rue de la querelle.

 

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LA RUE DE LA QUERELLE

 

Cette rue sans intérêt de 140 m est située entre la rue Vanderhaeghen (perpendiculaire à la rue Terre-Neuve) et la rue des Tanneurs. Elle daterait du début du 18e siècle, mais la rue ancienne, alors essentiellement bordée de maison du 19e siècle, fut totalement rasée en 1966. La rue de la Querelle n’est plus aujourd’hui qu’un passage entre d’horribles blocs. Son nom lui viendrait du fait qu’au 18e siècle existait à cet endroit un champ clos où les Marolliens allaient « se battre en duel », entendez se livrer à des rixes et à des batailles rangées, à grands coups de poings et de pieds ! Mais il existe une autre explication, de toute évidence légendaire, au nom de la rue de la Querelle

 

Au 17e siècle, un certain Guy Demoll avait donné son cœur à Thérèse Meerts, nièce du premier vicaire de Sainte-Gudule. Mais cet amour suscita la jalousie d’un certain Albert, ami d’enfance de Guy Demoll.  Sachant que Demoll avait le duel en horreur, Albert alla l’insulter le jour même de ses fiançailles avec Thérèse. Mais Guy Demoll refusa l’offre de duel, ce que tout le monde prit pour de la faiblesse et de la lâcheté. Ceci donna largement l’occasion à Albert de déverser sur Guy mépris et moqueries diverses.

 

Cependant, une nuit, le feu se déclara dans la maison de la rue du Fossé-aux-Loups où habitait Thérèse. Les deux jeunes gens, qui étaient attablés dans un estaminet nommé le « Pot d’Etain » (situé au sommet de la rue Montagne-aux-Herbes-Potagères), coururent jusqu’au domicile de Thérèse afin de la secourir. C’est Guy Demoll qui fut le plus prompt. Il posa une échelle sur la façade et sauva Thérèse des flammes. Malgré cet acte d’héroïsme, Albert refusa de reconnaître son courage et mit sur le compte de l’amour l’acte courageux de Guy. La querelle pouvait donc se poursuivre, Albert continuant à accabler Guy de sarcasmes.

 

Afin de prouver qu’il n’était point lâche, Guy Demoll s’engagea dans les armées de Louis XIII. De fait, son père étant décédé et portant le deuil, il ne pouvait se marier avec Thérèse dans l’immédiat. Durant l’absence de Guy, Albert tenta sa chance auprès de Thérèse, mais sans succès, aussi redoubla-t-il de sarcasmes à l’encontre de son rival.

 

Cette attitude finit par exaspérer jusqu’aux plus proches amis d’Albert et un jour, lorsqu’un ouvrier, autrefois employé à la brasserie de Demoll, lui asséna un formidable coup de poing qui le projeta dans la rue, pas un ne prit sa défense. Méprisé de tous, Albert dut se résoudre à l’expatriation.

 

Mais voilà que sur la route de l’exil, aux environs de Saintes, dit-on, Albert fit la rencontre de Demoll, qui prenait justement congé d’un frère d’armes, et le salua d’un air moqueur. Cette fois, Demoll jeta son gant au visage d’Albert et les deux Bruxellois s’affrontèrent bientôt sur les bords de la Charente. Dix minutes plus tard, Albert, le rival haineux de Demoll, s’écroulait mort, frappé au cœur.

 

Craignant la justice du cardinal de Richelieu, qui condamnait la pratique du duel, Demoll voulut prendre la fuite mais il fut finalement arrêté par une troupe d’archers et condamné à mort.

 

Toutefois, la veille de l’exécution de Demoll, le vicaire de Sainte-Gudule, qui était justement de passage à Saintes pour rencontrer Richelieu, apprit le triste sort dévolu à Demoll qu’il alla visiter dans sa cellule. Là, lui coupant une touffe de cheveux sur le sommet du crâne, il le fit clerc ! Demoll venait ainsi d’entrer dans les ordres de bien étrange façon, mais cela lui sauva la vie. De fait, l’évêque de Saintes lui obtint un sursis, avant que le cardinal de Richelieu ne lui accorde finalement sa grâce, pleine et entière. 

 

Demoll, sauvé de justesse de l’échafaud, put ainsi revenir à Bruxelles et y épouser sa chère Thérèse. On dit que le couple alla s’installer du côté de la rue Terre-Neuve où Demoll avait eu sa brasserie et dont la rue de la Querelle est proche.

 

C’est donc de cette épique querelle entre Demoll et Albert que la rue tiendrait son nom !

 

 

Eric TIMMERMANS.

 

 

Sources : Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 271.

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