• La foire du Midi - 2009


    La foire du Midi
    Août 2009

     

     

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    En voiture, belle jeunesse, en voiture, la balade va débuter

     

     

     

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    Fin de la ballade, retour vers la rue des Tanneurs.

     

     

     

  • LEXIQUE DE TERMES BRUXELLOIS

                                         LEXIQUE DE TERMES BRUXELLOIS

     

    A la mémoire de ma grand-tante paternelle, Maria Vercaeren, et de mon grand-oncle paternel, Corneille De Mesmaecker.

     

    A.

     

    -Allez / Alleï ! : Au moins aussi courant que le célèbre « une fois », le terme allez, que l’on prononce volontiers alleï à Bruxelles, se retrouve dans de nombreuses phrases et dans de nombreuses situations. Cela relève pratiquement du tic de langage. Ex. : Alleï, dis, fieu, tu vas quand même pas te mettre à chialer, mènant, hein ? (Allez, dis, mon vieux, tu ne vas quand même pas te mettre à pleurer, maintenant, hein ?). ; Bon, allez, on va peut-être tout doucement y aller ?; Mais alleï, fieke, est-ce que tu peux me dire, mènant, pourquoi moi j’aurais été lui dire ça, alleï !

    -Amaï : Exclamation très courante mais également assez ingrate, amaï est pratiquement intraduisible. Elle sert à exprimer l’étonnement, l’incrédulité, l’admiration ou la consternation.

    -Arranger : En français, le verbe « arranger » apparaît comme un synonyme de « mettre en ordre », de « résoudre ». Mais à Bruxelles, se faire arranger, c’est se faire rouler dans la farine, se faire escroquer ! Quant à être bien arrangé ou salement arrangé, cela signifie que vous êtes mal en point, parce que vous êtes malade, parce que vous êtes blessé ou parce que vous êtes ivre, par exemple ! Être scheille arrangé, cela veut donc dire que vous êtes complètement bourré !

    -Aubette : Désigne un kiosque à journaux, un abri-bus. Ex. : Vite, on va aller se mettre sous l’aubette pasqu’y pleut.

    -Autostrade : Terme désuet, dérivé de l’italien « autostrada » et servant à désigner une autoroute ou, à tout le moins, une importante artère vouée à la circulation automobile. A Bruxelles, on prononce « autostraat », vraisemblablement parce que le mot « straat » (« rue » en thiois), s’est aisément confondu avec le suffixe « strade », et on l’utilise au féminin « une autostrade », comme « une autoroute ». Ex. : Astableef, dis, t’as vu le carambolage d’hier soir sur cette austrade qu’on a toujours dit qu’elle était dangereuse ?

    -Aven taaid : Ancien temps, époque révolue, jadis, naguère.

    -Awel ! : Eh bien ! S’exprime pour souligner une incompréhension, une incrédulité, une stupéfaction. Ce terme s’accompagne souvent du mot « merci » qui est supposé souligner la stupéfaction. Ex. : Et donc, malgré tout ce que cet ivrogne a fait, on la réengagé ? Awel, merci ! On pourrait également dire awel, ça alors ! L’expression totalement francisée existe aussi : Eh bien merci !

    -Après : A Bruxelles, « après » peu parfois signifier « dedans », « de quelque chose », « à quelque chose ». Ex. : « Tiens, tu vois cette belle pomme ? Tu veux une fois mordre après » ? (…tu veux en manger un morceau ?) / « Dis, ça fait une heure que j’essaie d’attraper cette corde qui est pendue là. Toi qui es plus grand, tu peux une fois tirer après ? »

    -Astableeft) ! (astablééft) : S’il vous plait. S’apparente clairement au néerlandais als u blieft. Toutefois, si ce terme peut s’utiliser dans le sens d’origine, en accompagnement d’une demande, d’une requête, tout comme « s’il vous plait », il peut aussi servir à signifier quelque chose comme « et quoi encore », « que va-t-on encore essayer de me faire croire ou faire » ou encore, « c’est vraiment absurde, n’importe quoi ! ». Ex. : « Et tu me dis qu’il est parti ce matin pour aller aider ce type qui l’a pourtant viré comme un malpropre ? Astableeft ! La forme sans « t », astableef, est également très courante.

     

    B.

     

    -Babbeleir (« babbelère ») : Bavard, quelqu’un qui aime bavarder. Provient du verbe néerlandais babbelen qui signifie, « bavarder ». En franco-bruxellois, on lui a appliqué la former infinitive française « er », ce qui donne babbeler (« babbelé »). Ex. : Tiens, encore en train de babbeler ce babbeleir, n’a-t-il vraiment rien d’autre à faire de sa journée ? Le féminin de babbeleir est babbelès Citons aussi la babbeltrut ou « commère » ; le terme « trut » est toutefois péjoratif et désigne originellement une femme laide ; mais aujourd’hui, on désignerait plutôt par ce terme une femme stupide.   

    -Bais’ (« bèèss ») : Un baiser, un bisou. Ex. : Alleï, donne-moi une fois une bais’, dis !

    -Bal : Equivalent de l’argot français « balle », « rond ». Ex. : Eh bien moi je peux te dire que je n’ai plus un bal sur moi !

    -Bas (« ba ») : Généralement, en français, les bas désignent un vêtement essentiellement féminin (ex. : « bas nylon »). Mais à Bruxelles, le terme bas peut également désigner les chaussettes masculines.

    -Ballekes : Boulettes de viande de différentes grandeurs, telles les grosses boulettes à la sauce tomate qu’à Liège on nomme « boulets », soit des petites boulettes que l’on même par exemple dans la soupe. Ex. : Va au fond de la casserole, sinon tu n’auras pas de ballekes ! A noter qu’en burgonsch (argot bruxellois), les ballekes désignaient jadis les seins des femmes.

    -Bazoef (« bazouf ») : Grand mangeur, goinfre, mais également…déchets de restaurant.

    -Bèke ! (« bèè-ke ») : Onomatopée qui désigne une expression de dégoût ; comparable à « pouah ! » ou « beurk ! », par exemple. On appuie généralement fort sur le « è » (bèèke !), on escamote parfois le « e » final (bèèk !) ou encore, on ajoute un « s » final (bèèkes !), il arrive aussi que l’on s’en tienne à « bèè ! ». Ex. : Bèèke ! Tu as marché dans un caca de chien !

    -Bibberer (« bibberé ») : Trembler. Ce verbe franco-thiois pourrait avoir tendance à être associé à la boisson (« biberonner »), d’autant plus que la fameuse tremblote de l’ivrogne aurait tendance à nous conforter dans cette idée, mais c’est là un faux ami. De fait, bibberer doit être rapproché du burgonsch, bibber (=froid).

    -Bich : Viande, chair. Avoir la chair de poule se dit, avoir la kieke bich. Voir aussi « Bichkes ».

    -Bichkes (« bich-kes ») : Bestioles, puces, parasites ; le terme peut aussi comprendre les animaux, les « bêtes », en général. Le terme peut aussi être appliqué à toutes les sortes de démangeaison. Ex. : Encore en train de te gratter ! T’as des bichkes ou quoi ? Pour la chair de poule, on utilisera plus précisément le terme de kiekebich, « kieke » désignant ici le volatile susmentionné. Jean d’Osta donne toutefois à ce mot, qu’il orthographie keekebiche, une autre signification, à savoir « insignifiant, nul ». Voir aussi « Bich ».

    -Blafter : Faire des saletés en mangeant ou en buvant, répandre sur soi de la nourriture ou de la boisson. Ex. : Dis, regarde un peu ta cravate : t’as de nouveau blafté dessus !

    -Bloempanch (« bloumpannch ») : Gros boudin piqué de cubes de graisse.

    -Bodding : Pudding, gâteau fait à base de vieux pain. Ma grand-tante utilisait le terme de « bodding » pour désigner ce genre de gâteau.

    -Boentje (Avoir un)  (« bountch-e ») : Être amoureux, avoir un béguin pour quelqu’un. Ex. : Alleï, je vais enfin oser te le dire : j’ai un boentje pour toi !

    -Bolleke : En burgonsch, « nœud » ; aujourd’hui : petite boule.

    -Boma :Grand-mère.

    -Bompa(« bomm-pa ») : Grand-père.

    -Broebeleir (« broubelère ») : Un bègue, quelqu’un qui s’embrouille dans son discours, qui se répète. De ce terme dérive le verbe (infinitif) franco-bruxellois broebeler (« broubelé »).Ex. : Qu’est-ce qu’il est encore en train de broebeler celui-là ? Le mot et le verbe sont globalement des synonymes de totteleir et de totteler.

    -Brol : Fourbi, bazar, truc, machin. D’usage très courant. Ex. : Cest quoi tout ce brol que tas laissé devant ta porte ? ou encore : Tiens, cest quoi ce brol que tu tiens dans ta main ? On peut rapprocher ce terme de « bucht ».

    -Blinquer (se prononce comme « requinquer ») : Briller. D’où faire blinquer, « faire briller ». Allez, va jouer, mémé doit  faire blinquer les cuivres ! (nettoyer les objets en cuivre jusqu’à ce qu’ils brillent).

    -Bucht (« bught ») : Vieilleries, rebut. Confondu parfois avec « brol ». Ex. : Pourquoi veux-tu absolument garder tout ce bucht qui est dans ton grenier ?

     

    C.

     

    -Caberdouche : Cabaret. Plus généralement, « débit de boissons ». Voir aussi « Stameneï »

    -Cafétaria : A Bruxelles, on appelle la cafétéria une « cafétaria ». C’est là une déformation d’origine germanique, thioise.

    -Cajoubereir (« cajouberère ») : Quelqu’un qui fouille dans les immondices.

    -Carabistouilles : Sottises, bêtises.

    -Caricoles : Petits escargots noirs qui se vendent bouillis. Très répandus à Bruxelles jadis. On les nomme aussi « caracoles » (terme d’origine espagnole), mais en burgonsch, on les nommait « rollekes ».

    -Cervelas : Grosse saucisse grillée qu’il convient de distinguer de la fricadelle. Le cervelas, qui aurait été inscrit au patrimoine culinaire suisse en 2008, fait aussi intégralement partie du patrimoine culinaire bruxellois. Un refrain, tout empreint d’un double sens que je ne dois pas expliquer au lecteur, fait d’ailleurs référence à un dikke cervelas, tralala ! (un gros cervelas, tralala !). On trouve les cervelas dans les friteries ou baraques à frites, que l’on nomme à Bruxelles « fritures ». Le nom de cervelas viendrait de l’italien cervellata (cerveau), peut-être parce que jadis on y agglomérait différentes sortes de viandes, dont de la cervelle.

    -Chuste : Directement  dérivé de « juste », ce terme, en burgonsch, désigne la loi, la justice mais également la vérité, ce qui est vrai :  Chuste est chuste, newo ? (Ce qui est juste est juste, pas vrai ?). La forme complètement francisée « juste est juste » existe également.

