Notre-Dame-aux-Neiges

Pour Mark De Meyer -  

Notre-Dame-aux-Neiges.

 

1. Origines : Le quartier, aujourd’hui disparu, de Notre-Dame-aux-Neiges, se situait jadis entre la rue Royale, la rue de Louvain et les deux places des Barricades et Surlet de Chokier. En son centre, se situait l’actuelle place de la Liberté. Ce quartier s’étendait donc derrière le Parlement. Il devait son nom à une chapelle établie, à l’origine, en rase campagne, au-delà du mur de la première enceinte, construite au 13e siècle, et dédiée à une Vierge protectrice qui, dit-on, au 6e siècle, avait indiqué le lieu où bâtir la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome. On évoque également une apparition mariale qui se serait produite au 4e siècle, sous le pontificat de Libère (352-366), et qui aurait provoqué une chute de neige au mois d’août. De là vient le nom de Notre-Dame-aux-Neiges qui fut appliqué au chemin (dit aussi chemin de Schaerbeek), puis à la rue qui menait à la chapelle, avant d’être étendu à tout le quartier que l’on traversait pour se rendre au sanctuaire.

 

2. 13e-14e s. : S’inscrivant dans la prolongation des jardins du Palais ducal du Coudenberg (actuel Parc de Bruxelles), cette partie de la ville était largement boisée. C’était là un vestige de l’ancienne Forêt de Soignes qui jouxtait jadis les murs de la ville. Au 13e et au 14e siècles, on évoque un terrain planté d’arbres et où sont établis vignes et vergers. En 1368, sur le chemin de Louvain, fut édifiée une chapelle dédiée à saint Antoine. C’est également au 14e siècle que l’on construisit la seconde enceinte, ce qui eut pour effet d’englober le quartier de Notre-Dame-aux-Neiges dans la ville. Le quartier n’en demeura pas moins très champêtre même si des maisons avaient été construites le long des chemins.

 

3. 16e-17e s. : Les divers plans produits à cette époque (1554, 1572, 1640), confirment le caractère verdoyant du quartier. En 1555, c’est dans ce coin de Bruxelles situé un peu à l’écart, que l’on enterra les pestiférés et que l’on isola les malades dans des Pesthuysens, à proximité des remparts. La rue venant de la porte de Schaerbeek portait le nom de « rue des Ânes » et permettait de rejoindre le chemin de Terre, la rue des Cailles et la rue des Epingles, qui remontait la colline jusqu’à la chapelle Notre-Dame-aux-Neiges. Nombre d’institutions religieuses s’installèrent dans ce quartier bien pourvu en espaces verts dégagés, mais les guerres de religion virent les protestants supprimer plusieurs couvents. En outre, il y avait près des remparts et de la porte de Louvain, un moulin destiné à la fabrication de la poudre. En 1574, le fils de son propriétaire, complétement ivre, voulut tester la poudre. Ainsi fit-il sauter le moulin et le magasin à poudre situé dans une tourelle voisine ! L’explosion endommagea également le rempart, détruisant au passage les cheminées, les toitures et les vitres de deux cents maisons avoisinantes. Les couvents des Dominicains et de Sainte-Elisabeth, de même que les vitraux de Sainte-Gudule, furent également frappés. Sept personnes périrent dans ce sinistre. Suite au retrait des protestants de Bruxelles et l’avènement des archiducs Albert et Isabelle, de nouvelles institutions religieuses vinrent s’établir dans le quartier de Notre-Dame-aux-Neiges, dont les Dames anglaises (1594, rue des Epingles). Ce mouvement devait se poursuivre au siècle suivant. Ainsi vit-on arriver les Annonciades (1616, entre la rue de Louvain et la rue Notre-Dame-aux-Neiges ; chapelle consacrée en 1627), les Oratoriens (1650, place de Louvain). Le chemin de Notre-Dame-aux-Neiges fut pavé en 1647.

 

4. 18e s. –début 19e : De nouveaux édifices religieux sont construits. Les propriétés appartenant à l’Eglise et leurs vastes jardins, apparaissent clairement sur une carte du 18e siècle. Toutefois, les réformes de Joseph II en limitèrent le nombre. Parmi les couvents jugés inutiles par l’empereur d’Autriche, figurait celui des Annonciades. Il fut remplacé par une caserne de cavalerie (1785). Avec la Révolution, le mouvement de liquidation des biens religieux s’amplifia : après 1794, un hospice s’installa dans le couvent des Oratoriens. En 1796, la chapelle qui avait donné son nom au quartier Notre-Dame-aux-Neiges, fut abattue. Et au début du 19e siècle on vit s’ouvrir, dans une partie du couvent des Dames anglaises, la guinguette Frascati, alors qu’un cabaret prenait, lui, ses quartiers, dans la petite chapelle Saint-Antoine. Ajoutons qu’en 1782, l’empereur d’Autriche, Joseph II, ordonnait la destruction des portes fortifiées de la ville, décision qui fut complétée, en 1810, par l’ordre de l’empereur des Français, Napoléon Ier, de démanteler complètement les remparts.

