Eric Timmermans - Page 4

  • Oiseaux sans tête.



    GASTRONOMIE BRUXELLOISE : OISEAUX SANS TÊTE, JARRET DE PORC ET JOUE DE BŒUF

     

    1.Oiseaux sans tête.

     

    Autant que je m’en souvienne, ce plat dont le nom m’a toujours paru étrange et quelque peu macabre, était le plat préféré de mon grand-père maternel, Louis Habay (un Bastognard d’origine) ! De toute évidence, avec raison ! Il s’agit de larges bandes de viande coupées minces, tartinées d’une farce de viande de porc, roulées sur elles-mêmes en forme de saucisses et maintenues en état par un fil enroulé.

     

    Faites couper par le boucher douze tranches de bœuf maigres de 15 cm environ de longueur sur 6 cm de largeur et d’une épaisseur de 8 à 10 mm. Passez à travers la fine grille de votre machine à hacher, 125 gr de collier de porc frais et 125 gr de lard gras, non salé. Assaisonnez de sel, de poivre, et mélangez avec une demi-tranche de pain préalablement trempée dans un peu de lait, ajoutez un demi-œuf battu et deux échalotes hachées et passées un instant au beurre chaud. Etendez sur chaque tranche de viande assaisonnée une couche de viande hachée et roulez la bande sur elle-même en serrant légèrement, puis attachez la roulade au moyen d’un bout de fil blanc. Faites chauffer fortement une cuillerée de saindoux dans une casserole plate mise sur un grand brûleur ; faites colorer les roulades sur toute leur surface. A ce point-là, égouttez toute la graisse rendue et mouillez d’un demi-litre de gros vin rouge et autant d’eau chaude. Couvrez la casserole et laissez cuire durant une heure à petite flamme. Retirez les roulades, réservez-les au chaud.

     

    Faites bouillir la sauce et liez là avec 30 gr de beurre mélangé à autant de farine. Vous aurez fait cuire à part, dans de l’eau salée à point, un quart de kilo de macaroni coupé en petits bâtonnets ; mélangez-les chauds à la sauce, laissez-les mijoter ensemble quelques minutes. Dressez les macaronis enrobés de la sauce onctueuse dans un plat creux et disposez par-dessus toutes les roulades que vous aurez libérées de leurs attaches. Ce plat peut aussi être servi avec de la purée de pommes de terre, des pommes persillées ou encore, du riz.

     

    2.Jarret de porc à la bruxelloise.

     

    Procurez-vous un jarret de porc bien en chair et bien frais. Mettez-le dans une casserole avec du saindoux et faites-le rissoler doucement. Entretemps, nettoyez un demi-kilo de choux de Bruxelles choisis dans les gros, et jetez-les dans l’eau bouillante salée. Laissez cuire durant cinq minutes, égouttez et hachez les choux. Assaisonnez-les ensuite de sel, poivre… un peu de muscade râpée. Le jarret étant bien rissolé, retirez-le et mettez à sa place un gros oignon haché. Faites-lui très légèrement prendre couleur, ajoutez les choux, ainsi qu’un petit bouquet composé de thym, laurier et persil, le tout relié par un bout de fil blanc. Ajoutez une petite gousse d’ail et, au milieu du légume, placez le jarret de porc. Versez de l’eau chaude à mi-hauteur des choux ; couvrez et laissez cuire durant une heure au moins selon la grosseur et l’âge du jarret qui doit être très cuit. Pour servir, dressez les choux au milieu d’un plat, le jarret de porc par-dessus et, à part, une purée de pommes de terre.

     

    3.Joues de bœuf à la bruxelloise.

