• VERLAINE ET RIMBAUD

                            VERLAINE ET RIMBAUD : LE DRAME DE BRUXELLES

     

     

    Arthur_Rimbaud-portrait[1].jpg

     

    Paul_Verlaine-portrait[1].jpg

     

    I. Verlaine et Rimbaud à Bruxelles.

     

    I.1. Verlaine et Rimbaud : qui étaient-ils ?

     

    I.1.1. Paul Verlaine.

     

    Paul Verlaine (Metz, 1844 – Paris, 1896) est un poète français qui est à l’origine de la notion de « poètes maudits ». Il fréquente les cafés et les salons littéraires parisiens, puis, dès 1866, collabore au premier Parnasse contemporain. Publication des Poèmes saturniens. On sent l’influence de Baudelaire sur ses écrits. En 1867, Verlaine est l’invité d’Adèle Hugo, l’épouse de Victor, qui vit au numéro 4 de la place des Barricades, à Bruxelles.

     

    E_A_DSCF0013[1].jpg

     

    Poursuivant sa carrière littéraire -Les Fêtes galantes (1869), La Bonne Chanson (1870)- et dédie cette dernière œuvre à Mathilde Mauté, qu’il épouse. En 1871, Verlaine s’engage aux côtés de la Commune de Paris. La victoire des Versaillais force le couple Verlaine à quitter momentanément Paris. A son retour, Paul Verlaine fait la rencontre d’Arthur Rimbaud. Verlaine quitte son épouse et part avec Rimbaud en Angleterre.

    Commencée à Paris, en 1871, leur idylle prendra fin tragiquement dans les rues de Bruxelles, en 1873 : Verlaine fait feu en direction de Rimbaud qui, blessé, va dénoncer son amant à la police bruxelloise. Paul Verlaine est condamné à deux ans de détention, moins pour le coup de feu que pour son homosexualité, alors illégale. Il purgera sa peine à Bruxelles et à Mons. Durant son incarcération, son épouse, Mathilde Mauté, obtient la séparation de corps. A sa sortie de prison, Verlaine repart pour l’Angleterre et reprend sa carrière littéraire. Dès 1887, sa notoriété s’accroît, mais c’est également à cette époque qu’il retombe et sombre définitivement dans la misère et l’alcoolisme le plus absolu. Verlaine partage son temps entre les cafés et les hôpitaux.  Usé prématurément par cette existence de bâton de chaise, il meurt à Paris, le 8 janvier 1896. Placée initialement dans la 20ème division du cimetière des Batignolles, à Paris, un terrain aujourd’hui situé sous le périphérique, la tombe du poète sera transférée, en 1989, dans la 11e division, en première ligne du rond-point central.     

     

    I.1.2. Arthur Rimbaud.

     

    Arthur Rimbaud (Charleville, 1854 – Marseille, 1891) est un poète qui, dans la littérature française, fit figure d’ « étoile filante ». De fait, s’il a écrit ses premiers poèmes à l’âge de quinze ans et demi, il a également écrit ses derniers à l’âge de vingt ans. En 1870, comme Verlaine, il s’oriente vers le Parnasse contemporain. Antimilitariste déclaré, Rimbaud sera pris d’élans patriotiques durant la guerre franco-prussienne. Toutefois, Arthur est trop jeune que pour participer à la guerre de 1870. Il tente, sans succès, de rallier la capitale assiégée. Le 6 octobre 1870, on le retrouve à Charleroi. En 1871, Rimbaud cherchera à entrer en contact avec des communards, de même qu’avec le milieu des poètes. Jusqu’à quel point il s’est engagé aux côtés de la Commune, on ne le sait pas avec précision, il conspuera toutefois la « lâcheté » des vainqueurs versaillais. Le début de sa relation épistolaire avec Verlaine est tout aussi difficile à déterminer. Sans doute était-ce dans le courant de l’année 1871. Comme nous l’avons dit, Verlaine et Rimbaud partiront ensuite en Angleterre, avant que leur idylle ne sombre dans la tragédie dans les rues de Bruxelles, en 1873 : Rimbaud veut quitter Verlaine qui le blesse d’un coup de pistolet. Le second est incarcéré à Mons, le premier rejoint la ferme familiale de Roche, où il écrit Une saison en enfer. En 1874, Rimbaud a vingt ans et sa carrière littéraire est terminée. Commence alors une vie d’aventure qui le conduira à Chypre, en Egypte, aux îles de la Sonde, au Yémen et, finalement, à Harrar, en Abyssinie, où il s’occupera d’un comptoir de commerce et se livrera au trafic d’armes et d’ivoire. En 1891, Rimbaud souffre de varices à une jambe. Il arrive à Marseille au mois de mai où on lui annonce qu’il doit se faire amputer. Mais rien n’y fera, le mal est trop avancé. Arthur Rimbaud meurt de la gangrène le 10 novembre 1891.

     

    I.2. Le Drame de Bruxelles.

     

    C’est donc vraisemblablement dans le courant de l’année 1871 que commence l’idylle, à l’époque jugée particulièrement scandaleuse, de Paul Verlaine et d’Arthur Rimbaud. Après une relation épistolaire d’une durée indéterminée, Verlaine aurait appelé Rimbaud à lui en ces termes : « Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend » (A moins que ce ne soit Rimbaud qui ait rappelé Verlaine, le fait ne semble pas d’une grande clarté). Nous sommes au mois d’août 1871, à Paris, où Rimbaud arrive le 15 septembre. Le 7 juillet 1872, Verlaine et Rimbaud quittent Paris pour Londres. C’est là le véritable début d’une relation jugée aussi tumultueuse que « contre-nature », comme on le disait à cette époque.

     

    Le 3 juillet 1873, à la suite d’une violente dispute (qui ne constitue qu’un prétexte), Verlaine quitte brusquement Rimbaud et part pour Bruxelles. Il veut, dit-il, rejoindre sa femme, Mathilde, et prétend être décidé à se suicider si celle-ci (qu’il n’hésitait pourtant pas à battre dans ses nombreux moments d’ivresse) n’accepte pas de renouer avec lui. Mais Mathilde, qui a découvert des lettres compromettantes qui ne laissent aucun doute sur la nature homosexuelle des relations entre Verlaine et Rimbaud, ne viendra jamais à Bruxelles. Là commence ce que la chronique littéraire va retenir sous le nom de « drame de Bruxelles ».

     

    Le 4 juillet 1873, Paul Verlaine prend ses quartiers au Grand Hôtel Liégeois, situé sur le territoire de la commune de Saint-Josse-ten-Noode, au coin de la rue du Progrès (n°1) et de la rue des Croisades (Verlaine aurait déjà occupé une chambre de cet hôtel en 1868). De là, il appelle sa mère (Stéphanie) et son épouse (Mathilde). Une plaque commémorative, placée sur le bâtiment du n°1 de la rue du Progrès, où est aujourd’hui située une brasserie portant le nom de Faubourg Saint-Germain, fait référence au passage de Rimbaud et de Verlaine à Bruxelles.

     

    Le 5 juillet, la mère de Verlaine rejoint son fils à Bruxelles. Mais Verlaine regrette à présent d’avoir quitté son ami et lui demande, par télégramme, de le rejoindre à Bruxelles. Soudainement pris de panique, craint-il que son épouse n’arrive à l’improviste et le découvre avec Rimbaud qui semble également vouloir retrouver son amant et qui doit arriver à Bruxelles d’ici peu ? Peut-être. Quoiqu’il en soit, sa mère et lui déménagent.

