TOURNURES DE PHRASES ET EXPRESSIONS COURANTES A BRUXELLES

 

odile-De-Gyns.jpg

Marchande de Journaux
Odile, Françoise DE GYNS, (1907- 1997) parlait très mal le Français et le néerlandais.
Le Bruxellois était son parlé de tous les jours.

 

 

TOURNURES DE PHRASES ET EXPRESSIONS COURANTES A BRUXELLES

 

A Bruxelles, on ne dit pas je me suis enrhumé mais j’ai attrapé un rhume, voire j’ai pris un rhume. Mais on peut également « attraper » d’autre chose, comme un coup de folie (une zinne) ou une habitude, par exemple. Ex. : C’est comme je te le dis : depuis le mois passé, elle a attrapé l’habitude de nourrir ces pigeons, là, sur la place, trois fois par jour ! Pour préciser que l’on commence à être fatigué, lassé de quelque chose, bref, pour dire j’en ai marre on dit : Bon, je commence vraiment à en attraper marre de tes sottises !

 

Le tu me dis quoi, expression qui fut rendue célèbre par le film Bienvenue chez les Cht’is, est également très courante à Bruxelles, preuve qu’il y a là des points communs qui réunissent les différentes régions du Nord, au sens large, par-delà la frontière franco-belge. Ex. : Ecoute, tu me diras quoi lorsque tu en sauras un peu plus ; on se téléphone après-demain et tu me dis quoi, ok ?

 

Le ça est remplaçant le c’est, est presque aussi connu que le célèbre une fois. Certains humoristes, d’ailleurs pas toujours bien inspirés, aiment les associer : ça est une fois incroyable ! Mais on verse par trop souvent dans la caricature, dont découle inévitablement la mauvaise imitation. Ceci dit, le ça est, aujourd’hui en voie de disparition, existe bien. Ex. : Ca est ton évier qui est bouché ! Cette tournure dérive du thiois originel dat is, littéralement, « cela est, ça est ».

 

Déformation que j’ai connue dans mon enfance et qu’il m’a fallu rectifier, l’etcetera, qu’à Bruxelles on a eu longtemps tendance à prononcer eksétera.  

 

Être en rac, n’est vraiment pas une bonne chose ! Ainsi, une voiture qui tombe en rac est, en fait, en panne, abandonnée dans la nature. Mais on peut également vous laisser en rac, c’est-à-dire, se désintéresser de vous, rester indifférent à votre égard, vous laisser sur le côté. En fait, cette expression correspond à l’expression française être en rade.

 

Traduction bruxelloise du « il n’en est pas question », le niks te doon (« nix te dôôn ») s’applique à de nombreux cas de la vie quotidienne. Ex. : Et il a voulu que j’accepte de travailler deux heures de plus mais pour 500 euros de moins par mois ! Alors moi je lui ai dit, ça vous pouvez toujours rêver, hein, niks te doon ! Littéralement, niks te doon, en bruxellois, signifie, « rien à faire », expression que l’on utilise également très souvent, dans le même sens, en français.

D’ousquelle vient / D’ousquil vient, en lieu et place de d’où vient-elle / d’où vient-il ?, restent très courants.

Le à ce qu’il paraît est encore d’usage très courant. On pourrait le traduire par j’ai entendu dire, j’ai appris par ouï-dire. Ex. : A ce qu’il paraît, l’Ommegang de cette année durera trois jours, enfin, à ce qu’il paraît ! On aime, effectivement, répéter la locution, histoire de souligner que si l’information est fausse, on y est vraiment pour rien !

 

A cause que est encore parfois utilisé en lieu et place de « du fait que », « parce que » ou « en raison de ». Ex. : Il n’a pas pu aller travailler hier matin à cause qu’il était malade.

 

Lorsqu’on veut exprimer qu’une discussion est close, qu’un problème, selon vous, a trouvé sa solution définitive, on lance avec détermination, à la fin de la phrase un vibrant et avec ça, fini !  Ex. : Bon, moi je termine d’écrire, je leur envoie le manuscrit et avec ça, fini !

 

Si tant de : A Bruxelles, on a l’art de compliquer le langage ! Là où il serait si simple de dire quand je pense à cette pauvre femme qui a déjà tant de problèmes, dans le Bruxellois de souche préfère clamer quand je pense à cette pauvre femme qui a déjà si tant de problèmes !

