• Le port de Bruxelles

     

     

    Maman, les p'tits bateaux. Qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ?

     

    1.jpg

     Photo 1

    Chouette tableau peint par Bossuet en 1888 et conservé à l'hôtel de ville, nous donne une idée des installations portuaires de Bruxelles avant 1830.

    Dans l'axe de l'hôtel de ville et du quai aux Briques. A droite la Maison du cheval Marin (toujours en place en 2012) et à gauche la Maison aux Barques, dont la tourelle avec l'horloge est surmontée d'un petit bateau à voile. C'est là qu'on s'embarquait , pour le "grand" voyage.

     

    2.jpg
    Photo 2 (pour lire, un clic sur le texte)

     

    A gauche de la photo,  on voit une belle petite maison, qui se trouvait à quelques mètres de la maison du Cheval Marin, c’était "la Maison des Barques". C’est dès les origines des bassins bruxellois du canal, au 16ème siècle, que fut inaugurée au quai Aux Barques "la Maisons des Barques", la "Veerhuys", qui plus tard pris le nom populaire de  "Oud Verhuysken".

    3.jpg

    Photo 3

    Embarquement de la Barque Publique au Quai aux Barques.
    (dessin humoristique début 18ème siècles).

    C’était une Jolie petite construction avec des façades de style espagnol et petite tourelle carrée, c’était le bureau où se percevait  le prix du voyage, pour se rendre en barque à Malines et ensuite, après avoir changé par un bateau à voile à Anvers.

    Le bureau donnait accès à un embarcadère en bois, qui était séparé du reste du Quai aux Barques par une grille, entrecoupée de pilastres de pierre, au milieu de laquelle se trouvait un deuxième petit bâtiment, également avec un agréable  petit fronton à gradins. Le bureau principal,  possédait dans une tour une cloche d’appel des voyageurs, appel  qui devait se faire 5 minutes avant le départ par le son de la cloche, précise encore un règlement arrêté en 1822, ainsi qu’une horloge qui variait quotidiennement  avec l’heure de la marée.

     

    4.jpg

    Photo 4

    Lorsqu’on a démoli la "Maison des Barques" en 1832, on récupéra sa cloche  pour la faire fondre  à la fonderie de la Monnaie qui était situé en face du grand théâtre.

    Durant des siècles,  c’est ici  qu’accostèrent  les barques publiques, les "coches d’eau" comme on les appelait aussi, qui, à l’égale des diligences, assuraient de véritables transports en commun par eau.

    Après que les deux à trois personnes ont pris place dans la barque, les quatre bons chevaux de bruxelles, tractèrent nos voyageurs jusqu’à "Trois Fontaines".  Le règlement stipulait encore que  le conducteur des chevaux de halage était obligé de donner du cornet à l’approche des ponts et écluses et bateaux, qu’il devait rester poli en toute circonstance, et avoir une tenue correcte, il était interdit de fumer (déjà) sauf sur le pont supérieure, et les  "zatlapes" sont interdits sur la barque.

     

    5.jpg
    Photo 5

     

    Le voyage d’Anvers, avant l’arrivée des chemins de fer, était simple, soit vous y alliez en diligence ou bien vous preniez la barque  à halage par chevaux j’usqu’à Boom. Et de Boom, vous poursuiviez votre voyage soit en diligence, soit en bateau à voile.

    6.jpg

     Photo 6

     

    Voilà à droite,  les maisons de la rue du Marché aux Porcs, dont une à été épargné par le bombardement de la ville qui eut lieu en 1695. J'ai encore connu en 1950, une fête foraine au "Varkesmet", qui était déjà une place avec jardin à l'époque.

     

    7.jpg

    Photo 7

     

     

    8.jpg
    Photo 8

     

    C'est avec le porteur de dépêche  équipé d'un grand bis de la marque "Turner", que nous allons quitter la quartier.
    Dessin de Tichons, paru en 1887, dans L'Illustration Européennes

     

    +-+-+-+-+-

     

    Aux visiteurs que le sujet a intéressé, je ne puis que les conseillers d'acquerir le volume 4 de BRUXELLES 1000 - UNE HISTOIRE CAPITALE - Jacques DUBREUCQ

  • Charlemagne

                  LE VAL DES ROSES ET SA LEGENDE CAROLINGIENNE

     

