelles, A. Henne et A. Wauters, Editions « Culture et Civilisation » Bruxelles, 1968,  p. 30-31 / Histoire secrète de Bruxelles, Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981, p. 57-65 / La Porte de Hal – Témoin silencieux d’une histoire tumultueuse, Linda Wullus, Musées Royaux d’Art et d’Histoire, 2006, p. 4, 5, 9, 14, 28-32. / Promenades bruxelloises, La première enceinte, Ville de Bruxelles, 2002.

  • Auderghem

    SI AUDERGHEM M’ETAIT CONTE…

     

    1.Origines et brève histoire chronologique d’Auderghem.

     

    1.1.Les origines d’Auderghem.

     

    A l’origine, Auderghem s’est développé dans la vallée de la Woluwe, alimentée par deux affluents : le Watermaelbeek (ouest, prend sa source à Watermael) et le Roodclosterbeek (est, prend sa source à Tervueren). Ces deux affluents se jettent dans la Woluwe (partiellement souterraine aujourd’hui), rue Jacques Bassem, à hauteur du parc du Bergoje. Le bassin de la Woluwe est vraisemblablement occupé depuis le Néolithique moyen (civilisation du Michelsberg : -3000 / -2200). A l’époque romaine (-58 à +476), le territoire d’Auderghem fait partie intégrante de la forêt « charbonnière » qui couvre le territoire de l’actuelle Belgique, du nord au sud.

     

    1.2.Epoque franque (476 – 987).

     

    Les Francs Saliens s’installent dans la vallée de la Woluwe au 5e siècle. Ils créent des domaines agricoles dans les clairières ou dans les zones déboisées et défrichées par leurs soins. De ces domaines naîtront divers hameaux, dont Auderghem (dont le nom apparaît dans la moitié du 13e s.), qui est alors la plus isolée des « localités » imbriquées dans la forêt. Il s’agit d’un conglomérat de quelques exploitations agricoles indépendantes, reliées entre elles par des chemins de terre. Auderghem est un hameau qui dépend de Watermael, sur les plans civil et religieux.

     

    1.3.Epoque médiévale (11e – 13e s.).

     

    Vers l’an Mil, la chapelle Sainte-Anne fut construite sur l’emplacement d’un oratoire en bois. Un siècle plus tard, une tour lui est adjointe. Le nom d’Auderghem, sous sa forme d’origine d’Oudrenghem, est attesté pour la première fois dans un acte, en 1253. Le nom vient de Ouder (vieux) et hem ou ghem, dérivé du vieil allemand haim (maison). Il pourrait remonter à l’époque franque et serait dès lors issu de Aldaharinga haim (Maison d’Alaric). Oudrenghem est cité une seconde fois dans un acte abbatial, en 1257. On répertorie à cette époque, une vingtaine de maisons, entourant trois ou quatre métairies. En 1262, le prieuré de Val-Duchesse est fondé.

     

    1.4.Bourgogne et Habsbourg (1363 – 1794).

     

    En 1368, le prieuré du Rouge-Cloître est fondé. En 1435, on compte 174 foyers pour Watermael, Boitsfort et Auderghem et 180, en 1536. On compte alors à Auderghem quatre moulins à eau, dont trois sur la Woluwe, et deux sur le Roodekloosterbeek. En 1726, passage de la chaussée de Wavre. En1749, pavage de la chaussée de Tervueren.

     

    1.5.Le 19esiècle.

     

    En 1830, Auderghem compte 500 habitants. En 1843, construction de l’église Sainte-Anne. En 1844, Auderghem est reliée à Boitsfort par une chaussée pavée. Le 1er janvier 1863, Auderghem, qui s’étend sur 903 ha et compte 1600 habitants, obtient son indépendance communale ; lancement d’un vaste programme de travaux publics. En 1886, 66 Auderghemois sont emportés par une épidémie de choléra. En 1881, la commune compte 2487 habitants (dont seulement 229 électeurs). En 1888, installation de l’éclairage public.

     

    Saint Anne.jpg

    Photo prise en janvier 2017.

     

    1.6.Le 20e siècle.

     

    En 1904, installation de la distribution d’eau à Auderghem. En 1906, construction de l’église Saint-Julien. En 1914, Auderghem compte 8000 habitants ; 49 Auderghemois seront tués au cours de la première guerre mondiale (Monument au Morts, rond-point du boulevard du Souverain). En 1923, Auderghem compte 9850 habitants et, en 1940, 18.279 habitants. Durant la deuxième guerre mondiale, 53 Auderghemois perdent la vie. En 1959, construction de l’église de Blankedelle. En 1956, désaffectation des lits de la Woluwe et du Watermaelbeek ; voûtement à proximité du boulevard du Souverain. En 1963-1965, construction de l’actuelle église Saint-Julien. En 1970, inauguration d’une nouvelle Maison communale. En 1976, prolongation du métro jusqu’à la station Hermann-Debroux. En 1977, inauguration du Centre d’art du Rouge-Cloître. En 1983, création d’un musée de la forêt au Centre d’information de la forêt de Soignes au Rouge-Cloître. En 1990, aménagement d’un espace vert au Bergoje. En 1997, opération « Bruxelles, ma découverte : Auderghem ». Environ 25.000 personnes visitent le site de Val-Duchesse.

     

     2.Les Meuniers d’Auderghem.

     

    C’est en 1949 qu’un groupe folklorique auderghemois, « Les Meuniers d’Auderghem » (ou « Boerkens van Ouderghem »), voit le jour dans le quartier populeux de la commune, concentré autour de la rue du Vieux Moulin, derrière la maison communale actuelle. A cette époque, les gens venaient au moulin à eau qui se trouvait à cet endroit, au bord de la Woluwe. Le fondateur de ce groupe portait le nom de Désiré Jacquemyns.  Un groupe de danse d’une centaine de personnes se constitua autour d’un accordéoniste.

     

    Les hommes étaient habillés en meuniers, avec un chemisier blanc et un foulard rouge, retenu par une boîte d’allumettes. Les femmes portaient une jupe rouge avec une ruban blanc dans le bas et un foulard vert avec des « floches ». Et ils portaient des sabots argentés…bien peu pratiques pour la danse ! Les Meuniers d’Auderghem ont toutefois remporté nombre de concours folkloriques, et participaient régulièrement aux jubilés et aux mariages. Ils se sont même produits en France, à Cambrai.

     

    Dans leurs déplacements, des étendards et des géants les suivaient. Les deux géants furent baptisés en 1949, du nom des deux paroisses d’Auderghem, Julien et Anne. Le bourgmestre Lebon donna lecture de leur acte de naissance, avant qu’ils ne furent bénis à l’église Sainte-Anne. Les « Meuniers d’Auderghem » assurèrent le parrainage.

     

    Survint un jour la modernité avec son cortège de pollution et de bruit automobiles, radiophoniques et télévisés et, en 1956, les Meuniers d’Auderghem disparurent. Quant à Julien et Anne, ils tombèrent dans les oubliettes de l’histoire locale. De ce temps, il ne reste plus aujourd’hui que quelques photos jaunies, comme le dit un jour au journal Le Soir, Jeanne, l’épouse de Désiré Jacquemyns.

     

    3.Les églises Sainte-Anne et Saint-Julien.

     

    3.1.De la chapelle à l’église Sainte-Anne.

     

    La chapelle Sainte-Anne, dressée sur un promontoire, surplombe le domaine de Val-Duchesse. Antérieure au couvent tout proche, elle a été bâtie au 11e s., dans le style roman, avec caractères issus du type rhénan. Elle a    vraisemblablement été précédée par un édifice en bois. Très rapidement, la chapelle devint un lieu d’un important pèlerinage : on venait y prier la Vierge et sa mère, sainte Anne, afin de solliciter diverses guérisons ; c’était, en particulier, le cas des femmes frappées de stérilité. On accédait à la chapelle Sainte-Anne, par une rampe pavée –le Kapelleweg-, de même que par un escalier de pierre construit en 1667, mais qui fut en partie démoli, au début du 20e siècle.