     

    Le 6 juillet, Verlaine et sa mère s’installent dans la chambre mansardée de l’hôtel « A la Ville de Courtrai », situé au n°1 de la rue des Brasseurs, non loin de la Grand Place. Le 10 novembre 1991, à l’occasion du centenaire de la mort d’Arthur Rimbaud, la Communauté française de Belgique (qui regroupe non pas les Français de Belgique mais les francophones des régions bruxelloise et wallonne, et qui pour plus de clarté a depuis été rebaptisée « Fédération Wallonie-Bruxelles ») a décidé d’apposer une plaque commémorative rappelant le coup de revolver tiré par Verlaine contre son ami Rimbaud, au n°1 de la rue des Brasseurs (au coin de la rue de l’Etuve), le 10 juillet 1873.

     

    Le 7 juillet, Verlaine rencontre par hasard un parent auquel il fait part de ses intentions suicidaires, mais ledit parent l’encourage plutôt à s’engager dans l’armée espagnole. Confronté au refus de l’ambassade d’Espagne, Verlaine retombe dans ses envies de suicide.

     

    Le 8 juillet, appelé par télégramme par Verlaine, Rimbaud qui, pourtant, ne croit guère aux élans suicidaires de son ami, part à son tour pour Bruxelles.

     

    Le 9 juillet, Rimbaud s’installe au n°1 de la rue des Brasseurs, avec Verlaine et sa mère. Selon d’autres commentateurs, Rimbaud aurait rejoint Verlaine et sa mère au Grand Hôtel Liégeois et, de là, le trio serait parti pour la rue des Brasseurs. Mais cela ne semble pas correspondre aux dates données par le procès-verbal établi par la police de Bruxelles, le 10 juillet 1873 et qui affirme que Paul Verlaine était établi rue des Brasseurs depuis quatre jours, venant de Londres, alors qu’Arthur Rimbaud, venant également de Londres, y était établi depuis deux jours (Ils ont choisi Bruxelles, p. 300-301).

     

    Le 10 juillet, vers 9h, Paul Verlaine se rend au numéro 11 de la galerie dite « de la Reine », dans les Galeries Saint-Hubert, là où était établi l’armurier Montigny, et achète un revolver, de même qu’une cinquantaine de cartouches. Ensuite, il se rend à la Taverne anglaise, située au numéro 7 de la rue des Chartreux, vide consciencieusement un certain nombre de verres d’absinthe, charge son arme et regagne l’hôtel de la rue des Brasseurs où Rimbaud l’attend. Il exhibe son revolver devant ce dernier, puis, vers midi, tous deux vont se saouler à la Maison des Brasseurs, sise Grand Place n°10. Le jeune Rimbaud se montrait toutefois bien décidé à quitter son ami et à rejoindre Paris. A cette volonté clairement affichée, Verlaine ne cessait d’opposer cette menace : « Oui, pars, et tu verras ! ». Vers 14h, les deux amants regagnèrent leur logis. Soudain, Verlaine ferma la porte à clé, s’assit devant ladite porte, arma son revolver et tira par deux fois sur Rimbaud en clamant : « Tiens ! Je t’apprendrai à vouloir partir ! » Tirées à trois mètres de distance, une balle rata Rimbaud, alors que l’autre le blessa au poignet gauche. Rimbaud, accompagné de Verlaine et de sa mère, alla se faire soigner à l’Hôpital Saint-Jean (où Baudelaire avait lui-même été soigné quelques années plus tôt), puis tous trois revinrent rue des Brasseurs, Rimbaud n’ayant pas déposé plainte contre son ami. L’affaire n’était toutefois pas terminée : Rimbaud, bien décidé à regagner Paris, quitta la rue de la Brasserie vers 19h, toujours accompagné de Verlaine et de sa mère. Lorsqu’ils arrivèrent à la place Rouppe, Verlaine devança son ami de plusieurs pas, revint vers lui et porta la main à sa poche qui contenait le revolver. Voyant la manœuvre (Verlaine devait toutefois prétendre ultérieurement, qu’il comptait seulement menacer de se suicider et qu’il ne voulait guère attenter à la vie de son ami), Rimbaud alla trouver refuge auprès d’un agent de police qui invita Verlaine à le suivre au commissariat de police de la rue du Poinçon. Cet ultime incident décida Rimbaud à porter plainte contre son ami (il la retirera toutefois le 19 juillet). Verlaine est alors incarcéré à la prison de l’Amigo.

     

    Le 11 juillet (ou le 15), Paul Verlaine est transféré à la prison des Petits Carmes (aujourd’hui disparue et remplacée par la caserne des grenadiers également désaffectée) où il devait passer un mois. Durant son incarcération bruxelloise, Verlaine recevra un exemplaire d’Une saison en enfer de Rimbaud, ouvrage imprimé à 500 exemplaires chez Poot, au numéro 37 de la rue aux Choux. Cette maison n’existe plus.

     

    Le 8 août 1873, au Palais de Justice (alors situé place de la Justice et aujourd’hui disparu), Paul Verlaine est condamné à deux ans de prison par le Tribunal de première instance de Bruxelles pour, officiellement, un chef d’accusation de « coups et blessure ayant entrainé une incapacité de travail ». Mais la justice belge, qui a envoyé les médecins traquer les « habitudes pédérastiques » du poète jusque dans sa plus grande intimité, a surtout voulu punir l’homosexualité de Verlaine et sans doute aussi voulu complaire au grand voisin français susceptible de prendre ombrage d’une trop grande mansuétude accordée à un sympathisant déclaré de la Commune de Paris. Deux ans plus tôt, Victor Hugo lui-même n’avait-il pas été expulsé de Belgique pour avoir proposé publiquement d’accueillir chez lui des communards ? Paul Verlaine fut transféré à la prison de Mons (cellule 112) où il purgea ses deux années de détention. Le poète fut libéré le 16 janvier 1875.

     

    A noter que Rimbaud aurait, en cette même année 1875, logé dans une mansarde, chez un marchand de tabac établi dans la Petite rue des Bouchers, mais l’endroit n’a pu être localisé (Luytens).

     

    Durant plus d’un siècle, sur décision de l’administration judiciaire belge, le dossier « Rimbaud-Verlaine » du procès de Bruxelles demeurera non communiqué et inaccessible. Accès sera donné à l’ensemble des documents en 2004, année du 150ème anniversaire de la naissance de Rimbaud.

     

    I.3. Bruxelles, 1893 : le retour de Paul Verlaine.

     

    Paul Verlaine, malgré ses deux années de prison, ne se montra guère rancunier à l’égard de Bruxelles où il donna un certain nombre de conférences, notamment à l’Hôtel Schönfeld (jadis situé rue des Paroissiens), dans la rotonde du Palais de Charles de Lorraine (place du Musée) et, last but not least, au nouveau Palais de Justice de la place Poelaert, dont il n’hésitera pas à vanter les qualités architecturales !