    1. L’Impasse du Val des Roses.

     

    val des Roses.pngLe « Val des Roses » est le nom d’une impasse (qualifiée de « rue » par Eugène Bochart, en 1857) située entre les numéros 17 et 19 de la rue du Chêne. Elle fut tracée pour donner accès au pan de rempart encore visible dans ses environs immédiats (Tour de Villers). L’importante largeur de cette impasse s’explique par le fait qu’elle est le vestige d’une rue bien plus longue et très ancienne connue sous le nom de rue Rosendael, d’ores et déjà citée en 1394. Cette artère « longeait l’intérieur du mur de la première enceinte (dont le fossé extérieur devint la rue des Alexiens) et qui, à ses deux extrémités, rejoignait la rue du Chêne en faisant un coude. L’impasse qui subsiste est l’un de ces deux coudes. » (Jean d’Osta).  La rue parallèle au rempart et le coude de droite ont quant à eux disparu, suite aux agrandissements de l’athénée réalisés au début du 20e siècle. L’impasse devrait son nom à des roseraies qui se situaient là, semble-t-il, mais la légende bruxelloise, elle, nous offre une histoire bien différente et autrement plus imaginative !

     

    2. La légende du Val des Roses.

     

    Le nom de l’impasse tire vraisemblablement son origine d’une légende que nous avons retenue sous la forme qui nous a été livrée par Eugène Bochart, bien qu’il en existe vraisemblablement d’autres.

     

    Il y avait autrefois, dit-on, un superbe jardin situé dans un espace compris entre la rue des Alexiens, la défunte rue de Bavière et la rue du Chêne. Au milieu de ce jardin s’élevait une habitation semblable à un palais en miniature.

     

    Au mois de mars 804 (soit 175 ans avant la date, très théorique il est vrai, de la fondation de Bruxelles !), il est dit que l’empereur Charlemagne, accompagné de l’impératrice Régine, vint en cet endroit prendre quelque repos. Charlemagne aimait particulièrement ce jardin et prenait plaisir à s’asseoir à l’ombre d’un grand chêne qui aurait donné son nom à la rue voisine. Là, il écoutait les requêtes de ses sujets et rendait la justice. L’empereur espérait bien passer une partie du printemps dans cette résidence, mais le devoir l’obligea bientôt à reprendre les armes et à se mettre à la tête de ses armées : les Saxons étaient sur le pied de guerre.

     

    Avant de poursuivre notre récit, interrogeons-nous un moment sur ce point d’histoire : Charlemagne résida-t-il réellement à Bruxelles ? Il semble qu’il n’y ait aucune certitude à ce propos, mais voyons ce que disent, à ce propos, Messieurs Henne et Wauters : « De nombreux martyres attestent la lenteur des progrès de la religion nouvelle [ndr : chrétienne], qui ne fut définitivement établie que sous le règne de Charlemagne. Ce prince résidait d’ordinaire aux environs de Liège et d’Aix-la-Chapelle et, plus d’une fois, on n’en peut douter, il dut passer par Bruxelles où la tradition a conservé son souvenir. Ainsi on prétend qu’il fit consacrer les églises de Laeken et d’Uccle, et qu’il avait en ce dernier endroit une habitation appelée depuis Karl-loe ou Carloo. Il vint à Uccle, dit-on, en 803, avec le pape Léon III et l’évêque de Liège Gerbald, en se rendant de Kiersy-sur-Oise à Aix-la-Chapelle, mais cette opinion a trouvé des contradicteurs et ne doit être admise qu’avec réserve. A son fils Louis-le-Débonnaire, on attribue la fondation de l’église Saint-Jacquies-sur-Coudenberg, assertion entièrement dénuée de preuves. » (Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, p. 14).  

     

    Mais reprenons notre récite. Son époux parti, Régine resta seule à Bruxelles et c’est avec mélancolie qu’elle se languissait de l’empereur dans son jardin du Val des Roses. Survint alors Tallen, frère de Charlemagne, qui depuis longtemps était épris de l’impératrice. Il n’hésita pas à lui déclarer sa flamme, faisant valoir qu’il était de vingt ans le cadet de son frère. Comme l’impératrice ne cédait toujours pas à ses avances, il la menaça de la calomnier auprès de l’empereur.

     

    Régine se dit alors qu’elle devait gagner du temps et fit mine de céder aux avances de Tallen. Dans le jardin, elle fit construire un pavillon où elle entraîna, par ruse, le frère indigne pour l’y enfermer à double tour, lui promettant qu’il resterait là jusqu’au retour de l’empereur. Mais Tallen usa d’une telle persuasion et feignit un tel repentir que la faible Régine finit par le libérer de sa prison.

