• Le Sablon et son Eglise

    LE SABLON ET SON EGLISE 


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    Le Grand Sablon.

     

    Le nom de Sablon désigne aujourd’hui un riche quartier de Bruxelles. Ce nom fait référence à un terrain sablonneux qui était jadis situé hors des murs de la première enceinte de Bruxelles et qui fut très longtemps abandonné. Ce vaste désert entrecoupé de marécages, de prairies et de sables se répartit aujourd’hui entre ce que l’on nomme le Petit Sablon (voir ce que nous en disons dans notre article qui lui est consacré, de même qu’au Palais d’Egmont et à la rue des Petits Carmes), qui s’étend du Palais d’Egmont à l’église Notre-Dame du Sablon ; le Grand Sablon, qui s’étend de ladite église jusqu’à la rue de Rollebeek et la rue des Sablons (80m) qui relie les deux parties. Cette dernière longe le porche de l’église. Au 17e siècle, on la connaissait sous le nom de « rue allant du Marché aux Chevaux au Pré aux Laines » puis, jusqu’à la Révolution française, celui de « rue du Prince de Latour », en référence au domaine de la famille princière, Tour et Taxis, qui avait le monopole de l’organisation des postes internationales. A travers tout le quartier, venant de la source du Zavelpoel située au Petit Sablon, roulaient les eaux du Rollebeek, qui a donné son nom à la rue que prolonge la rue des Alexiens. Parmi les édifices remarquables du Grand Sablon, citons le n°14, jadis Den Gulden Baert, et le n°15, restauré en 1925.   

     

    La naissance d’un quartier.

     

    Au 13e siècle, ce qui n’était alors qu’un terrain vague fut acquis par l’hôpital Saint-Jean, sis à l’origine, place Saint-Jean. En 1289, avec l’autorisation de l’évêque de Cambrai, on en consacra une partie (celle qui correspond au Petit Sablon actuel) et on en fit un cimetière. Celui-ci devait subsister jusqu’en 1706. Le 2 avril 1304, les sœurs de l’hôpital de Saint-Jean, propriétaires du cimetière tout proche, cédèrent une partie de ce terrain aux arbalétriers de Bruxelles, afin de leur permettre d’y établir  une chapelle en l’honneur de la Vierge. « La cession était faite gratuitement ce qui n’était pas alors, pas plus qu’aujourd’hui, dans les habitudes des nonnes. On peut croire que le duc Jean II faisait ici, comme il arrive souvent aux princes, payer par d’autres sa dette de reconnaissance. Sur l’emplacement dont il devenait le propriétaire, le Serment s’engageait à construire une chapelle dédiée à Notre-Dame. Les religieuses cédantes stipulaient cependant une réserve, une fois la Chapelle terminée, le reliquat des fonds recueillis sous forme de dons, de legs, d’offrandes et de produits de quête reviendrait à leur hôpital. Ainsi du reste que les sommes provenant des quêtes futures. Cette clause ne trouva jamais son application. La chapelle de Notre-Dame ne fut jamais achevée ; il lui manque encore aujourd’hui la tour et le portail monumental prévus au plan primitif. » (Historique de l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, O. Petitjean, p. 20-21). Ce n’est qu’à partir du moment où cette chapelle fut édifiée que ce nouveau quartier de Bruxelles commença à prendre vie.

     

    En mémoire de la victoire de Woeringen ?

     

    A l’origine, ladite chapelle prit le nom de « Notre-Dame du Nouveau-Cimetière » en référence au cimetière établi au Petit Sablon par l’hôpital Saint-Jean, une quinzaine d’années plus tôt. Mais quel fut l’événement qui motiva l’édification à cet endroit d’une nouvelle chapelle ? Selon une croyance populaire tenace, elle aurait été fondée à l’initiative du duc Jean Ier de Brabant (1253-1294), en souvenir de sa victoire à la bataille de Woeringen, en 1288. En effet, il est dit que le duc Jean avait fait le vœu, à la veille de ladite bataille, d’élever une église à Bruxelles, en l’honneur de la Vierge, s’il se révélait victorieux. Ainsi serait née « Notre-Dame des Victoires », en référence à la victoire de Woeringen. Et c’est ce que crut longtemps le peuple de Bruxelles. Mais historiquement, il apparaît que, bien plus prosaïquement, la chapelle fut édifiée le 2 avril 1304, sous le règne du duc Jean II de Brabant (1275-1312) qui récompensait ainsi les arbalétriers bruxellois pour l’avoir aidé à réprimer une révolte de Malines, trois ans plus tôt. Toutefois, la légende selon laquelle la fondation de la première chapelle du Sablon serait liée à la victoire de Woeringen, s’est perpétuée jusqu’à nos jours, et voilà pourquoi on a finalement donné l’église du Sablon le nom de « Notre-Dame des Victoires ». Mais cette dernière dénomination n’aurait fait son apparition, au plus tôt, qu’au début du 18e siècle. A tout le moins, n’est-elle mentionnée la première fois dans les archives qu’à la date du 8 mai 1716. De nos jours, les Bruxellois n’usent eux-mêmes pratiquement jamais de ce nom auquel il préfère celui d’ « église du Sablon ».