 

Une expression typique de Bruxelles, presque emblématique, est le non, peut-être, qui ne signifie rien d’autre que…oui, sûrement ou, plus précisément : tu vas peut-être oser me dire le contraire ? Ex. : De tous les peuples de la Gaule, les Bruxellois sont les plus gros buveurs de bière ! Non, peut-être ! On peut lui adjoindre un synonyme : Et comment donc ! Ex. : Si moi je vais oser aller sur la Grande Roue de la Foire de Bruxelles ? Et comment donc !

 

Le et quoi encore n’est peut-être pas typique de Bruxelles, mais il est d’usage très courant et renvoie au bruxellois thiois e wa nog, lui-même dérivé du néerlandais en wat nog (et quoi encore). Ex. : Mènant il paraît qu’ils vont instaurer une taxe sur l’air qu’on respire ! E wa nog !

 

Encore assez courant chez les plus âgés aujourd’hui, le plus pire, supposé souligner le caractère extraordinairement dramatique d’une situation. Ex. : Et le plus pire dans tout ça, c’est qu’il a aussi perdu sa carte de banque ! Au plus pire correspond d’ailleurs un plus mieux, voire un plus meilleur, à utiliser de la même manière !

 

Une étrange propension aux formules contradictoires fait que les Bruxelles aiment à user de l’exclamation oui, mais non ! Le sens est négatif et signifie, globalement, « oui, j’ai bien compris, mais non, je ne suis pas d’accord ». L’exclamation se place toujours en début de phrase. Ex. : Oui, mais non, hein, chef ! Moi, je ne peux pas à la fois faire la cuisine et à la fois servir les clients !

 

Dans le rayon des bizarreries linguistiques, on citera aussi le je préfère mieux que l’on peut associer au je buverais bien, particulièrement ingrat, il faut bien le reconnaître. Ex. : Je buverais bien une Leffe brune, mais quelque part je dois dire que là  je préfère mieux un café.

 

Aller/Savoir contre le vent : Être prêt à résister à n’importe quoi. Ex. : Eh bien moi je peux te dire que si tu bois deux Duvel, avec ça tu sais contre le vent ! Mais personnellement, la forme « aller contre le vent » m’est bien plus familière. Ex. : Tu manges un bon stoemp avec du lard, tu bois quelques genièvres là-dessus, et avec ça, hein, eh bien tu peux aller contre le vent !

 

Somme toute assez harmonieuse, l’expression dans le temps, pour signifier jadis, naguère, est encore très courante. Ex. : Oui, il y avait ici des prés et des vaches, mais c’était dans le temps ! ; Evidemment, dans le temps les jeunes n’osaient pas parler comme ça à leurs parents.

 

Pour désigner le présent et souligner les différences séparant notre époque du passé, on dira au jour d’aujourd’hui. Ex. : Dans le temps, les gens pouvaient se promener même tard le soir dans les rues, mais au jour d’aujourd’hui, ça n’est plus la même chose.

 

L’expression française « quand cela » devient volontiers dans le Bruxelles populaire quanske. Ex. : Oué, mènant il faudrait plus me demander d’aller à pied même jusqu’à la station de métro, là-bas, alors que quanske j’étais jeune, je pouvais marcher jusqu’à 40 kilomètres, en quelques heures seulement !

 

Pour dire que l’on ne s’oppose pas, que l’on n’est pas opposé à quelque chose, on dit je n’ai rien à dire/je n’ai rien là-contre. Ex. : Les prostituées qui seraient agents des services publics ? Moi j’ai rien à dire là-contre ! ; Et alors ? S’ils veulent nourrir les sangliers en Forêt de Soignes, moi j’ai rien là-contre !

 

Une tournure malencontreuse mais assez typique, le jusque le/la remplaçant le « jusqu’au ». Ex. : Avec cette crise politique, tout le monde veut partir d’ici ! Jusque le roi qui a dit qu’il en avait sa claque !