    -Clacher : Claquer, balancer, bâcler. Ex. : Quant tu penses que j’ai vendu ce tableau très cher, alors que je n’ai fais que clacher de la peinture sur la toile ! En burgosch, klache (« kla-che ») signifie « peindre ». Plus étrangement, on appelle aussi les pauses-cafés, des cafés-claches.

    -Clignoteur : A Bruxelles, le clignotant d’une voiture est nommé le « clignoteur ».

    -Cloche (au pied) : A Bruxelles, avoir une cloche au pied, ce n’est pas se promener avec une cloche d’église ou de marine accrochée au pied, mais souffrir d’une cloque ou d’une ampoule.

    -Chef : Si l’on vous interpelle à Bruxelles, en vous lançant un dis, chef, ce n’est nullement parce qu’on vous a reconnu une autorité particulière, mais tout simplement parce que l’on essaie d’établir avec vous un rapport de proximité. Généralement, cela se dit à quelqu’un que l’on connaît, mais d’aucuns n’hésitent pas en user dans la rue, notamment pour vous vendre une quelconque camelote, ce qui relève de l’impolitesse. Normalement, le chef s’utilise de la même manière que le fieu.

    -Contre son goût : Vient du thiois teige z’n goeste (de « tegen », contre ; « zijn », son ; « goest » ; goût) et signifie de mauvais gré. Ex. : Celui-là, on voit bien qu’il vient travailler contre son goût !

     

    D.

     

    -Deftig (« dèft-egh ») : Digne, mais aussi trop bien de sa personne, compassé, se donnant une apparence trop sérieuse. Le sens de ce terme est volontiers ironique. Ex. : Ouïe, ouïe, le voilà qui vient, deftig et tout, dis ; on dirait qu’il va à un mariage !

    -Deuvel : Diable. Rappelons qu’une bière blonde, très appréciée à Bruxelles, et dont le volume d’alcool monte à 8,5 %, porte le nom de « Duvel », qu’en France on prononce « duvèle », mais qu’à Bruxelles on prononce plus généralement à la manière thioise, « dûvel ». Et c’est pas pour rien si elle rappelle le nom du maître de toutes les débauches !

    -Dikkenek : De « dikke » (=gros) et « nek » (=cou), gros cou. Un prétentieux. Quelqu’un qui se monte du col. Synonyme : un stoeffer.

    -Doef (« douf ») : Etouffant, lourd. Se dit généralement d’un climat orageux. Ex. : Il fait vraiment doef aujourd’hui, tu ne trouves pas ? Mais ce terme peut également être utilisé d’une tout autre manière. Ainsi dira-t-on de quelqu’un qui se saoule, qu’il est en train de prendre une doef ou qu’il a pris une doef la veille, qu’il a pris une cuite.

    -Dom / Dommerik : En burgonsch, ces termes ont trait au chapeau. Aujourd’hui, ils auraient plutôt respectivement pour signification « sot, stupide, vulg. : con » et « sot, cancre, rustre, empoté ».

    -Doppage / Doppe : A Bruxelles, le terme doppage n’a pas forcément la signification qu’on lui connaît habituellement. Si d’ailleurs, le dopage (avec un seul « p »), désigne la prise de produits illicites dans le cadre d’une épreuve sportive, à Bruxelles, le doppage (avec deux « p »), désigne l’activité qui consiste à se rendre au bureau de chômage pour « aller doppe », c’est-à-dire tamponner sa carte, au temps où l’on tamponnait ! Je ne sais si cela se pratique encore comme ça aujourd’hui, mais les termes doppe et doppage ont subsisté.

    -Drache (« drach’ ») : Désigne une pluie relativement violente. Ex. : Je crois qu’on va avoir droit à une fameuse drache aujourd’hui ! De là découle le verbe franco-bruxellois dracher. Ex. : Mais qu’est-ce qu’il a pu dracher cette été : il n’y a plus de saison !

     

    E.

     

    -Erm :Pauvre, malheureux. Ma grand-tante utilisait régulièrement cette expression précédée de l’exclamation « och » (« ogh »), och erm ! Ex. : Och erm ! On va quand même pas le laisser partir sous cette pluie ?

    -Ettekeis : Voir Hettekeis.

     

    F.

     

    -Fafoule : Un hâbleur, une grande gueule.. Faire le fafoule, c’est « faire le malin ».

    -Fieke (« fîî-ke ») : Diminutif féminin que l’on utilise familièrement lorsqu’on s’adresse à une femme, voire à une jeune femme. Le sens de ce terme est semblable à celui du fieu masculin. Ex. : Dis, fieke, et si on allait au cinéma, ce soir ? ; Arrête un peu ton cirque, hein, fieke !

    -Fieu : Vieux, mon vieux. Très courant dans le langage bruxellois. On l’utilise en s’adressant familièrement à un homme, à un garçon, mais jamais lorsqu’on s’adresse à une femme ou à une jeune fille que l’on nommera fieke. Ex. : Dis, fieu, t’as pas bientôt fini de faire tout ce chambard ? ; Alleï, fieu, dis ! Puisque je t’ai dit que j’ai fait ça pour rire ! C’était une blague, rien de sérieux ! 

    -Flâ/Flâve (« flaa / flaa-ve ») : Se dit d’un être insipide, fâcheux, fade, sans relief, insignifiant, mou. Ex. : Quel flâve peï, celui-là !(Quel mollasson, celui-là !). Mais il existe aussi, je me sens flâ (mou, vide, fatigué).

    -Flauskes (« flôs-kes ») : Bêtises, sornettes, fadaises, fantaisies, fictions. Nous utilisons notamment pour cette rubrique un ouvrage de Jean d’Osta, intitulé « Les Flauwskes de Jej Kazak », qui concerne justement les parlers bruxellois !

    -Floche : Quand nous étions enfants (dans les années 1970, en ce qui me concerne !), la floche était cette espèce d’étrange serpillère que l’on pendait au-dessus des carrousels des foires et dont il fallait nous emparer pour gagner éventuellement un tour supplémentaire !

    -Flotjesbier (« flotchesbier ») : Désigne, généralement avec une certaine condescendance, une bière particulièrement peu goûteuse et très légère.

    -Foert (« four-t ») : Zut, flûte, dans le sens « je laisse tomber, je m’en fous, j’en ai marre ». Ex. : Quoi, ils veulent encore qu’on aille à cette réunion ? Foert, hein !

    -Fricadelle : Rendue célèbre par le film Bienvenue chez les Cht’is, la saucisse panée nommée « fricadelle », est également bien présente dans le patrimoine culinaire bruxellois. On la trouve dans les baraques à frites qu’à Bruxelles on nomme « friture », où l’on peut aussi consommer des cervelas. Celui-ci est aussi gros que la fricadelle est longue, ceci dit afin d’apprendre à les distinguer.

    -Friture : A Bruxelles, ce que l’on nomme ailleurs une « baraque à frites » ou une « friterie », se nomme une « friture ». Ce terme, qui devrait normalement désigner le produit de la friterie, est directement dérivé de la forme thioise frituur. Ceci explique cela.

    -Froesjeler (« frouchelé ») : Chipoter, faire des choses étranges, pas claires, voire malhonnêtes. Ex. : Mais qu’est-ce qu’il froesjel encore, celui-là ? Le terme peut avoir un sens commun, désignant, par exemple, le fait de fouiller dans des papiers, mais également avoir un sens plus péjoratif, soit, par exemple, commettre des malversations. Ex. : Ces gens ne veulent se faire élire que pour mieux froesjeler, un point c’est tout ! On l’utilise également pour qualifier, soit quelqu’un qui chipote, soit quelqu’un qui se livre à des activités malhonnêtes voire délictueuses. Ex. : Je sais très bien que ce type est un froesjeler ! Dans ce cas, on ne prononcera pas le terme comme le verbe franco-bruxellois à l’infinitif, mais on dira « frouchelère ». On peut aussi utiliser le terme froesjeler dans le sens de flirter, se faire des papouilles : Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de froesjeler dans les buissons, ces deux-là ?

     

    G.

     

    -Gelupe (t’es) : En burgonsch, t’es gelupe (« tès gelu-p(e) ») signifie « c’est d’accord ».

    -Godverdoeme (« god-v(f)er-dou-me ») : Maudit soit Dieu, Nom de Dieu (juron). Il existe une version raccourcie : Verdomme ! ou encore Verdoemme !

     

    H.

     

    -Hamelaaik (« aamelaak ») : Hypocrite, sournois.

    -Half-en-half : Littéralement « moitié-moitié ». Se dit plus particulièrement composée pour moitié de vin blanc et pour moitié de vin mousseux (ou de champagne, pour ceux qui en ont les moyens !). Chez Véro, à la brasserie Schuman, au rond-point du même nom, voilà des années que je perpétue la tradition bruxelloise de l’half-en-half !

    -Hettekeis (« ettekeïs ») : Fromage fort salé de Bruxelles, fait à base de lait écrémé, salé et séché. Certains aiment à le comparer au Herve, dont l’odeur est particulièrement forte, or, la force du Hettekeis réside surtout dans son goût extrêmement salé. Le Hettekeis et le Herve comptent parmi les plus vieux fromages de nos régions. A ne pas confondre avec le Plattekeis.

    -Hochepot : (« ho-che-pote ») : Un incroyable mélange, un maelström. Ex. : Ma ça est quoi ça ici tous ces gens ! Ca est un echten (vrai) hochepot ! Et, de fait, le hochepot est également un plat qui comprend de nombreux ingrédients, viandes et légumes.

     

    J.

     

    -Jan (Faire de son) (« yann ») : Râler, rouspéter, faire des ennuis, vulgairement : faire de sa gueule. Ex. : Dis, arrête un peu de faire de ton Jan !  La forme m’est familière, mais j’aurais tendance à la confondre erronément avec l’expression faire de son stoef qui signifie, elle, « se vanter ».

     

    K.

     

    -Kaker : Défèquer. Ex. : Tu dois de nouveau aller kaker ? Astableef ! Partant de là, vous devinerez avec aisance ce que les termes bekakt par les chiens signifient…

    -Kapot (« capote ») : Cassé, foutu, fichu, mort. Ex. : Alleï, tes kapot, fieu ! (Allez, c’est foutu, vieux !).

    -Kastar : Costaud, malabar, un as, quelqu’un qui sait y faire, mais aussi quelqu’un de particulier, qui sort de l’ordinaire. Ex. : Eh bien, pour sauter en parachute comme ça, moi je dis qu’il faut être un fameux kastar !

    -Kavitje (« kavitche ») : Petite cave. Débit de boissons.

    -Ket / Ketje (« ket-che ») : Garçon de Bruxelles, pendant bruxellois du titi parisien. Parmi les ketjes célèbre, on citera, bien évidemment, Woltje (« wolt-che »), la célèbre petite marionnette du Théâtre de Toone ! Un ket, sans le diminutif « je » est également un garçon, mais plus âgé.

    -Kip-Kap : Tête pressée (Wallonie), pâté de tête (France). Il s’agit, en définitive, d’un pâté de tête de cochon.

    -Klachkop : Un chauve. On dit aussi d’un chauve : Il est complètement klache celui-là !

