Menneken Pis

 

LE MANNEKEN PIS ENTRE HISTOIRE ET LEGENDES

« Les pays peuvent bouger / S’énerver se provoquer / Lui ne daigne pas changer / Même dans l’adversité / Il défend la liberté / Et le droit de s’exprimer » (« Manneken Pis », Maurice Chevalier, 1948-1949).

 

1. Le nom de la rue du Chêne.

 

C’est au coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne que l’on trouve le célèbre symbole de Bruxelles : le Manneken Pis, appellation qui, l’on en conviendra, sied parfaitement à un « petit bonhomme qui…pisse » ! On le surnomme aussi « le plus ancien bourgeois de Bruxelles ». Il en existe également une copie à Colmar.

 

Le nom de la rue du Chêne se rapporte peut-être, comme nous le verrons, à la plus répandue des légendes du Manneken Pis. Le chêne dans lequel aurait été suspendu le petit duc Godefroid III de Brabant, durant la bataille de Ransbeek (12ème siècle), et d’où le jeune seigneur aurait arrosé la plaine, fut, dit-on, replanté à l’entrée de l’actuelle rue du Chêne. Nous verrons plus loin la raison et les circonstances dans lesquelles il nous faut replacer cet événement.

Selon une autre version, Charlemagne possédait dans ces parages un jardin de plaisance qu’il affectionnait particulièrement. Il s’y asseyait souvent au pied d’un grand chêne qui aurait ainsi donné son nom à la rue (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, Bochart, p.539).

 

2. Le Manneken Pis.

2.1. Historique du Manneken Pis.

Certains francophones, peut-être un tantinet trop « pointus », jugent que l’appellation de Manneken Pis est par trop germanique et lui préfèrent le nom de « Petit-Julien ». Ce nom, toutefois, ne s’est jamais imposé dans la population bruxelloise généralement restée fidèle au « Manneken Pis », francophones et néerlandophones confondus.*

Certains nous diront peut-être, non sans raisons, que ce petit personnage d’une soixantaine de centimètres de hauteur, n’a, en apparence, rien de bien extraordinaire et qu’il ne justifie pas le déplacement des foules touristiques qui l’assiègent toute l’année. C’est sans doute exact, mais peut-être aussi que ce jugement est, à tout bien considéré, un peu hâtif, et que ce qui a d’intéressant dans le Manneken Pis est peut-être moins son apparence, et ce bien que l’on fasse de grands efforts pour améliorer celle-ci en le revêtant des habits les plus divers et les plus singuliers et en préservant précieusement son imposante garde-robes –environ 780 costumes !- à la Maison du Roi, sis Grand-Place, en face de l’Hôtel de Ville, que son histoire et ses légendes généralement méconnues de la plupart des touristes qui lui rendent visite.

Une statue du Manneken Pis (ou « Mannekepis ») existait semble-t-il déjà aux environs de 1388, un texte rédigé cette année-là, signalant l’existence d’une statuette de pierre portant le nom de Juliaenske (=Petit-Julien) et d’une fontaine appelée Juliaenskeborre (=Fontaine du Petit-Julien). Le nom de Manneken Pis serait apparu quant à lui dans les années 1451-1452. La fontaine qu’il constitue est encore citée en 1498. Il s’agissait alors d’une statue de pierre.

 

Mais en 1619 que la Ville de Bruxelles commanda à l’atelier de Jérôme Duquesnoy, échevin de la ville et tailleur de pierre au métier des Quatre-Couronnés, la statue de bronze du Manneken Pis, telle que nous le connaissons aujourd’hui. Elle sera fondue en 1630. L’antique statue de pierre aurait toutefois subsistée jusqu’en 1648 (Bochart).

 

Et là déjà, pointe un mystère. De fait, le nom de Duquesnoy a été donné à une rue du centre de Bruxelles, en l’honneur du créateur du Manneken Pis de bronze, mais sans que l’on juge bon de le faire précéder d’un prénom. Nous développons ce sujet dans un texte consacré aux Duquesnoy qui suivra cette présentation du Manneken Pis.