 

A Bruxelles, si vous souhaitez manger un petit pain garni de steak tartare (garniture très populaire), demandez un pistolet à l’américain nature. Et si vous préférez le tartare d’ores et déjà préparé (mayonnaise, sauce Worcestershire, câpres, oignons) tartiné sur un morceau de baguette, demandez un pain français avec de l’américain préparé. Au restaurant, si vous souhaitez un steak tartare accompagné de frites, demandez un américain-frites. On dit également filet américain, mais cette expression se fait rare et est le plus souvent remplacée par le seul américain.

 

Et puisque nous en sommes à parler nourriture, je rappellerai ce que l’on peut appeler le célèbre « grand classique des repas ». Si à Bruxelles, on prend le petit-déjeuner, il est rare que l’on « petit-déjeune »; on déjeunera donc le matin. Le déjeuner étant destiné à la matinée, on dîne, on prend le dîner et on fait à dîner, le midi et non le soir. Ce dernier, lui, est le domaine du souper ; on préparera donc le souper, on prendra le souper ou l’on soupera, donc, à l’heure vespérale. C’est là un caractère du langage autochtone au moins aussi célèbre que les septante (70) et nonante (90), sans oublier le célébrissime « une fois » !

 

« En dat in a kas ! » se traduit littéralement par « et ça dans ton armoire/tiroir/caisse ». Cela signifie quelque chose comme : Et prends ça ! ; Et voilà pour ta pomme ! ; Tu l’as pas volé !  Cette expression ponctue généralement une tirade. Ex. : Et moi je te dis que ça fait dix ans que tu te conduis comme un labbekak ! En dat in a kas !

 

Pour exprimer que l’on a longuement réfléchi à un sujet quelconque, qu’on a planché sur un problème, on utilise l’expression là-dessus, que l’on peut aisément interpréter comme « à ce sujet ». Ex. : Cette nuit j’ai plus su dormir à partir de quatre heures du matin, et donc, suite à ce que tu m’avais dit hier, j’ai longuement réfléchi là-dessus, et j’ai décidé que…

 

La confusion des verbes « savoir » et « pouvoir » est pratiquement une institution à Bruxelles ! Ou du moins, cela l’était. Ex. : Aussi, au lieu de dire, je n’ai pas pu courir les derniers 3 km, on dira : je n’ai pas su courir les derniers 3 km ; pour dire je suis incapable de faire cela (physiquement ou moralement), on ne dira pas je ne peux faire cela mais, ça je sais pas faire, t’sé (tu sais), fieu (vieux) !

 

A Bruxelles, on prononce souvent le «g », « ch ». Ainsi, même si l’on prononce « Belgique » (« beljique »), on en dira pas moins cette crise gouvernementale, ça est vraiment quelque chose de belche ! Mais l’un des plus colorés est certainement le « sauvage », devenu sovâche. Ex. : Ma t’as déjà vu ces Bruxellois comme ça parle ? Ca est de vrais sovâches !

 

Le par après est encore très courant aujourd’hui et se substitue au ensuite, par la suite ou, tout simplement, au…après. J’en use d’ailleurs parfois moi-même. Pourquoi donc faire simple quand on peut faire compliqué ! Ex. : D’abord elle a pensé venir, par après, elle a changé d’avis ; ce qu’on peut faire c’est d’abord aller au restaurant et par après, on pourra toujours visiter l’exposition. Cette tournure est sans doute le fruit d’une fusion de par la suite et d’après, d’où, par après.

 

A Bruxelles, si vous tournez quelqu’un en bourrique, c’est que vous lui faites tenir le fou.

 

Si vous réclamez quelque chose, en fait vous joué sur la patte de quelqu’un, vous ne le lâchez pas. Ex. : Pour ton histoire de feuille d’impôt, on peut vraiment dire que tu joues sur sa patte, hein !

 

Ha oui, j’ai préparé le parapluie ! Mais demain faudra que je pense à partir  avec ! Avec qui, avec quoi, me demandera-t-on, mais à Bruxelles, on en dit souvent pas plus ! Cela peut par exemple signifier « je partirai /sortirai avec mon parapluie », comme nous venons de le dire, mais également « je partirai avec eux/avec elles/en même temps que vous » : Donc, c’est décidé, demain ils partent en avion ? Eh bien je partirais bien avec, tiens ! On peut associer cette expression à d’autre verbe : Mets le gâteau dans le frigo et demain, quand on ira chez les amis, je le prendrai avec.