     

    Cette recette nécessite un demi kilo de joues bien fraîches et un demi rognon de bœuf. Coupez les joues en morceaux réguliers et le rognon en petits morceaux en supprimant la graisse et les nerfs de l’intérieur du rognon. Faites bien rissoler les viandes dans une casseroles contenant du saindoux bien chaud. Durant ce temps, soupez en tranches fines de 150 gr d’oignons et faites-les colorer dans une poêle avec un peu de saindoux ou de toute autre bonne graisse. La viande étant bien colorée, saupoudrez avec deux cuillers à soupe de farine, mélangez bien et versez par-dessus de la bière de ménage pour arriver à hauteur de la viande. Mélangez, faites bouillir, ajoutez les oignons et assaisonnez de bon goût en ajoutant un large filet de vinaigre et 5 morceaux de sucre ou la valeur d’une cuiller à soupe de sucre cristallisé. Ajoutez encore un petit bouquet composé d’une brindille de thym, une feuille de laurier et une branche de persil, le tout relié par un bout de fil blanc. Couvrez la casserole et laissez cuire pendant une heure et demi au moins (mieux vaut plus de cuisson que moins : la viande doit être bien cuite). Au moment de servir, ajouter dans la casserole un bonne cuiller de moutarde, mélangez dans la sauce et servez avec une purée de pommes de terre ou simplement des pommes de terre cuites à l’eau.

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Cuisine et Folklore de Bruxelles, Brabant, Gaston Clément, Le Sphinx, 1972, p. 30-31, 37-39.

  • La rue des Minimes

     

     

    LA RUE DES MINIMES, SON COUVENT, SON EGLISE…ET L’OMBRE DE L’ABBE SIEYES.

     

    La rue des Minimes.

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    Photo - Pierrot Heymbeeck, septembre 2016.

    Longue de 650 m, la rue des Minimes s’étire de la place du Grand Sablon à la rue du Faucon, parallèlement à la rue Haute. Originellement, la rue des Minimes reliait le Sablon à une défunte rue des Feuilles (qui fut aussi nommée « El Blad », nous y reviendrons), qui s’étendait jadis entre la rue Notre-Dame-de-Grâce et la rue du Faucon (actuellement au pied des grandes rampes du palais de justice). La rue des Minimes semble déjà exister au 14e siècle, vu que, selon un document de 1374, on la nommait « Par où on va du Sablon à Saint-Gilles ».  Elle a probablement porté d’autres noms avant 1621, année de l’installation des Frères Minimes d’Anderlecht (ou ordre des ermites de Saint-François, communauté d’origine française, installée près de Saint-Guidon, dès 1618, et dont le couvent était situé au coin de la rue Erasme et de l’avenue Edmond Delcourt). Les religieux y établirent un couvent et une église, et donnèrent le nom de leur communauté  à la rue. A noter que les Minimes, pourtant réputés pour leur volonté de venir en aide aux plus démunis, en cela compris les prostituées, obtinrent de l’infante Isabelle qu’elle fit entourer d’un mur tout le quartier mal famé du Bovendal, largement fréquenté par les « filles publiques ». Peur de la tentation ? Le couvent des Minimes connut son heure de gloire, mais à la fin du 18e siècle, il apparaissait bien dépeuplé. Expulsés une première fois par Joseph II, en 1787, mais revenus à Bruxelles en 1790, les derniers Minimes furent définitivement chassés en 1796, durant la Révolution, alors que leur église était fermée. Si celle-ci devait être rendue au culte sous le Concordat, en 1801, le couvent, lui, servit à divers usages avant d’être démoli et remplacé par une école.




    En 1853, on ajouta à la rue des Minimes un tronçon de 200 m qui rejoignait la rue aux Laines. Auparavant, ledit tronçon portait le nom de « rue des Marolles », nom qu’il tenait du couvent des Sœurs de Marie également nommées Mariolles ou Marolles. Ces religieuses s’étaient établies dans un cimetière désaffecté, situé à cet endroit, en 1660. Elles avaient pour mission de catéchiser les « filles publiques » du Bovendal, un quartier situé alors à l’emplacement de l’actuel palais de justice. Dès 1597, afin d’empêcher les filles d’aller déranger les « honnêtes gens » de la rue Haute, l’autorité avait établi un « guichet », dans le haut de la rue de l’Epée. Celui-ci était ouvert matin et soir, par un surveillant, pendant une demi-heure seulement, et ce dès que sonnait la cloche du travail. Durant la même année 1853, on ajouta un autre tronçon nommé « rue des Feuilles », déjà signalée.