    -Klet (« klète ») : Peut signifier un coup, à l’instar de klache. Ex. : Alleï, klet, c’est tombé par terre ! A la vue d’un objet qui vient de tomber, on dira aussi, klet mariette ! Mais dire de quelqu’un que c’est une klet, c’est dire qu’il est un idiot, un cave, une tache, un écervelé, un sot. Ex. : Espèce de klet !

    -Klop : Coup. Ex. : Il a reçu un klop sur sa tête ! Le verbe franco-bruxellois klopper (frapper) est à mettre en rapport avec ce mot. Toutefois, ce verbe peut être utilisé dans un sens bien différent. De fait, il peut également signifier « convenir », « coïncider ». Ex. : Je pense qui si on additionne ce montant à un autre, ça peut klopper (ou cloper).

    -Kloej (« clouche ») : Une portion d’un élément liquide. Ex. : Dis, mais moi une fois une kloej de genièvre en plus, astableeft !

    -Kluterie / Kluuterâ (« kluuterie » / « kluuteraa ») : Niaiserie, sottise, mauvaise blague, absurdité. Vulgairement et littéralement : une couillonnade.

    -Kluutzak : Un sot. Vulgairement et littéralement : un couillon.

    -Knabeler (« knabelé ») : Verbe franco-bruxellois qui signifie « mâchonner ». Ex. : Mais qu’est-ce que tu knabel encore ?

    -Knul (Autres orthographes : « Kneul » ou « Knël ») : Un garçon. Mais le terme peut aussi prendre une forme péjorative : un immature, vulgairement : un jeune con. Ex. : Il court toujours après cette fille qui se moque de lui ? Allez, dis, quel knul ! A ne pas confondre avec le terme « snul », bien que la forme péjorative de knul s’en rapproche.

    -Koechkes (« couchkes ») ou Koech (« couche ») : Coi, silencieux, tranquille. Se tenir koech ou kouchkes. Jean d’Osta précise que koech peut également désigner un coche, une voiture, voire même une moto.  Ex. : Depuis son histoire avec les flics, là, il se tient koechkes, hein ?

    -Kochevrâ (ou kosjvrâ ) : Nettoyeuse, femme d’ouvrage (de « koche », nettoyer, et « vrâ », « vrouw » en néerlandais, femme). Ex. : Il paraît que la direction a décidé de faire passer un examen d’huissier à nos kochevrâ. ; Alleï, fieke, on a pas le choix, il faut qu’on koche (« koche-e », ou « coche-e ») !

    -Kot : Studio, chambre, endroit où l’on vit, où l’on travaille. Se dit beaucoup des chambres d’étudiant appelées systématiquement « kot » ou « kot étudiant ». Mais l’on peut également dire à quelqu’un qui retourne dans son bureau, dans un contexte professionnel : Dis, si tu retournes dans ton kot, tu peux lui donner ce document en passant ? Ou, à propos d’un studio ou d’un appartement (mais pas d’une maison) : Eh bien, je pense que tu es bien dans ton kot, là, hein ?

    -Krollekop : Une tête surmontée de cheveux frisés. Ex. : Hé, t’as vu ce krollekop ? Cette forme m’est toutefois moins familière que la version franco-bruxelloise « crolé ». Ex. : Hé, t’as vu ce crolé ? Dans la même idée, on dira également de quelqu’un de frisé qu’il a des croles / kroles, des « boucles ». Le terme est clairement dérivé de la forme thioise d’origine.

    -Krotsje ! (« krotche ») : Terme affectueux utilisé de différentes manières. Il peut désigner une petite amie, mais également être utilisé par un parent vis-à-vis de l’enfant. On peut le rapprocher du terme « chou », en français » : « ma krotsje » apparaît comme un synonyme de « mon chou ». Le terme a d’ailleurs été totalement francisé en « crotte », « ma crotte » n’étant pas une insulte, comme on pourrait peut-être le penser, mais un terme affectueux ! En effet, à Bruxelles, le mot krot peut aussi désigner, la misère, la dèche, le fait d’être dans la m… ! On parlera aussi de « crottes de nez » ou de « crottes de chien », de quoi entretenir l’ambigüité !

    -Krum : De travers, courbe, bancal. Nous lui préférons toutefois le terme schief. 

    -Kus men kluut ! : De kus (embrasse), men (mes), kluut (parties génitales masculines…).

    -Kweebus : Toqué, doux dingue. Peut s’utiliser de manière affectueuse à l’égard d’un enfant, par exemple : Hé, petit kweebus ! Je me souviens de ce terme qu’utilisait parfois affectueusement mon père à mon égard, lorsque j’étais enfant. Sens : Petit fou !

     

    L.

     

    -Là-avec : Avec cela. Pour dire que l’on est familier de quelque chose, on dit que l’on est habitué là-avec. On peut aussi dire, désignant par exemple un parapluie : peut-être qu’il va dracher ; il vaut mieux que tu prennes ça là-avec ! L’usage de cette expression se perd.

    -Labbekak : Un mollasson, un incapable, peu viril, trouillard, poltron, peureux, pleutre. Vu que « labbe » a un rapport avec le fait de « faire de la lèche » et que « kake » se rapporte à la matière fécale, nous laissons au lecteur le soin d’établir lui-même la traduction qui lui conviendra le mieux… Ex. : Oï-oï, ça se dit écrivain et ça n’ose même pas traduire une petite insulte bruxelloise dans son papier ! Alleï, dis, quel labbekak ce peï ! 

    -Leuigenoet (« luigenoût ») : Un menteur.

    -Loempig (« loumpegh ») : En burgonsch, ce terme signifie « lourd ». On utilise plus souvent aujourd’hui la forme « loempe » (« loum-pe ») qui peut désigner quelqu’un de lourd, d’empoté, de peu dégourdi.

    -Loerik (« loûrik ») : Un fainéant.

    -Loque : Serpillère, plus généralement n’importe quel morceau de tissu utilisé pour le nettoyage (peau de chamois, etc.). On utilise donc une loque humide pour nettoyer le sol. On précisera même, à cette occasion, que l’on utilise une loque à reloqueter, verbe qui désigne justement le fait de nettoyer le sol avec une « loque » humide.

     

    M.

     

    -Maft : Borné, nigaud, fou. Ainsi, en burgonsch, nomme-t-on le carnaval maftendag soit le « jour des fous ». Ex. : M’enfin, il est complètement maft ce type !

    -Mankepuut (ou Mangke Puut) : Boiteux.

    -Matante : Tante, ma tante. Désignait aussi jadis le Mont de Piété ; « allez chez ma tante » pouvait ainsi désigne le fait d’aller mettre des objets en gage.

    -Meï (ou meye, meie) : S’applique plus particulièrement à une femme âgée, plus généralement à une femme adulte, mais normalement pas à une jeune fille. L’équivalent masculin est peï.

    -Mènant : Forme contractée du mot « maintenant ». Extrêmement courante à Bruxelles.

    -Miche-Mache : Boue. Lorsqu’enfants nous nous ingénions, pour une raison fantaisiste ou l’autre, et que nos parents nous trouvaient, boueux et pataugeant, ils nous lançaient généralement sans aménité : « Mais qu’est-ce que c’est que tout ce miche-mache ? »

    -Mijole : Utérus. C’est également le nom d’un jeu populaire qui consiste à jeter des jetons/pièces dans des….trous numérotés.

    -Mo : Déformation de « mais ». Ex. : Mo alleï, qu’est-ce que tu fais mènant ? (Mais enfin, que fais-tu maintenant/à présent ?).

    -Mooiertoel (« mouyer-toûl ») : Dérive du néerlandais « moedertaal » qui signifie « langue maternelle ».

    -Mokke/Mokske : Le terme mokke s’applique plus généralement à une jeune femme (désirable), alors que celui de mokske peut désigner plus précisément une « petite amie », mais la frontières entre les deux termes paraît bien fluctuante. Ex. : Jan m’a présenté sa mokske hier après-midi. La forme argotique de Zele –mosse- serait proche de sa vraisemblable origine espagnole, mozza (servante, jeune fille).

    -Mononcle : Oncle, mon oncle. Je me souviens que mon père utilisait parfois se terme pour désigner mon grand-oncle. Sous sa forme thioise on connaît ce terme sous la forme Menoenkel (« menounkel »). Ex. : Dis, faudrait une fois penser à aller rendre visite à Menoenkel Jean, tu crois pas ?

     

    N.

     

    -Newo (« niewô ») : Déformation des mots néerlandais « niet waar » (=pas vrai). Utilisé souvent sous une forme interrogative. Ex. : C’est quand même incroyable ce qui s’est passé hier, newo (pas vrai ?) ?

     

    O.

     

    -Occoje : Occasion.

    -Och erme ! : Voir « Erm ».

    -Och God en Hiere ! : Ô Dieu et Seigneur ! Exclamation plaintive.

    -Onnuuuzel : Niais, innocent.

    -Opagemak ! :Signifie à son aise, tranquille, doucement. Vient du néerlandais « op on gemakske ». Les formes françaises « à notre aise », « à son/ton/notre/votre aise », « tout doucement », « y a pas le feu au lac », sont également très courantes. Ex. : Durant le repas de Réveillon, nous allons manger, mais à notre aise ou encore : Bon, il est 23h, on va tout doucement y aller. A Bruxelles, cela ne signifie pas que vous avez tout le temps devant vous, mais qu’au contraire il est temps de vous bouger le train, même si on essaie de vous le dire de la manière la moins rude possible !

    -Ouïe-ouïe ! (« ouyouye » ou « oyoye ») : Utilisé une fois –ouïe !- , le terme exprime la douleur, mais dédoublé, il exprime divers états d’esprit qui vont de l’embarras jusqu’à la lassitude, en passant par l’étonnement et l’aveu d’impuissance. Ex. : Ouïe-ouïe, alors là, toi, tu me poses une colle, zenne ! ; ouïe-ouïe, dis, tu vas pas encore nous rabattre les oreilles avec tes histoires !; ouïe-ouïe, là, je sens que ça va aller mal pour toi ! Se dit aussi Oï-oï !

     

    P.

     

    -Paf (Être ou  rester) : Être ou rester stupéfait, coi, sans voix, bouche bée. Ex : Eh bien quand elle m’a dit ça, moi, j’en suis resté paf ! 

    -Pape : De la pape n’est d’autre que de la bouillie. Le riz au lait se nommera, par exemple, de la « pape au riz ». Ainsi, nos pieux ancêtres se faisaient ils parfois, jadis, une idée toute simple du paradis céleste : Manger de la pape au riz chez saint Pierre, avec des cuillères en or, voilà ce qu’est l’éternelle félicité ! Authentique témoignage de la simplicité paysanne de naguère, que je m’empresse de conserver ici ! 

    -Paroche (« paro-ghe ») : Paroisse. Mais ce terme est utilisé dans un sens particulier, synonyme de débit de boissons (estaminets, caberdouches, etc.). Pour dire qu’il ne faut pas exagérer et faire tous les bars du coin, l’on dira : Bon, on va tout de même éviter de faire toutes les paroche, sinon c’est sûr qu’on va être scheilezat (mort bourré, ivre-mort, complètement noir) !