     

    II. La rue des Brasseurs.

     

    La rue des Brasseurs est une très ancienne rue de Bruxelles, mais elle était jadis plus étroite et disposée différemment (derrière la rue de l’Amigo). Elargie en 1954, elle fut notamment habitée par des savetiers et des marchands de sabots, de même que par des loueurs de brouettes et de charrettes à bras. Ce n’est toutefois que le 17 juin 1851 que cette rue reçut son nom actuel. Auparavant, on la nommait la « sale ruelle », transposition pudique de la dénomination populaire et thioise de « Schytstraetke », « Schytstrotje », « Pisstroje », autant de dénominations faisant référence au fait que, des siècles durant, ladite ruelle avait été élue comme toilettes publiques par les maraichers de Bruxelles ! On peut même dire qu’elle était alors dotée de toutes les commodités, puisqu’un mince ruisseau, le Smaelbeek, y coulait…

    Eric TIMMERMANS.

    Sources : « Bruxelles notre capitale », Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 /  « Dictionnaire encyclopédique de l’histoire de France », Charles Le Brun, Maxi-Poche, 2002 / « Dictionnaire hitorique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eugène Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 155 / « Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles », Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 56 / « Ilot sacré », Georges Renoy, Rossel, 1981, p. 88-89 / « Ils ont choisi Bruxelles », Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2004.

     

    +-+-++--+-+-+-+-+-

     

     

    Chanson d'automne -  de Paul Verlaine

     

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l'automne
    Blessent mon coeur
    D'une langueur
    Monotone.

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l'heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Et je m'en vais
    Au vent mauvais
    Qui m'emporte
    Deçà, delà,
    Pareil à la
    Feuille morte.

     


     

     

     


     

  • Un Petit Coin Perdu


     

    GK1.jpg
    Photo 1 - merci à Guillaume Kekenbosch.

     

     

    GK2.jpg
    Photo 2 - merci à Guillaume Kekenbosch.

     

    GK3.jpg
    Photo 3 - merci à Guillaume Kekenbosch.

     

    GK4.jpg
    Photo 4 - merci à Guillaume Kekenbosch.

     

    photo-1.jpg

    Photo 5 - merci à Guillaume Kekenbosch.

     

    Photo-2.jpg
    Photo 6 - merci à Guillaume Kekenbosch. 

     

     

     


  • Marolliens & Marolliènes

     

     

    Merci à Guillaume Kekenbosch pour ces quelques photos
    des habitants de la Marolle.

     

     

    jeannine-surdiacourt.jpg
    Photo 1

    La photo date de 1946, Jeannine SURDIACOURT, (épouse Guillaume KEKENBOSCH) et son père Jacques, dit "PAQUET".

     

     

     

    Henriette-et-René.jpg
    Photo 2

    René STANDAERT et Henriette, famille de Jef SLAGMULDER, au mariage du fils de Guillaume KEKENBOSCH en 1978.

     

    Le-petit-wery.jpg
    Photo 3

    Au dernier rang à droite ce trouve PATAFRIT, patron du café "LE TWIST".
    Le café était situé rue Montserrat.
    Au premier rang,  en A 6 Warre Pisboy et à côté Guske LEMAITRE.
    Le petit ket (sans casquette) Eddy WERY, le laveur de vitres. 

     

    Marolliens-2.jpg
    Photo 4

    B2 Jean BICH, père de Jean et Francine BICH.

     

    marolle-kermis.jpg
    Photo 5

    Dans le fond (verre à la main) c'est François STEVENS (bourgmestre des Marolles) et la droite de François c'est sa soeur DORINE, debout, de profil.

    Marolliens-1.jpg
    Photo 6

    Constant VAN EESBEECK et Louis SURDIACOURT

     

    La-frite.jpg
    Photo 7

    Bien vu Gilbert, c'est bien Jeannine DE FRYN et son mari Marcel VERSCHUEREN.

     

    Mariage de Gust Lemaitre.jpg
    Photo 8

    A 3 "Le Marseillais"

     

    39193_1567918480165_7290195_n[1].jpg
    Photo 9

     

     

    kermesse.jpg

    Merci à Guillaume


    Del-blad.jpg

     

    537334_10200344946608560_452957271_n[1].jpg

     Café le Coq

    Que fait t'il ?

     

    twist.jpg

    Photo 11

     

     

  • La Veillée des Dames

     

     

     

    rue-de-la-petite-ile.jpg

    La rue de la Petite-Ile en 1862.
    On devine sur la gauche du dessein original de PUTTAERT, après la raie de lumière l'église du Bon-Secours et le début de la rue du Marché-au-Charbon.

     

    LA VEILLEE DES DAMES

     

    Il est dit que le 19 janvier de l’an 1101, à la tombée de la nuit, une troupe armée approcha des murs de Bruxelles, par le chemin de Louvain. Certains crurent à une attaque surprise de l’ennemi, à tel point que le veilleur de la porte de Sainte-Gudule, au Treurenberg, se prépara à donner l’alarme. D’autres, au contraire, pensaient qu’il s’agissait de la venue d’alliés, mais tous se trompaient : il s’agissait des Croisés revenant de Terre-Sainte. Entendant ce cri : « Vivat ! Ce sont les Croisés qui reviennent !», les mères, les épouses, les sœurs et les filles de ceux qui étaient partis depuis si longtemps, s’avancèrent en foule par la rue d’Anderlecht pour faire bon accueil à la troupe victorieuse.

     

    Rappelons que la première croisade fut notamment menée par Hughes de Vermandois, frère cadet du roi de France Philippe Ier, et Godefroi de Bouillon, seigneur de Bouillon et duc de Basse-Lotharingie, tous deux partis au mois d’août 1096. La croisade se déroula de 1096 à 1099 et se solda par la prise et le sac sanglant de Jérusalem par les chrétiens, le 15 juillet 1099. Nombreux furent ceux qui, partis pour la terre dite « sainte » ne revinrent jamais et, ce que l’imagerie patriotique d’antan nous présente comme un retour triomphal des Croisés, fut certainement aussi synonyme de tristesse et de chagrin pour de nombreuses femmes de Bruxelles qui ne virent pas revenir ceux qu’elles attendaient, mais cela, l’image d’Epinal d’un certain temps passé ne l’a point retenu.

     

    La légende romantique n’a gardé le souvenir que du grand banquet que les Bruxelloises organisèrent, dit-on, dans une auberge nommée le « Grand Saint-Michel » qui était alors, prétend-t-on, située sur la Petite-Île, c’est-à-dire à l’emplacement de l’actuelle place Fontainas. Après avoir été reçus en procession, au son des tambours et des trompettes, dans les rues de Bruxelles, les Croisés allèrent se recueillir à l’église Saint-Géry toute proche. Vint alors le temps du grand repas de bienvenue. Celui-ci achevé, il est dit que les femmes chargèrent leurs maris –dont on peut espérer qu’ils avaient abandonné, pour l’occasion, heaume, armure et haubert !- sur leurs épaules et les portèrent ainsi en triomphe jusque sous le toit conjugal. Ainsi, alors que leurs époux épuisés et soumis aux effets de la dive bouteille ne se contrôlaient plus, les femmes, elles, avaient conservé leur présence d’esprit et leur calme. Les rôles conjugaux traditionnels furent alors inversés et les épouses devinrent pour un temps les vraies maîtresses du logis (mais s’agit-il vraiment là d’une inversion des rôles ?)..

     

    C’est en souvenir de cette soirée, connue sous le nom de Veillée des Dames, que l’on institua une tradition qui fut longtemps d’usage dans les familles bruxelloises : le 19 janvier, afin de célébrer la mémoire de ce retour des Croisés, les femmes « portaient la culotte » et, de 19 à 22h, le gros bourdon de Sainte-Gudule et les cloches des autres églises sonnaient encore à toute volée, de demi-heure en demi-heure. De même, jusqu’en 1781, le Conseil de Brabant ne siégeait pas l’après-midi de ce jour. La Veillée des Dames était encore fêtée dans quelques vieilles familles au début du 20ème siècle.