     

    En 1920, les locaux du vieux couvent, qui avait été utilisés de maintes façons durant plus d’un siècle, furent démolis afin d’édifier à leur emplacement  une grande école moyenne (1923-1927), qui devait devenir l’Athénée Robert Catteau (1948). Jusqu’en 1895, la rue des Minimes ne communiquait avec le Sablon que par deux artères en fourche la rue du Coq d’Inde, aujourd’hui disparue, et la Petite rue Notre-Seigneur, nommée « rue de la Vieillesse », durant la Révolution, et devenue par la suite la Petite rue des Minimes.

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    La petite rue des Minimes en direction du Grand Sablon.
    Photo Pierrot Heymbeeck - 23 septembre 2016.

    Cette artère longue de 40m et qui relie la rue des Minimes à la place du Grand Sablon, est aussi ancienne que la rue des Minimes elle-même. A noter aussi, pour l’anecdote, que le Coq d’Inde désigne en français, par ellipse, une dinde. Cette rue également très ancienne devait son nom à l’enseigne d’une auberge située au coin de l’actuel Sablon.

     

    Les kermesses d’ « El Blad ».

     

    Nous avons évoqué une « rue des Feuilles », il nous reste à déterminer l’origine de son nom. A l’origine, la rue prit le nom de l’un de ses premiers habitants, voire de son créateur : Messire Jean Blaers. De fait, au 14e siècle, on signale une « Blaerstraete » dont on orthographie parfois le nom Blaere, Blae, Blaes, Blaren et, enfin, Bladeren. Francisation oblige, on entreprit, au 19e siècle, de traduire les noms de rue thiois en français. Or, « blaren » et « bladeren » (pluriel de « blad ») signifient « Feuilles ». De leur côté, les ouvriers wallons qui habitaient les Marolles au 17e siècle ont appelé ce quartier « El Blad ». Des kermesses furent organisées dans ce quartier jusqu’en 1914. Les courses en sac et les courses de grenouilles, les bals du soir, la cavalcade dominical, les jeux divers, laissèrent longtemps des souvenirs que l’on crut impérissables mais qui, malgré tout, s’effacèrent progressivement de la mémoire collective.

     

    L’église et le couvent des Minimes.

     

    C’est en 1616 que les Frères Minimes d’Anderlecht demandèrent l’autorisation d’ouvrir une succursale à Bruxelles. Ils durent attendre cinq ans avant d’être autorisés à s’établir dans une rue bruxelloise à laquelle ils allaient donner le nom de leur communauté : les Minimes ou « tout petits ». De fait, la ligne franciscaine de leur ordre les incitait à l’humilité, à l’austérité, au dépouillement et à venir en aide aux plus démunis. Dans un premier temps, ils installèrent leur couvent dans les jardins du comte de Bournonville, qui fut aussi occupée, à une époque précédente, par la famille du célèbre anatomiste André Vésale (actuel emplacement de l’Athénée Robert Catteau). A côté de leur couvent, les Minimes firent construire une église dont la première pierre fut posée par l’archiduchesse Isabelle, le 6 avril 1621. Elle fut vraisemblablement ouverte au culte en 1624 et aurait, dit-on, été édifiée sur l’emplacement d’une maison de débauche.

     

    L’église du 17e siècle se révélant bientôt trop étroite, une seconde, celle que nous connaissons, aujourd’hui encore, sous le nom de Saints-Jean-et-Etienne-aux-Minimes, fut construite dans les années 1700-1715. Cette construction marque la fin du baroque brabançon et le début du classicisme.  En 1787, la communauté des Minimes ne comptait plus qu’un petit nombre de religieux. L’empereur réformiste Joseph II décidera donc de les réunir à la communauté d’Anderlecht. L’église, elle, resta consacrée au culte. Les Minimes revinrent quelques années plus tard à Bruxelles, mais la Révolution allait mettre un point final à leur aventure. En 1796, ils furent à nouveau expulsés, définitivement cette fois, alors que leur église était fermée. Elle fut toutefois rouverte au culte en 1801, sous le Concordat, et l’on en fit une succursale de la paroisse de la Chapelle. Les Frères Minimes, eux, ne devaient plus jamais revenir à Bruxelles. Quant à leur couvent, à la suite de sa désaffectation, il servit à maints usages : magasin d’artillerie, « atelier de travail et de charité » (dont le but était de faire diminuer la mendicité enfantine…), manufacture impériale des tabacs, hôpital militaire, prison pour femmes…  Il fut complètement détruit en 1920 et remplacé par l’école moyenne A, construite entre 1923 et 1927. Le 7 décembre 1948, l’école devint l’Athénée Robert Catteau.