     

    C’est en 1307 que le duc de Brabant Jean II, donna la chapelle Sainte-Anne au couvent des dominicaines de Val-Duchesse, qui dirigeaient déjà, à l’époque, le couvent Saint-Clément de Watermael. A la fin du 16e s., les bâtiments de Val-Duchesse vont souffrir d’un incendie qui endommagea aussi légèrement la chapelle Sainte-Anne. Celle-ci tendit à prendre, dès lors, un aspect plus gothique, notamment pour ce qui est de la tour et des vitraux.

     

    Tout au long de son histoire, la chapelle Sainte-Anne joua un rôle central dans le développement d’Auderghem, la communauté paroissiale s’organisant autour d’elle. Survint la Révolution française, et en 1812, sous le Premier Empire, Sainte-Anne fut vendue à un particulier nommé Jean Puraye. Il fallut attendre 1825 (régime hollandais) et la double intervention d’une ancienne dominicaine de Val-Duchesse, Caroline Mac Mahon, et du bourgmestre de Watermael-Boitsfort, Van Campenhout, pour la voir rouvrir au culte. La mayeur de Watermael-Boitsfort avait fait l’acquisition de l’église à ses frais, après l’avoir fait restaurer.

     

    Jugée trop petite, la chapelle Sainte-Anne fut à nouveau fermée au culte en 1843. Et on la remplaça par un nouvel édifice : l’église Sainte-Anne, construite sur l’avenue de Tervuren (Sainte-Anne, qui dépendait jusque-là de Saint-Clément, à Watermael, devint alors une paroisse autonome). Quant à la chapelle d’origine, elle fut désaffectée en 1854, et transformée en métairie. Elle changea ensuite plusieurs fois de propriétaire, avant d’être rachetée, en 1902, par un certain Charles Madoux, qui la restaurât. En 1908, l’épouse de ce dernier la revendit au propriétaire du domaine de Val-Duchesse, le baron Charles-Dietrich. Celui-ci la restaurât également, en 1916-1917, sous la direction du chanoine Lemaire qui en réimagina notamment la décoration intérieure. La chapelle ainsi restaurée fut consacrée le 1er juin 1917. En 1983, l’archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg y fut baptisée, en présence de l’impératrice d’Autriche Zita.

     

    L’élément le plus remarquable de la chapelle Sainte-Anne (domaine de Val-Duchesse), lieu de culte de l’ancien village, est la tour du 12e siècle, dotée de trois étages, avec fenêtres, meurtrières, baies cintrées et contreforts aux angles.

     

    Quant à l’église Sainte-Anne, de style néo-classique et édifiée en 1843, elle se dresse toujours au n°89 de l’avenue de Tervuren(emplacement du Schietheideveld), c’est-à-dire à l’est du centre de l’ancien village. Pendant plus de soixante ans, elle demeura la seule église d’Auderghem, celle de Saint-Julien (la première) étant construite en 1906 et celle de Notre-Dame de Blankedelle (rue des Héros n°34), à la fin des années 1960. Le cimetière paroissiale cerna l’église Sainte-Anne jusqu’en 1920, époque de sa désaffectation.

     

    Parmi son patrimoine artistique (qui provient de la chapelle Sainte-Anne), on compte la statue de Sainte-Anne –elle porte la Vierge et l’Enfant- en bois polychromé du XVIe s.

     

    3.2.L’église Saint-Julien.

     

    Si vous parcourez l’avenue Gabriel-Emile Lebon, peut-être n’y décèlerez-vous pas immédiatement la présence d’une église, et pourtant… La chose massive et bétonnée qui s’y trouve, et n’est pas sans rappeler un élément du Mur de l’Atlantique, est bien l’actuelle église Saint-Julien, bâtie en 1965 ! Mais une autre église Saint-Julien exista à Auderghem. Nous allons en dresser le bref historique.

     

    En 1889, un négociant athois du nom de Nestor Plissart, acquit de vastes terrains autrefois occupés par des briquetiers, aux alentours du carrefour formé par la chaussée de Wavre et la rue Valduc. En 1906, la famille Plissart céda à très bas prix un terrain qui servit à la construction de la première église Saint-Julien (n°10 de l’avenue de l’Eglise Saint-Julien, qui relie le boulevard des Invalides à la chaussée de Wavre). C’est autour de cette église que se forma le quartier Saint-Julien. Et, tout naturellement, la population donna à la rue où se situe l’église, le nom de « rue Saint-Julien ». Mais une autre rue portant ce nom en région bruxelloise (à Molenbeek-Saint-Jean), on la rebaptisa, en 1917, « rue des Aquarellistes ». Et ce n’est qu’en 1932 qu’elle prit son nom actuel.

     

    Mais pourquoi Saint-Julien ? Selon les uns, l’église aurait été dédiée à l’évêque espagnol, saint Julien de Cuenca. Selon les autres, le choix du sieur Plissart en faveur de saint Julien pourrait provenir de ses origines athoises, et du fait que l’église d’Ath est dédiée à saint Julien (de Brioude).

     

    3.3.Le bois de Melsdael.

     

    A l’époque médiévale, plusieurs léproseries existaient dans les alentours de Bruxelles (Pentagone). Au sud de l’actuel square De Greef, se concentrait une population pauvre ou malade. Une léproserie y avait vraisemblablement été installée, à moins qu’elle eut été située de l’autre côté de la chaussée de Wavre, dans le bois de Melsdael.

     

    4.Le Vieil Auderghem.

     

    4.1.Le Village d’Auderghem défiguré…

     

    Le Vieil Auderghem correspond à ce qu’on appelait autrefois le « village ». Il s’agit du centre de la commune, là où se croisent la chaussée de Wavre et le boulevard du Souverain, deux monstrueuses artères qui ont à jamais défiguré le cœur de la commune, tout en la divisant en deux parties.

     

    4.2.De la place de la Gare à la place Félix Govaert.

     

    Cette place changea plusieurs fois de noms, notamment en raison des doublons existant en région bruxelloise : Félix Govaert (1916/1917-1925), Jules Génicot (1925-1945), Félix Govaert (depuis le 1er août 1945). Mais auparavant, cette place porta le nom de place de la Gare ou place de la Station, et ce de 1882 à 1916. De fait, la station ferroviaire d’Auderghem se situait à cet endroit, sur la ligne Bruxelles-Tervueren. La gare a brûlé en 1972.

     

    4.3.La maison « Mauresque ».

     

    Des anciens bâtiments qui bordaient jadis la ligne de chemin de fer, il ne subsiste plus aujourd’hui qu’une ancienne école, le pensionnat d’Hauwer, situé au n°18 de la place Félix Govaert. L’édifice étant du plus pur style art nouveau, d’inspiration mauresque  -façade couverte de crépi couleur sable, avec fenêtres et balcons -, on la surnomme la maison « Mauresque ». La maison « Mauresque » (ou du moins sa façade), a été classée le 28 mai 1998.

     

    4.4.Les rues du Vieil Auderghem.

     

    -Rue de la Sablière (n°2 : Lutgardiscollege pour garçons, construit en 1912 ; chapelle gothique).

    -Rue Idiers (du nom d’un échevin -1866-1872- qui posséda une teinturerie à cet endroit).

    -Rue du Verger.

    -Rue du Villageois.

    -Montagne de Sable (en escaliers).

    -Rue de la Pente (venelle très étroite et en pavés).

    -Avenue de Waha (du nom du second bourgmestre d’Auderghem : 1873-1884).