    Eric TIMMERMANS

    Sources : « Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles », Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1857 / Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 38-39 / Légendes bruxelloises, Victor Devogel, TEL/Paul Legrain, J. Lebègue et Cie Libraires-Editeurs, 1914, p. 71 à 79 / « Les mystères de Bruxelles », Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production, 2005.

     

     

    petit-ile-2.jpg
    Une autre vue de la rue de la Petite-île

     

    dessin-petite-ile.jpg

    La petite-Ile, à la fin du 17 siècle (reconstitution en plâtre par M. Joseph Dubois). A l'arrière-plan : le mur de la première enceinte et les deux tours de la porte d'Overmolen (Marché au Charbon). La petite-Ile reliait les deux branches de la Senne entre la porte d'Overmolen et le pont de la Barbe (visible à gauche point rouge) menant à l'impasse de la Barbe et à la rue d'Anderlecht. La place Fontainas occupe à présent ce site.
    Photo est texte de Jean d'Osta - LES RUES DISPARUES DE BRUXELLES.
    Souvenirs du Vieux Bruxelles par Joe Diericx de ten Hamme - tome 1

  • TOONE

    TOONE - suite et fin.

     

    2.5.4. De l’impasse de Varsovie à la rue du Faucon.

     

    Toone V jouera dans la cave de la rue Christine jusqu’à ce qu’à la fin du mois de mars 1932, les « Amis de la Marionnettes » décident de transférer le théâtre dans une cave de l’impasse de Varsovie (sise rue Haute, n°184 ; cette impasse, aujourd’hui privée, porta jadis le nom d’Allée des Polonais, parce que, dit-on, en 1814, y auraient séjourné des Polonais, démobilisés de la Grande Armée de Napoléon). Cette salle peut contenir une bonne centaine de personnes. Toone V y jouera jusqu’en mai 1932, année à la fin de laquelle Toone IV-Jeanke et son vieux complice Antoine Taelemans, décideront d’y reprendre eux-mêmes du service. Le 30 mars 1934, Toone IV crée « Le Mystère de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ », œuvre de Michel de Ghelderode (alias Adhémar Martens, 1898-1962) et recueillit d’après la tradition orale : l’écrivain bruxellois aurait recueilli le texte de la « Passion » de la bouche d’un vieux marionnettiste décédé dans le courant de l’année 1917. Toone IV participe à l’Exposition universelle de Bruxelles de 1935. Il donne notamment quelques représentations au Heysel. Il est à l’apogée de sa carrière, mais cet ultime effort a fortement éprouvé ses cordes vocales, Jeanke se refusant à user de micros. Notre marionnettiste donnera encore quelques représentations, notamment dans un estaminet à l’enseigne de Toone, situé rue Haute, à l’angle de la rue du Faucon. Mais l’un des faits les plus remarquables de la carrière de Jean-Baptiste Hembauf, alias Toone IV, est d’avoir vécu au temps de tous les représentants de la dynastie (de 1884 à 1966), de Toone I à Toone VII : il naît six ans avant le décès de Toone I, il va en partie apprendre son métier auprès de Toone II, il est le fils d’un des deux Toone III, il va poursuivre le jeu jusqu’après le décès de Toone V, il est contemporain de près de trente années de carrière de Toone VI et assiste finalement, en 1963, à l’intronisation de José Géal, Toone VII, et à son installation à l’impasse du Schuddeveld, en 1966, quelques mois avant sa mort. Il ne connaîtra évidemment pas Nicolas Géal, Toone VIII, mais on le sait, à l’impossible nul n’est tenu. Toone IV, heureux de savoir la succession des Toone assurée, s’éteint le 10 juin 1966, à l’âge de 82 ans.

     

    2.6. Daniel Vanlandewijck (1888-1938) – Toone V (1913-1932).

     

    2.6.1. L’impasse Sainte-Thérèse.

     

    Si Jean-Baptiste Hambauf-Toone IV fut le fils et l’héritier de Toone III de Locrel, Daniel Vanlandewijck fut, quant à lui, le successeur de Toone III de Crol, histoire de simplifier encore un peu l’histoire de la dynastie des Toone ! Né en 1888, Daniel Vanlandewijck, qui a acquis le jeu de Toone III de Crol, commence sa carrière de marionnettiste peu avant le déclenchement du premier conflit mondial. Il achète, en outre, quelques marionnettes à Antoine Taelemans, fils de Toone II et associé de Toone IV. Sa troupe rassemble bientôt 250 acteurs de bois. C’est dans une cave de l’Impasse Sainte-Thérèse (jadis sise 6-8 rue des Vers, actuellement rue Pieremans) que Daniel Vanlandewijck commença sa carrière de marionnettiste sous le nom de Toone V. Celui-ci sort également de son quartier des Marolles pour se produire dans le centre de la ville ou encore au château de Beloeil, hors de Bruxelles. Dans les années 20, nous l’avons déjà dit, les Poechenellenkelder (théâtres de marionnettes, en bruxellois thiois) sont durement concurrencées par le cinéma et les salles de danse. Toone V décide toutefois de résister sans que cette leçon de courage n’émeuve le moins du monde la Commission de l’Hygiène de la Ville de Bruxelles qui, en 1927, ordonne la fermeture de la salle de l’impasse Sainte-Thérèse, pour cause d’insalubrité. Ecoeuré et découragé, Toone V décide de vendre toutes ses marionnettes.

     

    2.6.2. La rue Christine.

     

    C’est là qu’intervient Jef Bourgeois, le protecteur du théâtre de Toone. Il informe de la situation son patron, le sculpteur-joailler Marc Wolfers, qui rachète ce qui reste du jeu, soit 125 marionnettes. Wolfers entreposera ces dernières dans son atelier de Woluwé durant trois ans. Pris de remords, Vanlandewijck contacta Jef Bourgeois pour racheter les marionnettes…avant de décider de les vendre à des brocanteurs. Cette fois, tout paraît fini. Mais Jef Bourgeois n’a pas dit son dernier mot : avec Marc Wolfers et Richard Dupierreux, il fonde, en 1931, les « Amis de la Marionnettes », que rejoindront bientôt de nombreux sympathisants, dont le bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max et l’écrivain bruxellois Michel de Ghelderode. Jef Bourgeois, qui deviendra le premier conservateur du théâtre, va dès lors s’activer pour sauver Toone de la disparition. Il va jusqu’à convaincre Daniel Vanlandewijck de remonter sur scène. Le 31 mars 1931, le nouveau local situé dans la cave du n°5 de la rue Christine est officiellement inauguré. Toone V jouera dans ce local durant un an, après quoi, la salle se révélant définitivement trop exigüe, les « Amis de la Marionnettes » décidèrent-ils de déménager dans l’impasse de Varsovie.