     

    Sur la demande des habitants du quartier des Marolles, l’église des Minimes devint leur paroisse. Mais sous le régime protestant hollandais (1815-1830), elle fut à nouveau fermée au culte, malgré les protestations des habitants. Comme ceux-ci n’étaient pas écoutés, ils décidèrent d’occuper leur église. Mais le conflit ne trouva une issue qu’en 1830, au lendemain de la création du royaume de Belgique et du rétablissement de la liberté de culte catholique. Il semble que le fait que l’église ait été aux mains des paroissiens eux-mêmes, au moment de la promulgation des lois régissant les relations entre Eglise et Etat dans le nouveau royaume, lui donne un statut particulier : elle serait la seule église paroissiale appartenant aux paroissiens eux-mêmes ! L’église des Minimes fera l’objet d’une restauration au 19e siècle.

     

    Notre-Dame de Lorette en l’église des Minimes.

     

    Léglise des Minimes abrite la reproduction de la Maison de Notre-Dame de Lorette (Italie). La chapelle de Lorette est supposée être la « véritable représentation de la sainte maison de Nazareth, dite de Lorette, dans laquelle sest opéré le mystère de lIncarnation du Verbe divin, où Jésus a habité depuis lâge de 7 ans jusquà 30, et a travaillé avec St-Joseph. » (« Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles », p.298). Selon la légende chrétienne, la maison quhabita la Vierge Marie à Nazareth fut transportée dans les airs à la fin du 13ème siècle, pour échapper aux troupes musulmanes et voilà la raison pour laquelle Notre-Dame de Lorette est considérée aujourdhui comme la patronne des aviateurs !

     

    Ainsi, « une vitrine contient des reliques relatives à cette dévotion, ainsi que des images mortuaires daviateurs belges tels que Roger de Cannart de Hamal, Albert Soete, le baron van der Linden dHoorgvorst, le baron del Marmol, tous membres de la confrérie de N-D. de Lorette. Un avion pend au plafond entre deux lampadaires, sous une voûte céleste étoilée. Des morceaux de peintures murales ont été appliqués sur les murailles aux imitations de jointures de briques. La statuette de la madone se trouve sur lautel, derrière un crucifix, tandis que, devant lautel, un médaillon sculpté retrace un épisode du voyage aérien de la maison de Nazareth. La Vierge et lEnfant ont le visage noir, comme à Hal et à Montserrat. Un voile de dentelle pend de la couronne de la Vierge, mais sur sa poitrine, ne brille plus son collier précieux avec sa croix. Il fut dérobé le 31 décembre 1935, par des malandrins qui sétaient introduits dans léglise. » (Bruxelles, notre capitale, p.58-59).

     

    La légende de Notre-Dame de Lorette nous dit quen 1291, alors que les musulmans menaçaient de semparer de la terre revendiquée comme « sainte » par les chrétiens, et que Nazareth était sur le point de tomber dans leurs mains, Dieu ordonna à ses anges de transporter, par la voie des airs, la maison familiale de la Vierge Marie et de son divin enfant, en Dalmatie (région de lactuelle République de Croatie). Après trois ans et demi passés en pays dalmate, la « sainte maison » fut transportée, sur ordre divin, en Italie, et ce, en trois étapes aériennes… Elle atterrit finalement à Lorette (Ancône, Italie) où son culte débuta dès 1295. On comprendra aisément que ces quatre voyages par les airs justifièrent amplement ladoubement de la Dame de Lorette en tant que patronne des aviateurs, dès que lhomme, sans assistance divine cette fois, se mit à emprunter les mêmes voies aériennes… !