 

Très courant, le t’es niks qui s’utilise aussi en français : c’est rien ou c’est rien, dis ! Se rapproche du et quoi encore, bien que sa signification ne soit pas totalement semblable. On pourrait plutôt dire : Eh bien ça alors, il faut le faire, il faut le voir pour le croire ! Ex. : Et voilà que Mademoiselle, cette snotneus, qui a encore du lait qui lui sort du nez, se promène en tailleur de chez Dior ! T’es niks !

 

D’usage très fréquent est évidemment le bazar. Il peut signifier « une affaire », « une situation », « un désordre », etc. Ex. : Si tu lui dis ça, ça va encore faire tout un bazar,  mais aussi : Peux-tu me dire ce que c’est que tout ce bazar qui traîne encore dans cette chambre, que je t’avais demandé de ranger ?

 

Dans le Vieux Bruxelles populaire, l’expression française « parce qu’il faut que tu saches », se transforme en la locution haute en couleur pasque te faut savoir !

 

« En moins », à Bruxelles, se dit parfois en bas. Ex. : Quinze kilos que t’as perdu ? Alleï, ça te fait toujours ça en bas de tes cent trente cinq kilos ! ou encore Le smeirlap ! Il m’a  bien enlevé 500 euros en bas de mon salaire ! 

 

Ne dites pas : « ce n’est guère aisé », mais facile ça n’est pas !

 

Pour dire, par exemple, qu’il y a des gens qui ne vous croient pas, il convient de dire il y en a des qui pensent toujours que je raconte des carabistouilles !

 

Très courante à Bruxelles, l’erreur de français qui consiste à dire au sinon plutôt que « ou sinon ». Ex. : Eh bien, pour y aller, tu peux prendre le métro, au sinon, on y va ensemble avec la voiture de Gérald.

 

Enfin, last but not least, nous laisserons le soin de clôturer cette liste non exhaustive de termes et expressions du langage populaire bruxellois par le célébrissime « une fois », jumeau du bien moins connu « un peu », qui sont respectivement des traductions littérales du thiois een keer (« kéér »), voire, plus généralement encore, eens (« ééns » ; ex. : kijk eens !, « regarde, une fois ! ») et een beetje (« béét-che »). A la moitié du 17e siècle, dans une grammaire visant à favoriser le bon usage du français à Bruxelles, le jésuite Laurent Chifflet s’exprime en ces termes : « Dites-moi une fois, comment vous vous appelez. Allez une fois chez un tel, luy faire un message de ma part. Venez ici une fois, etc. Les Flamands mettent souvent après les Impératifs leur eens, c’est-à-dire une fois quand ils prient quelqu’un de quelque chose. Mais la langue Françoise n’use aucunement, en telle occasion, de cet une fois : hormis quand ont veut expressément désigner ce nombre d’une seule fois sans plus : comme dites cela une seule fois, et pas davantage. » (Le français à Bruxelles aux siècles passés, p. 136-137). Contrairement à une idée répandue par des humoristes de peu de talent ou ayant, à tout le moins, mal étudié le sujet du prétendu « parler belge », c’est-à-dire le parler populaire de Bruxelles, l’expression « une fois » ne s’utilise que rarement à la fin d’une phrase. Dire « on va aller manger des moules, une fois » relève de la lourdeur caricaturale, alors qu’à Bruxelles, on dira plus volontiers « dis, si on allait une fois manger des moules ? ». On ne dira pas non plus, « va me chercher une bière, une fois », mais « va une fois me chercher une bière ». Dans ce cas, le « une fois » peut se voir remplacer par « un peu » : « va un peu me chercher ma veste / va une fois me chercher ma veste » Par contre, on ne dira jamais « dis, si on allait un peu manger des moules ? ». Toutefois, nos humoristes ignorants ont raison de prétendre que, parfois, le « une fois » se place à la fin d’une exclamation, la preuve : « Mais regarde-moi ça, une fois ! Quel chantier ! » ;  « viens ici une fois ! », mais on peut également dire « viens une fois ici ! » ou encore « viens un peu ici ! » ; « regarde une fois ! » Evitons cependant les généralisations par trop simplistes.