    -Pasjakroet (« pachakrout ») : Un incapable.

    -Patteikes (« patteï-kess ») : Petits gâteaux, biscuits.

    -Peï (ou peye, peie) : S’applique plus particulièrement à un homme âgé, plus généralement à un homme adulte, mais normalement pas à un jeune homme. Ainsi n’est-il pas rare d’entendre ce qui pourrait paraître une répétition, soit un vieux peï.

    -Peperkoek (« pépercouque ») : Pain d’épices. Gâteau. Egalement terme affectueux dont mon père usait lorsque j’étais enfant.

    -Pink (Voir) : Voir pink, signifie ne pas avoir les yeux en face des trous. Ex. : M’enfin tu vois tout de même bien que ce mur est peint en jaune et pas en bleu ; tu vois pink ou quoi ?

    -Pinnemouche : Bonnet pointu. Peut, s’appliquer à divers types de couvre-chefs mous (casquette, etc…).

    -Plattekeis : Fromage blanc que l’on mange étalé sur une tartine et accompagné de radis rouges. A ne pas confondre avec le Hettekeis (voir ce nom).

    -Plek : Colle. Ex. : Mais ça plek ce truc ! (Mais ça colle ce truc) ou encore, marchant dans une flaque de boisson sucrée séchée, Ca plek partout ici !  On peut également plekker de partout à cause de la chaleur et de la transpiration !

    -Poe (Alan) : A Bruxelles, si vous entamez une conversation à propos de ce célèbre auteur, ne vous étonnez pas d’entendre vos interlocuteurs vous parler d’un certain « Edgard Alan Poû », en lieu et place d’ « Edgard Alan Pô ». Cela vient du fait que le  « oe », en néerlandais, se prononce « ou ». Et cela a influencé la manière dont les francophones de Bruxelles prononce ce nom.

    -Poeppers (« pouppers ») : Avoir les « poeppers » signifie « avoir la frousse ». Ex. : Cette fois je peux te dire qu’il a eu les poeppers !

    -Potverdekke (« potferdekke » ; à la française : « potferdek ») : Nom d’une pipe ! Peut-être moins connu que le célèbre godverdoeme (« godferdoumme » ; à la française « godferdoum » / « godferdom »), potverdekke n’en n’est pas moins très répandu à Bruxelles. Verdekke, est la forme condensée de potverdekke !

    -Proet (« prout ») : Jean d’Osta traduit ce terme par « bavardage », mais il m’est  personnellement connu, depuis mon plus jeune âge, comme désignant…un pet ! Ex. : T’as lâché un prout dans l’ascenseur ! Ca stink (ça pue !) ! On peut aussi l’utiliser dans le sens « zut », « flûte » : Eh bien moi je te dis proet !

    -Puuteler (« puutelé ») : Tripoter, peloter. Ex. : Je l’ai encore vu en train de puuteler cette fille, hier soir ! De là vient aussi le qualificatif de puuteleir (« puutelère »), « peloteur ».

     

    R.

     

    -Rammeling : Raclée. Ex. : Maintenant tu vas la recevoir ta rammeling. Synonyme de toefeling.

    -Réclame : De la publicité. Ex. : Verdomme, j’ai encore trouvé plein de réclames dans ma boîte aux lettres / Moi, je n’en peux plus avec toute cette réclame à la télévision, qui coupe les films ! Ce terme est surtout en usage chez les anciennes générations.

    -Rot (« rott ») : Pourri. Ex. : Il a vraiment une rotte kop ce peï ! (Il a vraiment une tête pourrie ce type, il est vraiment tordu, vicieux).

    -Ruses : Problèmes, sujets de discorde, de dispute. Ex. : J’ai encore eu des ruses avec mon patron ! Mais on peut également dire : Il essaie encore de lui faire des ruses, en un mot : de lui chercher misère. De vouloir lui causer des ennuis.

     

    S.

     

    -Salut en de kost ! : La santé et la nourriture ! Il semble qu’il s’agisse là d’un salut que l’on adressait jadis aux voyageurs. Aujourd’hui, cette expression est plutôt utilisée dans le sens « après moi, les mouches ! ». Ex. : Le jour où je gagne à la loterie, je me tire de ce bureau et vous dis à toutes et à à tous, salut en de kost ! ou encore, C’est ça, il est encore parti hier soir en où laissant tout le travail et…salut en de kost !

    -Scheil (« skeil ») : Bigleux, qui louche, qui n’a pas les yeux en face des trous. De ce mot dérive celui de scheilzat (ivre au point de voir double, de loucher, complètement bourré).

    -Schief (« skief ») : De travers, tordu. De ce terme vient notamment le sobriquet que les Marolliens expropriés avaient donné en sont à l’architecte Poelaert, qui réalisa notamment l’éléphantesque palais de justice de Bruxelles : Schieven architek’ (« l’architecte de travers »). Une autre insulte bruxelloise découle du même mot : Schieve lavabo (intraduisible).

    -Schuun : Beau, joli. Ex. : Alleï, eh ben ça c’est schuun, tiens !

    -Seulement : « Seulement », utilisé en fin de phrase, signifie « ne vous gênez pas », « allez-y franchement ». Ex. : « Tiens, prends cette chaise et assieds-toi seulement, moi je resterai debout » / « Tu veux encore un morceau de gâteau ! Mais prends seulement, n’hésite pas ! »

    -Slaches : Pantoufles, savates, plus généralement, chaussures. Ex. : Dis, t’as déjà vu dans quel état sont tes slaches ?

    -Slaptitude : Faiblesse. Ex. : Awel aujourd’hui, j’ai comme une petite slaptitude, tiens !

    -Slum, slummerik : Malin, habile, retors.

    -Sluur : Une brave femme à plaindre.  Peut aussi être utilisé péjorativement : une pauvre idiote. Une femme laide, pauvre, sale.

    -Smeirlap (« sméérlop ») : Saligaud, cochon, ordure.

    -Smochterer (« smochteré » ou « schmochteré ») : Verbe franco-bruxellois qui vient du thiois « smochteren », qui signifie manger entre les repas, manger salement ou encore se goinfrer de sucreries. Un mangeur de friandises se dit donc un smochtereer (« smochterère »). 

    -Snottebelle (« snotebèl ») : Des crottes de nez, de la morve. Ce terme est pour moi largement lié à l’univers scolaire. En cours de récréation, nous utilisions ce terme couramment ! Ex. : Tu as des snottebelle ! Nous utilisions généralement en début d’exclamation l’onomatopée bèèk, bèèke, bèèkes, pour exprimer notre dégoût. Ex. : Bèèke, tu as des snottebelle !

    -Snotneus : Un morveux. De snot (morve) et neus (nez).

    -Snul : Un idiot, un imbécile, un niais. Ex. : Celui-là ? Mais ça c’est une fois un snul, tiens !

    -Splitser (« splitsé ») : Diviser, scinder, séparer. Ex. : On se demande s’ils vont finalement le splitser ce fameux arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde ; mais aussi : Bon, je crois qu’ils vont finalement provoquer le splitsing de la Belgique !

    -Sproeit (« sprouït ») : Jet (d’eau). En dérive le verbe franco-bruxellois sproeiter (« sprouïté » ; jaillir). Ex : Fais attention, cette bouteille d’eau gazeuse a été agitée, si tu l’ouvres trop vite, l’eau va sproeiter !

    -Stameneï (“sta-me-neye”) : Un estaminet, un debit de boissons. Voir aussi « Caberdouche ».

    -Steif/Staaif (« steïf ») : Raide, guindé. Ex. : Et tu crois que ce soldat va rester steif comme ça, pendant des heures, dans sa guérite ? Astableef ! D’où également, staave nek (litt. : « cou raide »), « torticolis ».

    -Stinker (« sting-ké ») : Puer, chlinguer. Ex. : Quest-ce que ça peut stinker ici ! ou encore, Bêke, ça stink (« sting-k ») vraiment fort dans cet ascenseur ! Sûrement un qui a lâché un proet (« prout ») !D’où aussi le terme stinkedekeis, « fromage puant ».

    -Stoeffer («stouf-er ») : Un vantard, quelqu’un qui aime se mettre en avant. Ex. : Ca c’est un vrai stoeffer tu sais ! De là vient aussi l’expression, faire de son stoef (« stouf ») !, action de se vanter, d’en remettre une couche. Ex. : Ca y est, il est encore en train de faire de son stoef ! Le féminin de stoeffer est stoefesse.

    -Stoemelings (« stoumelinks ») : En cachette, derrière le dos. Ex. : T’as encore été faire ça en stoemelings toi, hein ?

    -Stoemerik (« stou-me-rik ») : Idiot.

    -Stoemper (“stoumm-pé”) : Pousser, écraser. Ex. : Pour rentrer dans ce métro, moi je te dis qu’il va falloir stoemper, zenne ! On rapprochera de ce verbe le nom d’un célèbre plat régional : le stoemp. Il s’agit d’une purée de pommes de terre et de légumes, mélangés et mixés. Et avant l’invention de l’électroménager, il est évident que pour bien mélanger les pommes de terre et les légumes, il fallait, à l’aide de l’ustensile de cuisine adéquat, stoemper (écraser) le tout avec vigueur !

    -Straf : Si Jean d’Osta traduit par « fort, malabar », j’aurais tendance à entendre par ce mot « grave, fort de café. Ex. : Tu te rends compte que cet automobiliste a renversé cette personne et ne s’est même pas arrêté ? Da dès straf, zenne ! Le « da dès » est une déformation du néerlandais « dat is », « cela est », qui peut parfois devenir, en bruxellois francisé, « ça est ». Ex. : Ca est grave, quand même !

    -Stroet (« stroûût ») : Rue, directement dérivé du mot néerlandais « straat ». On connaît aussi le diminutif strotje (« petite rue »).

    -Stuk : Morceau. Egalement stukske, « petit morceau ». Ex. : Bon, allez, je vais me laisser faire et prendre un morceau de ton gâteau, mais juste n’stukske (un petit morceau), hein, parce que je suis au régime !

    -Stuut : Coup, exploit, plus généralement, un événement extraordinaire ou invraisemblable. Ex. : Eh bien, je vais te dire : il lui est encore arrivé à stuut à celui-là ! En français on dirait plus volontiers : Il lui encore arrivé un truc (bizarre) à celui-là !

    -Sukkeleir (« sukkelère ») : Terme qui traduit un apitoiement volontiers condescendant, voire méprisant. Un sukkeleir est un pauvre type, un malheureux, quelqu’un qui n’a pas de veine, on dirait aujourd’hui, un « perdant ». Le féminin de sukkeleir est sukkeleis (« sukke-laisse »).

    -Stukkske (« stuk-ske »): Petit morceau. Ce terme peut s’appliquer à peu près à tout ce qui peut se diviser, un territoire, un gâteau, etc. Ex. : Tu veux encore un morceau de gâteau ? Oui, mais alors rien quun stukkske : je suis au régime ! ; Ils ont complètement refait le parc, fieu, et ils lon divisé en trois stukkskes (on prononce alors le « s » final) comme ça ! Ca est tout de même incroyable !