     

    En 1624, larchiduchesse Isabelle ordonna que la Maison de Lorette soit reproduite et érigée près de léglise des Pères minimes. Au début du 19ème siècle, cette maison fut reconstruite à lintérieur de léglise des Minimes et, pendant de longues années, le culte de Notre-Dame de Lorette fut particulièrement vivace à Bruxelles. Cest le 24 mars 1920 que Notre-Dame de Lorette fut officiellement établie patronne des aviateurs et des aéronautes par un décret de la Congrégation des Rites. Il est dit notamment que lorsque Lindbergh traversa lAtlantique, il avait, clouée dans son avion, une médaille de ladite madone qui lui avait été donnée par un pasteur de la Louisiane.

     

    L’ombre de l’abbé Sieyès, à la rue des Minimes…

     

    Pour rappel, l’abbé Sieyès (1748-1836), fut un homme d’église qui, dépourvu de vocation religieuse, fut surtout connu pour ses écrits et son action durant la Révolution française. Vicaire général de Chartres en 1787, il se rendra célèbre, en 1788, pas son Essai sur les privilèges, et sa notoriété augmentera encore lorsque sera publié son Qu’est-ce que le tiers état ?, texte fondateur de la Révolution. Il votera la mort du roi Louis XVI et prendra part aux événements révolutionnaires, jusqu’au coup d’Etat du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) qui porte Napoléon Bonaparte au pouvoir (Consulat). L’abbé Sieyès, désormais favorable à un rétablissement de l’ordre par les militaires, prend une part active à cet événement. En 1808, il est nommé Comte d’Empire. Mais après la défaite de l’Empereur à Waterloo, en 1815, Sieyès, en tant que régicide, est condamné à l’exil.

     

    Comme bien d’autres, il part pour Bruxelles où il arrive le 19 janvier 1816 (cour des messageries, rue de la Madeleine). Il logera d’abord à l’hôtel Bellevue (sis rue Royale, 9). L’ex-abbé habitera également à deux adresses, rue de l’Orangerie (rue disparue dont le tracé correspondait à celui de l’actuelle rue Beyaert). Enfin, on note sa présence, une année durant, au 756 (ancienne numérotation), rue des Minimes, une maison qui était située au coin de l’actuelle rue Hanssens et qui fut rasée (1894) lors des travaux de restructuration du quartier. Sieyès, craignant d’être reconnu, vit en reclus à la rue des Minimes. Ultérieurement, il déménagera rue de l’Orangerie, où il fera l’acquisition d’un immeuble (n°129), le 22 juillet 1817. Sieyès rentrera en France, en 1830. Il décèdera en 1836, à l’âge de 88 ans, et sera inhumé au Père-Lachaise. Qu’a-t-il laissé de son passage à Bruxelles ? Rien, vraisemblablement, si ce n’est, peut-être, un témoignage dans les registres de la population qui annonce la naissance d’un dénommé Léonce-Théodore Sieyès, qui serait mort, onze mois plus tard, rue de l’Orangerie. Selon la tradition, qui, faute de références historiques suffisantes, ne peut être prise pour argent comptant, un enfant serait né des amours de Sieyès et d’une jeune bruxelloise (Les mystères de Bruxelles, D.-Ch. Luytens, p.108-114)… Qui peut savoir ?

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 57 / Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995 / Les mystères de Bruxelles, Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2005, p. 108-114 / Ils ont choisi Bruxelles, Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004, p. 270-271 / Promenades dans les Couvents et Abbayes de Bruxelles, Jacques van Wijnendaele, Editions Racine, 2007, p. 50-52.

  • Choesels au Madère

    GASTRONOMIE BRUXELLOISE : QUEUE DE BŒUF ET CHOESELS

     

    1.Queue de bœuf chipolata.