     

    La double légende de la Vierge du Sablon.

     

    Une quarantaine d’années (1346 ou 1348) après la fondation de la chapelle primitive, survint un « miracle » marial aussi merveilleux qu’improbable. Une jeune fille –à moins qu’il ne s’agisse d’une pauvre et vieille dévote-  originaire d’Anvers et nommée Béatrice (ou Béatrix) Soetkens, prétendit qu’une nuit la Vierge Marie en personne lui était apparue  pour lui ordonner de s’emparer d’une statue de Notre-Dame de la Branche qui se trouvait dans la cathédrale d’Anvers et de la ramener à Bruxelles, pour la déposer dans la chapelle du Sablon.

     

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    Tapisserie de la légende de Notre-Dame du Sablon

    A Anvers, on la nommait Onze-Lieve-Vrouw-op-Stocxken (on remarquera la proximité du nom de « Soetkens » avec le mot « stocxkens », « branche »). Notre Béatrice, faut-il le préciser, avait la réputation d’être très pieuse, de voir des apparitions miraculeuses et de recevoir des révélations qui ne l’étaient pas moins. Chaque jour, elle rendait visite à la statue de la Vierge et allumait un cierge en son honneur.

     

    Un jour, voyant la statue fortement détériorée, Béatrice demanda à un peintre qu’on la fit restaurer, mais elle ne rencontra qu’indifférence et vagues promesses. C’est alors qu’une nuit, la Vierge Marie lui apparut et lui dit de se rendre à l’église pour voir la statue, ce que le pieuse femme s’empressa de faire dès le point du jour. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que la précieuse statue avait été miraculeusement repeinte ! Lorsqu’elle interrogea le peintre, il ne fut pas le moins étonné des deux, vu qu’il n’y était pour rien ! Notre dévote continua donc plus que jamais à honorer et à vénérer la Vierge anversoise, lorsqu’un jour celle-ci lui ordonna de porter sa statue d’Anvers à Bruxelles. Elle voulait ainsi remercier  le « Serment des Arbalétriers » de lui avoir érigé une chapelle au Sablon, une quarantaine d’années auparavant. Mais Béatrice n’osait commettre un tel acte, à tel point que la Vierge dû taper du pied en lui apparaissant une troisième fois !

     

    Sur ce la dévote ne se fit plus prier pour commettre le pieux larcin. Après s’être emparé de la statue, Béatrice prit la fuite avec son précieux butin, lorsque le sacristain s’interposa. Mal lui en prit : car il fut soudainement frappé d’immobilité miraculeuse que l’on s’accorda à mettre sur le compte des anges, de la Vierge et, pourquoi pas tant qu’on y était, de Dieu lui-même. L’Anversoise put donc poursuivre a route et finit par embarquer dans un frêle esquif conduit par un pilote, qui les guida, elle et la virginale statue, à bon port, c’est-à-dire à Bruxelles. Le duc Jean III de Brabant, de même que le Magistrat, les métiers et les arbalétriers, firent un accueil triomphal à la statue qui fut placée au-dessus du portail de l’église qui donne aujourd’hui sur la rue de la Régence. Elle y est représentée dans la barque et avec Béatrice. Cette légende se voyait jadis conservée dans nombre d’objets conservés en l’église du Sablon : « Des tapisseries, des tableaux, des sculptures nous ont conservé cette tradition. Dans l’église du Sablon, vous pourrez voir au-dessus du portail de l’est, donnant sur le Petit-Sablon, la barque de Béatrix Soetkens. La Vierge portant Jésus enfant, est adossée au mât. Béatrix est assise à l’avant, les mains jointes en signe d’adoration ; un pilote est au gouvernail. » (Légendes bruxelloises, V. Devogel, p. 113). Une remarquable tapisserie de François de Tassis datant du 16e siècle, devrait encore être conservée actuellement aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire, au Cinquantenaire. Elle évoque la légende du transport de la Vierge au Sablon. Il en va de même pour une clé de voûte, datant de la même époque, et qui serait conservée dans la Sacristie de l’église du Sablon