 

Et pour conclure, reprenons cette tirade pleine de bon sens et d’esprit visionnaire (notre quotidien le montre !), de Jef Kazak, qui, non sans raison, aime, de temps à autre, snober ce qu’à Bruxelles on appelle les intellectuwels : « Mais ce qui est embêtant, c’est que dans dix ans vous saurez plus trouver un plombier pour raccomoder ton cabinet qui coule, ni un électricien pour mettre un nouveau interrupteur à la place d’un qui est kapot, ni un jardinier pour une fois un peu arranger ton jardin, ni un plekker pour replâtrer ton collidor. Ou bien tu devras alors, mon cher, demander les services d’un licencié en plombièrologiques, ou d’un ingénieur en électricitologie, ou d’un docteur en floralologie, ou d’un breveté en hautes études de plâtro-plekkothérapeutisterie… » (Les « flauwskes » de Jef Kazak, p. 37-38).

 

Jef Kazak disait cela il y a mènant trente ans environ. Et si tu trouves que ça était pas visionnaire, que c’est du ziever, et ça à une époque où on demande à la moindre kochevrâ (technicienne de surface qu’ils appellent ça aujourd’hui, t’es niks !) d’avoir un diplome et d’être trilingue, alors je sais pas ce qui te faut, hein ! Astableef !      

 

 

Eric TIMMERMANS.

Commentaires

  • Ma mère (qui était bruxelloise) disais aussi "Ah oui, mais non" ce qui faisait chaque fois bondir ma femme (française de Blois) "c'est oui ou c'est non?" Il m'arrive aussi de le dire.
    Elle disait aussi "du noir cirage"
    Et " Je vais avec" ce qui faisait parait-il bondir sa professeur de français (dans les années 20) "Avec demande un complèment direct"
    Elle s'était aussi faites attraper quand la prof lui avait demandé comment se disait un peintre en flamand et qu'elle avait répondu "facadeklacher"!!

    Quand je venais le voir à BX, mon BonPa (DCD en 1955) m'emmenait à la Gaité voir les pièces en bruxellois et me traduisais ce que je ne comprenais pas, et j'en ai de bons souvenirs: Pendant mo,service militaire à WIEN (autriche) j''étais venu le voir (en fausse perm'!) et on a été voir les danseuses de la Gaité qui faisaient des danses tyroliennes!! Benrigolé en moi-même car j'avais une danseuse amatrice autrichienne comme moske, rien à voir avec le bonnes grosses de la Gaité.
    Le Zinneke.

  • C'est comme ma compagne qui, elle, est Francilienne : au début qu'on se connaissait, et bien avant "Bienvenue chez les Cht'is", elle se creusait la tête pour savoir ce que je voulais dire par là : quoi, "quoi", mais quoi, quoi ? Trop drôle ! ;-)) Et une ancienne voisine bourguignonne qui avait failli gifler un type parce qu'il lui avait répondu poliment "Dank U", et que la dame avait cru qu'il en avait à son postérieur ! ;-)) Et ma compagne qui me sort, la première fois qu'elle est venue à Bruxelles, "tiens, vous avez une Bourse des Beurs (arabes, en verlan), ici, c'est quoi exactement ce truc ? Nous étions à la Bourse-Beurs, bien évidemment ! ;-)) Mais elle, comme moi, aimons bien toutes ces particularités locales, linguistiques et autres. Tiens, par exemple, en français de Paris, on dit bien "francé" pour "français", contre toute attente ! Mais moi j'aime beaucoup entendre du vrai parler parisien aussi, enfin, quand on a encore la chance d'en entendre, ça se fait rare aussi...

  • On oublie souvent que si le "non peut-être" veut bien dire "oui, sûrement", le "ça t'as vu" exprime l'inverse. C-à-dire "certainement pas" ou "mon œil en parachute" ou "à d'autres" ou encore "non, jamais"
    Bien à vous pour les corrections éventuelles et bon Nowelle.

    Benoit

  • Plus des deux tiers de ces expressions m ont rappele mon enfance et mon adolescence normande!!!

  • N oublions pas non plus le très usité "ça (ne) peut mal" (traduction du néerlandais "het kan geen kwaad"), signifiant "il n'y a aucun risque, aucun danger". "Dis, le projo là-haut, ce n'est pas un peu dangereux? - Non, ça peut mal, tsé, il est bien accroché". "Et quoi, tu fermes pas ta voiture à clé? - Non, ça peut mal, ya jamais personne qui passe ici."