     

    2.6.3. L’impasse de Varsovie.

     

    Et c’est dans l’impasse de Varsovie que, le 26 mai 1932, se déroula la représentation « scandaleuse », « pornographique » tant décriée par certains bien-pensants ! En effet, au cours de cette représentation, on verra la marionnette Woltje se trémousser dans un lit avec une petite compagne de bois ! Il n’en fallait pas moins pour déclencher l’ire des puritains qui se mirent à crier « Rideau ! » En vain : Jef Bourgeois tient la corde et ne la lâche point ! La presse moralisatrice des années 1930 s’empare de l’affaire, à tel point que le théâtre se vit dans l’obligation de fermer ses portes…du moins durant quelques jours. Quand on lui reproche le scandale, Jef fait l’innocent, mais on ne nous enlèvera pas de la tête qu’il a réussi là ce que ceux qui aujourd’hui croient avoir tout inventé parce qu’ils usent de termes anglais, appellent une « opération de marketing » : que l’on parle de vous en mal ou en bien, pourvu que l’on parle de vous ! La popularité de Toone, elle, ne s’en trouvera que renforcée. Las, alors que Toone IV, qui a heureusement encore bien des années à vivre mais qui n’a plus la force de poursuivre le jeu, dépose les armes, que Toone VI monte en scène, Toone V, lui, fait face à la maladie. Il s’éteindra trop tôt, à l’hôpital Saint-Pierre, le 3 mai 1938, à l’âge de 50 ans.

     

    2.7. Pierre Welleman (1892-1974) – Toone VI (1937-1963), « Peïe Pââp ».

     

    2.7.1. De Toone V à Toone VI.

     

    Avant 1914, Pierre Welleman était marionnettiste chez Cattix, un montreur de marionnettes de la rue de l’Abricotier ou « Allée du Bloempanch », déjà citée. C’est là qu’il prend conscience de son talent et décide de s’installer avec Daniel Vanlandewijck (Toone V), dans l’impasse des Liserons. La première guerre mondiale –durant laquelle Pierre sera déporté en Allemagne-  séparera les deux associés. Pierre Welleman va alors voir Toone IV, Jeanke Hembauf, qui a la réputation d’être le meilleur marionnettiste de son temps et se produit, comme nous le savons, à l’impasse Sainte-Thérèse. Suite à un désaccord avec Antoine Taelemans, associé de Toone IV, Pierre Welleman s’associe à nouveau avec Daniel Vanlandewijck, qui joue à présent à la rue Christine. Nous sommes alors dans les années 1931-1932. Durant cette dernière année, Toone V et les Amis de la Marionnettes, passeront de la rue Christine à l’impasse de Varsovie, où, le 26 mai 1932, se joue la célèbre pièce « scandaleuse » durant laquelle Woltje se conduit comme un dévergondé ! Malade, Daniel Vanlandewijck abandonne définitivement le jeu et Pierre Welleman reprend le flambeau, en 1937, un an environ avant le décès de Toone V.

     

    2.7.2. « Peïe Pââp reprend le flambeau.

     

    Toone VI-Welleman, s’installe donc dans l’Impasse de Varsovie. On le surnomme « Peïe Pââp » (=Pierre à la pipe). « Aux environs des années trente [le théâtre de Toone] n’avait pas bonne mine. Le cinéma et la radio commençaient déjà à le miner. Je me rappelle qu’à l’époque où on démolissait l’ancienne université de la rue des Sols, j’allais, la nuit, sur le chantier avec des copains, pour chiper des vieilles planches. Elles étaient presque pourries, mais quand même en meilleur état que la scène de Toone ! Finalement, en 1931, un rédacteur du « Soir », le critique d’art Richard Dupierreux a lancé un S.O.S. qui a été entendu. C’était comme si on avait fait une piqûre à nos marionnettes ! Le sculpteur-orfèvre Marcel Wolfers a sculpté les têtes, moi je les ai peintes ainsi que les décors, et Pierre Welleman, Marollien de bonne souche, s’est chargé d’animer nos « poesjenelles ». » (Jef Bourgeois, « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969). Ouvrier vulcanisateur de profession, 33 ans durant, Pierre Welleman anime chaque soir son théâtre de marionnettes, avec l’aide de son épouse, Marie et de leurs quatre fils, Eugène, Jean, Gustave et Alphonse, alias Fons (plusieurs d’entre eux, Fons tout particulièrement, feront plus tard carrière chez Toone VII).

     

    2.7.3. Toone VI et ses marionnettes face à l’occupant nazi.

     

    Survient alors la seconde guerre mondiale. Sous l’Occupation, les nazis envisagent de déporter Toone et ses marionnettes en Allemagne, afin de les germaniser ! Il s’en fallut de peu, mais la troupe échappa à ce sort funeste. Toone VI souffre de carence alimentaire : Pierre Welleman et sa troupe survivent malgré tout. Michel de Ghelderode, qui sera de manière plus que simpliste et injuste, accusé de tous les maux collaborationnistes après la guerre, intervient, en 1942, pour sauver le théâtre de Toone, alors que l’occupant envisage d’imposer un genre de « führer général des marionnettes des provinces d’expression flamande », titre dont seul le ridicule égale la prétention. Bref, Toone, ses marionnettes et leurs sympathisants résistent. Mais une nuit de novembre 1944, alors que l’Allemagne nazie aux abois lance ses bombes volantes sur les villes des territoires évacués par ses troupes, l’unique bombe V1 à frapper Bruxelles-Ville, s’écrase à proximité de la cave de l’impasse de Varsovie. Pas moins de 75 marionnettes disparaissent dans le sinistre ! La porte de la cave est pulvérisée et la voûte s’effondre. Les maisons des alentours sont soufflées. Jef Bourgeois échappe lui-même de peu à la mort, mais son immense collection de cuivres, de porcelaines, de tableaux anciens et modernes, ses meubles d’époque, ses croquis, résultat de 35 années de travail et de fouilles, disparaissent dans le sinistre. C’est alors l’exode vers Notre-Dame de Grâce.

     

    2.7.4. Le « Rex Marollorum » à Notre-Dame de Grâce.

     

    Il ne reste plus à Toone VI qu’à rassembler les débris de sa troupe et à déménager rue Notre-Dame de Grâce, dans une ancienne écurie transformée en dépôt de charrettes. Le 19 février 1952, Toone VI crée la « Farce de la Mort qui faillit trépasser ». A cette occasion, Michel de Ghelderode rédige un hommage à tous les Toone, intitulé « Toone, Rex Marollorum » (=Toone, Roi des Marolles). Et de fait, le couronnement de Pierre Welleman eut lieu au cinéma Rialto (rue Haute n°205), immeuble que Jef Bourgeois devait lui-même habiter. C’est dans la rue Notre-Dame-de-Grâce –à laquelle les révolutionnaires français donnèrent le nom de « rue des Piques »- que le journaliste Louis Quiévreux fit la rencontre de Pierre Welleman, qui travaillait alors avec sept aides et 270 marionnettes. Il donnait des représentations tous les soirs à 19h15, le dimanche excepté. Aidé de ses deux fils, Gustave et Alphonse,  Toone VI écrit lui-même ses pièces. La salle est ce que la rue Haute compte, en ce début des années 1950, de plus populaire. On s’assied sur des chaises de catéchisme aménagées, on lit son programme à la lueur des bougies. Sous une vitre cadenassée, on trouve un manuscrit de Toone l’Ancien. Quant aux murs, ils sont décorés d’affiches de spectacles faites à la main. Elles sont illustrées à la manière d’Epinal. Et c’est là, dans cette salle étouffante, empestée par la fumée des cigarettes, que l’on assiste, notamment, aux romans de cape et d’épée, métamorphosées par la magie alchimique du terroir bruxellois. A noter encore, que Toone VI sera le premier de la dynastie à se produire à l’étranger, soit en Angleterre, en 1951. Mais à nouveau l’ingrate désaffection pour les marionnettes fait son retour. La population des Marolles se détourne de ses acteurs de bois qui attirent surtout, désormais, quelques jeunes enfants et des curieux venus d’autres quartiers. « C’est dommage, car aucune star, quelque sophistiquée qu’elle puisse être, ne laisse de souvenir aussi durable que les poupées de bois à l’image de notre cœur secret. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 144-145). Mais un jeune homme de vingt ans s’intéresse, lui aussi, aux marionnettes, il se nomme José Géal, le futur Toone VII.   