     

    Mais il existe une autre version de cette histoire. Deux arbalétriers bruxellois se rendirent un jour, en barque, à un concours de tir. Une dame tenant dans ses bras un nourrisson leur demanda si elle pouvait embarquer avec eux, ce que nos deux arbalétriers acceptèrent fort galamment. Et c’est alors que leur passagère leur apparut sous les traits de la Vierge Marie. Par gratitude, elle leur fit gagner le concours et pour la remercier, les arbalétriers placèrent leur confrérie sous son patronage.  Alors, à l’origine, qui étaient donc les trois passagers de la « barque miraculeuse » : la Vierge, Béatrice Soetkens et un pilote anonyme, ou la Vierge et deux arbalétriers ? Que le lecteur fasse son choix : à chacun sa vérité !

     

    Cet événement légendaire, faut-il le préciser, fit affluer les offrandes, et ce au point que les arbalétriers purent envisager de transformer, à terme, leur chapelle en une église bien plus vaste. Au 15e siècle, le quartier avait pris une grande extension. Il ne cessera dès lors, du fait notamment de certaines faveurs princières, de croître et d’embellir. Au 16e siècle, certains nobles vont s’y établir, notamment les Egmont, les Culembourg, les Bréderode, les Mansfeld, les Lannoy, les Lalaing, les Tour et Taxis, les Solre. Au bas, par contre, du côté de la rue de Bodenbroeck, se groupe le peuple. C’est rue aux Laines, non loin des gibets du Galgenberg (actuelle place Poelaert), que le célèbre anatomiste Vésale établira son laboratoire de dissection, largement alimenté par les cadavres des condamnés à mort !

     

    sablon8.jpgCette tradition virginale fut, dit-on,  à l’origine de l’institution d’une célèbre procession bruxelloise, connue sous le nom d’Ommegang. Celle-ci déployait ses fastes tous les dimanches avant la Pentecôte, anniversaire supposé de l’exploit de Béatrice Soetkens. Ayant éclipsé les processions de Saint-Michel (Treurenberg) et de Saint-Jean (Molenbeek), on ne parla bientôt plus que de l’Ommegang du Sablon, élevé au rang de fête officielle de Bruxelles. Quant à la Vierge, elle fut élevée à l’instar de saint Michel, défenseur de Bruxelles, au rang de grande protectrice de la ville et de gardienne de son autonomie. Elle fut directement placée sous la garde des arbalétriers et, plus généralement, des gens de guerre, du Magistrat et des Lignages.

     

    La protection des arbalétriers et des gens de guerre.

     

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    Plus prosaïquement, il apparaît que l’origine de l’Ommegang trouve moins son origine dans un quelconque miracle marial que dans l’activité des arbalétriers de Bruxelles, également fondateurs de l’église Notre-Dame du Sablon. C’est donc dans une manifestation nommée le Tir du Roy, plus que dans la légende de Béatrice Soetkens, qu’il faut trouver l’origine de la grande procession bruxelloise. Ce Tir au Roy consistait en un concours de tir à l’arbalète dont le vainqueur était proclamé roi du Serment des Arbalétriers.

     