     

    A peine fut-il libre que Tallen prit la route pour rejoindre Charlemagne auquel il fit croire que son épouse lui avait été infidèle. L’empereur, qui faisait par trop confiance en son traître de frère, donna aussitôt l’ordre de faire exécuter l’impératrice. Les agents délégués par Tallen ne tardèrent pas à partir pour Bruxelles afin d’y exécuter la sinistre sentence : ils précipitèrent Régine dans un étang.

     

    La malheureuse se sentait mourir lorsqu’elle fut tirée de l’eau par le chien d’un vieil ermite, mort depuis peu. L’animal réchauffa l’infortunée Régine qui, sortie de son évanouissement, se mit à marcher dans la nuit. Elle vendit les quelques bijoux qu’elle portait, se procura des vêtements et se mit en marche pour Rome où elle rencontra le pape Léon III. Elle lui raconta ses mésaventures et le pape lui promit qu’elle ne quitterait Rome qu’après avoir retrouvé son rang d’impératrice.

     

    A Rome, Régine cultivait un petit jardin, comme elle le faisait à Bruxelles. Elle devint bientôt experte dans ce que nous nommons aujourd’hui la phytothérapie et ses remèdes, particulièrement ceux destinés à soigner les maux des yeux, acquirent bien vite une grande célébrité.

     

    Un an s’était écoulé depuis la mort présumée de l’impératrice Régine et l’infâme Tallen jouissait toujours des faveurs de l’empereur. Mais il était torturé par le remord. Un jour qu’il se promenait le long de l’étang où l’impératrice avait été précipitée, il rencontra un chien qui le mordit sauvagement : c’était le chien qui avait sauvé Régine des eaux ! Tallen, épouvanté, prit la fuite et tomba dans une fondrière. Quand ses valets le retrouvèrent, il était aveugle.

     

    Immédiatement, on consulta les plus éminents médecins, mais rien n’y fit. Un jour, toutefois, on évoqua le cas d’une femme qui vivait à Rome et qui était experte dans le domaine du soin des yeux. Aussitôt, Tallen, accompagné de l’empereur, se rendit à Rome. Là, il visita Régine dans sa cellule. Lorsqu’elle le reconnut, elle dut réprimer un long frisson d’horreur.

     

    L’aveugle lui demanda son aide et elle lui fixa rendez-vous, le lendemain, à la basilique Saint-Pierre, où elle promit de le guérir en présence du pape et de l’empereur.

     

    Il fut fait ainsi. Le lendemain, Régine, conduite par le pape, apparut vêtue d’un long voile noir et elle dit à l’infâme calomniateur : « Un crime horrible écrase votre conscience, dit-elle au malade. Aux lieux mêmes où vous perdîtes la vue, vous avez failli à l’honneur. Vous avez voulu déshonorer votre frère et trahir votre Empereur. Confessez vos forfaits et Dieu vous guérira. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.543).

     

    Lorsque Tallen avoua son crime, la fureur emporta Charlemagne qui frappa le frère indigne à coups de pied, exigeant qu’on l’exécutât sur l’heure ! Vint ensuite le moment de désespoir, lorsque l’empereur se souvint qu’il avait fait exécuter son épouse sur base d’accusations calomnieuses. Mais Régine se découvrit bientôt et l’empereur, transporté de joie, tomba dans ses bras.

     

    Restait à fixer le sort du frère calomnieux qui, s’il n’avait tenu qu’à Charlemagne, serait certainement mort dans d’atroces tourments. Régine intercéda en sa faveur et Tallen fut exilé sur une île de Hollande où il mourut bientôt, rongé par les remords.

     

    L’impératrice fit une entrée triomphale à Bruxelles au côté de l’empereur. Elle retrouva le chien qui l’avait sauvée et il ne la quitta plus.

     

    Que sont devenus le jardin et son petit palais ? Tout a disparu. N’a survécu que le nom du Val des Roses.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 335 / Histoire de la Ville de Bruxelles, t. 1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 14.

     

  • Andrée Bolsius

    Andrée BOLSIUS
    For Ever !

     

     

    1 - A. Bolius

    Tableau n° 1

    Et la lumière fut ! la porte du destin est largement ouverte vers la liberté d’expression, l’artiste va prendre définitivement son envol avec un dernier regard sur ce passé si lourd de souvenirs…
    On remarquera que les deux battants sont très largement ouverts car déjà, oui déjà son talent a du mal à passer…

     

    2 - A. Bolsius

     Tableau n° 2

    Les débuts sont très durs, l’avenir est sombre mais l’artiste ne vit que pour et par son art malheureusement il ne lui reste plus que 4 tubes de couleur soit le noir, le rouge, l’orange, le jaune et un peu de vert mais dans un ultime sursaut de génie prémonitoire – un spasme ultime, elle paraphe -- rageuse -cette œuvre magistrale qui est un cri, un cri d’écorchée vive…

     

     3 - A. Bolsius

     Tableau n° 3


    C’est l’aube, la naissance d’un nouveau style, car maintenant la maîtrise de son pinceau est affolante dans cet alignement implacable de maisons. Les fenêtres nous juge sans concessions. C’est poignant. Le ton vert est au rendez-vous, le ciel s’éclaircit et la tour de l’église taquine le ciel. On sait, on sent que ce talent trop longtemps contenu va exploser dans un torrent de couleur.