    -Rue du Vieux Moulin (pavée en 1844, le nom de cette rue rappelle qu’un moulin à eau y fonctionna sur la Woluwe jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale ; propriété des religieuses de Val-Duchesse pendant cinq siècles, soit de 1280 à 1780, ce moulin vit ses ultimes vestiges anéantit, en vue d’y construire un immeuble à appartement).

     

    4.5.Angles de rues du Vieil Auderghem.

     

    -Angle de la chaussée de Wavre et du boulevard du souverain : un immeuble occupe l’emplacement de l’ancienne maison communale d’Auderghem.

    -Angle de la chaussée de Wavre et de la rue Jacques Bassem : place communale, bâtie en 1989. Derrière cette place, une petite colline forme le clos du Bergoje, autrefois nommée Loozenberg. Les habitants la rebaptisèrent « Bergoje », en dialecte, « petites maisons sur la colline ». Le Bergoje s’est aujourd’hui étendu, et un ensemble d’habitations privées uniformes , construites dans l’espace situé entre le vieux clos et le parc du Bergoje.

    -Angle de la chaussée de Wavre et de la chaussée de Tervueren : à cet endroit, se dressait jadis une chapelle, Notre-Dame des Sables ou chapelle de la Sablonette, construite vers 1650 par les religieux du Rouge-Cloître sur des terrains qu’ils avaient reçus en dons. Elle fut démolie en 1830. Son existence est rappelée par une niche située dans la façade de l’immeuble actuel et abritant une statue de la Vierge, de style Louis XV, en porcelaine.

     

    5.Les Bousineus, Achille et Pélagie.

     

    C’est en 1977 que se constitua un groupe de danseurs-musiciens nommé les Bousineus. Ces derniers (dont le principal fondateur fut Paul Claeys) et « Les Bousineus-Danse » (dont Kathleen Peereboom fut toujours la responsable) rassemblaient des personnes qui dansaient et jouaient pour leur plaisir, tout en affichant une volonté de transmission qui ne fut…guère évidente à réaliser.

     

    En 1977, les Bousineus se composaient d’un groupe de musique et d’un groupe de danse folklorique (créé en 1983), les danseurs, au nombre de 16, portant des costumes régionaux (19e s.). Doté d’un ensemble original d’instruments de différentes époques, ils jouaient des mélodies traditionnelles et des airs à danser de nos Pays-Bas méridionaux (et, accessoirement, d’autres pays d’Europe centrale et occidentale).  Le groupe s’est longtemps concentré sur la démonstration (spectacles, festivals, cortèges de géants), et ce même si les musiciens poursuivaient parallèlement des activités autonomes (concerts, disques).

     

    Le scoutisme jouera un grand rôle dans la création du groupe des Bousineus. Celle-ci fut favorisée par le scoutisme pluraliste et son groupe ucclois : Honneur. Ainsi, plusieurs traditions de divertissement pour les chefs scouts de divers groupes artistiques, dont un centre de danse, où Kathleen et Paul étaient inscrits comme jeunes chefs scouts. On y exécutait des danses de divers pays (Allemagne, Angleterre, Belgique, Israël…) pour le seul plaisir.

     

    Le centre monta aussi de beaux spectacles de danse, au centre culturel d’Uccle, notamment en 1963 et 1965. Ultérieurement, sous le nom de H40 (« H » pour le groupe « Honneur » et 40 pour le 40e anniversaire du groupe) et avec l’appui, cette fois, des scouts catholiques, et en collaboration les associations Carmagnole et Farandole, un grand spectacle de danse sera monté au Théâtre National. Par la suite, le groupe visera à exécuter des danses plus compliquées d’Israël, de pays de l’ancienne Yougoslavie et de Hongrie.

     

    Une scission intervint alors, marquée par le départ des bons danseurs, qui formèrent le groupe Hourvari, dans lequel Paul et Kathleen restèrent deux ou trois ans. En 1976, ils suivirent un stage de danses hongroises, suite à quoi ils furent invités à présenter des danses de nos régions, au festival international de Szeged (Hongrie), en 1977.

     

    Mais le groupe Hourvari ne portait que peu d’intérêt aux danses de nos régions, jugées trop fades, il fallut donc les améliorer, notamment en concevant et en fabriquant deux géants : Achille et Pélagie (aucune filiation avec les géants des Meuniers d’Auderghem, Julien et Anne). Afin qu’ils puissent danser, ces géants ne pouvaient évidemment être trop lourds. On les fabriqua donc avec une armature en aluminium de sac à dos, avec du polystyrène et une carcasse en cercles d’osier suspendue aux épaules. Ainsi furent préservés la liberté des bras, ainsi que des mouvements au-dessus de la taille. Et c’est ainsi qu’Hourvari, en partie grâce à Achille et Pélagie, obtint un grand succès à Szeged !

     

    Après le spectacle, c’est l’éclatement. Certains danseurs restent à Hourvari, mais Paul Claeys, qui a pris goût aux musiques et danses de nos régions, fondent alors les Bousineus, orchestre de musique folklorique de nos régions. La plupart des musiciens sont d’anciens danseurs. Ils animent des nombreuses festivités et célébrations. Des danseurs, dont Kathleen Peereboom, accompagnent bientôt l’orchestre avec les géants, à la rue Haute et à diverses autres occasions. C’est ainsi qu’en 1983, à l’occasion du festival de danse de Montignac, se formera le groupe « Les Bousineus – Danse ». Plusieurs spectacles de danse sont montés à Uccle et à Saint-Gilles. Le groupe se produit dans divers pays (France, Grèce, Suisse, Suède…) et sort même un 33 tours, en 1987. Les Bousineus, qui ne cessent de diversifier leurs activités, créent aussi un spectacle complet, dont le thème est une rivalité entre le musicien et le diable, pour conquérir une petite fille qui joue à la marelle ! Par ailleurs, Achille et Pélagie sont invités à la ronde des géants portés à Steenvoorde (France), qui regroupe une centaine de géants.

     

    Passèrent les années. Vinrent l’âge, la fatigue, les problèmes physiques (quinze ans de danses hongroises, ça se paie !). Et la relève des danseurs ne fut pas assurée. Les Bousineus durent donc se réorienter, le groupe frôlant néanmoins l’extinction pure et simple, à la fin des années 1990. En 2004, il était précisé que le groupe s’était réorienté vers le bal et la transmission de connaissances (ateliers). A cette époque, le groupe musical des Bousineus était constitué de Paul Claeys (saxophone, clarinettes, flûte, accordéon diatonique ), Jacques Féron (clarinettes, percussions), Daniel Stévenne (accordéon chromatique), Dominique Harvengt (clarinette), Claudia Bindelli (violoncelle, percussions), Marie de Salle (violon).

     

    Les Bousineus participation encore, avec enthousiasme, aux rencontres de Gennetines, avant de se retirer progressivement, sans héritier, mais avec le sentiment d’une vie de musique d’abord (l’activité première), mais aussi de danse (nullement reléguée au second plan) bien remplie et parfaitement accomplie. L’une des caractéristiques des Bousineus fut d’interpréter des thèmes musicaux de toutes les régions de Belgique et cela ne lui valut guère une grande popularité, les puristes de chaque région critiquant ce choix. Non-inscrits à la Sabam, notamment pour des raisons financières et de « marketing » (il faut savoir se vendre, dans le monde d’aujourd’hui !), les Bousineus n’ont jamais perçu de subsides.

     

    Le 2 décembre 2007, à la ferme de Holleken (Linkebeek), les Bousineus célébrèrent leur 30e anniversaire…et la fin de leur groupe. Une page de de l’histoire locale d’Auderghem se tournait, sur une note toutefois particulièrement positive et réussie pour ces passionnés qui animèrent, trente années durant, les Bousineus et les Bousineus-Danse.