     

    2.7.5. Au Lievekenshoek.

     

    En octobre 1956, Toone VI doit à nouveau déménager, chassé cette fois par l’urbanisation dont on sait à quel point l’œuvre destructrice fut si souvent, à Bruxelles, bien plus efficace que les bombardements eux-mêmes !  Le petit monde de Toone va alors s’installer dans l’arrière-cour d’un café nommé le « Lievekenshoek » (=le Coin des amoureux), situé place de la Chapelle, à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’abominable immeuble du « Bon Repos », et situé à côté d’un cabaret nommé Le Coup de lune, où Jacques Brel fit ses débuts. La modernité et son cortège de progrès factices progressent donc. Télévision, sports de masses, voitures, résidences secondaires et caravanning font bientôt peser sur le Théâtre de Toone une nouvelle menace, de toute évidence, fatale. Le public s’éloigne aussi progressivement que définitivement des marionnettes de jadis. En mars 1963, une nouvelle expropriation porta le coup de grâce à Toone VI qui, âgé et malade, n’a plus la force de lutter. Celui dont Ghelderode avait dit : « En Toone VI, je salue tous les Toone, tous les dynastes –ces menteurs magnifiques, ces bouches merveilleuses, ces conteurs de fables, qui, dans notre époque infectée qui appelle le formol, porteront témoignage d’un art créateur, joyeux, exaltant, ne corrompant point. » (Toone, Rex Marollorum !, 19 février 1952), celui-là donc, notre « Roi des Marolles », abandonné par son public, doit déposer les armes. Il commence à vendre ses marionnettes à des brocanteurs et des particuliers, mais Jef Bourgeois intervient, une fois encore, pour sauver le jeu : il récupère une centaine de marionnettes. Mars 1963, le Théâtre de Toone VI ferme définitivement ses portes, alors que l’aventure des Toone aux Marolles prend fin, après 133 ans.  

     

    2.8. Toone VII : José Géal (1931- ; jeu : 1963-2003) 

     

    2.8.1. L’Exode et la relève.

     

    Pour nombre de Bruxellois, l’annonce des adieux de Toone VI signifie la perte d’une part essentielle du folklore de leur ville, « Bruxelles sans Toone, c’est Paris sans Jeanne d’Arc, une ville sans racine qui pourra être envahie par les uns ou…les autres. » (Toone et les marionnettes de Bruxelles, p. 79). C’est dire à quel point nous sommes dans le vrai lorsque nous affirmons qu’aujourd’hui comme hier, Toone est réellement l’âme de Bruxelles. De fait, sans Toone, Bruxelles ne serait plus Bruxelles. Et en ce mois de mars 1963, la ville est bel et bien sur le point de perdre son âme. Mais face à l’adversité, une fois de plus, Jef Bourgeois, conservateur du Théâtre de Toone, relève la tête pour sauver du néant les marionnettes bruxelloises. Il crée une association nommée les « Amis de Toone », qui a pour but principal d’au moins sauver le jeu de marionnettes. Celles-ci ne devront toutefois leur survie qu’à l’abandon définitif de leur quartier des Marolles. Le 8 octobre 1963, elles sont solennellement déposées dans les caves de la Maison du Roi, sise Grand Place. Parmi les déménageurs, outre Jef Bourgeois, un certain José Géal. Une dernière représentation fut donnée la veille, au Lievekenshoek. Puis, le rideau tombe. Et une fois de plus, on enterre Toone trop vite. De fait, un certain José Géal se prépare à prendre la relève sous le nom de Toone VII. Né le 11 mars 1931, dans la province d’Anvers, sa mère voulant que son enfant naisse dans son village d’origine, Hingene. Joanna Penninckx  n’en n’habite pas moins Bruxelles où elle a épousé un Bruxellois de nationalité française, Fernand Géal. La famille Géal s’établira rue Marcq, dans le quartier du Béguinage. Durant son adolescence, au lendemain de la seconde guerre mondiale, José Géal découvre le théâtre de marionnettes de Toone VI, à la rue Notre-Dame de Grâce. Entre 1950 et 1963, José Géal étudie, travaille, fait carrière dans le secteur artistique qu’il a choisi. Il se produit dans le milieu du théâtre –au Théâtre National, notamment- mais également à la télévision. Mais son amour de la marionnette, acquis auprès de Toone VI, ne se dément pas, jusqu’au jour ou, en 1960, à l’occasion d’une rencontre internationale à Bucarest, il rentre lui-même de plein pied dans l’univers des acteurs de bois et adhère à l’Unima (l’Union internationale des marionnettes). En 1962, José Géal montrait ses productions à Varsovie, l’année suivante, il devenait Toone VII.

     

    2.8.2. José Géal devient Toone VII.

     

    Avec l’appui de Jean-Baptiste Hembauf (Toone IV), Jef Bourgeois va décider José Géal, qui avait connu un grand succès lors de la soirée d’adieu pour son interprétation de la « Tentation de Saint-Antoine », à perpétuer la dynastie des Toone : « Même Toone, le plus célèbre de tous, Toone qui avait un passé de quatre siècles, était dans le coma en 1963. On a dû le transporter dans l’îlot sacré pour le ranimer. Ce n’est plus les Marolles, non, mais enfin c’est toujours le vieux Bruxelles, n’est-ce pas. Et il vaut mieux le voir vivant du côté de la rue des Bouchers que mort au pied du palais de Justice. » (Jef Bourgeois, « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969). Et c’est ainsi que le 10 décembre 1963, place De Brouckère, Toone IV adouba José Géal avec l’épée de la marionnette Charlemagne, avant de le couronner Toone VII. José Géal, soutenu par Toone IV (Hembauf) et Toone VI (Welleman), obtint pour son théâtre le statut d’ASBL (Association sans but lucratif). On se met dès lors en quête d’un local susceptible d’accueillir les acteurs de bois des Marolles. La chose ne sera guère aisée. José Géal doit progressivement abandonner toutes ses activités pour se consacrer exclusivement aux marionnettes qu’ils animent désormais en plusieurs points de Bruxelles. Ainsi le retrouve-t-on le marionnettiste et ses acteurs à la Grand Place, dans le kiosque du Parc de Bruxelles, à la place Anneessens, qu’encercle l’ancien quartier de Notre-Dame-au-Rouge, à la Foire des antiquaires du Sablon, à la rue Haute… Mais combien de temps cette errance peut-elle durer avant que Toone VII ne se trouve un jour rangé au rayon de vestige folklorique, de vague curiosité ? Non, il faut impérativement trouver une maison pour les marionnettes. Pour ce faire, Jef Bourgeois et José Géal écument Bruxelles. L’année 1964 meurt, mais les marionnettes et leur montreur errent toujours de par la ville. Et voilà qu’un jour d’août 1965, José Géal découvre une vieille bâtisse, située dans l’impasse Schuddeveld (ce nom signifie « champ de bétail »), en plein cœur de Bruxelles, à deux doigts de la Grand Place. C’est là que s’établira le nouveau Théâtre de Toone qui, venu des Marolles, aura désormais pignon sur une rue, au centre de la ville. Fernand Servais résumera l’aventure de la dynastie des Toone, de Toone I à Toone VI, en quelques lignes : « Un autre Toone apparut bientôt impasse de Varsovie…à moins que ce ne ce fut dans une autre ruelle qui de la rue Haute grimpe vers le Palais de Justice. Et d’autres Toone suivirent, en attendant l’année de grâce 1964 qui leur valut la tintamarresque et salutaire propagande de l’ami Demol !... » (Souvenirs de mon Vieux Bruxelles, Fernand Servais, p. 100). Certes, remercions ceux qui, à l’instar de ce Monsieur Demol qu’évoque Fernand Servais, on contribué à sauvegarder la notoriété des Toone, mais rappelons toutefois que, sans Jef Bourgeois, qui accompagna les Toone et leurs marionnettes durant une bonne partie de leur histoire aventureuse, rien n’eut été possible.