     

    4 - A. Bolius

     

    Tableau n° 4

    C’est l’embrasement total -- le feu d’artifice qui couvait à jailli, le feu est partout, du rouge, du rouge, partout et encore du rouge… c’est la générosité monstrueuse, la richesse inégalée, l’intensité de ce « rouge » qui colore ces fruits cramoisis de plaisir !, depuis ce « rouge » est dénommé « le rouge Andrée BOLSIUS ».

     

    5 - A. Bolius

    Tableau n° 5

    Le pinceau prend la pause et tente de nous égarer après tant d’audace et de maestria débridées. Le génie se régénère encore et encore pour mieux nous surprendre dans notre subconscient. Gare au choc frontal

    6 - A. Bolius

     

    Tableau n° 6


    Les tons rouilles/rouges sont présentés comme rempart mais généreusement l’artiste a accordé un pont afin de donner l’espoir d’accéder au monde éthéré qui séjourne dans cette demeure.

     

    7 - A. Bolsius

     

    Tableau n°7

    La petite chapelle où vient tous les jours se recueillir le mari de l’artiste. Que vient-il demander ? Mystère. Mais l’artiste veille et répond par un arbre tordu, tordu par un rire métaphysique.

     

    8 - A. Bolius

    Tableau n° 8

    Revenant avec des pieds de plomb et…par l’arrière de la maison (quitte à marcher dans l’eau..) le mari de l’artiste se bat la coulpe. Il est crucifié par les fulgurances incessantes de l’artiste et se demande avec une appréhension toute cartésienne « est-ce qu’ ELLE a fait à bouf… ce soir ? ». 

     

    DSC00910[1]

     

    Tableau n° 9

    Cette toile exceptionnelle est visible actuellement au musée GUGGENHEIM de NEW YORK. Le tableau date de la période « bakan gienem bal nemi » avec très peu de tons différents. On reconnaît le lac d’ Hofstade qui expérimentait la mytiliculture (élevage des moules). Un œil exercé apercevra suivant les jours... un canard dans les hautes herbes et un pédalo retourné dans le lac !

    DSC01113[1]

     

    Tableau n° 10

    Le bouquet final, l’envol majestueux tel un phénix vers le large. L’artiste s’est apaisée, elle conjugue avec le ciel et l’océan. Seul à présent l’infini en toutes choses narguera la palette de l’artiste. Pour nous cette sidérale traversée dans l’univers de l’artiste a été ô combien passionnante voire haletante.
    C’est pantelant et soumis que désormais on pourra faire des songes en…technicolor.
    Écrit par : Gilbert Delepeleer le 03 juillet 2009

     

  • LA VIERGE NOIRE

     

    VIERGES-NOIR.jpg

    Photo 1

    Une maison de la rue de la Vierge Noire, en cours de démolition.
    A l'arrière la tour de la première église Sainte Catherine, dont l'entrée principale était rue Sainte Catherine.

     

    LA VIERGE NOIRE ET SON QUARTIER

     

    « Le temps des vierges noires était arrivé, symbolisant ainsi l’existence cachée souterraine de la Déesse-Mère, et pour encore mieux exprimer cet état, son appartenance au monde chtonien, on plaçait sa statue dans la crypte de l’église. » (L’état morbide, Hulet, Glénat,  1987, p. 33)

     

    Notre-Dame d’Assistance.

     

    Jadis, on trouvait au coin de la rue de la Vierge Noire (située à proximité de la place Sainte-Catherine) et du Pont de la Barbe, une petite chapelle (ou niche) taillée dans le mur (ou adossée contre une maison) et contenant l’image d’une Vierge noire tenant l’enfant Jésus. Cette chapelle qui était placée sous l’invocation de Notre-Dame d’Assistance attirait bien du monde. On y voyait continuellement de petits cierges allumés par les fidèles. Les habits et les ornements de la Vierge étaient sous la responsabilité des gens qui habitaient le numéro 4 (numérotation de 1857) de la rue d’Anderlecht. Depuis des temps immémoriaux, tout ce qui concernait la chapelle de la Vierge d’Assistance relevait de la responsabilité des propriétaires de cette maison. Cette coutume était encore respectée à la moitié du 19ème siècle.

    pont.jpg

    La Vierge Noire sauvée des eaux.