Entre le 13 et le 15 août 1695, lors du bombardement de Bruxelles par l’artillerie du maréchal de Villeroy, le Manneken Pis fut mis à l’abri. Mais il fut porté en triomphe par la population de Bruxelles et remis en place dès le 19 août.

Le 1er mai 1698, l’électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas, offrit au Manneken Pis un habit bleu, rehaussé de l’ordre de Maximilien. Ce présent lui fut offert par le prince lorsqu’au sixième essai, il abattit l’oiseau du Grand Serment des Arbalétriers qui était placé sur la Grosse Tour. Telle était alors l’usage pour être proclamé « roi du serment ».

 

En 1745, des soudards anglais enlevèrent le Manneken Pis et l’emportèrent jusqu’à Grammont, mais les habitants du lieu parvinrent à le leur dérober. Après l’avoir exposé un temps sur la place principale de leur cité, les habitants de Grammont (Geraardsbergen, en néerlandais) le rendirent aux Bruxellois.

 

En 1747, ce fut au tour de soldats de l’armée de Louis XV de s’en prendre au Manneken Pis. Certains d’entre eux l’enlevèrent avant de l’abandonner à la porte d’un cabaret, au coin de la Petite-Île, dans le quartier Saint-Géry. Le roi de France intervint énergiquement en faisant sévèrement châtier les coupables. En outre, il offrit au Manneken Pis un riche costume, un chapeau à plumet et une épée, puis lui conféra la noblesse personnelle et en fit un chevalier du prestigieux ordre de Saint Louis, ce qui obligea les soldats français à lui faire le salut militaire !

 

L’Empereur Napoléon Ier lui-même honorera le Manneken Pis du titre de Chambellan.

Etienne Triponetty (1761-1805), que nous évoquerons plus loin, écrira, quant à lui, quelques vers au sujet d’une étrange protestation d’opposants au Manneken Pis. Ceux-ci, semble-t-il, jugeant le « plus vieux bourgeois de Bruxelles » par trop indécent, allèrent jusqu’à soumettre une plainte à son sujet au pape Benoît XIV. Nous y reviendrons.

 

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1817, le Manneken Pis fit l’objet d’un nouvel enlèvement. Cette fois, c’est un forçat libéré du nom de Lycas qui s’en empara. Mais le petit bourgeois de Bruxelles fut bien vite retrouvé et fut remis à sa place dès le 6 décembre. Le dénommé Lycas, lui, figura au carcan le 26 novembre 1817.

En 1822, une dame de Bruxelles légua pas moins de 22.000 florins au Manneken Pis et d’autres bourgeois de la ville allèrent même jusqu’à lui constituer des rentes !

En 1824, le célèbre démonologue Jacques Collin de Plancy publia à Bruxelles, chez Lacrosse, une Histoire du Manneken Pis, racontée par lui-même. Nous aborderons ultérieurement et brièvement la vie de cet auteur hors du commun.

Au début du 20ème siècle, existait encore dans la cour du n°16 de la rue des Alexiens, soit l’actuelle école Sint-Joris, une grotte dans laquelle, en ouvrant un robinet, on donnait à Manneken Pis de quoi faire pipi… De l’eau, bien sûr, me direz-vous. Oui, mais pas exclusivement. Il fut un temps où les jours de grande fête, le Manneken Pis arrosait son public favori de vin, de bière ou d’hydromel, ce qui donnait lieu, comme on peut s’en douter, à de nombreuses réjouissances populaires… Ainsi, au cours de l’été 1890, le Manneken Pis délivra une première fois du vin et une seconde fois du lambic, un célèbre produit brassicole de Bruxelles.

Nous verrons aussi que le Manneken Pis croisa, en 1949, la route de Maurice Chevalier.