     

    Coupez aux jointures deux belles queues de bœuf, mettez les morceaux dans une casserole d’eau froide et laissez tremper durant au moins quatre ou cinq heures, jetez ensuite les morceaux dans l’eau bouillante et laissez donner un bouillon, retirez-les et rangez-les dans une casserole dont vous aurez tapissé le fond de couennes de lard, de rondelles de carottes et d’oignons, thym, laurier et une gousse d’ail, versez par-dessus deux décilitres de bouillon et faites bouillir rapidement pour évaporer le liquide, mouillez alors à hauteur de la viande avec une demi-bouteille de vin blanc et de l’eau chaude, assaisonnez légèrement et faites cuire pendant quatre heures.

     

    Pendant ce temps préparez la garniture : six belles carottes taillées en bâtonnets, les carottes cuites ensuite et glacées au beurre, 100 gr de lard de poitrine coupé en gros dés et passé deux minutes à l’eau bouillante, un quart de kilo de petites saucisses chipolata, cuites quelques minutes au four et détachées. Toutes ces garnitures seront mises dans une casserole assez large.

     

    La queue est à présent cuite. Retirez-là morceau par morceau pour la mettre dans la casserole contenant sa garniture, faites évaporer complètement le fond pour obtenir une sorte de sirop auquel vous ajoutez trois cuillerées de sauce tomate et que vous passez sur la queue et les garnitures. Laissez mijoter quelques minutes et servez aussitôt avec une purée de pommes de terre.

     

    2.Choesels.

     

    Mais qu’est-ce donc que des « choesels » ? Ce mot du terroir bruxellois est intraduisible. Disons qu’en principe ils sont constitués par le pancréas du bœuf ou du veau, mais comme ce petit organe ne se trouve guère aisément en  nombre, on préfère faire appel à d’autres éléments plus ou moins similaires : queue de bœuf, poitrine et pied de mouton, rognons… En voici la recette.

     

    Mettre dans une casserole, de préférence de terre, une livre d’oignons ciselés et un bon morceau de beurre. Découper en tronçons une queue de bœuf, qu’on ajoute aux oignons quand ils ont pris couleur, avec un peu de thym, laurier, clous de girofle, noix de muscade, poivre et sel. Ajoutez de l’eau à hauteur de la viande et laisser cuire à feu doux pendant une heure environ. Ajouter alors une livre de poitrine de mouton découpée en petits morceaux et donner une nouvelle cuisson d’une demi-heure. Pendant ce temps, on dégraisse et on énerve cinq pancréas que l’on met, au moment voulu, dans la casserole avec une demi-livre de poitrine de veau, côté mince, découpée en morceaux réguliers, six pieds de mouton cuits aux trois quarts et coupés en quatre, un demi-rognon émincé et deux ris de bœuf coupés en gros dés. Puis, arroser tout le contenu de la casserole avec une bouteille et demie de « gueuze-lambic », couvrir la casserole, laisser étuver le tout, casserole couverte, jusqu’à cuisson parfaite. Un quart d’heure avant de servir, on ajoute quelques petites fricadelles faites de moitié chair de porc et veau et, enfin, un demi-kilo de champignons frais, épluchés, lavés et grossièrement émincés. Au moment de dresser le plat, lier la sauce, alors qu’elle est encore bouillante, avec une forte cuiller à soupe de fécule délayée dans un demi-setier (25 cl) de bon madère. La liaison est instantanée et la sauce reste lisse.

     

    Et c’est ainsi que, jadis, en hiver, les vitrines des tavernes, des brasseries et des grands estaminets de Bruxelles, arboraient des affiches proclamant : « Tous les jeudis, choesels au madère » !

     

    Eric TIMMERMANS.

    Sources : « Cuisine et Folklore de Bruxelles, Brabant », Gaston Clément, Le Sphinx, 1972, p.33,

  • Grande Harmonie

     

     

    LA GRANDE HARMONIE

     

    La Grande Harmonie voit le jour en 1811, sous le Ier Empire français (1804-1814). Cette année-là, un groupe damis décide de former un orchestre composé dune quarantaine de musiciens qui prennent leurs quartiers, rue Neuve.