     

    Dans la nuit du 18 au 19 novembre 1744, la statue de la Vierge noire fut arrachée de son socle et jetée dans la Senne par des vandales, vraisemblablement des marins protestants (anglais ou néerlandais). Quelques jours plus tard, dit la légende, les habitants la virent flotter sur un morceau de tourbe qui lui tenait lieu de barque, et il n’en fallut pas plus pour que l’on crie au miracle ! La statue de la Vierge noire fut alors déposée dans l’ancienne église Sainte-Catherine, où elle était conservée sur un petit autel à droite du grand chœur. Il semble qu’elle disparut de son piédestal à la Révolution. Elle ne fut retrouvée que trente ans plus tard (à moins qu’il ne s’agisse d’une autre statue) et fut solennellement transportée dans l’église Sainte-Catherine. Bien plus tard, abandonnée par ses fidèles, la statue s’est, vraisemblablement, à nouveau éclipsée (Saint-Hilaire), soit qu’elle disparut définitivement lors du transfert du mobilier de la vieille église Sainte-Catherine dans la nouvelle, construite par Poelaert (Jean d’Osta), soit que l’on ait décidé de la mettre à l’abri des actes de vandalisme (Guelff).

     

    Une ou deux Vierges Noires ?

     

    Pas de Vierge Noire au Sablon.

     

    Tuons un canard : il existe une Vierge Noire à Bruxelles, à savoir la Vierge d’Assistance de Sainte-Catherine que nous venons d’évoquer, à laquelle nous pouvons probablement ajouter la Notre-Dame de Lorette de l’église des Minimes (info à vérifier), mais il n’y a pas de Vierge Noire en l’église Notre-Dame du Sablon. Toutefois, certaines personnes, sans doute par attrait excessif pour le mystère et l’occulte, veulent absolument voir dans la Vierge de l’église Notre-Dame du Sablon, une autre Vierge Noire. De fait, il existe dans cette église une représentation de la Vierge à l’Enfant se tenant debout, au centre d’une barque, entre deux hommes assis se trouvant aux extrémités de l’embarcation. De là à identifier cette Vierge à l’Enfant à « Isis guidant l’âme du défunt vers l’au-delà », il n’y a qu’un pas que la fantaisie fait parfois franchir à d’aucuns. Soit. Loin de nous l’idée de contester l’origine païenne de nombre de traditions catholiques, dont, par exemple, l’évidente filiation entre Isis et Horus enfant, d’une part, la Vierge Marie et l’Enfant Jésus, d’autre part, mais il faut bien reconnaître que dans le cas qui nous occupe, l’explication de la présence de la Vierge dans la barque ne nécessite nullement l’intervention de la Grande Déesse égyptienne.

     

    La Vierge Marie et les deux arbalétriers.

     

    Certes, la version, vraisemblablement la plus connue aujourd’hui, de Béatrice Soetkens s’emparant, sur ordre de la Vierge elle-même, de la statue de Notre-Dame-à-la-Branche, à Anvers, nous conte l’histoire de Béatrice, portant son précieux bagage et prenant place dans une barque, avant de descendre le cours de la Senne jusqu’à Bruxelles. Mais ceci ne doit point nous leurrer, car il existe une version de la légende de la Vierge du Sablon qui explique parfaitement le fait qu’elle soit représentée, debout dans une barque, portant l’Enfant Jésus dans les bras, tout en étant flanquée de deux compagnons de route. La voici : au 14e siècle, deux arbalétriers bruxellois se rendirent, en barque, à un concours de tir. Une dame tenant un enfant dans ses bras leur demanda si elle pouvait embarquer avec eux, ce que les deux arbalétriers acceptèrent fort galamment. Mais soudainement, leur passagère leur apparut sous les traits de la Vierge Marie puis leur fit, par gratitude, gagner le concours. Pour la remercier, les arbalétriers placèrent leur confrérie sous le patronage de la Vierge. C’est donc cette scène de la barque portant la Vierge et les deux arbalétriers, qui est représentée en l’église du Sablon et, on le voit, elle ne nécessite ni l’intervention de Béatrice Soetkens et moins encore la présence de la Grande Isis.

     

    Un mot sur Anne Baetens.