 

Après la seconde guerre mondiale, le Manneken Pis fera à nouveau l’objet de plusieurs enlèvements et d’actes de vandalisme. Il sera enlevé à la fin de l’année 1951, mais sera retrouvé quelques jours plus tard. Nouveaux enlèvements doublés de mutilation en 1955 et 1957 : mais on le remplace prestement. En 1958, une dentelière fait échouer une nouvelle tentative d’enlèvement ! Le 17 janvier 1963, un groupe d’étudiants anversois de l’Institut Saint-Ignace, s’en empare à son tour, mais la statuette sera restituée intacte dès le lendemain. En 1965, Le Manneken Pis est violemment arraché de son socle, si bien qu’il n’en resta plus que les jambes ! Après cette mutilation, la statuette sera remplacée, la même année, par celle que l’on connaît encore aujourd’hui, l’originale étant conservée à la Maison du Roi pour la préserver d’autres éventuels actes de malveillance. Un autre enlèvement fut malgré tout organisé par des étudiants, en 1968.

La statuette du Manneken Pis sera finalement classée par un arrêté du 16 octobre 1975…ce qui n’empêchera pas le « ketje » (=petit garçon) de Bruxelles de faire l’objet d’un nouvel enlèvement, trois ans plus tard !

La grande fête du Manneken Pis est traditionnellement organisée dans les premiers jours de septembre à l’initiative des Amis du Manneken Pis.

2.2. Les légendes du Manneken Pis.

2.1. L’une des légendes qui se rapportent à la petite statuette fétiche de Bruxelles est à mettre en relation avec la rue du Chêne elle-même. Durant la bataille des Trois-Fontaines (1142), dite également « bataille de Ransbeek, le jeune duc de Brabant Godefroid III, alors âgé de deux ans, urina en direction de l’ennemi malinois. Cela, dit-on, stimula tant l’ardeur des Bruxellois, qu’ils remportèrent la victoire. Or, le jeune duc était alors suspendu aux branches d’un chêne, afin que les chevaliers bruxellois soient stimulés par sa seule vue. L’arbre qui avait porté le jeune héros de la bataille des Trois-Fontaines fut, pour cette raison, ramené à Bruxelles et planté à la droite d’une source. C’est ainsi que la rue du Chêne reçut le nom qui est encore le sien aujourd’hui.

2.2. Une autre histoire met en scène le jeune duc Godefroi. Alors âgé de six ans, le jeune duc Godefroi s’échappa du palais paternel et alla vagabonder dans les rues de Bruxelles avec quelques autres enfants de son âge. Il aurait alors utilisé quelques deniers volés à sa gouvernante pour boire du faro ! Lorsqu’on le retrouva, il était, sous l’effet de la bière, en train d’arroser la terre bruxelloise… ! On décida, semble-t-il, de le figer à jamais dans cette pose.

 

2.3. Il est dit aussi que, vers 1325, le comte et la comtesse d’Hove partirent un jour de Bruxelles, avec leur fils, âgé de cinq ans, à la rencontre de Croisés qui revenaient de Terre Sainte. Après une longue marche dans les faubourgs (selon une autre tradition, l’enfant était en tête du cortège des Croisés), les parents demandèrent à leur enfant s’il ne devait pas faire pipi, mais l’enfant répondit que non, tant son esprit était ailleurs. Mais lorsque les premiers Croisés parurent, l’urgent besoin naturel lui revint à l’esprit et il se mit à arroser le sol alors que défilaient les « soldats du Christ » ! Le défilé dura deux heures et durant deux heures, le fils du comte d’Hove ne cessa de se soulager d’abondance, au coin des actuelles rue du Chêne et de l’Etuve. On vit dans ce geste enfantin un véritable affront fait aux chevaliers revenant de Terre Sainte. Aussi, afin de racheter la faute de leur fils, les parents décidèrent-ils d’élever à l’angle des rues du Chêne et de l’Etuve, une statuette expiatoire qui n’est autre que celle de notre Manneken Pis.