     

    En 1813, la Grande Harmonie est définitivement constituée dans un local de la « Bourse dAmsterdam », sis rue du Marché-aux-Poulets. Lannée suivante la Grande Harmonie sétablit dans la salle dite des « Orfèvres », située rue du Marché-aux-Herbes.

     

    Au lendemain de la bataille de Waterloo (18 juin 1815), la Grande Harmonie se signale par les secours quelle apporte aux soldats blessés affluant massivement à Bruxelles.

     

    En 1817, la Grande Harmonie, cette fois, sinstalle au « Cygne », sur la Grand Place. Mais en 1818, on la retrouve au « Champs Elysées », situé porte de Laeken. Son renom ne fait que croître et embellir.

     

    En 1826, la Grande Harmonie remporte ses premiers succès musicaux extra muros, au festival dAnvers. Ce succès sera célébré par un banquet de 180 couverts, à Boitsfort. La Grande Harmonie enregistrera de nouveaux succès à Bruges (1828) et à Lille (1829).

     

    Le 8 octobre 1830, suite aux événements révolutionnaires qui furent à lorigine de la création du royaume de Belgique et qui s’étaient déroulés, notamment à Bruxelles, un mois auparavant, la Grande Harmonie exécute à la cathédrale des SS. Michel-et-Gudule, une messe de requiem en lhonneur de ceux qui sont tombés et annonce un concert au bénéfice de leurs veuves et des blessés. De manière plus générale, « la Grande Harmonie se trouve mêlée activement à la création de la nationalité belge et à tous les événements de la révolution de 1830. Elle compte parmi ses membres nombre de personnalités qui, à des titres divers, prirent part à ces événements. » (Servais).

     

    En 1842, venant de la Porte dAnvers (rue de lHarmonie), la Grande Harmonie installe ses pénates dans un vaste et beau local situé au n°81 de la rue de la Madeleine. Cest là que le 10 décembre 1843, Charlotte Brontë, la célèbre écrivaine, assistera à un concert. Mais revenons brièvement sur les circonstances de la présence de Charlotte Brontë à ce concert. En février 1842, Charlotte (25 ans) et Emily Brontë (23 ans) sinstallèrent au numéro 32 de la défunte rue Isabelle, où Mme Héger-Parent dirigeait un pensionnat. Ce sera pour Charlotte le début dun amour aussi éperdu quimpossible pour lépoux de la dame précitée, Constant Héger. En 1843, Charlotte Brontë, en proie aux plus terribles tourments de lamour, prend la décision de dire adieu à Bruxelles, dès après les fêtes de Noël. Elle tiendra parole.

     

    Durant les années 1936-1937, la Grande Harmonie est chassée de son local de la rue de la Madeleine par logre urbanistique bruxellois connu sous lappellation sinistre de « Jonction Nord-Midi ». A ce sujet, Louis Quiévreux écrit, au début des années 1950 : « Cétait en 1937. La Jonction remportait ses plus pitoyables victoires. Aussi bien que larme de Goering, mais avec plus de précision, elle ravageait. Pignons, porches, gables, rien néchappe à sa hargne. Elle ravageait la rue dOr, la rue de lEmpereur, la Steenpoort, la Montagne-des-Géants. Sous ses coups, la beauté mourait et la laideur, vêtue de béton, de ferrailles et de gris, préparait sa déprimante entrée. Le 25 mai, par une journée de printemps, tandis que les otaries du Mont des Arts riaient à pleines eaux (les fontaines de Bruxelles sont sèches aujourdhui), sécroulèrent les colonnes de la Grande Harmonie, au coin de la Montagne de la Cour. » (Bruxelles, notre capitale, p. 59). La Grande Harmonie, ou ce quil en restait, sétablit dans une salle du Palais dEgmont, mais ne retrouva plus jamais son lustre dantan.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 (p. 22-24, 59-61)  / Souvenirs de mon Vieux Bruxelles, Fernand Servais, Canon Editeur, 1965 (p. 35-40)