     

    Ajoutons qu’au 17e siècle, une illuminée du nom d’Anne Baetens, qui se fit passer pour une sainte stigmatisée et échappa de peu aux flammes du bûcher, mais que la superstition populaire avait canonisé sous le nom de « sainte Annette », affirma que la Vierge de l’église du Sablon n’était nullement venue d’Anvers en barque, mais qu’elle n’était autre, en vérité, que l’ancienne statue primitive et qu’elle n’avait jamais quitté ces lieux. Sainte Annette avait-elle au moins raison sur ce point ? Qui sait ? Les vrais mystères sont souvent plus passionnants que ceux que l’on s’invente. Et la Vierge Noire, elle, reste désespérément absente du Sablon.

     

    Le Quai aux Tourbes.

     

    L’appellation de « rue de la Vierge Noire » est relativement récente : elle ne s’imposera que vers la moitié du 19ème siècle. Ainsi, en 1853, l’ancienne ruelle ne s’appelait déjà plus « quai aux Tourbes », le Conseil communal lui ayant « donné le nom de rue de la Vierge Noire, en souvenir d’une célèbre madone de bois noir, qui se trouvait jadis dans une petite chapelle adossée à une maison de la rue, mais qui avait été jetée dans la Senne pendant la nuit du 18 au 19 novembre 1744 ; » (Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, p. 346). Toutefois, en 1855, cette rue portait encore la double dénomination de « Vierge Noire » et de « Quai aux Tourbes » : « …l’on voyait au coin de cette rue, du côté de la rue de Laeken, une plaque portant ces mots : Quai aux Tourbes, tandis que de l’autre côté on lisait rue de la Vierge-Noire. » (Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, p.557). Ce nom de « Quai aux Tourbes » provient du fait qu’avant la construction du canal, alors que la navigation se faisait sur la Senne, le terrain sur lequel fut tracée l’actuelle rue de la Vierge Noire n’était qu’une mauvaise grève où l’on déchargeait des tourbes apportées par bateaux de Vilvorde.

     

    Maison-despois.jpg

     

     

    La Tour Noire.

     

    Une tour de la première enceinte.

     

    On trouve au numéro 32 de la rue de la Vierge Noire, le complexe hôtelier du Novotel, dans lequel est partiellement englobée l’un des derniers vestiges de la première enceinte de Bruxelles, soit l’une des cinquante tours du premier rempart que l’on nomme la « Tour Noire ». On aurait assez naturellement tendance à rapprocher ce nom de celui de l’ancienne « Porte Noire » (ou Porte de Laeken), mais il semble que la tour actuelle doit son nom à la pollution qui a tendance à noircir ses pierres… A l’origine et jusqu’au voûtement de la Senne (1867-1871), la Tour Noire était située dans un quartier marécageux. Elle fut vraisemblablement utilisée par l’administration chargée de l’approvisionnement et de la vente de sel. Ensuite, elle fut enclavée dans un pâté de maison et utilisée à des fins privées. Le quartier de la Vierge Noire fut démoli en 1887 et c’est lors de ces travaux, que l’on retrouva ce que l’on nomme aujourd’hui la « Tour Noire », qui était alors littéralement encastrée dans les habitations. De fait, on la redécouvrit, « enrobée, dans des maisons, pendant la démolition du quartier de la Vierge-Noire en 1887. La Tour noire regardait la place de la Grue, devenue place Sainte-Catherine. Seuls, les habitants du café « In den Toren » étaient au courant de son existence. Grâce aux efforts de Charles Buls, bourgmestre, la tour ne fut point rasée. » (« Bruxelles, notre capitale », p.15). Rappelons que la Tour Noire eut un autre défenseur illustre en la personne de Victor Hugo. De fait, en 1871, suite à la destruction de la Porte de Laeken (vestige de la première enceinte), on envisagea également de démolir la Tour Noire, sur quoi l’auteur de Notre-Dame de Paris, protestant auprès du bourgmestre Anspach, se serait écrié : « On démolit la vieille tour de la porte de Laeken. Cela suffit ! » (Ils ont choisi Bruxelles, p. 152).

     

    black-Tower.jpg

     

    Dessin : Charles Buls remet une tour à la ville de Bruxelles

     

    La Tour Noire restaurée.