     

    2.8.3. Toone VII à l’impasse de Schuddeveld.

     

    La maison de l’impasse de Schudeveld date de 1696, soit l’année qui a suivi le bombardement de Bruxelles par l’artillerie du maréchal de Villeroy. « Cette impasse de la Petite rue des Bouchers, 23, surmontée de plusieurs arcades géminées, date du début du XVIIIe siècle ou, peut-être, de la fin du XVIIe. Son nom est une corruption du génitif flamand des kuddeveld ou s’Kuddeveld (le champ des troupeaux). A cette époque, il y avait des prés entre la Petite rue des Bouchers et le Marché aux Peaux, où l’on pouvait faire paître un troupeau. Le recensement de 1866 indique qu’il y avait trois maisons au bout du couloir séparant les deux habitations de la Petite rue des Bouchers. Ces trois maisons abritaient neuf familles comptant trente-six personnes. Au recensement de 1920, l’impasse avait quatre maisons, abritant quatorze ménages, totalisant seulement vingt-deux personnes, la plupart fort âgées. » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 316). Abandonné depuis une vingtaine d’années, le futur théâtre, situé au fond de ladite impasse, n’est, en 1966, qu’un horrible taudis, mais de par son architecture, il est typiquement bruxellois et s’avère donc parfaitement adapté à l’usage que l’on compte en faire. Au terme d’un duel d’enchères homérique avec un fonctionnaire de la ville de Bruxelles, qui voulait racheter la maison pour la faire démolir ( !), José Géal se voit adjuger pour une lourde somme, la maison tant convoitée. Le théâtre est officiellement inauguré avec la « Passion » de Michel de Ghelderode, le 1er avril 1966, quatrième anniversaire de la mort de l’écrivain bruxellois. En juin 1971, Toone VII et sa troupe de bois se produisent aux Halles de Paris. Les deux spectacles proposés Duvelor et Pitje la Mort, de Michel de Ghelderode, rencontre un franc succès auprès du public parisien. En 1972, Toone échappe de peu à la faillite : les journalistes lui décernent le Prix Courage et le Conseil communal de Bruxelles décide de racheter la maison de l’impasse de Schuddeveld. La trésorerie de Toone VII est sauvée et avec elle, le théâtre, mais désormais José Géal n’est plus le propriétaire de la maison. Une  restauration de cette dernière –promise et débutée des années auparavant par la Ville de Bruxelles…-, sera finalement achevée en 1979, année du millénaire de Bruxelles. Pendant les travaux, Toone se produira dans différentes communes bruxelloises, dont Forest où il s’éprendra des vieux murs de l’Abbaye communale. Le 1er avril 1979, Toone et ses marionnettes réintègrent l’impasse du Schuddeveld. Mais alors même que Bruxelles fête son millième anniversaire, Toone VII se produit sur la scène de l’Opéra de Paris et y fait un triomphe. Une vraie consécration pour la dynastie des Toone ! Le théâtre de Toone VII, qui connaît un développement international, va en outre établir des relations privilégiées avec Charleville-Mézières, en Champagne-Ardenne.

     

    2.8.4. L’impasse Sainte-Pétronille.

     

    On peut également accéder aujourd’hui à l’estaminet et au théâtre de Toone par l’impasse Sainte-Pétronille sise rue du Marché-aux-Herbes, 66-68. Cette impasse fut jadis dotée de sept maisons (aujourd’hui disparues), puis fut l’entrée d’un parking qui releva longtemps (au moins 25 ans) de l’ « éternel provisoire ». Au recensement de 1866, l’impasse, qui avant 1851 était nommée « Porte des Roses », abritait 86 personnes. « C’était une venelle fermée par une porte. Elle datait du XVIIIe siècle. On peut encore voir son beau porche d’entrée sculpté, qui est incorporé dans le magasin contigu. » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 314). C’est par ce porche, qui jouxte effectivement un magasin de dentelles, que l’on peut accéder (en été) à une sympathique terrasse par laquelle on accède ensuite à l’estaminet proprement dit.

     

    2.9. Toone VIII : Nicolas Géal (jeu : 2003-).

     

    C’est le 16 septembre 2000, à l’occasion du 40ème anniversaire de la Commune Libre de l’Ilot Sacré, que José Géal cède pour la première fois sa place à son fils Nicolas.  A cette occasion, celui-ci interprète seul toutes les voix de « Duvelor » ou la « Farce du Diable vieux » de Michel de Ghelderode. Le 10 décembre 2003, quarante ans jour pour jour après l’intronisation de son père, Nicolas Géal est lui-même intronisé sous le nom de Toone VIII à l’Hôtel de Ville de Bruxelles. A cette occasion, Nicolas Géal interprète « Geneviève de Brabant », opéra pour marionnettes d’Erik Satie, accompagné au piano par le virtuose Pierre-Alain Volondat. Et voilà donc neuf ans, à l’heure où nous écrivons ces lignes, que Nicolas Géal a repris le jeu avec brio et simplicité. Lui et ses jeunes comparses –car oui, ils sont plusieurs à animer le théâtre et à perpétuer sa tradition !- sont le gage de la perpétuation d’une tradition marionnettiste multiséculaire, et nous nous devons de les en remercier. Alors, si vous passez un jour par la rue Marché aux Herbes et que vous voulez pouvoir dire que vous avez vraiment visité Bruxelles, arrêtez-vous au niveau de l’impasse de Schuddeveld, entrez dans l’estaminet et buvez-y une des bières du terroir, puis laissez-vous tenter, suivez la troupe de curieux empruntant à présent l’escalier qui mène à l’étage supérieur. Là vous attendent Nicolas Géal et sa troupe de personnages en bois ayant une âme, comme l’a si bien dit Cocteau.