 

2.4. Au 13ème siècle, la ville de Bruxelles se trouva un jour assiégée. Mais considérant que le siège de ladite ville n’avait que trop duré, les assiégeants y boutèrent le feu avant de se replier. Voyant le siège levé, les Bruxellois, tout à leur joie, baissèrent leur garde, et ne prirent guère conscience du risque d’embrasement qui pesait à présent sur leur ville. Bien heureusement, un petit garçon nommé Juliaanske aperçut la mèche allumée par les ennemis de Bruxelles. Comme il n’avait guère d’eau à portée de main, il se décida à arroser la mèche incendiaire…à l’aide de ses moyens les plus naturels ! Et Bruxelles, ainsi sauvée de la destruction, éleva une statue à la gloire de son jeune héros.

 

2.5. Vers 1450, une vieille sorcière habitait, dit-on, une maison située au coin de la rue du Chêne et de la rue de l’Etuve, à l’endroit où se dresse aujourd’hui la statue du Manneken Pis. Dans le même quartier vivait un bon vieillard qui était autant aimé que la méchante sorcière était détestée. Un jour, la sorcière surprit un enfant en train d’arroser copieusement le seuil de sa porte. Aussitôt, elle le condamna à rester attaché à cette activité, au même endroit, durant de nombreux siècles ! Mais le bon vieillard apparut et substitua à l’enfant une statuette de pierre qui n’était autre, selon la légende, que l’antique statue du Manneken Pis, celle-là même qui précéda la statuette de bronze réalisée par Duquesnoy.

 

2.6. Au cours d’une fête, un riche bourgeois perdit son fils dans la foule. Quatre jours passèrent sans qu’il ne le revît. Mais le cinquième jour, miracle !, il le retrouva au coin des rues du Chêne et de l’Etuve, dans une posture bien particulière. Trop heureux d’avoir retrouvé son enfant, le père voulut perpétuer la mémoire de cet heureux dénouement en lui faisant élever une statuette qui nous rappelle l’activité à laquelle se livrait le bambin au moment où son père le retrouva.

2.7. Une légende aux forts relents anti-judaïques prétend que vers le milieu du 14ème siècle, un juif fut accusé d’avoir enlevé un petit garçon pour en faire la victime d’un sacrifice rituel. Les mensonges anti-judaïques, jadis largement entretenus et diffusés dans la population par une certaine propagande ecclésiastique, incluaient notamment l’accusation de meurtres rituels d’enfant ou encore des accusations de profanation d’hosties. Selon cette histoire, au moment où l’enfant allait être sacrifié, il fut sauvé par Notre-Dame de Bon Secours. En signe de reconnaissance, les Bruxellois élevèrent la statue et la fontaine en l’honneur de la madone. Selon une autre version de cette chute, le père du garçon prit de telles mesures pour retrouver son fils, que le juif prit peur et alla un soir reconduire l’enfant où il l’avait trouvé, c’est-à-dire au coin des rues du Chêne et de l’Etuve, où ses parents le retrouvèrent et élevèrent une fontaine pour célébrer la joie des retrouvailles.

 

2.8. En 713 (plus de 250 ans avant la fondation de Bruxelles, donc !), le fils d’un seigneur châtelain de Bruxelles alla satisfaire un besoin pressant devant la porte d’un ermitage. Il était âgé de sept ans et n’avait pas plus de deux pieds de hauteurs. Un vieillard de haute taille lui apparut et lui dit : « Continuez à votre aise, mon petit ami, cette place vous était destinée depuis longtemps ». Et depuis ce jour, le Manneken Pis urine à cet endroit.