     

    La Tour Noire fut restaurée dans les années 1888-1889 et les travaux de restauration furent confiés à P. V. Jamaer, architecte de la Ville de Bruxelles. « A l’origine, la tour ne devait comporter que deux niveaux couronnés par un chemin de ronde à ciel ouvert. Jamaer reconstitua les changements apportés à la tour au cours des siècles : le pignon à cinq gradins, les embrasures de tir centrales et la toiture. » (« Promenades bruxelloises, la première enceinte », p.15). « Cette tour a fait l’objet d’une étude approfondie par le major Paul Combaz. Comme dans les autres tours encore existantes, ses murs, consolidés par des jeux de voûtes, ont 2 m 30 d’épaisseur. On y a conservé heureusement des amorces de murailles et du chemin de ronde. Sur la surface extérieure, semi-circulaire, qui donnait vers la campagne (la face intérieure étant plate, comme partout ailleurs), on remarque les endroits où le grès original a dû être remplacé par de la pierre nouvelle. Des cinq tours de la première enceinte, seule la Tour noire, complètement restaurée, pourrait être accessible au public. »(« Bruxelles, notre capitale », p.15). De fait, cette tour est parfois ouverte au public. Elle le fut notamment à l’occasion des Journées du Patrimoine de l’année 2003.

     

    La-Grande-Fabrique.jpg

     

    La légende noire du quartier Sainte-Catherine.

     

    L’univers ténébreux de Daniel Hulet.

     

    Mais l’auteur de BD, Daniel Hulet, dont nous parlerons au point suivant, évoque quant à lui, dans sa BD L’Etat Morbide, une toute autre Tour Noire, là où se rejoignent l’histoire de Bruxelles et la légende noire du quartier Sainte-Catherine :

     

    « A quelques pas de la Porte de Flandre et à l’emplacement actuel de la maison Zimmerman, se trouvait une tour de guet : la Tour Noire ! A ne pas confondre avec une tour voisine qui existe encore de nos jours et dont les moellons noircis par les intempéries ont usurpé l’effroyable surnom. » « Sur cette photocopie d’un plan de Bruxella édité en 1572 par Braun et Hosenberg, elle fait face au bassin du port intérieur qui beaucoup plus tard, fut comblé et sur lequel on bâtit l’église Sainte-Catherine… » « Tour des mystères anciens et des secrets oubliés ou tour des maléfices, elle avait terrible réputation chez la populace qui prétendait qu’on y pratiquait, la nuit et au sein de ses humides fondations, toutes sortes de diableries. Entendez par là des orgies, le relâchement des esprits enflammés et débauchés. » (L’Etat Morbide – T.1. La Maison-Dieu, Hulet, p. 32-33).

     

    Là, nous dit l’auteur, sous une forme ou une autre, l’on vénérait l’ancienne Grande Déesse païenne connue jadis sous de nombreux noms et apparaissant parfois, dans la tradition chrétienne, sous l’aspect d’une vierge noire :

     

    « Druides et prêtresses devinrent sorciers et sorcières, les fêtes païennes des fêtes chrétiennes… Des sectes pourtant se formèrent dans la clandestinité, certaines se conformant à l’antique sagesse, d’autres s’affublant de l’imaginaire satanique mis en place par le clergé. » « Nombreux donc furent les fidèles à l’ancien culte qui sous l’expansion et l’autorité, pour ne pas dire tyrannie, chrétiennes vénérèrent sournoisement l’effigie de la vierge endeuillée, drapée d’un manteau et de voiles noirs. » (Ibid.).

     

    Et le commentateur fictif créé par Daniel Hulet de conclure :

     

    « Je prétends que cette demeure renferme l’une des dernières sectes sataniques qui sévirent secrètement tout au long des siècles, dans les parages des portes de Lake et de Flandre… » (Ibid.).

     

    Et voilà le décor planté.

     

    Etat morbide dans un quartier maudit.

     

