• Le crime de la rue d'une personne

                                              LA RUE D’UNE PERSONNE

     

    une-personne.jpg1. Origine du nom de la rue.

     

    La rue d’Une Personne donne sur la rue des Bouchers. Elle doit son nom au fait que sa largeur correspond à celle d’une seule personne, tout simplement.

     

    L’étroitesse de cette rue fut, de tous temps, à ce point célèbre, qu’elle fut à l’origine d’un pari tenu par le prince, natif de Bruxelles, Charles-Joseph de Ligne (1735-1814).

     

    Le prince paria un jour qu’il serait capable de passer en traîneau dans une rue par laquelle aucun des autres parieurs (que l’on devine néanmoins corpulents !) ne pourrait passer.

     

    Au jour dit, le prince, parti du haut de la ville et suivi par une foule de curieux, se présenta devant la rue d’Une Personne, du côté de la rue Marché-aux-Peaux. Charles-Joseph de Ligne fit alors mettre son cheval au pas et, usant d’une manivelle cachée, qui à chaque tour faisait rétrécir le traîneau, gagna son pari !

     

    2. Le crime de la rue d’Une Personne.

     

    Nous sommes en 1777. Un certain Schulman, homme de peu de scrupules, connaissait un assassin du nom de Ripp, qui purgeait une peine de prison à la Porte de Hal. Le même Schulman s’était épris d’une femme nommée Claire de Parck, épouse de Mathias, sonneur de cloches à Sainte-Gudule (actuelle cathédrale Saint-Michel).

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    Claire et Mathias, de même que leurs amis, Louis de Vogel et son épouse Marianne, se trouvèrent un jour invités à une représentation théâtrale par le comte Louis de Cobenzl. Hélas, Mathias ne pouvait guère s’absenter de son travail le soir de la représentation car il devait sonner les cloches pour un enterrement.

     

    Par un concours de circonstances, Schulman, qui était en relation d’affaires avec de Vogel, accompagna Claire au théâtre à la place de Mathias qui n’y vit rien à redire malgré les protestations de son épouse. Inutile de dire que Schulman profita de toute la représentation pour tenter sa chance auprès de l’épouse du sonneur de cloches. Toutefois, rien n’y fit et il ne revit plus Claire par la suite.

     

    Aveuglé par sa passion, Schulman en arriva à la conclusion qu’il devait faire assassiner Mathias et que son épouse, une fois libre, accepterait de l’épouser. Pour réaliser ce sinistre projet, Schulman fit libérer Ripp de prison.

     

    Schulman fournit à Ripp un déguisement : « Quand tu auras collé cette longue barbe et endossé cet habit noir, disait ce dernier à son ami, pourvu que tu aies soin de voûter légèrement ton échine, tu passeras pour un moine pieux, et que Lucifer me confonde si les femmes ne demandent pas ta bénédiction que tu n’auras garde de refuser. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.532).

     

    Schulman apprit bientôt qu’un certain soir Mathias souperait seul chez Louis Vogel et que le sonneur s’acheminait toujours par la rue d’Une Personne pour rentrer chez lui, car cela abrégeait considérablement sa route.

     

    Ripp devait se poster, le couteau à la main, dans un recoin sombre de cette rue, Schulman s’arrangerait pour précéder Mathias lorsqu’il sortirait de chez de Vogel, il passerait devant Ripp en toussant d’une certaine manière pour se faire reconnaître et Ripp frapperait l’homme qui le suivrait, à savoir le sonneur de cloches.

     

    Le soir du crime, il faisait particulièrement sombre et froid. Ripp commençait à souffrir de la longue attente, lorsqu’un homme s’engagea dans la rue d’Une Personne. Il toussa trois fois et Ripp le laissa passer. Un second personnage suivait de près le premier. Ripp se rua sur lui, lui plaqua un masque de poix sur la bouche et le perça de son couteau. Entendant une troisième personne approcher, Ripp se rua dans la rue et alla buter sur le premier passant qui n’était non pas Schulman, comme on pouvait s’y attendre, mais le comte Louis de Cobenzl, qui, par hasard, ce jour-là, était venu visiter un ami habitant la rue d’Une Personne et qui, de manière fortuite, passa devant Ripp au moment où Schulman toussait de la manière convenue. La nuit noire favorisa la confusion.