     

    6.Le domaine de Val-Duchesse.

     

    XIIIe s. :

     

    Le prieuré de Val-Duchesse est les plus ancien établissement des dominicaines dans nos régions. Il fut fondé en 1262, dans une vaste clairière de la Forêt de Soignes, par la duchesse de Brabant, Aleyde de Bourgogne, veuve du duc Henri III. La duchesse décida d’appeler ce prieuré S’Hertoghinnedael, en latin Vallis Ducissae, et l’attribua aux nonnes de Saint-Dominique. Celles-ci étaient appelées les witte vrouwen (les « dames blanches »), car elles étaient habillées de blanc. Le couvent s’enrichit rapidement et en 1271, biens et immunités furent confirmés par une bulle du pape Grégoire X. Il obtint aussi le patronat des églises de Watermael, Ekeren, Orthen et Bois-le-Duc. Le couvent possédait, en outre, des biens répartis dans des dizaines de localités du duché de Brabant, dont deux moulins à Auderghem. En 1281, l’un d’eux, situé sur la Woluwe au sud du domaine, fut donné au couvent, par Jean Ier de Brabant.

     

    XVe s. :

     

    En 1496, la communauté de Val-Duchesse se composait de 40 religieuses professes, six converses, trois confesseurs, un clerc, un prévôt, de même que plusieurs ouvriers laïcs. Cette communauté religieuse contribua à l’essor du hameau d’Auderghem en s’adressant aux métiers présents dans la population : bouchers, boulangers, brasseurs, cochers, charretiers, jardiniers, vachers, bûcherons, ouvriers agricoles. Elle apporta aussi une aide importante aux pauvres, malades et vieillards.

     

    XVIe s. :

     

    La prospérité économique de Val-Duchesse se perpétua de manière presque continue jusqu’à la fin du règne de Charles-Quint. En 1562, durant les guerres de religions, le couvent fut pillé et le prieuré, partiellement incendié.

     

    XVIIIe s. :

     

    Durant la guerre de succession d’Espagne (1701-1714), à la fin du règne de Louis XIV, les armées occupantes forcèrent le couvent à de fortes contributions. La communauté ne retrouva une relative prospérité que sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780). Par contre, son fils Joseph II (1741-1790), fit promulguer, en 1783, un décret relatif à la suppression de 170 couvents considérés comme non-productifs. Celui de Val-Duchesse fut fermé mais non vendu. En 1790, suite à la mort de Joseph II et à la faveur de la révolution brabançonne, les religieuses réfugiées à Asse, revinrent à Val-Duchesse. Mais l’irruption des révolutionnaires français, elles furent à nouveau chassées, cette fois, définitivement.

     

    XIXe s. – XXe s. :

     

    Des religieuses tentèrent, sans succès, de racheter le domaine de Val-Duchesse qui devint successivement la propriété de plusieurs industriels. Le site fut aménagé en fonction des besoins de ceux-ci et de nombreux bâtiments disparurent. Subsistent aujourd’hui le château de style Louis XVI, qui constitue, en fait, l’ancien quartier prioral, transformé et restauré, durant les décennies qui suivirent : les jardins français, l’Orangerie ou Palais des orchidées avec ses serres, pièces d’eau, fontaines ; un jardin Renaissance ; un corps de logis, de même qu’un étang, de quelque cinq hectares, longé par la Woluwe. L’entrée principale de Val-Duchesse, se situe au n°259, boulevard du Souverain. Depuis 1956, Val-Duchesse est le siège de réunions politiques importantes, sur le plan international. Les fonctionnaires européens se sont d’ailleurs installés au n°103 de la rue du Vieux Moulin, près de Val-Duchesse. Leur club occupe le château dit de Sainte-Anne. 

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Guide pratique du Folklore – Bruxelles et Brabant wallon, 1986, 3e édition, Service de Recherches Historiques et Folkloriques et des Relations culturelles et publiques, Province du Brabant / http://www.canardfolk.be/Historique/Details/Bousineus2007.htm /Auderghem - Guides des communes de la Région Bruxelloise, Guides CFC-Editions, 1998 / http://archives.lesoir.be/louis-schreyers-raconte-la-naissance-en-1949-d-un-group_t-199301

     

     

     

     

  • Ettekes

    GASTRONOMIE BRUXELLOISE : FROMAGES BRUXELLOIS, RAMONACHE ET TOMATES PREPAREES (FARCIES ET « DU MAYEUR »)

     

    1.En préambule : Remerciements à ma grand-mère maternelle et à son compagnon.

     

    Tous mes remerciements à ma grand-mère, Elisabeth Nys, qui, à 95 ans, en saucière experte, tient toujours sa cuisine et maintient la tradition d’une savoureuse gastronomie enracinée dans notre terroir brabançon. Mes remerciements aussi à son compagnon, Walter De Wachter, grâce à qui j’ai pu goûter au Ettekeis, dont il sera question dans le texte qui suit ; et qu’il préparait bien les épinards lorsque leur prix était encore accessible ! Tous deux doivent toutefois déplorer aujourd’hui la disparition de nombre de produits qui entraient dans la composition des recettes d’antan et qu’il est donc de plus en plus difficile de reproduire. Sans parler des prix exorbitants qu’il faut désormais débourser pour se procurer certains d’entre eux : car il n’y a pas que les épinards qui sont devenus impayables ! Au moins, grâce à eux, aurais-je connu cette tradition culinaire ancestrale ; comme nous le disait encore ma grand-mère récemment, non sans une pointe d’amertume, « il faut se dire qu’au moins nous l’aurons eu ! »  

     

    2.Les fromages bruxellois.

     

    Certains fromages font –ou, plus précisément, faisaient- intégralement partie du répertoire culinaire bruxellois. Nombre d’entre eux ont pratiquement disparu et en trouver n’est donc guère aisé (ceux que l’on trouve en grandes surfaces n’ont que très peu de choses en commun avec les fromages originaux). J’ai toutefois eu l’occasion, il y a un peu plus d’un an, de manger du Ettekeis, grâce à un proche qui en avait trouvé sur un marché des environs de Bruxelles. En thiois de Bruxelles, le néerlandais « kaas » (fromage) devient « keis » ou « kees », comme vous le comprendrez aisément à la lecture de ce qui suit !

     

    On compte parmi eux :


    Le Pottekeis : C’est un mélange de fromage blanc, d’échalotes, de fromage de Bruxelles (Ettekeis) et de bière.

    On le trouve encore dans certains cafés typiques (comme la Bécasse ou Moeder Lambic), mais aussi dans des fromageries renommées, comme La Crémerie de Linkeebeek. ajout par P.H. extrait d'un article de la D.H. Photo de BAUWERAERTS. D

     

     

     

    -Le Schopkeis : Ressemble au fromage de Bruxelles (Ettekeis), mais plus gros.

     

    -Le Ettekeis :

    Aucun texte alternatif disponible.

    Aussi nommé « fromage de Bruxelles », il s’agit d’un fromage vieux et piquant, servi enveloppé de papier parchemin. Personnellement, je le trouve moins piquant que fortement salé. Avis subjectif, bien évidemment. Sa forte odeur n’est pas sans rappeler celle du Maroilles et du Herve. Produit avec du lait écrémé, il doit subir un emprésurage de 48 heures minimum. Il est ensuite égoutté dans des sacs en nylon pendant 24 heures. Il s’affine pendant quatre mois. Le goût caractéristique du Ettekeis est assuré par des micro-organismes locaux qui prolifèrent sur la croûte, les mêmes qui entrent dans la composition des bières Lambiek.