     

    T.

     

    -Tenè, tenè ! (« tenet, tenet ») : Tiens, tiens ! Sens : « ça c’est bizarre » ! Ex. : Et tu as retrouvé ce collier volé comme ça, par hasard, dans ton tiroir ? Tenè, tenè, tenè !

    -Tich : Désigne le pénis, mais peut constituer également un surnom mi-affectueux, mi-moqueur à l’égard d’une personne. Diminutif : tichke.

    -Toefeling (« toufeling ») : Une raclée. Ex. : Toi, tu vas te ramasser une toefeling ! Synonyme : une rammeling.

    -Tof : Bien, beau, sympathique, chouette. On peut le dire d’une situation ou d’une personne. Ex. : Eh bien ça c’est tof !, mais aussi, Eh bien ça c’est une fois un toffe peï, tiens ! (le tof d’origine est ici accordé) : Eh bien ça c’est une fois un chouette type, tiens ! Le terme tof vient vraisemblablement de l’expression juive mazel-tov.

    -Tomber de son sus : Tombé évanoui, mais, plus généralement, dans le langage courant, être stupéfait, rester baba, ne pas en revenir. Ex. : Ca lui a fait un tel choc qu’il en est tombé de son sus !

    -Totteleir  (« tottelère ») : Un bègue, quelqu’un qui s’embrouille dans son discours, qui se répète. On en a également fait un verbe (infinitif) franco-bruxellois, soit totteler : Hé, arrête un peu de totteler, fieu ! Ainsi désignera-t-on également le bégaiement ou l’embrouillement de langage, du tottelage.

    -Trekt a plan ! : Littéralement : tire ton plan ! Très fréquemment utilisé sous sa forme française. Signifie, débrouille-toi ! Mais dans sa version française, tire son plan veut également signifier « se débrouiller ». Ex. : Oué, toi tu tires toujours ton plan pour rencontrer la jeune fille du troisième étage, en stoemelings, ça j’ai déjà vu aussi !

    -Trut : Se disait semble-t-il, à l’origine, d’une femme laide (D’Osta) mais cela se dit, plus généralement, d’une idiote, d’une sotte.

     

    V.

     

    -Verdomme/Verdoemme (« verdom-me », « verdoum-me ») : Voir Godverdoeme.

    -Vlan ! : Onomatopée que l’on peut comparer à paf ! Ex. : Allez, vlan, la voilà encore montée sur ses grands chevaux ! Le Vlan est aussi le nom d’un journal gratuit de petites annonces.

    -Vogelpik : Désigne le jeu de fléchettes. Mais au sens figuré, cela peut aussi signifier « hasard ». Ex. : Ils ont choisi ce type pour ce poste au vogelpik ou comme au vogelpik, ou encore : La loterie ? Ca est du vogelpik !

    -Volle gaz / Volle speed / Volle petrol :  (« vol-le-gaz / vol-le-spiid / vol-le-pètrol ») : Vite, aller vite, plus vite que ça, et que ça saute. Ex. : La voiture a traversé le boulevard, et je peux vous dire qu’elle allait volle gaz ! ; Le chat ? Il est passé, là, volle speed, devant mes pieds, à la poursuite d’une souris ! ; Bon, d’accord, vous allez me changer cette voiture de place, et volle petrol !

     

    W.

     

    -Wageler (« wagueler ») : Tituber, branler. Ex. : Quand tu deviens vieux, tu vois ça à tes dents qui commencent à wageler. / Regarde un peu ce peï qui sort du stameneï, comme il wagel ! (parce qu’il est saoul, zat).

    -Wéék-End : A Bruxelles, on ne dit pas « wiik-end », comme l’exige une prononciation à l’anglo-saxonne, mais « wéék-end ». Cela vient du fait qu’en néerlandais, on prononce le mot « week » (semaine), non point « wiik », mais « wéék ». 

     

    Y.

     

    -Yenda ! : Oui-da ! Eh bien ça alors !

     

    Z.

     

    -Zat : Ivre, soûl. De ce terme en dérivent d’autres tels que zatlap (« ivrogne », lap, en burgonsch, signifie « langue ») et  scheilezat (« skeïle-zat », complètement bourré, noir). Une variante encore : kriminijlzat, ivre à un point « criminel », complètement défoncé !

    -Zelle/Zenne (« zel-le », « zen-ne ») : Hein ! Sais-tu ! Tu sais ! Ex. : Oué mais celui-là c’est sacré zievereir, zenne ! 

    -Zinne (« zin ») : Saute d’humeur, folie passagère. Avoir une zinne.

    -Zinneke : Désigne à l’origine un chien bâtard. A servi ensuite à désigner quelqu’un qui est le résultat de plusieurs cultures ; le Bruxellois étant réputé être le fruit d’un mélange de cultures thioise et française, fut donc nommé « zinneke » (alors que le surnom traditionnel des Bruxellois est « kiekfretters », soit « mangeurs de poulet »), mais il s’agit là d’une déviance linguistique que l’on a ensuite généralisé, notamment dans le contexte multiculturel. Mais il y a plus étonnant : en burgonsch (argot bruxellois), le terme zinneke désignait en fait, un lapin.

    -Zivereir / Zieverer / Ziever (« zieverère » / « zieveré » / « ziever ») : Un radoteur, quelqu’un qui raconte des sottises. De ce terme dérive le verbe (inifnitif)  franco-bruxellois zieverer (radoter, dire des bêtises). Ex. : Quel zievereir ce type ! ou Qu’est-ce qu’il peut zieverer ! ou encore, Dis, fieu, là tu ziever sérieusement, hein ! Citons aussi : Quel ziever ! (Quel radotage !)ou Mais c’est du ziever tout ça ! (Mais c’est des histoires tout ça, des sottises, du radotage, bref, des choses fausses ou/et sans intérêt). De là découle également le terme zieverderaa (« sottises »). Ex. : Mais puisqu’on te dit que ce sont des zieverderaa tout ça !

    -Zot : Fou, maboul, dingue. Ex. : Mais il est complètement zot celui-là !

    -Zuur smoel (« zuur smowl ») : Litt. « figure de vinaigre ». Visage antipathique, tirer la tête, faire vilaine figure. Ainsi, littéralement, l’on dira aussi, pour dire de quelqu’un qu’il a l’air fâché, de mauvaise humeur, etc. : « Il en tire une figure, celui-là ! » De là aussi, par exemple, « j’en ai marre de voir sa figure, à celle-là ! ».

    -Zwaagt ! (« zwaaght ») : Tais-toi ! Vulgairement : ta gueule !

    -Zwanze : Blague, coup tordu, fête. On utilise le terme de différente manière, soit, par exemple, c’est une zwanze ou c’est typiquement de la zwanze. Le terme est difficilement traduisible. Disons que la zwanze est une forme d’humour typiquement bruxelloise, parfois drôle, mais aussi parfois un peu lourde lorsqu’elle est répétitive, et pas toujours de bon goût.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Glossaire d’argot bruxellois (Burgonsch), Paul Hermant, Le Folklore brabançon n°73-74 – 13e année (1933-1934), p. 53-92 / Histoire d’Ixelles, André Gonthier, Imprimerie H. De Smedt, 1960, p. 205-206 /  Les « Flauwskes » de Jef Kazak, Jean d’Osta, La Belgothèque - Paul Legrain, 1983.

  • Fontaines de Bruxelles (7) : Le Mont des Arts.

     

    LES FONTAINES DE BRUXELLES (7) : LE MONT DES ARTS

     

    Le Mont des Arts : situation actuelle.

     

    Les petites fontaines de l’actuel Mont des Arts ne sont que les pâles héritières, nous le verrons, de la cascade monumentale qui existât jadis à cet endroit. Autant dire que nous nous écarterons largement de notre sujet initial consacré aux fontaines de Bruxelles, pour présenter le Mont des Arts dans son ensemble.

     

    Le Mont des Arts actuel est situé dans les environs immédiats de la Gare centrale. Il fut réalisé entre 1954 et 1965. Le Mont des Arts tire son nom du voisinage immédiat du Palais des Beaux-Arts et du Musée des Beaux-Arts. Il constitue la principale liaison entre le haut et le bas de la ville.

     

    Il s’agit de « jardins à la française » encadrés par la rue du Mont des Arts, la Bibliothèque Royale et le Palais des Congrès. La statue équestre du troisième roi des Belges, Albert Ier, fait face à la statue en pied de la reine Elisabeth, son épouse.

     

    L’ensemble paraît toutefois bien peu harmonieux dans sa conception. Voilà ce qu’en dit Jean d’Osta :

     

    « Le pittoresque et délicieux Mont des Arts qu’ont connu les Bruxellois d’âge mûr n’est plus aujourd’hui qu’un banal jardin plat et carré, entouré des vastes bâtiments de la nouvelle Bibliothèque Royale, du Palais des Congrès et, du côté nord, d’une rangée d’immeubles administratifs surmontant de beaux magasins avec trottoirs sous arcades. Cette suite de magasins est malheureusement séparée du square de verdure par un large autodrome où les voitures foncent en quatre rangs, à sens unique, vers le haut de la ville. » (Jean d’Osta).  

     

    L’on ne peut dès lors s’empêcher d’éprouver une certaine nostalgie à l’égard de l’ancien Mont des Arts, de ses jardins et de ses cascades d’eau, que tous ceux qui, comme moi, sont nés après 1965, n’ont hélas connu que sous forme de photographies.

     

    Seule l’arcade qui supporte une horloge animée et illustrée de figurines historiques et folkloriques, attire réellement notre sympathie. L’horloge du Mont des Arts est flanquée d’un petit jacquemart, c’est-à-dire un petit bonhomme qui frappe les heures avec un marteau. Les figurines qui l’entourent marquent les heures sur une grande rosace. Le carillon de 24 cloches joue –ou devrait jouer…- ainsi en alternance.

     

    Jadis, la « Steenweg », la vieille Chaussée de pierre, passait par le Mont des Arts.

     

    Le Mont des Arts : historique.

     

    Sur ce versant du Coudenberg se situait jadis le « quartier Saint-Roch » qui, jusqu’au 15e siècle, se nomma « quartier des Juifs ». Selon certaines sources (Histoire secrète de Bruxelles, p. 39), l’actuel Mont de Arts aurait aussi porté nom de Montagne des Aveugles. La principale artère de l’actuel Mont des Arts était jadis la rue « Montagne de la Cour » qui commençait rue de l’Empereur (actuel boulevard de l’Empereur) et rue Cantersteen, pour finir place Royale.