     

    L’assassin, par erreur, avait ainsi laissé passer le comte de Cobenzl, avant de tuer Schulman qui n’eut pas le temps de se faire reconnaître et ce sont les pas de Mathias qu’il entendit retentir derrière lui ! Intercepté par le comte qui criait « à l’assassin », Ripp fut bien vite arrêté par des soldats porteurs de lanternes. Pendant ce temps, Mathias avait poursuivi sa route et avait buté sur le corps de Schulman. Les hommes d’armes le trouvèrent penché sur le corps et l’arrêtèrent également.

     

    Usant de son déguisement d’ecclésiastique, Ripp tenta bien de faire reporter tous les soupçons sur Mathias, mais rien n’y fit. Ripp fut ramené en prison et Mathias, après avoir passé quelques heures à la prison de l’Amigo, fut rendu à la liberté. De retour chez lui, il jura à sa femme que plus jamais il ne rentrerait seul chez lui le soir par la rue d’Une Personne ! Et il promit un fier carillon pour le comte lorsque surviendrait l’heure de son enterrement… !

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981.

  • UNE VENDETTA BRUXELLOISE AU 14ème SIECLE

     

                               UNE VENDETTA BRUXELLOISE AU 14ème SIECLE

     

     

     

    1. Walter le Sauvage.

     

     

     

    Notre histoire a pour cadre le Bruxelles du 14e siècle. A cette époque, de longues et puissantes inimitiés opposent certaines grandes familles de la ville. Dans ce contexte, des querelles pouvaient éclater pour les raisons les plus diverses, conflits d’intérêt ou passions amoureuses, entre ces familles ou à l’intérieur même de celles-ci.

     

     

     

    Un acte de cette époque, dont nous ne possédons plus qu’un fragment, évoque ainsi une querelle provoquée par l’amour et opposant deux jeunes gens de la famille Vandernoot, à savoir Georges, fils d’Henri Vandernoot, et Walter, fils de Guillaume Vandernoot. Les deux hommes se disputaient la main d’une certaine Gudule, une belle demoiselle, fille du chevalier Guillaume Vanderzennen. La haine qu’ils se vouaient les entraîna à engager plusieurs combats singuliers, et c’est au cours de l’un d’eux qu’un jour, Walter tua Georges dont le corps sans vie gisait à présent sur le sol de la rue des Boiteux.

     

     

     

    Les duellistes appartenaient tous deux à l’un des principaux lignages de Bruxelles, vraisemblablement celui des Serhuyghs. Autrement dit, l’incident mortel dont avait été victime Georges Vandernoot risquait bien de diviser cette famille et d’avoir donc des conséquences politiques à Bruxelles. Le risque était effectivement grand de voir les membres de cette famille ayant pris le parti de la victime, vouloir se venger de Walter Vandernoot. On tenta donc d’étouffer le duel et il s’en fallut même de peu pour, qu’après la découverte du cadavre de Georges Vandernoot, le peuple de Bruxelles accuse les Juifs d’avoir commis le crime et ne les prenne comme boucs émissaires. Heureusement pour ces derniers que Jean Loose, un des meilleurs armuriers de la ville, intervint pour calmer les esprits.

     

     

     

    En apparence, sous l’impulsion du chanoine de Sainte-Gudule, Pierre Van Huffel, les proches de Georges Vandernoot consentirent à la paix, mais ils n’en nourrissaient pas moins, en secret, l’espoir de se venger. Quant à la jeune Gudule, personne ne sait ce qu’il advint d’elle. Fut-elle enfermée dans un quelconque couvent au nom d’un genre de « raison d’Etat » ? Nous ne le savons pas.