     

    2.10. Pour l’anecdote : Fernand Servais et les Toone énigmatiques…

     

    Dans ses Souvenirs de mon vieux Bruxelles (p. 100), Fernand Servais nous explique qu’un Toone se produisit, en 1897, à Bruxelles-Kermesse, lors de l’Exposition du Cinquantenaire, et qu’un autre tenta, sans succès, de se produire à la rue Neuve, en 1918, peu avant l’armistice, « le même Toone, nous dit Fernand Servais, -si ce n’était lui, c’était son père », poursuit-il. Nous en déduisons donc, puisqu’il ne peut s’agir du même -Toone III-Locrel étant mort en 1898 et Toone IV ayant repris le jeu, à l’âge de 14 ans, cette année-là- qu’il fait allusion au père et au fils Hembauf, soit Toone III-Locrel (Georges Hembauf) et Toone IV (Jeanke Hembauf). Toone III-Locrel est donc celui qui se serait produit à Bruxelles-Kermesse, alors que Toone IV, aurait tenté sa chance à la rue Neuve. Tout cela ne semble donc en rien concerner Toone III-De Crol, ni Toone V, entre lesquels n’existent aucun lien de parenté. Mais faute de certitude absolue, nous préférons malgré tout maintenir le conditionnel. Il semble donc qu’en 1918, peu avant l’armistice, Toone IV ait décidé de se présenter dans un théâtre situé rue Neuve. Il s’agissait de la cour d’un immeuble situé aux numéros 24-26 de cette rue qui avait déjà connu plusieurs affectations artistiques baptisées des plus diverses manières : Le Selectsior, Le Coq Gaulois, La Boîte à Pic, La Boîte à Surgères. Donc, déménageant de leur caveau des Marolles, Toone et ses marionnettes se retrouvèrent dans une belle salle, garnie de confortables fauteuils, bref, dans un univers qui n’était pas le leur. Privés de leur public populaire habituel, ils ne trouvèrent pas l’ambiance qui leur convenait et, de ce fait, rencontrèrent l’échec. Le séjour de Toone à la rue Neuve fut tellement déficitaire qu’un huissier finit par intervenir pour vendre ses « poechenelles ». Adieu donc à Godefroid de Bouillon, au chevalier Bayard, à Lagardère, à Geneviève de Brabant, à la reine Margot, vendus au plus offrant, comme à un antique marché aux esclaves !

     

    2.11. Et Woltje alors !

     

    2.11.1. Les origines de Woltje.

     

    Allez, voilà que j’ai failli oublier Woltje ! Comment est-ce possible, alors que celui que l’on nomme le ketje de Bruxelles et qui fait ainsi pratiquement concurrence au Manneken Pis, accompagne les Toone depuis les origines et n’est autre que le double, le deuxième « lui-même » de Toone VII-José Géal ! Avez-vous remarqué qu’il porte la même casquette ? Bon, effaçons le sacrilège commis et consolons-nous en nous disant que Woltje est justement le personnage tout indiqué, idéal même, pour clôturer ces quelques pages consacrées aux Toone. Woltje existait probablement avant Toone l’Ancien et son histoire remonte peut-être aux origines de Bruxelles. Son nom, qui en thiois de Bruxelles signifie « petit Wallon », se rapportait  peut-être jadis à des ouvriers du Hainaut qui édifièrent la première enceinte de Bruxelles et qui se seraient établis dans l’actuel quartier des Marolles (ou à des ouvriers du Brabant wallon installés dans le quartier des Brigittines). Qui sait ? Nous avouons entrer là dans le domaine de la pure spéculation. Quant à la marionnette proprement dite, quand donc serait-elle née ? Certains disent qu’elle naquit à l’époque de Charles-Quint, mais d’autres, plus prosaïques et ne voulant s’en tenir qu’aux faits historiques, relèvent que les premiers documents mentionnant la marionnette Woltje, ne datent  que du début du 20ème siècle. Les écrits restent, les paroles s’envolent, ainsi en va-t-il de la tradition populaire orale dépourvue d’héritiers. Quoiqu’il en soit, dès l’origine, Woltje était de petite taille, ce qui le désigne comme étant un enfant ou un adolescent plutôt qu’un adulte. Un marionnettiste du nom de Toone Reper, un contemporain d’Antoine Genty, aurait créé la marionnette Woltje, par amour pour son petit-fils qu’il nommait « mon petit De Wael », du nom de sa mère, maîtresse du fils du marionnettiste. Eh oui, Woltje serait, comme on disait jadis, un « enfant de l’amour », ce qui semble lui convenir à merveille !

     

    2.11.2. Woltje ou l’impertinence aux multiples facettes.

     

    Quoiqu’il en soit, Woltje  changea très souvent d’apparence, chaque marionnettiste voulant le teinter d’une touche personnelle, le faire correspondre à ses propres goûts, à sa propre personnalité. Il existe bien des différences, dès lors, entre le Woltje à casquette et costume enfantin quadrillés de noir et de blanc, portant chaussettes rouges et chaussures noires, tel que Toone VII l’a voulu, et les Woltje des temps passés. Ainsi, le Woltje de Toone l’Ancien était vêtu de manière différente et arborait une casquette qui n’av ait rien de commun avec celle de notre Woltje actuel. Détail étrange, il portait sur sa veste une étoile jaune dont on ne connaît pas la signification. Woltje est l’impertinence incarnée et grâce à son franc-parler, il peut se permettre d’improviser et sauver ainsi n’importe quelle situation. Il fut le héros du stukske bââ, terme bruxellois thiois qui désigne une petite pièce en complément, que l’on jouait à la fin du programme et consistait généralement en un vaudeville un peu leste, dont on faisait en sorte, en fin de soirée, de préserver les « âmes pures »… En 1979, année du millénaire de Bruxelles, le Woltje de Toone VII connût une véritable consécration, lorsqu’il devint un des géants que l’on promène dans les rues de la ville lors des cortèges folkloriques. Oui, enfin, lui, Woltje, ça le fait un peu rire quand je parle de consécration, d’honneurs, de cortège, parce qu’il faut bien reconnaître que c’est pas vraiment son truc. Lui, je sais ce qu’il pense. Sa vraie « consécration », il l’a obtenue lors de la célèbre soirée « scandaleuse » du 26 mai 1932, à l’impasse de Varsovie, lorsqu’en pleine scène, avec la complicité de Toone VII et de Jef Bourgeois, il s’est mis à butiner sa mokske devant tout le public ! Ca au moins c’était drôle ! Allez, rideau !

     

     

    Eric TIMMERMANS.

    Bruxelles, le 4 janvier 2013

     

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951, p. 143-145 / Dictionnaire historique des rues, placesde Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 314-316 / « Jef Bourgeois, le peintre des Marolles », Marcel Vermeulen, Le Soir, 27-28/04.1969 / Souvenirs de mon Vieux Bruxelles, Fernand Servais, Canon Editeur, 1965, p. 99-100 / Toone et les marionnettes de Bruxelles, Andrée Longcheval et Luc Honorez, Paul Legrain, 1984 / Traditions de Bruxelles, Alain Viray, Marabout, 1979, p. 59-62.

  • Tram Vicinal

    Trams in Grimbergen

    La Sint-Annalaan actuelle au bout de la rue de Wand entre Strombeek et Grimbergen n’existait pas.
    C’était une ligne de chemin de fer provisoire qui reliait les palais du Centenaire à la gare de triage de Schaerbeek, via le pont de Buda. Le 10 janvier 1935 le train percutât le boerentram (G) à hauteur de la rue St Anne à Strombeek.

    Merci à Jeancke pour les photos et les commentaires

     


     

    Expo-1.jpg

    Photo 1

     

    problème-pour-le-tram.jpg

    Photo 2

    L’accident a eu lieu au croisement de Mutsaartplein et de Sint-Annalaan actuelle.

      

    tram-2.jpg

    Photo 3