     

    Au début du 19ème siècle, « à l’endroit qu’occupe le Mont des Arts, existaient des ruelles populeuses : la rue Ravenstein, l’ancienne, avec ses pignons à redans, ses cours à arcades gothiques pareilles à des patios sévillans ; la rue des Trois-Têtes où un vieil estaminet de même nom voisinait avec le coiffeur Henri, dont la maison s’ornait d’un réverbère du temps de l’éclairage à l’huile ; la rue Notre-Dame, avec ses larges escaliers et ses garde-fous de fer forgé qui lui donnaient un aspect liégeois. Pour aller de la place Royale à l’Hôtel de Ville, il fallait emprunter un de ces nombreux escaliers de pierre, dit escaliers des Juifs, et qu’on trouve encore aujourd’hui entre la rue des Minimes et la rue Haute. » (« Bruxelles, notre capitale », p.40)

     

    C’était, à cette époque, le beau quartier de Bruxelles, le quartier du commerce de luxe. Mais, nous dit Eugène Bochart, à la moitié des années 1850, soit depuis une vingtaine d’années, la rue Montagne-de-la-Cour « a considérablement perdu de son importance, et le commerce a descendu rue de la Madeleine et rue du Marché-aux-Herbes. Divers projets ont été élaborés et présentés au conseil communal pour rendre la vie à la Montagne-de-la-Cour. Ce n’est plus maintenant qu’une question de temps. Ce quartier, quoi qu'on fasse, doit être le centre de l’industrie et du commerce de luxe : les positions centrales ne peuvent que gagner par les améliorations projetées. Le problème à résoudre est la diminution de la pente ; cette question traitée, le reste peut être abandonné sans danger à l’industrie privée. » Réorganiser la Montagne-de-la-Cour fut toutefois moins simple que ne le pensait Eugène Bochart…

     

    En 1879, le Conseil communal de Bruxelles envisagea de relier le haut de la ville au niveau de la Senne au moyen d’une large artère carrossable. Un projet qui fit long feu !

     

    A la fin du 19e siècle, « ce quartier Saint-Roch comportait une dizaine de ruelles populeuses, et, notamment, la rue des Trois-Têtes, la rue Notre-Dame, comparable aux raidillons liégeois avec ses larges escaliers et ses garde-fous en fer forgé, l’étroite rue Ravenstein et la pouilleuse rue Saint-Roch. Ce quartier était tristement célèbre par ses estaminets mal famés et ses cours intérieures à arcades gothiques (et à filles légères. » (Jean d’Osta)

     

    En 1883, il fut décidé de raser ce chancre afin d’y établir un large « boulevard descendant », des jardins publics et un vaste temple consacré aux beaux-arts : salle de concerts, d’expositions, de théâtre… Mais il fallut encore attendre quatorze années de discussions et de négociations parfois véhémentes entre le bourgmestre Charles Buls et le gouvernement belge, pour que commencent les travaux de démolition.

     

    Ainsi, en 1894, un incident assez grave opposa la Ville de Bruxelles au gouvernement belge. De fait, ce dernier, moyennant un subside de 450.000 francs belges, voulait imposer à Bruxelles, ses propres plans de la voie carrossable dont le projet avait été lancé en 1879. Au nom de l’autonomie communale, Charles Buls envoya paître le gouvernement belge !

     

    En 1897, les travaux de démolition commencèrent enfin et, en 1900, il n’y avait plus entre la rue des Sols et la rue Montagne-de-la-Cour, qu’un horrible terrain vague couvert de pierraille et d’orties… Quant aux discussions politiques sur l’avenir de ce site, elles reprirent de plus belle ! Les plans succédèrent aux plans, mais on ne parvint guère à se mettre d’accord. Les plans des futurs musées et des futures salles des beaux-arts restaient dans les cartons. Le chancre urbain subsista durant une dizaine d’années encore et c’est alors que le roi Léopold II, ulcéré de constater qu’aucun progrès n’avait été réalisé, exigea que les ruines soient au moins rasées avant l’exposition universelle de 1910. Il fut fait ainsi.

     

    En 1908, de grands travaux furent entrepris pour la construction du boulevard de la célèbre et destructrice Jonction Nord-Midi, pour la rénovation de l’ancien quartier des Juifs (la Montagne de la Cour donc) et pour la création d’un vaste palais destiné aux Beaux-Arts. La Jonction avait nécessité la destruction des quartiers Isabelle, Terarcken et Saint-Roch et il fallait à présent, en urgence, panser les multiples plaies du quartier.

     

    « Un jardin provisoire est aménagé par l’architecte Jules Vacherot entre 1908 et 1909, en prévision de l’Exposition universelle de 1910 qui doit se tenir à Bruxelles. Et c’est une réussite : tout en ondulation et en respiration, le jardin alterne parterres et terrasses reliées par des escaliers, il est agrémenté de fontaines et de sculptures de Godefroid Devreese et Josué Dupon. » (Bruxelles disparu, p.65). En 1935, ce superbe aménagement était encore décrit comme un ensemble harmonieux de jardins et de chutes d’eau. Il fut inauguré en 1910, en même temps que l’Exposition universelle, sous l’appellation de square du Mont des Arts.

     

    Mais voilà, au lieu de le conserver, l’œuvre de l’architecte parisien Vacherot, dessinée à l’initiative de Léopold II et ayant été déclarée « temporaire », fut anéantie à son tour… Il est vrai que ce jardin n’était destiné qu’à durer les quelques mois de l’Exposition, mais il s’imposa naturellement à l’affection des Bruxellois « par son harmonie parfaite, son élégance, son utilité, son charme. Il était une bénédiction pour les promeneurs, pour les enfants, pour les amoureux, pour les artistes. Il a duré 45 ans, toujours provisoire, toujours menacé, toujours aimé. » (Jean d’Osta)

     

    Pour le plus grand malheur des Bruxellois, de nombreux projets de reconstruction furent mis sur la table, et ce dès les années 1930 (en liaison avec les travaux de la monstrueuse Jonction Nord-Midi). Et, en 1937, l’on opta finalement pour la laideur urbanistique et architectural d’allure soviétique… La construction de ce complexe qui comprend aujourd’hui, outre les jardins dans lesquelles chuintent des fontaines qui ne sont plus qu’un lointain souvenir des cascades d’antan, le Palais des Congrès, la Bibliothèque nationale dite de l’ « Albertine », des bureaux (évidemment…), une galerie commerciale (le verre et le métal s’ajoutèrent au béton, les prix flambèrent et les mentions en anglais se répandirent…) , sans oublier…un parking.

     

    La construction de cette « chose » se fit par étapes (histoire de définitivement anéantir le vieux quartier…) dans les années 1950 et 1960. Au début des années 1950, le jardin du Mont des Arts apparaît déjà en partie désaffecté et avait d’ores et déjà été condamné, contre l’avis de la population bruxelloise : « Lorsqu’il fut sérieusement question de le supprimer, en 1951, pour le remplacer par une place carrée et plane recouvrant de vastes garages, il y eut d’unanimes et véhémentes protestations de tous les milieux artistiques et intellectuels. Des campagnes de presse ardentes alertèrent la population ; Louis Quiévreux, en particulier, dépensa généreusement son talent et sa fougue. Rien n’y fit. Le ministre « compétent » (un provincial, évidemment) imposa son projet. Tout au plus parvint-on à sauver in extremis la vénérable chapelle gothique dite « de Nassau » (incorporée aujourd’hui dans le grand édifice de la Bibliothèque Royale). En 1955, on rasa ce joli Mont des Arts cher à nos cœurs, comme l’appelait Louis Quiévreux dans le titre d’une brochure qu’il publia pour tenter de le sauver. Et à grands renforts de pelles mécaniques, on nivela la colline du Coudenberg. » (Jean d’Osta). Les travaux prirent fin en 1965.

     

    Au début des années 1950, Louis Quiévreux nous décrivait encore ainsi le Mont des Arts :

     

    « A deux pas du parc (ndr : de Bruxelles), le Mont des Arts est un havre de repos et d’élégance. Malheureusement, depuis longtemps, les otaries de ses fontaines sont sans eau. Elles languissent. Les castors, eux, accueillent toujours sur leur dos de bronze les bambins qu’on mène prendre l’air sur la belle colline, provisoire depuis 1910. Quarante ans d’un provisoire harmonieux et riant. » Et l’auteur d’évoquer les menaces qui pèsent déjà sur le Mont des Arts : « Et pourtant, cette aimable colline est menacée. Des dossiers volumineux contiennent son arrêt de mort au profit de l’Albertine (ndr : réalisée en 1958). Depuis des années déjà, l’épée de Damoclès guette les robiniers faux-acacias, les saules pleureurs, les marches pailletées si gaies à descendre vers la cuve de l’Hôtel de ville. » (« Bruxelles, notre capitale », p.39) Et l’auteur de s’interroger (idem, p.41) : « Mais est-ce bien vrai que nous allons le perdre, après avoir perdu le quartier Isabelle, celui de la Putterie et celui des Ursulines ? »

     

    Oui, Monsieur Quiévreux, nous l’avons perdu…

     

    Trois rues aujourd’hui disparues.

     

    -La rue des Trois-Têtes commençait à la Montagne de la Cour et finissait rue Saint-Roch. Elle porta jadis le nom de l’Héritage de l’Amman et de rue de Saint-Jean. On y trouvait une maison sur la porte de laquelle étaient sculptées trois têtes en bois qui lui donnèrent son nom jusqu’au jour de sa disparition. Rue mal famée, peuplée de filles de joie et de vagabonds, elle fut de tous temps un genre de carrefour. Il est dit qu’une des maisons de cette rue était bâtie sur un souterrain, destiné à conduire à la Senne les eaux usées. Un jour, alors qu’un jeune homme frappait à la porte de cette masure, un mendiant lui demanda la charité. Avant d’entrer, le jeune homme laissa tomber une pièce de trois livres dans sa sébille, avant de lui glisser un papier tout en lui recommandant de revenir à cette adresse le lendemain. Mais le mendiant eut beau venir et revenir le jour et les jours suivants, le jeune homme semblait avoir disparu. Le mendiant raconta ce qu’il savait et la police qui finit par opérer une descente sur les lieux, mais on ne trouva pas le moindre indice accusateur. Un jeune homme était venu et était reparti, on n’en savait pas plus. Le mendiant insista et de nouvelles perquisitions furent entreprises et c’est là qu’on découvrit que la maison communiquait au moyen d’une trappe occultée, avec le souterrain. De ce dernier, on retira un cadavre : celui de notre malheureux jeune homme… Les assassins, femmes et hommes, finirent par avouer leur crime, commis, nous dit Eugène Bochart, « dans des circonstances d’un raffinement si atroce que la plume ne peut les décrire, et que l’imagination d’un homme honnête se refuserait à les concevoir »… Les criminels furent livrés au bourreau et la maison fut rasée.

     

    -La rue Notre-Dame commençait Montagne de la Cour et finissait rue Terarken et rue des Sols. Cette artère faisait autrefois partie des « Escaliers des Juifs » et se nomma d’abord « rue des Juifs » ou « rue du Juif ». De fait, avant sa destruction, la rue Notre-Dame était encore garnie d’une rampe et de marches en bon état. Sous le régime français (1794-1814), elle reçut le nom de « rue de la Renommée ».