     

    -Le Plattekeis : Fromage blanc que l’on déguste avec des radis et des petits oignons. Souvenirs de collations estivales sur les grandes tables en bois de Neerpede ! Ou encore, réconfort d’une grande tartine de Plattekeis dans le « stameneï » de Toone, après l’une ou l’autre représentation de ses marionnettes ! Une bonne adresse !  Mais, le tourisme de masse aidant, il faut aujourd’hui se méfier de certains établissements de Bruxelles qui vous filent un genre de crème fraîche à la place du vrai Plattekeis. Ne pas confondre, donc !

     

    2.La ramonache.

     

    La Ramonache ou Ramenas, est une variété de raifort que connaissaient bien les anciens Bruxellois. Jadis, on se rendait au bois de la Cambre pour déguster de grandes tartines au « plattekees » que l’on accompagnait d’oignons et de radis, comme nous l’avons déjà dit, mais également de ramonache. Celle-ci se sert en tranches minces, en même temps que le fromage et aussi avec une viande bouillie. La salade de ramonache se fait avec ce légume coupé très fin, mis dans un saladier, assaisonné de sel, poivre, persil et jeunes oignons hachés ensemble, huile et vinaigre terminant l’assaisonnement. Elle peut éventuellement être remplacée par une salade de concombres et inversement. On peut aussi râper la ramonache pour assaisonner la purée avec huile, vinaigre et crème. A servir en même temps que les viandes bouillies, les boudins, les saucisses, etc.

     

    3.Tomates farcies et « du Mayeur ».

     

    -Tomates farcies charcutière :

     

    Hachez un oignon et faites-le cuire trois minutes à la poêle dans un peu de beurre. Mettez-le dans un saladier, ajoutez une cuiller à café de persil, un quart de kilo de chair à saucisse non assaisonnée. Par ailleurs, enlevez à six belles tomates, bien en chair, une tranche assez épaisse, videz les tomates de l'eau et des pépins et passez au tamis les tranches enlevées. Ajoutez la purée de tomate au hachis, pétrissez et ajoutez une cuiller à soupe d’eau dans laquelle vous aurez fait dissoudre une cuiller à café de sel. Mélangez bien et formez six boulettes que vous déposez sur les six tomates vidées. Appuyez pour faire entrer la farce dans chaque tomate, rangez-les dans un plat à gratin, semez un peu de chapelure ou une biscotte en poudre sur le dessus de chaque tomate et mettez au four. Laissez cuire une vingtaine de minutes et servez avec une purée de pommes de terre.

     

    -Tomates du Mayeur :

     

    Il s’agit d’une préparation de tomates servies avec du fromage et de la mayonnaise. Faites cuire deux œufs durs ; écaillez-les et coupez le blanc en petits dés ; mettez-les dans un saladier. Coupez en petits dés 50 gr de langue fumée (la langue peut être remplacée par du maigre de jambon ou du saucisson dont les peaux auront été enlevées), 50 gr de fromage de Gruyère ou de Chester et ajoutez-les aux blancs d’œufs. Hachez fin une échalote, une petite touffe de persil, ajoutez-les également dans le saladier, ainsi qu’une bonne cuillerée à soupe de mayonnaise et une petite cuillerée de moutarde. Par ailleurs, plongez six tomates bien saines dans l’eau bouillante , laissez une minute et retirez. Epluchez puis coupez-les en deux. Nettoyez-les des pépins sans abimer les tomates et rangez-les sur un plat rond. Emplissez-les avec le mélange contenu dans le saladier et après avoir lissé le dessus, faites un rond avec les jaunes d’œuf passés au tamis sur chaque tomate. Placez au milieu une rondelle de cornichons et entourez la base de cressonnette ou de laitue coupée en fin julienne.

     

    Eric TIMMERMANS

     

    Sources : Cuisine et Folklore de Bruxelles, Brabant, Gaston Clément, Le Sphinx, 1972, p.51-52, 76.

  • TOONE

    SUITE

     

     

    2.3. François Taelemans (1848-1895) – Toone II (1865-1895), « Jan van de Marmit ».  

     

    François Taelemans naît le 6 octobre 1848 à la rue des Ménages. A 17 ans, Taelemans, jeune marionnettiste illettré, habite le même immeuble qu’Antoine Genty, dans l’impasse des Liserons. Nous sommes en 1865 et Genty (61 ans), décide de prendre François Taelemans comme successeur. En outre, nous avons vu qu’en 1879, Antoine Genty allait devenir le parrain du fils de François Taelemans, Antoine. Pendant que Toone l’Ancien poursuit son jeu, François installe son propre théâtre dans d’autres lieux. Etabli dans un local qui se serait appelé In de Marmit, François Taelemans se voit bientôt surnommé « Jan van de Marmit » ! Taelemans joue rue Blaes, chez Jef Patei, mais également à la rue des Vers (actuellement : rue Pieremans), notamment au numéro 53, où on le retrouve en 1860. Mais en 1863, le théâtre se voit menacé par des tracasseries administratives : les autorités communales s’inquiètent soudain des conditions de sécurité dans les locaux des marionnettistes. En 1877, le couperet tombe : la cave de notre marionnettiste est jugée humide, insalubre et impropre. Tous les témoignages en sa faveur n’y feront rien : il doit chercher un nouveau local. Mais un mois plus tard, François Taelemans peut s’installer dans un rez-de-chaussée situé au n°39 de la même rue des Vers, qu’il louera à la veuve d’un cabaretier. Entretemps, en 1869, François, qui vit toujours à la rue des Ménages,  a épousé Marie Dekeuster, fileuse de lin de son état. En 1884, la famille Taelemans et le théâtre de marionnettes vont s’installe au n°9 de la rue de la Philanthropie, mais ce fut un échec : en février 1888, Toone II se rapproche à nouveau de la rue des Vers et installe son théâtre au n°3 de l’impasse Vanderkeelen. Toone l’Ancien décède deux années plus tard, ce qui fait de François Taelemans son héritier naturel. Toutefois, ce n’est qu’ultérieurement qu’on lui donnera le titre de Toone II. Père de six enfants, notre marionnettiste, tenaillé par la misère, ne survivra toutefois que cinq ans à Toone I. Il s’éteint le 29 janvier 1895, à l’âge de 46 ans. Comme Antoine Genty, François Taelemans ne quittera jamais son quartier des Marolles. Il y aura formé plusieurs marionnettistes dont Georges Hembauf, l’un des deux futurs Toone III.

     

    2.4. Les deux Toone III : Georges Hembauf (1866-1898) et Jan Schoonenburg (1852-1926).

     

    2.4.1. Georges Hembauf (1866-1898) – Toone III (1882-1898), « Toone de Locrel ».

     

    2.4.1.1. Une passion pour les marionnettes.

     

    Georges Hembauf, né le 1er juillet 1866, deviendra ouvrier passementier, de jour du moins, car le soir, et ce dès 1882, il exerce le métier de marionnettiste qu’il a appris, comme nous l’avons vu, de François Taelemans – Toone II. C’est donc dès l’âge de 16 ans que, passionné par l’univers de la marionnette, il va commencer à exercer son art. Le 19 août 1884, Georges Hembauf épousa une bottière nommée Barbara Joanna Thienpondt. En octobre 1890 –mois du décès d’Antoine Genty-, Toone de Locrel s’installe au numéro 74 de la rue du Miroir. Le local ayant appartenu à une dynastie de marionnettistes concurrentes des Toone successeurs d’Antoine Genty, à savoir les Toone du Mirliton, Hembauf se déclarera repreneur du commerce de Toone, du « vrai Toone », insiste-t-il. Poursuivi par la législation sur la sécurité et la salubrité, Hembauf joue successivement rue des Teinturiers, rue Simon, rue du Cinquantenaire, rue des Ménages (aussi nommée rue des Voleurs). Il arrive aussi à Georges Hembauf de se déplacer chez des particuliers, comme ce jour du 28 mai 1891, où il donna une soirée privée à la place de la Chapelle.