  • j'ai vraiment apprécié ces phrases en bruxellois que j'entendais bcp pendant mon enfance , mes enfants ne le comprennent pas, dommage .....

  • Une autre expression qui me vient à l'esprit est: "chercher après" quelque chose qui vient probablement du néerlandais. Merci pour ce panorama, qui j'en suis sûre, va encore s'étoffer grâce aux internautes...

  • Sans oublier : «Moi, pour le pari, je vais causer dans le centurion son oreille !» (dans «Astérix chez les Belges»)

  • Si "non peut être" veut dire oui. Il existe une autre expression "oui sans doute " qui veut dire non. Ces expressions font partie de mon enfance!

  • Le "oui sans doute" ne veut dire non que si on a la bonne intonation, sinon il a le sens de "oui peut-être" donc oui sans en être tout à fait sûr, un genre de oui conditionnel.

  • vous connaissez le caberdouche (bistrot) du coin?

  • vous connaissez le caberdouche (bistrot) du coin?

  • Les Français disent Je vis Sur Paris, ou je vis SUR Marseille, alors que nous disons Je vis à Bruxelles ou à Nieuport !!!

  • Bruxellois moi-même, je dois dire que ça m'a bien fait rire :-)

    Le Plekker pour la plâtrier, le facadeklacher (merci Roger Côme) pour le peintre, et d'autres expressions savoureuses de ce gnere j'en ai entendu et réentendu toute mon enfance ma famille étant toute bruxelloise (tant côté maternel que paternel)

    Certains autres mots et expressions résonnent encore aujourd'hui comme :
    - Quand tu vois une crotte de chien, l'expression bruxelloise dit : "Attention au gendarme!"
    - Se rendre au WC : "Aller chez Jules"
    - Pour les hommes éfféminés á l'époque ils disaient : "des swasses"
    - Pour ceux qui avaient des problèmes urinaires ou des douleurs au même endroit c'était : "Et bin tichke, t'as mal à ton jeuf?"
    - Le mot "tichke" ci-dessus est un adjectif descritpif affectueux signifiant : "petite bite"
    - Dans la même veine (si je puis dire), un propos critique á l'égard d'un homme peut-être quelque chose comme : "Krumejeuf" (bite tordue)
    - S'adresser à quelqu'un en le considérant comme un idiot "Espèce d'omnuzele"
    - et bien évidemment, un mélange raciale s'appelle un zinneke (fut-il humain ou animal)

    Bref, j'adore le parler bruxellois des générations passées :-)

  • Dans la famille de ma mère, pour aller aux toilettes on disait " aller au binoche" Mais je ne sais si ce mot est bruxellois ou "familial"
    Et mon Bon Papa en parlant des "dames pipi" disait "ces dames de la cour"
    Dans notre commerce à Blois, ma mère a continuée à nous aider au magasin et les vendeuses avaient adopter des expressions bruxelloises "Oh çà stinke" et il y avait une cliente un peu zouzoum qui quand elle arrivait, elles disaient "Attention voilà zootelouitche".
    J'en profite pour vous souhaiter à tous une bonne année 2015.
    Roger le zinneque.

  • J'aime aussi : "j'ai pas pensé là-dessus" ... pour bien sûr : "je n'y ai pas pensé" ...

  • aller/savoir contre le vent était utilisé différemment dans mon enfance :
    "Quand tu auras mangé tout ça, tu sauras contre un coup de vent"

  • Excellent... "du pipi de bon dieu" pour "echte brusseleir"
    Dommage que notre savoureux dialecte se perte et il ne faut pas espérer un progrès des politiciens actuels de la Ville de Bruxelles pour y remédier

  • Ma mère parle encore courament Bruxellois, ce qui amuse toute la famille...
    Surtout ceux qui habitent "skive over", c'est à dire en face mais pas tout à fait. Ceux qui ont un évier "skive lawa", qui ne tient pas très bien.
    Quand elle est fatiguée, elle est "cramakkeleer", et "elle tient pas sur ses jambes" qui sont "crumes".
    Le gars qui roule devant elle est un "kajoebereer" (livreur de cajots), quel "clet ce peï"...