2.9. Si l’on en croit Daniel-Charles Luytens, un étrange personnage qui se faisait tantôt appeler Touzay, tantôt Duchanteau, et qui se prétendait peintre, vivait, en 1780, à Schaerbeek, au château de Borght, qui se dressait à l’époque entre la vallée de Josaphat et la vieille église Saint-Servais. Ce Touzay-Duchanteau fréquentait, semble-t-il, certaines sociétés secrètes et s’intéressait aussi vraisemblablement à l’alchimie. Pour comprendre la fin tragique et pour le moins mystérieuse de cet individu, il convient de se reporter auparavant à ce qu’a dit Carl-Gustav Jung à propos de la symbolique du Manneken Pis dans son ouvrage Psychologie et Alchimie : « L’homuncule représenté comme un « Manneken Pis » fait allusion à l’urina puerorum (l’urine des enfants – aqua permanens) » (Psychologie et Alchimie, Jung, Buchet / Chastel, p. 310). Le Manneken Pis symboliserait-il la fontaine de jouvence ? Quoiqu’il en soit, il apparaît que Touzay-Duchanteau se livrait à des recherches alchimiques et qu’il pensait avoir déchiffré un hypothétique rébus alchimique de la Grand-Place jusqu’au Manneken Pis, qui le conduisit à la conclusion suivante : l’urine est le secret de la Materia Prima, l’un des plus grands mystères de l’alchimie ! Il rentra à Paris et voulut convaincre ses frères de la loge écossaise des Philalèthes, qui se réunissaient dans un local de la rue de la Sourdière, du bien-fondé de ses conclusions. Aussi s’enferma-t-il dans une pièce où il ne prit pour seul aliment et pour seule boisson…que sa propre urine. Au bout de deux tentatives, que M. Luytens affirme être respectivement de 26 jours pour la première et de 16 jours pour la seconde, le malheureux trépassa, victime de l’ombre alchimique du Manneken Pis…

 

2.3. Triponetty et le Mannequin-Qui-Pisse.

 

C’est le 7 juillet 1761 que naquit, dans la maison dite de « La Louve », à la Grand Place, Etienne-Michel-Joseph Triponetty, petit-fils d’un banquier de Coire, devenu lui-même bourgeois de Bruxelles en 1716 et étant décédé en 1744. La tombe du grand-père d’Etienne est d’ailleurs toujours visible dans l’église Notre-Dame de la Chapelle. Quant à la mère d’Etienne, elle tient un commerce de dentelles dans la maison de « La Louve ». Etienne, lui, écrit. Il est notamment l’auteur de Variétés et bagatelles poétiques (1788) et du Rimailleur Bruxellois ou résultat inutile de vongt-cinq ans de délassement (1805). Mais le récit qui nous intéresse ici est le suivant : Métamorphoses du Parc de Bruxelles en cinq rêves : Dédiées au plus ancien bourgeois de la même ville. Le Célèbre Mannequin-Qui-Pisse. »

Il apparaît que certains citoyens bruxellois, particulièrement timorés, jugèrent un jour que le célèbre Manneken Pis –car c’est de lui qu’il s’agit !-, pourtant un symbole largement et anciennement enraciné dans la tradition bruxelloise, était à leurs yeux par trop indécent. Ils écrivirent donc en ce sens au pape Benoît XIV.

 

Aussi, dans l’ouvrage précité, Etienne Triponetty commenta-t-il ce ridicule épisode de la manière suivante : J’ai cru mieux ne pouvoir dédier cet ouvrage / Qu’à celui qui toujours captiva notre hommage : / De plusieurs potentats le premier favori ; (1) / De divers gouverneurs le serviteur chéri ; (2) Ami des jeunes gens, le vrai patron des belles / Pour qui souvent leurs doigts tressèrent des dentelles : / Fidèle à ton pays, d’un pape protégé, (3) [(1) Référence au duc de Bavière et à Louis XV qui se plurent à orner la statue du Manneken Pis en lui donnant des habits. (2) Référence à Charles de Lorraine et Marie Elisabeth qui lui firent présent d’autres habits. (3) Référence au pape Benoît XIV qui, sollicité par les âmes timorées précitées, afin que soit proscrite la figure du Manneken Pis et qu’elle soit définitivement jugée contraire aux « bonnes mœurs », s’en était fait reproduire un modèle tout en répondant : « Mingat in aeternum ! » : « Qu’il pisse à jamais ! »]