    L’on a vraisemblablement bâti autour du quartier de la Vierge Noire une légende sulfureuse qui le présente comme un « quartier maudit », particulièrement sujet aux accidents mortels, aux sanglantes agressions, aux suicides, aux vols d’objets sacrés, etc. Comme si tous ces maux ne sévissaient qu’en cet endroit ! Tout cela, nous expliquent les occultistes les plus hardis, résulterait du fait que ce quartier a été établi sur un terrain traversé par des courants telluriques négatifs provenant d’un assèchement insuffisant des marais et de la présence d’un plan d’eau souterrain… Cette légende a vraisemblablement inspiré Daniel Hulet dont l’excellente BD en trois tomes –L’Etat Morbide : I. La Maison-Dieu, II. Le Passage Avide, III. Waterloo Exit- baigne dans une atmosphère satanique particulièrement délectable pour les amateurs du genre, dont je suis. C’est, aux dires des connaisseurs, le chef d’œuvre de cet auteur, ce que je suis tout prêt à confirmer. De fait, le premier dessin du tome I représente la nouvelle église Sainte-Catherine si mal conçue par l’architecte Poelaert. Charles, un dessinateur de BD particulièrement déjanté et dont les plus proches amis, de même que son amie Alba, évoluent dans le milieu punk, vient dans ce quartier afin d’y louer un appartement. Une certaine Mme Spiegel, n’ayant pour seuls compagnons que trois chats angora blancs –Abigor, Furfur et Shatan- aux airs mystérieusement démoniaques, lui fait visiter les lieux, une maison sinistre et sordide –la maison Zimmerman- dont les divers appartements sont occupés par des locataires particulièrement étranges. Celui qui occupait l’appartement convoité par Charles s’est d’ailleurs suicidé. Grâce aux notes de ce dernier, Charles, dont l’énergie est lentement absorbée par les lieux, prend connaissance du passé maléfique du quartier. Il y est notamment question d’une Tour Noire, bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, de la Vierge Noire et d’une lente transition du paganisme au satanisme. Notre héros s’aperçoit finalement –mais trop tard- qu’il est la victime d’une machination et se retrouve enfermé dans un souterrain aux allures de crypte diabolique. Commence alors pour lui un voyage initiatique aussi souterrain qu’infernal qui n’est pas sans rappeler celui d’un Orphée, d’un Dante ou d’un Jonas et qui nous renvoie à l’image de Dionysos Dithyrambos (=né deux fois). Charles « renaît » à Waterloo dont la morne plaine est encore hantée par les spectres des soldats de la Grande Armée. Vient alors l’apothéose…

     

     

    Eric TIMMERMANS.

       

     

    Sources : « Belgique mystérieuse, insolite et sacrée, Pierre Guelff, Editions Jourdan, Belgique-France, 2007 (p. 79-81) / « Bruxelles, notre capitale », Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 (p. 15) / « Histoire secrète de Bruxelles », Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1984 (p. 55) / « Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles », Jean d’Osta, Le Livre, 1995 (p. 346-347) / « Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles » (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981, (p. 557-558) / « Ils ont choisi Bruxelles », Daniel-Charles Luytens, Noir Dessin Production 2004 (p. 152) / « L’état morbide », tomes 1, 2 et 3, Daniel Hulet, Glénat, 1987, 1990 et 1992.

     

     

    la-senne.jpg

     

  • Ki sé c'est Ki ?

     

     

    reflec.jpgKi sé c'est Ki ?

     

     

    Jeanine-Desmet.jpg
    Photo 1
    Merci à Jeanine DESMET

     

    A l’avant plan se trouve Jeanine DESMET et derrière elle Annie DE COEN, dont la maman lui donnait le surnom de Clémence.

    L’impasse Defuisseaux était situé  rue Haute. C’était un lieu propre, moins sordide  que l’image classique des impasses de la ville.  Autrefois, une sortie de l’impasse Defuisseaux communiquait directement avec l’impasse Van Capenberg, future rue de l’Abricotier.

    Plus rien de tout cela existe encore aujourd’hui, tout a été absorbé par les extensions de l’hôpital Saint-Pierre.

     

     

    vilard1.jpg
    Photo 2
    A 2 Francine KOHNE

     

     

    vilard2.jpg
    Photo 3
    Merci à Francine KOHNE

    A 1 Betty Chapelle, A 2 Léonie Lebrun, A 3 Marie Rose Verbelen, A 4 Francine Kohne A 5 Elise Van Herpe.

    Josée et Jeanine.jpg

    Photo 4
    Merci à Nathalie Huegaerts (Josée)

     

    Josée 22222.jpg

    Photo 5
    Merci à Nathalie Huegaerts (Josée)

     

     

    jeannine-mont-blanc-.jpg

    Photo 6 

    Blois Gentil Château d'Aix

     

    Bois%20Gentil%20241254[3][1].jpg

    Photo 7
    Année 1954

    Jeannine Surdiacourt (photo 6 et 7), fait un séjour en Suisse.
    Merci au journal bruxellois LE SOIR

     

    Pollefoort-6.jpg

     Photo 8

    A1 René Pollfoort - A 2 Son épuse et A 3 - Jeannine Heymbeeck (la petite Jeannine)

     

    Pollefoort-3.jpg

    Photo 9

    Photo de classe - école 4 - rue des Six Jetons - Bruxelles 

    Pollefoort-5.jpg
    Photo 10
    Rue Vandenbrande 51 - (Coin du Diable)
    Service militaire à la défense aérienne.

     

    Pollefoort-1.jpg

    Photo 11 

     

     

    rene.JPG
    Photo 12

    René Pollfoort devant son billard (octobre 2012)

     

    milou.JPG
    Photo 13

    Milou, son épouse.

     

    rene bis.JPG
    Photo 14