 

5. 19e s. : La mise en coupe réglée des propriétés religieuses et le démantèlement des remparts, ne furent que le prélude à un bouleversement bien plus profond de tout le quartier, dans le courant du 19e siècle. Le relief des abords de la ville, dû aux remblais des fossés et bastions disparut également : tout fut aplani et transformé, dans un premier temps, en jardins.

 

Sous le régime hollandais (1815-1830) furent mis au point des plans d’aménagement du territoire. Le quartier s’étendit vers l’est, des boulevards extérieurs remplacèrent les vieux remparts, des rues rectiligne furent tracées et on édifia une nouvelle place : la place d’Orange (1824) qui, quelques années plus tard, devait être rebaptisées « place des Barricades », en souvenir des événements de 1830. Des arbres furent plantés et les portes de Schaerbeek et de Louvain furent dotées chacune de deux pavillons d’octroi. Le couvent des Oratoriens disparu définitivement, on expropria et on construisit de larges maisons de style néo-classique, les constructions vétustes furent rénovées.

 

Les guinguettes de Notre-Dame-aux-Neiges firent bientôt du quartier un but de promenade et, après 1830, on multiplia les monuments patriotiques ou supposés rappeler un hypothétique « glorieux passé belge ». Il en va ainsi de la statue de Vésale, place des Barricades. C’est aussi dans cet esprit qu’en 1850, l’on fit construire la Colonne du Congrès (inauguration en 1859). Las, les nombreuses opérations urbanistiques menées à Bruxelles, eurent également pour conséquence le déplacement des problèmes : si l’on éradiquait ici des rues populeuses, des impasses insalubres et surpeuplées apparaissaient là, et notamment dans le quartier Notre-Dame-aux-Neiges. Si les quartiers bourgeois et les ruelles honnêtes se maintinrent, les guinguettes verdoyantes durent progressivement céder la place à une population pauvre, chassée d’ailleurs, et qui s’entassait là où elle le pouvait, alors que les lieux de perdition divers se multipliaient. En 1860, l’assainissement complet du quartier de Notre-Dame-aux-Neiges, qualifié par Charles Rogier de « cloaque honteux » et situé néanmoins à deux pas du Parlement, apparut comme une priorité. Pour ce faire, la ville adopta donc, en 1874, le projet de Joseph Hoste, à savoir le nivellement du sol, un tracé en damier et la reconstruction complète du quartier.

 

On peut également évoquer la construction de quelques édifices remarquables : le Cirque royal (terrain compris entre les rues de la Presse, de la Croix-de-Fer et de l’Enseignement) ; la Galerie du Parlement, qui permit en 1880, de relier la rue de l’Enseignement à celle des Croix-de-Fer (rebâtie en 1960, peu après le Cirque royal) ; l’Eden Théâtre (1880, démoli en 1890) ; l’Hôtel Empain (rue de l’Enseignement 91, style Art Nouveau).

 

Un mot enfin sur la statue de Charles Rogier (1800-1885), dont la statue s’élève au centre de la place de la Liberté. Altière, cette statue de bronze rend hommage à ce premier ministre belge, acteur essentiel des événements qui ont abouti à la création du royaume de Belgique en 1830-1831 Il tient sans sa main gauche quelques papiers d’importance patriotique et semble montrer un endroit de sa main droite. Mais il en fallait plus pour impressionner les habitants expulsés, expropriés et paupérisés de Notre-Dame-aux-Neiges, qui avaient leur propre opinion sur la légende qui devait accompagner cette statue. En bons zwanzeurs, ils prétendaient que Rogier disaient la chose suivante :

 

Awel, « Hé es papé en doe moï schaiete !” (eh bien « Ici du papier et là tu dois chier ! »)

Commentaires

  • Bonne idée, Pierrot, de diviser mon texte en plusieurs parties, vu qu'il fait quand même dix pages au total. Pour la petite histoire, je l'ai écrit suite à l'expo sur Vésale qui se tenait au Coudenberg, l'année passée. Avec un pote, on avait fait une petite visite guidée. Et comme Vésale fut médecin de Charles-Quint et que Charles-Quint passa beaucoup de temps au Coudenberg et que la statue de Vésale est dans l'ancien quartier de Notre-Dame-aux-Neiges, de fil en aiguille... ;-)

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