 

Ce qui a motivé l’opposition au Manneken Pis ? Nous ne le savons pas avec exactitude. S’agissait-il d’une réaction excessive de quelques prudes ou s’est-on souvenu soudainement que le nom du petit symbole de Bruxelles était lié à celui, scandaleux, de Duquesnoy ? Y a-t-il eu confusion entre le nom de Jérôme Duquesnoy père, tailleur de pierre au métier des Quatre-Couronnés, à qui la ville de Bruxelles commanda, en 1619, le Manneken Pis de bronze tel que nous le connaissons et qui remplaça l’antique statue de pierre, et Jérôme Duquesnoy fils, qui acheva notamment le tombeau de l’évêque Triest à Saint-Bavon mais qui fut également soupçonné du meurtre de son frère et exécuté à Gand pour sodomie ? Mystère.

 

Quant à Etienne Triponetty, il mourra jeune, en octobre 1805, à Bruxelles. Mais notre bref rappel biographique concernant la famille Triponetty n’est pas encore totalement terminé. En effet, ladite famille était propriétaire d’une maison de campagne située à Grand-Bigard (Groot-Bijgaarden, en néerlandais), dans la périphérie immédiate de l’actuelle Région de Bruxelles-Capitale. Or, le 20 août 1832, le Bulletin der Eygendommen de la commune de Grand-Bigard indique que Franciscus Timmermans, maréchal ferrant de son état et aïeul de l’auteur de ces lignes, est le nouveau propriétaire de ladite maison de campagne, ainsi que de tous les biens attenants.

 

2.4. Quelques mots sur Jacques Collin de Plancy.

 

Jacques-Albin-Simon Collin est né à Plancy, dans l’Aube (France), en 1793.

 

Il a habité Bruxelles de 1830 à 1837 et fut aussi l’auteur d’une Histoire du Manneken Pis, racontée par lui-même (1824), de même que d’un Guide des voyageurs dans Bruxelles (1827). Quiévreux le cite dans son « Bruxelles, notre capitale » (p.115), rappelant notamment que dans son Guide, de Plancy faisait état de l’existence d’une fontaine dite de Neptune (de Courroux,) qui s’élevait au carrefour de la rue de Malines et de la rue de la Blanchisserie.

 

Imprimeur-libraire à Paris, Collin de Plancy s’affiche bientôt comme libre-penseur. Il écrira plus de 80 textes sur l’occulte et les superstitions sous plusieurs pseudonymes. Il écrira notamment un célèbre Dictionnaire infernal, dont il y eut plusieurs éditions. Les premières éditions paraissent entre 1818 et 1825. Victor Hugo s’en est inspiré pour évoquer certains démons dans son « Notre-Dame de Paris ».

 

Nombre de textes écrits par de Plancy l’ont été sous pseudonymes. Sous l’influence de Voltaire, il n’hésitera pas à pourfendre, dans un premier temps, quantité de superstitions, notamment la peur du « nouement de l’aiguillette » (=rendre impuissant par magie). Il minimise aussi –sans toutefois oser jusqu’à la nier- la réalité de l’Enfer. Pour Collin de Plancy, les représentations de l’Enfer ne sont que des spéculations de théologiens non-soutenues par des preuves concrètes : le doute, ennemi de toute foi aveugle, est donc permis…

 

Mais avec le temps, le scepticisme de de Plancy semble s’estomper et il finira par rejoindre le sein de l’Eglise catholique. Certains auteurs verront dans cette volte-face un effet de la « grâce », l’ancien libre-penseur allant jusqu’à terminer sa carrière sous le signe du très conservateur et superstitieux abbé Migne, mais selon d’autres sources, il ne ce serait agit là que d’un revirement purement opportuniste.