    Cela étant dit, 70 et 90, n'en déplaise, n'est PAS du bruxellois !! TOUS les pays disent septante et nonante (en italien, en espagnol, en roumain,... Il n'y a qu'en France que l'on dit soixante-dix, ou quatre-ving-dix... C'est là l'ineptie. J'aimerais bien comprendre quelle est la logique de dire cela ?

    Bon réveillon à tous !

  • Vous trouverez peut-être une réponse à vos interrogations sur ce fil.

    Si vous comprenez l'anglais, les premières pages du fil sont en anglais, la dernière page est partiellement en français et pointe vers des références en français.

    http://forum.wordreference.com/showthread.php?t=4205&page=3

  • Ariane, le soixante-dix et le quatre-vingt-dix, sont également de mise au Québec par contre, nos amis québécois déjeunent, dînent et soupent tout comme les Belges.

    Par ailleurs, Jean-Pierre et Andrée, parlez d'octante à un Suisse, il vous demandera où êtes-vous allés pêcher ça!

    En lisant cet article fort intéressant, je me rends compte, à 68 ans, que je parle bien plus "en belge" que je le pensais. Jusqu'il y a quelques années, je pensais que "floche" était français mais non, il faut dire gland ou pompon mais pour moi, rien à faire, une floche n'est ni l'un ni l'autre, ce n'est pas la même chose (au passage, une floche peut aussi être un zizi).

  • Bien vu Ariane, c'est comme avec les noms des repas. Les noms utilisés à Bruxelles, en Wallonie et autre part dans le monde sont les mêmes. Ce sont les "intello-guindailleurs" Parisiens qui se sont inventé, avant d'aller dormir, un petit-déjeuner et prenaient le déjeuner à leur réveil en fin de matinée...
    D'autres personnes, pour une raison professionnelle prennent aussi un "petit-déjeuner", ce sont les fermiers qui doivent traire leurs vaches et qui, la chose faite, prendront leur déjeuner.
    Mais pour les nombres nous avons été légèrement "contaminés" puisque nous disons "quatre-vingt" et non "octante", ce qui serait plus cohérent.

  • En Suisse, ils poussent même la logique jusqu'à dire "octante"

  • En Suisse , " octante " mais aussi huitante !

  • eh bien, je comprends enfin d'où viennent certaines expressions québécoises!

  • alléi hein mettez en une plotche de plus!

  • Tout ce parlé savoureux me rappelle mon enfance! Mes grands-parents paternels étaient de vrais Bruxellois pure souche. Je pense aussi à ziverer (faire n importe quoi), ziverère (celui qui fait n importe quoi), snotneuze (celui qui à le nez qui coule) wa desse wad Anna? (qu'est ce que c'est ça Anna?), ketche (gamin) de Bruxelles, scrogneugneu , potveurdom,...et en fait je me rends compte que beaucoup de ces expressions font encore partie de mon vocabulaire...l'accent en moins.
    Bonne année!

  • Bravo Eric, tèsun krack !

  • Comme c'est agréable de savoir que notre langue maternel et paternel est préservée par autant de monde .... C'est comme si je retournais rue Haute dans les années 60/70.... Comme si j'allais entendre ma maman et papa (François = Suske) nous parler...... Que du bonheur.... Merci.

  • tu viens boire un verre? ha non peut-être!!!

  • Je suis un Ardennais de France, et environ 95% des tournures et expressions données ici nous sont communes, y compris celles qui sont données pour des décalques du néerlandais, ce qui est assez surprenant...

  • Et encore une clouch de brusseleir, tant qu'à babbeler, nè...

  • Et "tenir" utilisé pour "garder" ? (même quand c'est "garder" qu'on devrait utiliser) ; ex: faut que j'tienne le gosse.

  • Et "tenir" utilisé pour "garder" ? (même quand c'est "garder" qu'on devrait utiliser) ; ex: faut que j'tienne le gosse.