     

    -L’ancienne rue Saint-Roch commençait rue Cantersteen et finissait rue des Trois-Têtes. Elle est décrite par Eugène Bochart, à la moitié du 19e siècle, comme une simple ruelle de communication entre la Cantersteen et la rue des Trois-Têtes (au sujet de Saint-Roch à Bruxelles, voir également notre article …. ). Pendant la Révolution elle fut rebaptisée « rue de l’Innocence ».

     

    L’Exposition universelle de 1910.

     

    L’Expo.

     

    L’Exposition universelle de 1910 se déroula à Bruxelles du 23 avril au 1er novembre de cette même année. Ce fut la troisième exposition de ce type accueillie par notre ville. Elle fut consacrée à la mise en valeur des réalisations industrielles, commerciales et coloniales de la Belgique. Déployée sur près de 90 ha et accueillant près de 29.000 exposants, elle attira environ 13 millions de visiteurs. L’Exposition se déroula sur le plateau du Solbosch, au Cinquantenaire et à Tervueren, où fut organisée une Exposition coloniale. Ajoutons qu’au square du Solbosch se trouvait aussi un village pittoresque, Bruxelles-Kermesse, évocation d’un Bruxelles d’antan, en voie de disparition (déjà…).

     

    L’incendie.

     

    Mais le dimanche 14 août 1910, à 8h45, un incendie se déclara au-dessus de l’aile gauche du palais belge, tout près de Bruxelles-Kermesse. Une haute flamme apparut et la corniche de ce bâtiment fut la première à brûler. Le feu se répandit en quelques secondes, si bien que la foule présente resta comme pétrifiée, avant de céder à la panique ! Le feu devait détruire la totalité du grand palais central, Bruxelles-Kermesse, de même que le pavillon britannique et les stands français (la section française ne fut pas détruite entièrement : le feu s’arrêta devant la grande statue représentant la République…). L’intervention des pompiers, intervenus avec lances d’incendie, échelles, pompes à vapeur et même une autopompe apparut presque désespérée. Au-dessus du terrain d’exposition du Solbosch se répandit bientôt un sinistre nuage de fumée.

     

    Et voilà que le jardin zoologique Bostock brûle à son tour ! Si les animaux inoffensifs ont déjà été mis à l’abri, que faire des autres ? On les laisse sur place… On n’ose faire usage des armes par crainte de toucher les pompiers ou le personnel. Les gendarmes restent là, fusils braqués, mais inutiles, jusqu’au dernier rugissement de douleur… Ne subsistent plus de « Bostock zoologie » que les grilles tordues et rougeoyantes des cages, de même que les restes ratatinés ou calcinés des animaux, dont trois cadavres de crocodiles qui paraissent presque intacts mais qui n’en n’ont pas moins succombés aux flammes.

     

    D’heure en heure, l’incendie poursuit ses ravages dévastateurs et s’étend même à une quinzaine d’habitations privées. Mais à 14h30, tout danger d’extension du sinistre est enfin écarté, après près de six heures de lutte contre le feu. Si, à cette occasion, les services de secours firent preuve de bonne volonté, leur efficacité, par contre, laissa quelque peu à désirer. L’Expo, elle, se poursuivit. « La Belgique perdit 40.000 m² de surface d’exposition, mais gardait heureusement 20 .000 m² dans le hall des machines et du chemin de fer, ainsi que 12.000 m² dans divers pavillons et jardins. Le Vieux-Bruxelles avait perdu ses 60.000 m², mais le restaurant « Au Chien Vert » existait toujours et rouvrait ses portes le lendemain de l’incendie. Des 90 ha de l’espace d’exposition, environ 12 ha étaient anéantis. » (Expo 1910, l’incendie, p. 86).

     

    Survivance.

     

    Si, comme nous l’avons vu, le Mont des Arts, édifié pour les besoins de l’Expo 1910, a été sottement détruit,  le prestigieux Hôtel Astoria, sis rue Royale n°101-103, est une survivance de cette époque.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : « Bruxelles, notre capitale », Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 / « Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles », Jean d’Osta, Le Livre, 1995 / « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 198, p.307 / « Dictionnaire d’Histoire de Bruxelles, S. Jaumain, Prosopon, 2013 / « Histoire secrète de Bruxelles », Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981 / « Promenades bruxelloises, la première enceinte », Ville de Bruxelles, Cellule Patrimoine historique / « Le Mont des Arts », Bruxelles disparu, Marc Meganck, 180° Editions, 2013, p. 64-65 / « Expo 1910, Bruxelles, l’incendie », I. Van Hasselt, J. Stevens, 1980.

  • LES FONTAINES DE BRUXELLES (6) : PUCELLES ET SATYRES…

     

    LES FONTAINES DE BRUXELLES (6) : PUCELLES ET SATYRES…

    La fontaine des Trois Pucelles.

     

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    Pas facile de retrouver la trace de ces pucelles ! D’abord parce que l’emplacement de la fontaine d’origine pose problème. Ensuite parce que nos donzelles ne seraient tout simplement pas celles que l’on croit !
     
    Premièrement, l’emplacement. Certains croient trouver la trace de cette fontaine à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’une des « fontaines breugheliennes », à savoir celle qui représente la « Parabole des aveugles », rue au Beurre, près de l’entrée de l’église Saint-Nicolas.
     
     
     
    Et de montrer un dessin qui, effectivement, représente une fontaine dont les niches sont occupées par des femmes des seins desquelles jaillit de l’eau. Des personnages l’entourent et semblent faire une farandole. La légende dit « Profanation des vêtements sacrés de l’Eglise de St-Nicolas par les Hérétiques à Bruxelles en 1579 ».

    Notre fontaine serait donc au cœur d’un raid iconoclaste durant les guerres de religion.
    (http://bruxelles mysteHYPERLINK"http://bruxellesmystere.skynetblogs.be/tag/fontaine+des+trois+pucelles"re.skynetblogs.be/tag/fontaine+des+trois+pucelles ).
     
    Le lien entre cette scène et l’église Saint-Nicolas ne peut évidemment être mis en doute. Par contre, la localisation de la fontaine pose problème. De toute évidence, elle ne se trouvait pas à l’emplacement de notre actuelle « fontaine breughelienne », mais au carrefour des rues du Marché-aux-Herbes, du Marché-aux-Poulets, de la rue des Fripiers et de la rue au Beurre, également située près de l’église Saint-Nicolas donc, mais à l’arrière.
     

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    Mais, me direz-vous, la rue au Beurre ne débouche pas sur ce carrefour ! Disons, plus précisément, qu’elle n’y débouche « plus ». Tout simplement, un tronçon de la rue au Beurre qui, à l’origine, était une artère « en coude », a été rebaptisé, après la première guerre mondiale…rue de Tabora, en souvenir de la victoire belge emportée contre les Allemands dans la future Tanzanie.
     
    Pour la localisation de la fontaine « des trois pucelles », se reporter à : http://www.reflexcity.net/bruxelles/fontaines/fontaine-des-trois-pucelles-disparue
     
    Mais un deuxième problème se pose, car deux représentations de la « fontaine des Trois Pucelles » existent…mais seulement l’une d’elles est forcément la bonne. Il y a la fontaine, déjà évoquée et replacée dans le cadre des événements de 1579, et puis il y a une photo de trois femmes entourant une colonne, dont l’original est conservé au Musée de la Ville de Bruxelles.
     
    Cette fontaine, nous dit-on, était constituée de trois niches ( ?) abritant chacune une statue de femme nue. L’eau de la fontaine jaillissait de leurs seins. Cette fontaine fut élevée en 1545, sous le règne de Charles-Quint, elle apparaît sur une gravure de 1579 (celle déjà citée) et fit l’objet d’une réparation en 1776.
     
    On dit aussi qu’en 1826, elle sera remplacée par une fontaine-obélisque, puis une borne-fontaine, ce qui semble renvoyer à l’emplacement de l’actuelle  « fontaine breughelienne » de la rue au Beurre. Nous pouvons voir cependant que plusieurs cartes (cartes « reflexcity », voir site précité), de diverses époques, situent bien la « fontaine des Trois Pucelles » au carrefour des rues précitées et non à l’emplacement de l’actuelle borne-fontaine « breughelienne » de la rue au Beurre. Il existe même une explication historique à cette situation particulière : la présence de « steenen » où maisons en pierre patriciennes. Peut-être existait-il deux fontaines à l’origine, la grande fontaine des Trois Pucelles à l’endroit précité et une borne-fontaine plus modeste devant l’église Saint-Nicolas. Pour notre part, nous nous en tiendrons, carte à l’appui, à la localisation de la fontaine des Trois Pucelles à l’arrière de l’église Saint-Nicolas.
     
     
    Ceci n’explique toutefois pas pourquoi deux représentations présumées de cette fontaine sont parvenues jusqu’à nous : la « fontaine-colonne » et ses trois femmes ou, plus précisément, jeunes femmes, et la fontaine-niches, en forme de cube.

    Il ne peut y avoir là qu’une confusion. La fontaine-colonne ne comporte aucune niche, il ne peut donc s’agir de celle-là. La fontaine-niches est de forme vaguement cubique, elle compte donc quatre faces. S’il n’y avait que trois « pucelles », quel objet pouvait bien occuper la quatrième niche de la fontaine de 1579 ?
     
    Il est évidemment tentant d’établir une relation entre le nom de « Trois Pucelles » (ou « Trois Grâces », « Trois Déesses ») et la fontaine-colonne ne comportant aucune niche mais bien trois jeunes filles nues qui se tiennent par la main ou la taille, il est toutefois peu probable que cette fontaine ait un jour remplacé la très ancienne fontaine des Trois Pucelles dont d’anciens documents font mention dès 1382. Cette fontaine ne semble pas avoir été destinée à une place publique et a probablement été exécutée pour orner la propriété d’une riche famille bruxelloise, à moins que celle-ci, propriétaire d’un « steen », par exemple, n’ait décidé d’en faire don, pour l’installer là où les actuelles rues de Tabora et des Fripiers se rejoignent… Pures spéculations.
     
    Que pouvons-nous tenter de déduire de cet ensemble d’informations passablement contradictoires ?
     
    Une fontaine s’élevait bel et bien au point d’intersection des rues du Marché-aux-Herbes (ex-Marché-aux-Tripes), des Fripiers, du Marché-aux-Poulets et de Tabora (ex-Grande rue au Beurre). Depuis 1382, au moins, elle était connue sous le nom de « fontaine des Trois Pucelles ». En 1579, située à proximité de l’église Saint-Nicolas, elle est représentée sur un dessin ayant trait aux guerres de religion. Elle a alors l’aspect d’un monument cubique (parallélépipède ), abritant plusieurs niches dont plusieurs (2, 3 ou 4 ?) abritent des statues de femmes nues dont l’eau jaillit des seins. Deux de ses statues sont représentées sur le dessin. On peut supposer qu’elles étaient trois au vu du nom des « Trois Pucelles ». Mais rien n’indique ce qui pouvait apparaître alors sur la quatrième face du monument : un autre niche, une quatrième pucelle ou autre chose, nous n’en savons rien. Mais qu’est-il alors advenu de cette fontaine ? Il nous semble étrange qu’au vu de sa situation géographique, cette fontaine aurait pu miraculeusement échapper au terrible…bombardement de 1695. Pour peu qu’elle ait survécu jusqu’à cette date, elle a probablement été anéantie par les boulets de l’artillerie du Roi-Soleil.
     