 

En 1837, Plancy, poursuivi par l’Eglise, doit faire amende honorable et abjurer solennellement ses écrits qualifiés d’ « erreurs ». Or, Collin de Plancy a vécu à Bruxelles de 1830 à 1837 : a-t-il dû trahir ses choix philosophiques pour acheter son retour en France ?

 

 

 

Quoiqu’il en soit, en 1863 paraît une nouvelle version de son Dictionnaire infernal. Il s’agit de la sixième édition, celle, édulcorée, que nous connaissons le mieux, dans laquelle il rajouta des notes et mises en garde bien-pensantes afin de complaire à la hiérarchie catholique. Il agrémente, en outre, cette édition, de gravures démoniaques sur base de « documents formels ».

 

 

 

Jacques Collin de Plancy décèdera en 1887.

 

 

 

2.5. Maurice Chevalier chante Manneken Pis.

 

 

 

Maurice Chevalier, le « gavroche » de Ménilmontant, dont la mère, Joséphine Van der Bosche, était d’origine belge, a rendu hommage au « ketje » de Bruxelles par une chanson qui est devenue l’hymne du Manneken Pis. En voici les paroles :

 

 

 

Au monde il est un endroit / Ou par le chaud et le froid / Règne un noble petit gars / Généreux dès le matin / Devant de nombreux témoins / Il déverse tout son bien.

 

 

 

Refrain : Manneken Pis / Petit gars de Bruxelles / Manneken Pis / Mignon porte-bonheur / Manneken Pis / Arrose les plus belles / Manneken Pis / Arrose tous les cœurs / Quand il fait psss psss / Et refait psss psss / En douce il pousse gaiement / Manneken Pis / Une immense innocence / Sort à plein jet / De son petit sifflet.

 

 

 

Les pays peuvent bouger / S’énerver se provoquer / Lui ne daigne pas changer / Même dans l’adversité / Il défend la liberté / Et le droit de s’exprimer.

 

 

 

Refrain.

 

 

 

Les gens les plus réputés / Sont venus pour l’admirer / Et lui ont tous présentés / Des costumes chamarrés / Des vestes emmedaillées / Ca ne l’a pas enraillé.

 

 

 

Refrain.

 

 

 

J’ai la très forte impression / Qu’il aime cette chanson / Et la coule à sa façon / Et j’irai jusqu’à penser / Que pour la recommencer / Il demande à bien bisser.

 

 

 

Refrain.

 

 

 

Sources : « Bruxelles, notre capitale », Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 92-94 / « Dictionnaire du Diable », Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / « Dictionnaire du diable, démons et sorciers », Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2001 / « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981, « Histoire secrète de Bruxelles », Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981. + Luytens et DeVogel

 

* C'est une grosse erreur d'écrire "Ce nom, toutefois, ne s’est jamais imposé dans la population bruxelloise généralement restée fidèle au « Manneken Pis », francophones et néerlandophones confondus.

Non, non et 1000 X non. Les Bruxellois ne citent jamais Manneken Pis, mais bien MENNEKEN PIS.

Eric, promène toi  une fois, dans les rues de Bruxelles, parle à un bruxellois d'origine (pas un wallon, pas un flamand, non à un bruxellois et tu
comprendras directement MEN a qui tu as affaire. ;)
Pierrot Heymbeeck

 

Commentaires

  • Râââ, j'avoue ma faute, ma très grande faute et bats ma coulpe, Pierrot ! Je me suis laissé honteusement influencé par le complot franco-flandrien ! Je réciterai plusieurs passages de Jef Kazak et de Jef Lambic, pour ma peine ! ;-)

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