  • Ma Bonne-Maman était traitée de "strootluper" lorsqu'elle aimait trop faire les magasins, et nombre d'habitants ( et souvent amis) portaient des noms très imagés dans le quartier (Woluwe st Lambert) comme "rollekeballatum" (je crois que le malheureux portait régulièrement les dits rouleaux) ou "spinnekop"... sans compter les nombreuses insultes qui n'en finissent jamais labekake, poechinel, omnuzel, et pour finir un savoureux "skeilcriminelstrondzat"... toutes expressions qu'on se faisait un plaisir d'apprendre :)

  • Dites à un français que vous "jouez avec ses pieds" et il vous regardera avec des yeux comme des soucoupes.
    Parlez-lui du cornet du téléphone, de la farde où vous rangez la poste, et dites-lui que vous ne "savez" pas le
    dire autrement, et le résultat sera le même...Y a pas à dire, le Brusseleer est une langue à part entière !
    Et pour ce qui est de l'humour: Un jour,j'attendais le tram 48 rue Blaes.Sort d'un magasin de "décoration",un brave homme,
    un gros rouleau de Balatum sur l'épaule.Le tram étant arrivé et ouvrant ses portes, le peï, pour ne pas gèner ceux qui montent à l'arrière, fait mine de monter devant, se disant qu'il règlerait son ticket au conducteur.Celui-ci le regarde d'un air débonnaire, et lui dit: "Dis men, avec ton diplôme, derrière comme tout le monde"! Eclat de rire général...c'est ça,la "zwanze" belge ! '

  • J"ai eu le plaisir de retrouver des expressions que feu mon Papa utilisait ! Il était né français juste à la frontière et j'ai encore des relations avec une cousine belge. Ginette

  • Ouillouille, cette table waghel (est bancale/branlante). Ça veut just' réussir que ça tombe sur nous ! Essaie une fois de mettre un stûût (un truc, un machin) dessous son pied, pour voir ? Pfff, niks ôôn te dôôn (rien n'y fait), elle est schief pour de bon (définitivement de travers). Amaï da's plezant (eh bien, c'est agréable), on va devoir se mettre ergesanders (ailleurs).

    Tout cela est bien savoureux, nîwô ? ( du flamand "niet waar" qui signifie "pas vrai") ...

  • En réponse à Pierre ,

    Je ne vais pas à la pêche et ne l'ai pas sucé de mon pouce ! Octante a bien existé en Suisse mais est obsolète .

    Octante et huitante
    Le mot octante était employé en Suisse romande, on le rencontre encore dans quelques vieux écrits. De nos jours il a été complètement supplanté par le mot huitante. Huitante est employé surtout dans le Vaud, le Valais et Fribourg y compris dans les services officiels, les autres cantons préfèrent employer quatre-vingt(s). En dehors de ces trois cantons romands où il est en usage, huitante s'emploie également dans le Val d'Aoste.
    --


    Définitions venant de divers dictionnaires.

  • Le "ça t'as vu", je l'avais oublié ! Et pourtant, je l'ai beaucoup entendu et beaucoup utilisé ! Les points communs avec les Ardennes et la Normandie peuvent peut-être s'expliquer par les racines thioises, dans le premier cas, germano-scandinaves, dans le second cas. De fait, la frontière linguistique séparant les parlers romans et germaniques fut, des siècles durant, extrêmement mouvante. En outre, ces parlers étaient extrêmement différents entre eux, parfois d'un village à l'autre. C'est vrai dans nos régions brabançonnes, c'est également vrai dans les régions ardennaises, mosellanes, luxembourgeoises (eh oui, j'avais un grand-père de Bastogne et j'ai passé une partie de ma petite enfance entre Tintange, Grumelange, Martelange, etc.) Tous ces vieux parlers thiois, pour beaucoup disparus, pour être différents, avaient des racines communes et pourquoi n'y auraient-ils pas des correspondances ? Pour ce qui est de la Normandie, une collègue flamande d'Affligem m'a un jour dit que son dialecte était proche du suédois ! Et même si il n'existe plus de parler germanique en Normandie (je crois ?), où des Vikings (Noord-Mannen ou Hommes du Nord) s'installèrent, des expressions ont dû traverser les siècles. Et puis nos parlers romans septentrionaux ont également été influencés par les parles germaniques et inversement. Oué, enfin bref, tout ça fait un echte hochepot ! Je suis particulièrement heureux d'avoir fait revivre, avec mon petit lexique non-exhaustif, les souvenirs des uns et des autres ! Merci pour ces nombreux commentaires ! :-) Et Bonne Année 2015 à toutes et à tous ! Poursuivons notre œuvre de Mémoire ! Non peut-être ! ;-)

Les commentaires sont fermés.