LE SUICIDE DE RUYSBROECK

        LE SUICIDE DE RUYSBROECK, ENTRE REALITE ET LEGENDE

 

Il existe une légende à propos de la construction de la tour de l’Hôtel de Ville par l’architecte Jean de Ruysbroeck (15ème siècle). En voici l’origine. Si vous vous placez devant le porche de l’Hôtel de Ville, vous pourrez constater qu’il n’est pas dans l’axe de la tour et qu’il est même franchement décalé.

La légende dit que Ruysbroeck fut responsable de cette erreur et que quand il la constata de visu, il se jeta de la flèche de l’Hôtel de Ville et vint ainsi s’écraser sur les pavés de la Grand-Place (ou se pendit, selon les versions) !

Ainsi, il est dit que Ruysbroeck rencontrait de telles difficultés pour terminer l’ouvrage de l’Hôtel de Ville, qu’il alla jusqu’à proclamer qu’il se donnerait au Diable plutôt que de laisser l’Hôtel-de-Ville inachevé (ce qui rappelle, notons-le, l’histoire de l’architecte du « Coin du Diable »).

A peine ces mots avaient-ils été prononcés qu’un moine apparut et proposa de l’or à Ruysbroeck, afin qu’il puisse terminer son ouvrage. Attiré par une promesse de renommée et sans prendre garde aux deux flammes diaboliques qui brillaient dans les yeux dudit moine, Ruysbroeck accepta, à condition que la tour puisse être installée au milieu de l’édifice. C’était impossible, selon le moine infernal, mais peu importait à Ruysbroeck, finalement, pourvu que l’Histoire retienne son nom…

Lorsqu’il voulut, malgré les avertissements du moine diabolique, commencer à creuser les fondations de la deuxième partie de l’Hôtel de Ville, il ne trouva qu’un sol marécageux et des fondrières, puis découvrit un gouffre immense qu’il songea à combler. Il appela le moine à son aide, mais celui-ci se garda bien de répondre à son appel.

De désespoir, le pauvre Ruysbroeck se suicida, comme nous l’avons dit en préambule. Le fils de Ruysbroeck poursuivit les travaux, mais sans beaucoup plus de succès : il dut également abandonner le projet de voir la tour installée au centre de l’Hôtel de Ville. 

En réalité, Ruysbroeck « avait à remplacer la tour existante, ou beffroi, située à langle de lHôtel de ville, par une flèche beaucoup plus robuste, tout en conservant le porche et son entrée voûtée. Cest logiquement quil donna une plus grande épaisseur au mur occidental de la nouvelle tour devenu mitoyen avec laile droite- afin dassurer ses assises. » (« Bruxelles, notre capitale », p.70). Voilà qui explique la légende de l’erreur architecturale et du suicide prétendu de Ruysbroeck.

Cette histoire rocambolesque a toutefois une suite tout aussi haute en couleurs. Selon la légende, donc, c’est devant sa maison de la rue de l’Etoile (actuellement « rue Charles Buls ») que se pendit le premier architecte de l’Hôtel de Ville, Jean de Ruysbroeck. On prétend qu’un frère Bogard passant par là, aperçut le cadavre pendu de Ruysbroeck, qu’il le détacha, lui mit son étole autour du cou et l’exorcisa, le suicide étant, à cette époque, considéré comme un crime par l’église. Celui qui avait mis fin à ses jours ne pouvait, de ce fait, être enterré en terre consacrée. Mais qui dit exorcisme, dit aussi possession démoniaque. Ainsi dit-on que le démon possesseur avait à peine quitté le corps de Ruysbroeck que celui-ci revint à la vie et qu’il alla finir ses jours au couvent des Bogards ! De là serait venu le premier nom de la rue, nommée « rue de l’Etole » et non… « rue de l’Etoile ».

Au-delà de la légende, un doute persiste à propos du suicide de Ruysbroeck. En effet, le poète français Regnard (1655-1709), de passage à Bruxelles, déclara avoir vu une inscription annonçant que l’architecte s’était pendu de désespoir. Nous ne saurons sans doute jamais si cette affirmation se rapporte effectivement à l’histoire ou à la légende, mais il est certain que, dès l’origine, l’Hôtel de Ville a subi les funestes conséquences d’une mauvaise exploration du sol.

Et en parlant du sol de l’Hôtel de Ville, on y aurait découvert une étrange tête sculptée, celle d’un « diable » ou, si l’on en croit Paul de Saint-Hilaire, d’un « Jupiter-Amon ». Ce dieu barbu à cornes de bélier résulte de l’association du dieu gréco-romain Zeus-Jupiter et du dieu égyptien Amon. Alexandre le Grand, quant à lui, aimait à se faire appeler « fils de Jupiter-Amon » (ou, plus précisément, de « Zeus-Amon »). De fait, en 331 avant l’ère chrétienne, Alexandre se fit couronner pharaon par les prêtres de Memphis. Il se rendit au temple de Jupiter-Amon pour consulter son oracle et confirmer ainsi ses pouvoirs séculaires et divins auprès de ce dieu. C’est dans le temple de Zeus-Amon qu’Alexandre se fit proclamer « fils de Zeus-Amon ». Il ne subsiste aujourd’hui de ce modeste temple que quelques ruines situées dans une oasis d’Egypte nommée Siwa (ou Sioua).

De là à penser que Jean de Ruysbroeck fut tenté par un diable ou un dieu païen ayant pris figure de moine et qu’il était sous son emprise lors de son suicide, il y a un pas que, personnellement…j’hésite quelque peu à franchir. 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 28 août 2012.

 

Sources : Bruxelles, notre capitale, Louis Quiévreux, PIM-Services, 1951 / Dictionnaire des rues, places…de Bruxelles (1857), Eug. Bochart, Editions Culture et Civilisation, 1981 / Histoire secrète de Bruxelles, Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981.

Commentaires

  • LE SUICIDE DE RUYSBROECK : Bruxelles Anecdotique est dépendance, à partir de laquelle je reçois, je ne peux pas arrêter de regarder toutes vos suggestions et je suis heureux quand je reçois un de plus, sont les meilleur, j'adore votre présentation et travaille derrière. Un baiser et une étreinte.
    Saludos

  • La personne à droite sur la photo 11( si j'ai bonne mémoire il s'appelle de son prénom Félix ) à travailler à Renault Midi à Anderlecht Place Albert.
    A l'époque ou j'étais vendeur.

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