    A la même époque existait une autre fontaine représentant trois jeunes filles entourant une colonne. Ce monument, conservé au Musée de la Ville de Bruxelles, a été réalisé en 1545, sous le règne de Charles-Quint. Elle a pour elle de correspondre à la dénomination de la fontaine des Trois Pucelles mais elle ne peut vraisemblablement être identifiée à la fontaine du 14e siècle. Aussi, pour la distinguer de celle-ci, préfèrerons-nous lui donner le nom de « fontaine des Trois Grâces ». Celle-ci ne semble pas avoir été destinée à un usage public, mais bien à un usage privé (www.museedeleauetdelafontaine.be ). De plus, aucun lien n’est établi entre cette statue et l’église Saint-Nicolas dont la « fontaine des Trois Pucelles » était géographiquement proche. Le symbole de la lactation (l’eau jaillissant des seins), comme l’enfant urinant (Menneken Pis), le « cracheur » ou la plaie saignante, sont des thèmes fréquemment utilisés pour les fontaines, il n’est donc pas étonnant de voir le thème de la lactation représenté par deux fontaines au moins.
    Ajoutons que, selon une légende rapportée par un certain Léon Van Neck, un noble et son épouse donnèrent naissance à trois belles jeunes filles, mais toutes les trois décidèrent de ne pas se marier, d’où leur nom de trois pucelles. Deux seigneurs succombèrent malgré tout à leur charme et s’opposèrent dans une guerre sanglante. L’un d’eux parvint à s’emparer des trois jeunes filles et à les faire prisonnières. Sans doute exerça-t-il sur elles quelque chantage auquel elles ne voulurent point céder, parce qu’on les retrouva toutes les trois assassinées. Parmi les soupirants figurait aussi un certain Charles, duc de Brabant, qui n’était autre que…l’Empereur Charles-Quint ! C’est lui qui, en 1545, fit élever une fontaine à trois bassins, alimentés par trois belles jeunes filles dont l’eau jaillit des seins. La fontaine originale, située près de l’église Saint-Nicolas, a disparu.
    Mais au fait, le « Charles, duc de Brabant » de cette légende, était-il bien Charles-Quint ? Ne s’agirait-il pas plutôt de Charles de France, qui passe pour être le fondateur de Bruxelles ? « Charles aurait fait la cour aux trois filles de Hughes, dites les trois pucelles et qui ont peut-être donné leur nom à la fontaine dite des trois pucelles, qui s’élevait au coin du marché-aux-tripes et de la rue au beurre. C’était un groupe de pierre de trois filles nues jetant des filets d’eau par les seins. Cette fontaine existait avant 1581. On raconte que ces trois pucelles furent inhumées au marché au bois. Remarquons toutefois que dans le culte Odinique on rencontre toujours les trois Nornes près d’une source (Ymirsbrün), au pied de l’arbre de plaid (Yggdrasill). Les filles de Hugues auraient été enlevée par un sire Ermenfride, qui aurait enfermé Charles dans une tour avec les trois sœurs ( !). Charles se serait évadé et serait venu assiéger la tour où il avait été prisonnier. Il y découvrit les cadavres des trois filles assassinées, avec Ermenfride lequel se serait suicidé ( ?). » (L’Île St.-Géry à Bruxelles, p.19-20). Mais qui pouvait bien être le Hughes repris dans cette légende ? Nul ne le sait vraiment.
    Par contre, la légende, telle qu’elle nous est rapportée ici par Louis Stroobant, confirme bien la présence d’une fontaine des Trois Pucelles à l’endroit que nous avions indiqué. Comme nous l’avons déjà dit, le tronçon de l’ancienne rue au Beurre qui s’étendait jusqu’à la fontaine est devenu la rue de Tabora. Quant au « marché aux tripes », dont il est question ici, il se situait jadis, et ce jusqu’à la Révolution française, rue du Marché-aux-Herbes :
    Dès 1391, « les tripiers avaient obtenu, non loin de l’église Saint-Nicolas, des emplacements pour quatre échoppes. En 1522, ils étaient devenus envahissants et les habitants de la Chaussée se plaignaient des odeurs fortes que répandaient leurs « pensen » : on limita alors leur espace au moyen de bornes de pierre. Mais en 1796, les autorités françaises jugèrent ces odeurs « offusquantes » et, par arrêté du 27 germinal an IV, les tripiers furent contraints de se retirer dans une rue plus populaire : la Petite rue des Bouchers, où ils étaient encore concentrés au milieu du siècle dernier [ndr : milieu du 19e siècle]. Mais ce tronçon de la vieille Steenweg, entre la rue des Fripiers et la rue des Harengs, garda le nom populaire de Pensmerct (Marché aux Tripes). Dès le XVIIème siècle, les marchands de légumes, qui devaient disputer leurs emplacements de la Grand-Place à différents autres maraîchers, purent aussi s’installer à l’ancien marché aux poissons, au bout de la rue de la Colline. Le peuple appela cet endroit Groentemerkt (Marché aux Légumes) ou Gerstenmerkt, car les marchands d’orge s’y concentraient. En français du XVIIIe siècle, cela fut traduit par Marché aux Herbes. C’est donc par une décision communale de 1853 que la rue du Marché aux Tripes et celle du Marché aux Herbes fusionnèrent. » (Jean d’Osta).
    Pour ce qui est du lieu de l’assassinat présumé des trois jeunes filles, certains penchent pour le château d’Axele-les-Moorsel. Vers 978 ou 1047, selon les sources, un certain Ermenfried (ou Ermenfroid, Hermanfried) « aurait, de gré ou de force, restitué les reliques de Gudule au duc Charles. Or celui-ci aurait assiégé, vers 978, le burgt de Texel ou d’Axele-lez-Moorsel d’où il fit transporter le corps de Ste Gudule à la chapelle de S. Géry. Ce serait donc au château d’Axele que se situerait l’épisode légendaire des trois pucelles ( ?). » (Ibid.)

    Les Trois Pucelles interviennent également dans la légende du Cracheur, une autre fontaine bruxelloise, puisque le matelot ivre-mort, à l’origine de cette légende, aurait consommé exagérément du vin…qui jaillissait des seins des Trois Pucelles ! Comme quoi, à l’instar du Menneken Pis, elles ne produisaient pas que de l’eau !


     
    La fontaine des Satyres.

     
    La rue de la Montagne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire longue de 200 m et s’étendant du carrefour Marché-aux-Herbes/Madeleine jusqu’à l’articulation de la rue d’Arenberg avec le boulevard de l’Impératrice, était jadis bien plus longue.
    Le côté impair de la rue de la rue de la Montagne a été totalement rasé dans les années 1955-1956. Or, c’est là que nous retrouvons la trace de l’ancienne fontaine des Satyres, démolie environ un siècle plus tôt :
     

    Satyres.png

     
    « Le n°1 formait un angle aigu avec le début de la rue de la Madeleine. Cette pointe s’avançait jusqu’en face du porche d’entrée des galeries Saint-Hubert, à quelques pas de la célèbre fontaine dite des Satyres, dressée au milieu de ce carrefour beaucoup plus petit qu’aujourd’hui. La maison n°1, très banale, abritait en dernier lieu une librairie-bouquinerie assez importante. » (Jean d’Osta).
     
    Derrière ces destructions, on devine évidemment l’ombre de la monstrueuse Jonction Nord-Midi… Bien d’autres artères du quartier en furent également les victimes !
    « Comme la rue de la Madeleine qui le précède, le Marché-aux-Herbes fut victime d’une sévère amputation due –on s’en doute- aux travaux de la Jonction et d’assainissement du quartier. C’est ainsi que fut démoli, sur sa rive paire, le tronçon qui reliait la rue de la Montagne à celle de la Putterie, face à la rue des Eperonniers. Au bas de cette dernière section, s’élevait, dès le XIVe siècle, la fontaine des Satyres disparue en 1847, l’année de l’inauguration des Galeries Saint-Hubert. Elle avait été reconstruite en 1617 par Duquesnoy. Deux ans après sa démolition, les matériaux hors d’usage furent mis en vente publique. Depuis le printemps 1981, une nouvelle fontaine orne le centre de l’esplanade aménagée dans la partie supérieure du Marché-aux-Herbes. » (Georges Renoy) On peut aujourd’hui y voir une statue de l’ancien bourgmestre de Bruxelles, Charles Buls.
    On connaît plusieurs représentations de la fontaine des Satyres. Ainsi, une vue de la fontaine telle qu’elle apparaissait vers 1830, lithographie que l’on doit à Jobard. Un dessin datant plus ou moins de la même époque (entre 1800 et 1847) que l’on doit à Van der Hecht. Et encore, un dessin montrant la fontaine entourée par des barricades (événements du 20 septembre 1830) et des hommes affairés, au carrefour du Marché-aux-Herbes et de la rue de la Montagne.
    Eric TIMMERMANS.
    Sources : « Ilot Sacré », Georges Renoy, Bruxelles vécu – Rossel, 1981, p.28 & 30 / « Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles », Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p.190, 213 / L’Île St. Géry à Bruxelles, Louis Stroobant, Le Folklore Brabançon, 12e année, n°69, p. 19-20.
  • Impasse Defuisseaux

     



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    Photo 1

    Une belle impasse bruxelloise, la plus belle selon divers chroniqueurs!
    Sur la gauche, on devine l'inscription CONCIERGE, et en dessous sa loge ? 
    le lieu est très propre et les gens correctement habillés. Ce qui surprend c'est la grille, qui interdit l'entrée du lieu ? 

    Cela m'étonne, oui car j'ai lu à maintes reprises qu'un réglement de la ville de Bruxelles interdisait ça. Une impasse est un lieu public et à ce titre doit être accessible.

    De nos jours, il ne reste plus rien de cette impasse, oui un trou, moche qui sert de sortie à...... Triste, triste. 

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    Photo 2

    Photo prise un jour de 1963 - La fin est proche, dans le fond de l'image un magasin de la rue Haute.

     

    Photo 3

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    Photo 4

     

    L'impasse Defuisseaux était presque en face de la rue de la Rasière (les anciens du quartier disaient de Zustervatstroet).


    A droite en sortant passé la grille il y avait un magasin de la Coopérative Coop.
    Rue Haute il y avait un autre magasin Coop à la Chapelle et un autre rue Blaes.

    Je me souviens que j'y allais pour ma boma acheter le café qui à l'époque était moulu devant le client. Ma boma me recommandait bien de ne pas oublier les timbres de fidélité qu'on collait dans un carnet et une fois rempli donnait des avantages.

    A gauche en sortant c'était le coiffeur "Jean".

    Ecrit par Nelly Lallemand.

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    Photo 5

    Quelques années plus tard, un emplacement pour automobiles.

     

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    Photo 6 - photo d'André Colard

    Aujourd'hui, une entrée et sortie rue Haute pour les ambulances.