     

    2.4.1.2. Une mort prématurée.

     

    En 1897, on retrouve Toone III-Hembauf à l’impasse de Lokeren, que l’on a francisé en « impasse de Locrel », ce qui vaudra tardivement à notre marionnettiste le surnom de « Toone de Locrel ». Ladite impasse était située au n°27 de la rue de la Rasière et correspond aujourd’hui à l’endroit où s’élèvent les « maisons ouvrières » de la rue des Chaisiers. Georges Hembauf, qui doit faire face à des accusations calomnieuses, déclare dans le journal « La Réforme », que son théâtre est le seul parmi la quinzaine fonctionnant à Bruxelles, à ne pas perdre sa clientèle et, au contraire, à la voir s’accroître. Toone III-Hembauf occupe alors dix ouvriers et un chef-machiniste. Il dispose, en outre, de 400 marionnettes et son répertoire compte pas moins de mille pièces, parmi lesquelles « La Belle Gabrielle », « La Guerre de Charlemagne », « Le Bossu », « Hamlet » et la « Bataille de Waterloo ». A cette époque les spectacles de marionnettes sont, comme on dirait aujourd’hui, « interactifs », c’est le moins que l’on puisse dire ! Les spectateurs n’hésitent pas à intervenir au beau milieu d’une scène et même à jeter des ordures à la tête des artistes de bois, ce qui nécessite souvent un rétablissement de l’ordre musclé ! Par ailleurs, la concurrence est rude entre les marionnettistes qui vont jusqu’à faire asperger d’eau les spectateurs des théâtres rivaux, de même que leurs trottoirs, surtout par temps de gel ! Mais en 1898, Georges Hembauf décède prématurément au terme d’une vie de 32 ans consacrée pour la moitié à sa passion : la marionnette. Il laisse derrière lui plusieurs enfants dont Jean-Baptiste Hembauf, le futur Toone IV, qui succède à son père pour nourrir ses frères et sœurs.

     

    2.4.2. Toone Schoonenburg (1852-1926) – Toone III (1878-1903 / 1918-1920), « Jan de Crol ».

     

    2.4.2.1. Une succession légitime.

     

    Un autre Toone III, voilà qui ne manque pas d’étrangeté, nous dira-t-on sans doute ! Certes, à première vue, il est permis de le penser. Voyons toutefois ce qu’il en est réellement. Nous l’avons vu, Georges Hembauf a succédé à François Taelemans, et le fils de Toone de Locrel, succèdera lui-même sous le nom de Toone IV, à son père. Les Hembauf s’intègrent donc parfaitement dans la généalogie des Toone. Dès lors, évoquer l’existence d’une autre Toone III fait l’effet d’une boule renversant un jeu de quilles bien agencé. Or, cela n’a rien de saugrenu. Jan Schoonenburg naquit le 13 juillet 1852, au n°94 de la rue des Renards, il est donc, lui aussi, un enfant des Marolles. Aîné de Georges Hembauf, Jan de Crol commence à exercer l’art de marionnettiste quatre année avant lui (1878). Il n’est certes pas initié par François Talemans (Toone II), mais par Toone l’Ancien lui-même. En outre, c’est lui qui reprendra le théâtre de Toone I, situé impasse des Liserons, et ce jusqu’en 1911 ; il y est donc encore 13 ans après le décès de Georges Hembauf. Jan Schoonenburg avait donc toutes les raisons de prétendre, lui aussi, au titre de Toone III.

     

    2.4.2.2. Un répertoire riche et de qualité.

     

    Le 23 juin 1873, Jean-Antoine Schoonenburg, de son vrai nom, épouse une casquettière dénommée Barbe-Thérèse Prist. Jean-Antoine exerce d’ailleurs lui-même le métier de chapelier à la rue des Minimes. Il arbore un haut-de-forme posé sur son abondante chevelure. C’est celle-ci qui lui vaudra le surnom de « Jan de Crol », à savoir « Jean le Crolé », c’est-à-dire le bouclé. Le répertoire de Toone III-Schoonenburg était vaste, et les pièces issues de la littérature française étaient particulièrement appréciées. Ainsi, du fait que Bruxelles a été érigée en capitale de la Belgique, les tenants d’un certain « mythe national belge » aiment à véhiculer l’image d’un peuple de Bruxelles forcément à la pointe du patriotisme de leur royaume. Force est de constater, toutefois, que celui-ci, même au 19e siècle, ne motivait pas forcément les choix artistiques de nos couches populaires bruxelloises. Ainsi, Jan de Crol lui-même dut bien se rendre à cette évidence, « car s’il donnait Le Lion de Flandre, d’Henri Conscience, il devait bien plus souvent représenter la Dame Blanche, Le Pont des Soupirs, Les Noces de Mignon, Les Mystères de Paris, La Reine Margot, Les Mystères de Venise, Le Coup d’Epée de M. de la Guerche, Les Trois Mousquetaires, Vingt ans après, Le Vicomte de Bragelonne. » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, p. 26-27). Habituellement, les représentations duraient deux mois, et chaque soir on pouvait voir les mêmes habitués s’asseoir sur les bancs.

     

    2.4.2.3. Le Chant du Cygne.

     

    Le 26 novembre 1903 se tint dans la salle de « La Nouvelle Barre de Fer », sise rue Haute n°340, une fête au bénéfice de Toone III-de Crol, qui célébrait ses 25 années de montreur de marionnette. Le spectacle fut grandiose et particulièrement riche. Avec ses fils, Jan de Crol maintint encore son théâtre jusqu’en 1911, mais de nouvelles attractions (salles de danse, cafés chantants) lui faisaient à présent concurrence et détournaient de ses acteurs de bois le public populaire. Il tentera bien de reprendre du service au lendemain de la première guerre mondiale, entre 1918 et 1920, période où on le voit exercer dans une ancienne cave de la rue des Minimes qui avait appartenu à un Toone du Mirliton, Nicolas Dufeys, mais sans succès. Il cèdera finalement son jeu à Daniel Vanlandewijck, le futur Toone V. On vit longtemps le pauvre Jan de Crol, désoeuvré,  déambuler ostensiblement dans la rue Haute, le dimanche, chapeau buse en tête, mais pour lui, le temps des marionnettes était bien termine. Un soir de 1926, au numéro 15 de l’impasse des Liserons, on le retrouva pendu au milieu de ses acteurs de bois. Son successeur fut Daniel Vanlandewijck, alias Toone V.

     

    2.5. Jean-Baptiste Hembauf (1884-1966) – Toone IV (1898-1935) « Jeanke ».

     

    2.5.1. Toone : une affaire de famille.

     

    C’est avec Toone IV que le théâtre de marionnettes de Toone va réellement devenir une affaire de famille. De fait, pour la première fois de ce qui allait devenir, au fil des décennies, l’histoire de la dynastie des Toone, la succession allait se transmettre de père en fils. De fait, nous l’avons vu, à la mort de son père, Georges Hembauf, intervenue en 1898, Jean-Baptiste Hembauf, qui n’est alors âgé que de 14 ans, va reprendre le flambeau, pour nourrir ses frères et sœurs. Toone IV, qui a appris le métier de marionnettiste auprès de son père, a également été un aide de Toone II, François Taelemans. Mais Georges Hembauf a vendu tout son jeu de marionnettes et l’impasse de Locrel est sur le point d’être rasée pour faire place à des « logements ouvriers », qu’on appellerait bien plus tard « logements sociaux », et que l’on peut encore voir aujourd’hui se dresser entre la rue de la Rasière et la rue Pieremans. Jadis, les habitants des Marolles appelaient cet ensemble d’immeubles « Le Bloc » ou « Den Blok », en bruxellois thiois. Pour faire face à l’adversité et sauver son théâtre, Jean-Baptiste Hembauf va s’associer avec le fils de ce dernier, Antoine Taelemans, qui est également, rappelons-le,  le filleul de Toone l’Ancien, fabricant et montreur de marionnettes.  