    sablon6.jpgIl s’agissait d’abattre une cible nommée « l’oiseau » ou le « papegaaï » (perroquet) placée à une certaine auteur. Ceux et celles qui eurent pour mission de gouverner Bruxelles durent se livrer à cet exercice. Pour d’évidentes raisons politiques, il semble bien que certains se faisaient doubler par un arbalétrier expérimenté. D’autres, par contre, passèrent l’épreuve avec dextérité. Ce fut vraisemblablement le cas de l’Infante Isabelle, en 1615. On comprend donc mieux la présence de serments militaires en l’église Notre-Dame du Sablon, les deux serments d’Arbalétriers, mais également, ceux des Arquebusiers, des Escrimeurs et les Archers. La statue dite « miraculeuse » de la Vierge (perdue durant les guerres de religions) fut placée sous la protection du Grand Serment des Arbalétriers ou de Notre-Dame. Quant aux quatre autres serments, ils élevèrent dans l’église des autels  en l’honneur de leurs saints patrons respectifs. Ainsi compte-t-on le Grand Serment ou Vieille Gilde de l’Arbalète  (fondation non prouvée historiquement, en 1213, suite à l’affaire de la Cattenhuys); le Petit Serment des Arbalétriers, également nommé Serment de Saint-Georges (aurait été fondé en 1422, par dédoublement du Grand Serment devenu trop nombreux, car limité, à l’origine, à 60 membres); le Serment des Archers ou de Saint Sébastien (1428) ; le Serment des Arquebusiers ou de Saint-Christophe (1477) et le Serment des Escrimeurs ou de Saint-Michel (1480).   

     

    La construction de l’église du Sablon.

     

    La construction de l’église, bâtie en style gothique brabançon sur plan en croix latine, s’échelonnera sur plusieurs siècles, mais du fait de la disparition des archives des arbalétriers, on sait peu de choses sur le déroulement de la construction de cette église.

     

    15e s. : Il semble que le chœur ait été achevé en 1435 et que le transept nord l’ait été quinze ans plus tard, alors que l’on travaillait encore au transept sud et aux cinq premières travées de la nef. Durant la période de troubles qui suivit le décès de Charles le Hardi (dit le Téméraire) devant Nancy, en 1477, les travaux furent interrompus et ils ne furent repris qu’à la fin du 15e siècle, la nef comportant dès lors sept travées.

     

    16e s. : En 1513, l’église n’était toujours pas achevée, mais elle possédait toutefois, à cette époque, des vitraux particulièrement remarquables. Ceux-ci furent hélas ravagés par la grêle qui s’abattit sur Bruxelles, le 25 mai de la même année. En 1549, on construisit derrière le chœur un petit édifice que l’on nomme le « sacrarium ». En 1580, durant les guerres de religions, l’église fut saccagée par les calvinistes. C’est à l’occasion de ces événements que fut détruite la statue en bois de la Vierge, réputée avoir été apportée par Béatrice Soetkens. Vers 1587, le supérieur des jésuites acquit une maison près du Sablon et les religieux quittèrent alors leur petit hôtel de Nassau pour desservir deux chapelles de Notre-Dame du Sablon, « en attendant que les démarches faites par le haut Mambour de cette église, le prince Léonard de Taxis, leur en fit, obtenir la possession entière, les maisons attenantes et autres dépendances. Les démarches faites par le prince de Taxis furent déjouées par le Grand Serment des Arbalétriers qui avait élevé la chapelle primitive de Notre-Dame-du-Nouveau-Cimetière, et acquis une parcelle de terrain sur laquelle était bâtie leur grande chapelle dédiée à la mère du Sauveur. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p. 453). Ne pouvant obtenir la propriété de l’église du Sablon, les jésuites allèrent s’installer dans la maison de Grimberghe, située entre la première enceinte et la rue de la Pelle.

     

    17e s. : On fit construire deux chapelles, à l’initiative de la famille des Tour et Taxis, dont l’hôtel était globalement situé en face du portail sud de l’église. Ces chapelles, qui encadrent le chœur de l’église, sont consacrées à sainte Ursule (nord du chœur) et à saint Marcou (sud du chœur). Elles furent respectivement construites entre 1651 et 1676, et en 1690.

     

    18e s. : Sous le régime français (1794-1814), l’église fut épargnée, le curé ayant accepté de prêter serment d’allégeance à la République. Elle n’en fut pas moins fermée pendant quelques années, puis rendues au culte par Napoléon Ier, comme succursale de l’église Notre-Dame de la Chapelle. A noter aussi que 18 mars 1741, le poète et dramaturge français Jean-Baptiste Rousseau (1670-1741), fut inhumé dans l’église, aujourd’hui disparue, des Petits-Carmes. Néanmoins, sa pierre funéraire et son buste sont encore visibles en l’église du Sablon.

     

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    19e s. : L’église, à laquelle s’adossaient alors nombre d’habitations, tant du côté des rues de Bodenbroek et des Sablons, que de celui de la rue de la Régence, était en piteux état. Il fallut entreprendre d’importants travaux de restauration afin de la sauver de la destruction pure et simple.