     

     

     

    Quoiqu’il en soit, le soir du 17 mars 1373 (ou 1374), on vit deux ombres se glisser dans les parages de la collégiale des SS. Michel et Gudule. Puis, sur les instructions de son compagnon, l’un des comploteurs alla se poster du côté du Treurenberg, en attente du passage de Walter Vandernoot que l’on nommait aussi « Walter le Sauvage ». Lorsque celui-ci se montra finalement, son assassin sortit de l’ombre et le frappa mortellement, avant de disparaître dans la nuit.

    Quoique les soupçons se portassent sur les proches de Georges Vandernoot, on ne put faire la preuve de leur implication et l’affaire en resta là.


    2. Un mot sur les rues du Bois Sauvage et des Boiteux.


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    2.1. La rue du Bois Sauvage.

     

    L’endroit où fut tué Walter Vandernoot prit le nom de « rue de Walter-le-Sauvage », celle-ci devenant par la suite, la « rue du Bois Sauvage », ce qui résulte vraisemblablement d’un problème de traduction de Wouter (Walter, en thiois) en woud (bois, en thiois). La rue du Bois Sauvage est une artère coudée qui entoure la cathédrale Saint-Michel au nord et à l’est, s’étendant de la rue de la Collégiale au Treurenberg. A noter que, de 1713 à 1843, se trouvait au n°6 de la rue du Bois Sauvage, une porte cochère comportant un « tournoir » muni d’un genre de berceau extérieur où l’on pouvait déposer les nourrissons non-désirés. L’on pouvait ensuite faire pivoter vers l’intérieur ledit berceau. Rien qu’au cours de l’année 1841, 530 nouveau-nés furent ainsi « déposés au tour ». Deux ans plus tard, ce mode d’abandon d’enfants devait être prohibé. L’hospice des enfants trouvés fut, quant à lui, démoli avant 1860.

     

    2.2. La rue des Boiteux.

     

     

    images[1].jpgLa rue des Boiteux fait partie de ce quartier du Marais qui fut écrasé sous les masses de béton bureaucratiques qui ont vidé le quartier de presque toute vie. Longue de 110 m, il s’agit pourtant d’une très vieille rue, connue depuis au moins 1392. Dès cette époque, les estropiés venaient se baigner dans la fontaine des Boiteux à laquelle on prêtait des vertus curatives. Cette fontaine était encore indiquée sur le plan de Bruxelles, en 1812, à l’emplacement de la rampe de sortie de l’ancienne banque CGER (rue des Boiteux n°3). La rue fut « urbanistiquement anéantie », pour cause d’ « utilité publique », entre 1930 et 1966, comme si les jolies maisons et les petits commerces d’antan étaient moins utiles à notre vie quotidienne que ces abominations de verre et de béton dont les concepteurs prétendent qu’ils sont « idéalement situés », dans le cœur historique de Bruxelles (ben voyons !), et rassemblés sous la dénomination aberrante de « Cluster Chambon » qui n’est pas sans rappeler, non sans un certain esprit d’à propos, celui des « cluster bombs », ou munitions à fragmentation !  

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 47 / Histoire de la Ville de Bruxelles, T.1, A. Henne et A. Wauters, 1968, p. 158 / Légendes bruxelloises, Victor Devogel, TEL/Legrain - J. Lebègue et Cie, 1914, p.147-157.

     

  • Impasse du Laboureur

     

    Quartier du "Coin du Diable"

     

     

     Rue de la Serrure, 28.

     

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    L'impasse du Laboureur, 1935.


    Plan dressé par les jeunes géomètres- experts de Bruxelles pour la publication de la partie III de l'enquête organisée par le Comité officiel de Patronage des habitations ouvrières et des institutions de prévoyance, 1932-1940.

     

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     Photo 1

     

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     Photo 2

    L'entrée de l'impasse se situe sur la gauche de la brasserie des frères GOOSSENS - FRERES.
     

     

     

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     Photo 3

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      Photo 5

     

     

     

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    L'impasse vue par Carabain

     

     

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