     

    2.5.2. Jeanke, trente années de fidélité aux marionnettes.

     

    Jeanke, alias Toone IV, alias Jean-Baptiste Hembauf, comme ses prédécesseurs, restera fidèle aux Marolles toute sa vie. Il n’en n’est pas moins né, le 7 mars 1884 au n°7 de la rue de la Chaufferette, une artère située entre la rue du Midi et le Plattesteen, c'est-à-dire à deux pas de la Grand Place. C’est toutefois bien au cœur des Marolles que Jeanke va diriger son théâtre, trente années durant. Ainsi le retrouve-t-on à la rue de la Prévoyance, puis à l’angle de l’impasse Sainte-Thérèse, dans une grande cave dont la superficie couvre les n°s 1, 2 et 3 de la rue des Vers (actuelle rue Pieremans). Survient la première guerre mondiale. Toone IV déménage successivement à la rue des Prêtres, puis à la rue du Miroir et à la rue de l’Abricotier que l’on nomme aussi « Bloempanchgang », soit l’impasse du Boudin ! Déjà éprouvé par la concurrence des cafés chantants, genre de karaoké de l’époque, l’activité des théâtres de marionnettes va également souffrir de la guerre. Toone s’est spécialisé dans la confection de pièces d’armure en cuivre pour ses marionnettes et cela a vraisemblablement largement contribué à sa renommée. Or, l’occupant allemand, lui, entend bien réquisitionner tout le cuivre disponible pour la guerre, et il s’en faudra de peu pour que les armures de nos marionnettes se voient transformée en munitions ! Mais Toone IV parviendra, par son sang froid et son talent, à sauver les précieux ornements de ces acteurs de bois. La guerre enfin se termine. Toutefois, dès les années 1920, une nouvelle menace plane sur nos marionnettes : le cinéma. En 1930, un siècle après la fondation de la dynastie des Toone, les théâtres de marionnettes ferment les uns après les autres. Celui de Toone IV ne fait pas exception. Jean-Baptiste Hembauf abandonne le jeu et se reconvertit dans un commerce de laine et de flanelle situé au bout de la rue de la Rasière, non loin de la rue Haute.

     

    2.5.3. Le sursaut de Toone IV et les Amis de la Marionnettes.

     

    Quant à Daniel Vanlandewijck (Toone V), l’héritier de Toone III de Crol, il vient de vendre ses marionnettes à des brocanteurs. En cette fin d’année 1930, l’aventure des Toone semble donc bien terminée. Il n’en sera pourtant rien. En 1931, trois hommes, Marcel Wolfers, Richard Dupierreux et un certain Marollien du nom de Jef Bourgeois, qui sauvera la dynastie des Toone à plus d’une reprise, fondent « Les Amis de la Marionnette ». Toone IV les rejoint, de même que l’écrivain Michel de Ghelderode, le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max et nombre d’autres sympathisants. Les « Amis », de chair et de bois, s’installent alors dans une cave de la rue Christine (n°5), là où avait jadis habité Toone l’Ancien lui-même. On s’active désormais pour récupérer tout ce qui peut l’être. Jef Bourgeois, tout particulièrement, va s’investir dans ce combat, y allant notamment de ses deniers. Il va même convaincre Daniel Vanlandewijck de remonter sur scène. Le 28 mars 1931, grâce à une habile opération de publicité des « Amis », les marionnettes de Toone apparaissent à la une du Soir illustré. La « dynastie des Toone » est définitivement établie par Jef Bourgeois et Marcel Wolfers, et le 31 mars est inaugurée le nouveau théâtre de la rue Christine. On se réjouit alors de voir Toone et ses acteurs de bois, poursuivre leur aventure, mais personne ne peut savoir qu’en ce même mois de mars 1931 naît celui qui la fera durer jusqu’à nos jours : José Géal, le futur Toone VII.

    Eric TIMMERMANS.

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    José Géal - Toone VII

     

  • La légende du juge Herkenbald

     

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    Photo 1

     

     

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    Photo 2 - L'histoire du juge est sculptée dans la pierre - Hôtel de ville de Bruxelles. - Cul-de-lampe de l'aile gauche de l'Hôtel de Ville. HERKENBALD punit de ses mains son neveu coupable.

     

    La légende du juge  HERKENBALD.

     

    Ce digne magistrat était le juge suprême qui rendait la justice en l’an 1020 de Notre-Seigneur.

    Le juge HERKENBALD d’une grande intégrité, veuf et âgé de soixante ans  n’avait   comme seule famille un neveu et une fille,  Blanche, dont on dit qu’elle était extrêmement belle.

    Le neveu, beau et grand jeune homme  était élevé par le juge, et Blanche en était follement amoureuse. Le vieux juge destinait même son neveu  à prendre sa place dans l’administration de la justice à nos pères.

    Mais le neveu était un  "hiten boulé"  et pour assouvir ses besoins il se rendait dans des endroits mal famés et participait à des orgies. Je juge avait connaissance des travers du jeune homme, mais comme sa fille Blanche, en était follement amoureuse, il ferma les yeux.

     

    Un jour que le digne HERKENBALD, rendait bonne et égale justice, aux riches comme aux pauvres, un pauvre vieillard  en pleurs vint se mettre à genou devant son siège.

    -         Levez-vous brave homme, ce n’est pas en supplient qu’on obtient justice PARLEZ !

    -         Seigneur, dit-il,  c’est en effet justice que je demande ; et je sais que je l’obtiendrai de vous.

    Là-dessus le vielle homme se remit à pleurer.
     
    -        Justice plaise à dieu que je ne fusse pas contraint de vous le demander. Mais, vous avez une fille, Seigneur juge. Et moi aussi je suis père et ma fille est mon seul appui, ma famille, ma richesse, mon espoir, mon orgueil elle était chaste et pure et je marchai le front levé. TOUT EST PERDU, aujourd’hui.  Un jeune homme en état d’ivresse est rentré dans ma maison a pris ma fille et malgré ses cris l’a violé.

    Il y avait alors à Bruxelles une grande sévérité pour les crapules coupables de viol.

    -         Vieillard, dit-il, vous serez vengé la loi vous donne le sang du criminel

    -         Ah ! Seigneur, dit le bon homme effrayé, ce n’est pas sa vie que je demande.

    -         Mais je juge ne l’entendit point. -  Où est le coupable, demanda-t-il ?

    -         Il est encore dans ma maison.

    -         MARCHONS.

    Et le magistrat, fit signe par ses gardes et d’un grand pas, (suivit avec tumulte d’une foule)  se rendit où était située la maison où le crime a été commis.

    La porte s’ouvrit, c’était le neveu d’HERKENBALD. Le vieux magistrat pâlit.

    -         Awel, que ce que tu fais ici ? Tu connais l’infâme peï qui a fait ça ?

    Le jeune mort de peur, se jetât à genoux  et confessât que c’était lui le criminel.

    -         VOUS ! dit Herkenbal en broubelant... et après un long silence, il ajouta ; -         Vous allez mourir !

    A ses mots le jeune homme posa une clameur d’effroi.
    -        Oh ciel, mon oncle, excusez-moi j’avais la "douffe",  je ne savais plus ce que je faisais.

    -         Ha ! et par-dessus le marché,  vous étiez saoul, la loi puni cet état également. Vous méritez la mort.