     

     

     

    sablon2.jpgEnsuite, entre 1895 et 1937, plusieurs campagnes de travaux furent entreprises. La mise en place de 57 statues, œuvres de 27 sculpteurs différents, va donner à l’église du Sablon un aspect néo-gothique, bien éloigné de son aspect d’origine. A l’intérieur, on distingue le chœur éclairé par onze lancettes de quatorze mètres de haut séparées par des piliers fasciculés, le maître autel néo-gothique, qui date de 1884, les deux chapelles baroques déjà citées, qui encadrent le chœur, la nef comportant un vaisseau central flanqué de quatre collatéraux, etc.  Ajoutons que sur l’une des colonnes de la nef, une plaque rappelle que Paul Claudel, en poste diplomatique à Bruxelles dans les années 1930, venait se recueillir dans cette église.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 330 / « En flânant dans les rues d’un vieux quartier… », Folklore brabançon n°140, décembre 1958 (p. 869-929) / Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 104-106 / Historique de l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame du Sablon, O. Petitjean, 1963 / Légendes bruxelloises, Victor Devogel, TEL / Paul Legrain, 1914, p. 97-114. – Sites : www.arbaletrierssablon.be/

  • Joseph Jean Baptiste Heymbeeck

    Joseph Jean Baptiste
    HEYMBEECK

     

     

    Joseph Heymbeeck (forain) 006.jpg

    Ce visage ne vous dit rien ?
    NON ?

    Fouillez dans votre mémoire d'enfance, "la Marolle Kermis" ou celle de Notre-Dame-au-Rouge.
    Toujours rien ?

     

    Pour vous aider ci-dessous un article de notre ami à tous
    Henri Sempo. 
     

     

     

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    Merci à Jef Slagmulder.

     

    Jef Heymbeeck était de ma famille, (branche Marollienne) il avait le même prénom que son bompa et que mon père.

     Comme son père Charles et Julien son oncle, Jef était  forain. Chaque année lors de la Marolle Kermis son manège était monté au pied du Palais de Justice et lors de la braderie de Notre-Dame-au-Rouge, sous les fenêtres d’Andrée, place Fontainas.

     Quand j’étais un ketje, il était gentil avec moi, je pouvais aller gratos sur le moulin, personnellement j’ignorais à l’époque que j’étais de sa famille !

     Sa femme  Maria Vancauwenbergh  est dcd en 1977. Quant à lui, Il est mort en 1985 seul, on a retrouvé son cadavre quelques mois plus tard dans sa maison, située impasse du Sureau, quartier du béguinage

     Le couple repose au cimetière d Evere, sur la pelouse n° 2.

     

  • Histoire Molenbeekoises

    HISTOIRES MOLENBEEKOISES

     

    1. Le bombardement de 1695.

     

    La rue de Ransfort, qui s’étend entre la chaussée de Gand et la chaussée de Ninove, tient son nom d’une grande ferme qui appartenait à l’hôpital Saint-Jean. Cette ferme –la ferme de Ransfort- se situait vraisemblablement entre les portes de Flandre et d’Anderlecht, sans doute au coin de l’actuelle rue de Ransfort et du coude de la Senne dite « Senne de Ransfort » qui entre dans la ville par un trou pratiqué dans le rempart dit « Petite Ecluse » (ou « Kleine Spuy »). La ferme de Ransfort subsistera jusque dans les années 1820, années du creusement du canal de Charleroi. C’est dans cette ferme (ou dans le couvent des Pères Minimes) qu’en 1695, le maréchal de Villeroy, commandant 70.000 hommes, installa son QG. Il fit déployer sa grande batterie d’artillerie, soit dix-huit pièces de gros calibre et vingt-cinq mortiers, sur le plateau de Scheut (Scheutbos), lieu funeste où les Bruxellois avaient déjà été vaincus par les troupes du comte de Flandre Louis de Maele, en 1356. Ce bombardement marqua cruellement l’histoire de Bruxelles, à tel point que l’on peut parler d’un « avant » et d’un « après » 1695. Il est toutefois plus rare que l’on donne les motifs de ce bombardement qui, certes apocalyptique, eut lieu en représailles aux destructions occasionnées par la flotte anglo-hollandaise à un certain nombre de villes du littoral français. Il avait également pour but d’obliger Guillaume III, prince d’Orange (également connu sous le nom de Guillaume III d’Angleterre) à lever le siège de Namur (ce qui se révéla d’ailleurs être une erreur stratégique de taille). Les canons et mortiers français commencèrent à tonner le 13 août 1695, vers dix-neuf heures ; « les bombes et les boulets firent un tel ravage, qu’en quelques heures l’incendie se déclara sur plusieurs points à la fois. Le feu des assiégeants continua toute la nuit et la journée du lendemain ; les Français ne se retirèrent que le 15, vers dix heures du matin, après avoir lancé sur la ville plus de trois mille bombes, et environ douze cents boulets rouges. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.417). Des milliers de maisons furent incendiées ou endommagées. « Les quartiers de la ville totalement anéantis furent le Marché-aux-Charbons, le Marché-aux-Poulets, la rue des Fripiers, la place de la Monnaie, les rues des Dominicains, de Loxum, de l’Ecuyer, la Putterie et la place Saint-Jean. L’Hôtel-de-ville, la maison du Roi et la boucherie souffrirent considérablement. » (« Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles », p.417). On évoque, après un pilonnage de près de 48 heures, l’anéantissement de 5.000 édifices dont l’Hôtel de Ville (les archives furent d’ailleurs complètement détruites), de la Maison du Roi, les maisons des corporations et plus d’une quinzaine d’églises et chapelles. Le nombre de victimes reste inconnu.