    Un confesseur s’approcha ; et le vieux  justicier d’une voix tremblante lu au coupable la sentence et on coupa "directement en une fois" le cou du neveu.

    Après quoi le vieux juge se mis à pleurer, sa fille apprenant la nouvelle en mourut de chagrin dans l’année et le juge ne put survivre à sa fille.

    La rue ou le crime a été commis s’appelait la rue de Fer (quartier de la Bourse actuelle).

     

    Pierrot Heymbeeck.
    Inspiré ;  DES CHRONIQUES DES RUES DE BRUXELLES
    Ou histoire Pittoresque de cette Capitale, par les faits, légendes et anecdotes et les traductions populaires – Tome 1er. Année 1834.- BRUXELLES Montagne de la cour, n°2.
     " Etait-ce là déjà propos de rue, répété de bouche en bouche, comme tendrait à le faire croire la relation, sans doute romancée, à laquelle se complut, en 1834, Colin de Plancy dans sa chronique des rues de Bruxelles" ?

     

     

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    Tapisserie d'Herkenbald, ensemble. La partie gauche montre le juge légendaire du passé bruxellois, tuant de sa main son propre neveu qui s'était rendu coupable d'un crime. La tapisserie date du XVI siècle. (Mussée de Berne).

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    LA JUSTICE DHERKENBALD

     

    1. Les lieux.

     

    Si l’on se rend à la Grand-Place et que l’on observe l’un des deux culs-de-lampe qui surplombent l’escalier aux lions de l’Hôtel de Ville, on y verra gravée dans la pierre la légende de la « justice d’Herkenbald ». L’histoire se rapporte à une affaire qui se serait déroulée dans une ancienne rue nommée la « rue du Fer ». Celle-ci s’étendait de la rue Marché-aux-Poulets à la « place des Récollets », entendez l’actuelle place de la Bourse.

     

     2. La Justice d’Herkenbald (1ère version).

     

    Il est dit qu’en l’an 1020, un pauvre vieillard et sa fille vivaient dans la rue du Fer. La jeune fille, nommée Pélagie, était réputée tant pour sa grande beauté que pour sa non moins grande vertu. Mais un soir, alors que les forces des ténèbres étaient à l’œuvre, l’univers de la pure enfant bascula.

     

    Le neveu du juge Herkenbald avait beau s’être fiancé depuis un an à sa cousine Blanche, fille dudit juge, il n’en n’était pas moins resté un débauché notoire. Il connaissait la grande beauté de Pélagie, de même que sa réputation vertueuse. Aussi rêvait-il de la posséder, de gré ou de force.

     

    Un soir de beuverie et d’orgie, l’envie de souiller et de tirer jouissance de la douce et noble Pélagie lui remua à ce point les tripes, qu’il s’en vint frapper à sa porte. La candide enfant, croyant que c’était son père, lui ouvrit l’huis, ce qui permit au luxurieux neveu de s’engouffrer de force dans le logis. Le vaurien, dénué de toute pitié, n’écouta ni les pleurs, ni les prières, ni les cris de la malheureuse enfant sur laquelle il se jeta pour lui faire subir les derniers outrages. C’est ainsi que la malheureuse Pélagie fut déshonorée.

     

    Le lendemain, le père de la malheureuse jeune fille se présenta à l’audience publique pour demander justice de l’odieuse agression dont sa fille avait été la victime. Or, le juge n’était autre que le sieur Herkenbald, l’oncle du violeur, magistrat connu pour sa grande probité. Lorsqu’il demanda où était l’agresseur, il se vit répondre par le père de la victime : « Chez moi, seigneur ». Herkenbald suivit donc le vieillard chez lui et quelle ne fut pas sa surprise d’y découvrir son neveu, fiancé, qui plus est, avec sa fille Blanche.

     

    Le coupable, encadré par deux robustes ouvriers, n’eut d’autre mot d’excuse que de dire que, lors des faits, il était ivre, ce à quoi le juge répondit qu’il s’agissait là d’un autre crime qui n’admettait aucune excuse. Aussitôt, Herkenbald fit venir un confesseur et fit entendre sa sentence : le neveu indigne serait décapité devant la maison où il avait commis son odieux forfait. Apprenant le crime et la mort de son fiancé, Blanche fut frappée de folie et mourut quelques mois plus tard. Quant à Herkenbald, il renonça à son titre et alla s’enfermer dans un cloître.

     

     3. La Justice d’Herkenbald (2ème version).

     

    Il existe toutefois une autre version, plus connue, de cette légende. Lorsque son neveu commit l’odieuse agression contre Pélagie, Herkenbald était au lit, gravement malade. Etant donné son état de santé, personne n’osait lui avouer l’acte criminel de son neveu, mais un jour, néanmoins, il surprit quelques murmures ayant trait à la sordide affaire. Comme tout son entourage semblait s’enfermer dans un profond mutisme, Herkenbald fit appeler l’un de ses serviteurs qu’il menaça de lui faire arracher les yeux s’il ne lui avouait pas toute l’affaire. Empli de crainte, bien sûr, le serviteur s’exécuta. Et c’est ainsi qu’Herkenbal apprit le fin mot de l’affaire.

     

    Aussitôt, il condamna son neveu à être pendu, mais l’officier qui était chargé d’exécuter cet ordre, craignant qu’Herkenbald puisse, par la suite,  regretter son geste et que, de ce fait, il aurait éventuellement, lui-même, à en payer les conséquences, préféra conseiller au neveu de se cacher durant quelques jours, le temps que la colère de son oncle passe.

     

    Cinq jours passèrent donc, après lesquels l’imprudent neveu jugea bon de se montrer à nouveau au grand jour. On peut juger de la surprise d’Herkenbald, auquel l’officier avait assuré qu’il avait exécuté ses ordres, lorsqu’il aperçut son neveu bien vivant ! Sans se démonter, il appela affectueusement son neveu qui, sans crainte, s’approcha du lit de l’aïeul. Mais soudain, Herkenbald, se dressant sur son séant, saisit le neveu par les cheveux et lui plongea un poignard dans la gorge. Ainsi fut rendue la « justice d’Herkenbald ».

     

    A noter que cette histoire était représentée sur un tableau daté du 15e siècle et qui fut peint par Roger Vanderweyde (ou van der Weyden). Cette œuvre fut vraisemblablement détruite lors du bombardement de 1695. On la retrouve toutefois sur une tapisserie réalisée d’après les tableaux du peintre précité.

     

    4. La rue du Fer.

     

    Selon la première version de cette histoire, le crime du neveu d’Herkenbald aurait donc été commis, jugé et puni dans une rue aujourd’hui disparue nommée « rue du Fer », anciennement située dans les environs de la « place des Récollets » (Bochart), soit l’actuelle place de la Bourse, comme cela a déjà été signalé. Ce nom lui aurait été attribué « en souvenir du caractère ferme et dur du magistrat ou de la dureté quil montra à cette occasion. Cest une grave erreur. La rue AU Fer, et non rue DU Fer, était lancienne impasse de Vaelbeke qui fut prolongée au travers des bâtiments de lantique couvent des Récollets, situé près de léglise de Saint-Nicolas, fermé le 31 octobre 1796 et abattu peu de temps après. Elle reçut son nom « parce quil sy trouvait un magasin de métal ». Elle communiquait avec lancien marché au Beurre par une ruelle appelée Petite rue au Fer. » (Légendes bruxelloises, Devogel, p. 59).

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 195, p. 73 / Dictionnaire historique des rues, places...de Bruxelles (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 32-33 / Légendes bruxelloises, Victor Devogel, Tel - Paul Legrain (J. Lebègue et Cie, 1914), p. 51-59.

     

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    Photo et texte : LES RUES DISPARUES DE BRUXELLES - Jean d'Osta - Rossel.