     

    2. Le berger sorcier de la rue de l’Intendant.

     

    A l’emplacement de la rue de l’Intendant habitait autrefois un berger qui avait la réputation, comme nombre de membres de sa profession, d’être un sorcier. Il possédait à cet endroit une bergerie qui impressionnait énormément le quartier. En effet, on prétendait que ledit berger pouvait prédire l’avenir grâce à ses moutons et c’est pour cette raison, dit-on, qu’on venait le consulter de tous les coins de Bruxelles. Un jour, une noble dame, veuve d’un officier espagnol, vint le voir pour lui demander quand elle allait mourir. Après avoir fait mine de consulter ses moutons, le berger lui répondit qu’elle mourrait deux jours après lui. Sur base de ces prédictions abracadabrantes, la dame trop crédule décida de verser au berger une large indemnité pour ses moutons, dont il n’aurait désormais plus à s’occuper, et de l’installer chez elle, où il fut soigné tel un grand seigneur ! Le berger fut même tant et tant soigné que les médecins finirent par le tuer ! Inconsolable et en proie à la plus folle angoisse, la pauvre femme attendit deux jours durant l’heure de son trépas…qui ne survint qu’une vingtaine d’années plus tard ! Le berger fut reconnu coupable d’imposture, mais à titre posthume et non sans avoir auparavant largement profité des largesses de la veuve trop naïve !

     

     3. La procession de Saint-Jean.

     

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    Il fut un temps où Bruxelles possédait deux églises, l’une dédiée à saint Michel, saint qui patronne toujours la cathédrale de Bruxelles, et l’autre dédiée à saint Jean. Chacune de ces deux églises possédait une procession bien à elle. La procession de Saint-Jean, à Molenbeek, déclina assez rapidement, probablement parce que le spectacle qu’elle offrait choquait le bourgeois de Bruxelles, à moins que l’on ait vu dans cette manifestation une manière d’exploiter la souffrance d’autrui. En effet, la procession ou cavalcade de Saint-Jean avait quelque chose de particulier,  « elle était accompagnée des malades de l’hôpital Saint-Jean, construit place du même nom par Henri Ier, duc de Brabant, vers 1200.


    malade2.jpgLes malades étaient précédés des musiciens et demandaient l’aumône sur le parcours du cortège. Cette coutume fut supprimée par ordonnance du 19 juin 1527. »
    (Légendes bruxelloises, V. Devogel, p. 101-102). A. Henne et A. Wauters rappellent également que les malades de l’hôpital Saint-Jean accompagnaient la procession patronnée par le même saint. Lesdits malades étaient « précédés de musiciens, et, pendant l’octave, parcouraient les rues en demandant l’aumône. On comprit enfin ce que ce spectacle avait de rebutant, et cette coutume fut abolie. » (Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, p. 104).  

     

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Histoire de la Ville de Bruxelles, t. 1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 104 / Légendes bruxelloises, Victor Devogel, TEL/Paul Legrain, 1914, p. 101-102.