Anderlecht,

  • Anderlecht

     

    ANDERLECHT

    Que signifie le nom d'Anderlecht, déjà cité en l'an 1046 dans un texte latin, sous la variante Andrelech, et en 1057, dans un autre texte, sous la forme actuelle d'Anderlecht ?

    L'étymologie en reste incertaine. Des philologues ont fait valoir  que lech ou lecht est apparenté au saxon lach ou lake et à l'anglo-saxon d'Ecosse Loch, qui  signifient en français "Lac" ou, plus exactement "fossé plein d'eau".

    Quant à "ander", certains auteurs y voient tout  simplement l'adjectif flamand qui signifie "autres".

     

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  • Saint Guidon; le pauvre d'Anderlecht

                             SAINT GUIDON, LE PAUVRE D’ANDERLECHT

     

    1. Saint Guidon, entre histoire et légende.

     

    1.1. Historique de saint Guidon et de son culte.

     

    1.1.1. Saint Guidon d’Anderlecht.

     

    Saint Guidon (ou Guido, Wijen) est le patron des cochers et de la commune d’Anderlecht. Son existence historique semble avérée même si nombre d’éléments légendaires se mêlent à ses différentes biographies dans lesquelles on ne néglige aucun détail de la tradition populaire alors même que l’on s’occupe bien peu de transmettre des récits historiquement vérifiés. Toutefois, la sépulture de saint Guidon, située au pied de l’église Saint-Pierre d’Anderlecht, de même que la première translation de ses reliques (fin du 11ème siècle) et leur inhumation dans la crypte de ladite église, permettent de confirmer l’existence historique du saint.

     

    1.1.2. La Vita Guidonis.

     

    Une Vita Guidonis (=Vie de saint Guidon) fut rédigée au 12e siècle par un chanoine anonyme du chapitre de Saint-Pierre, un siècle après la mort de saint Guidon. Il s’agit d’un ouvrage à usage interne, destiné à l’édification religieuse du Chapitre des chanoines d’Anderlecht. Les diverses données de ce récit permettent, selon Michel de Waha, de mettre en évidence le caractère au moins partiellement légendaire de la vie de saint Guidon. Plusieurs épisodes de la Vita Guidonis ont été transposés dans les fresques murales que l’on peut encore voir aujourd’hui dans la Collégiale des SS. Pierre et Guidon. En outre, en 1898, parut un opuscule moralisateur de 102 pages, inspiré de la Vita Guidonis, et intitulé « La vie et les miracles de saint Guidon ». Il fut publié à l’occasion de l’inauguration, le 19 septembre 1898, de la nouvelle flèche de la tour de la Collégiale des SS. Pierre et Guidon. Ce texte complète le récit médiéval de saint Guidon en y adjoignant des anecdotes relatées par de mystérieux « écrivains latins » dont les noms ne sont, hélas, pas parvenus jusqu’à nous.

     

    « La vie et les miracles de saint Guidon » est un texte qui insiste particulièrement sur les vertus de la pauvreté et l’exemple donné par saint Guidon que l’on surnomme le « pauvre d’Anderlecht ». Le texte dit notamment que « Saint Guidon, ou Wijen, naquit dans un petit village du Brabant, non loin de Bruxelles, que certains historiens identifient à Anderlecht. Né de modestes parents cultivateurs mais riches de vertus chrétiennes, ils lui apprirent très tôt la belle leçon de Tobias à son fils « N’aie crainte, mon fils, nous sommes pauvres, c’est vrai, mais nous aurons suffisamment de richesses si nous aimons Dieu et fuyons le péché. » L’exemple de ses parents vivant dans la crainte de Dieu, fut un exemple encore plus fort que leurs paroles et le jeune homme avança en âge en ne négligeant aucun des avantages que la pauvreté pouvait lui apporter pour s’exercer aux plus hautes vertus héroïques. Il montrait le plus grand respect envers les riches et les grands de la terre mais jamais il n’enviait leur fortune. Au contraire, il montrait la plus grande aversion pour les richesses terrestres et, plus d’une fois, il versa des larmes de désespoir en voyant tant de gens s’accrocher aux biens de la terre. Son amour pour son prochain était si grand qu’il partageait son repas, si minime qu’il fut, avec plus pauvre que lui. »

     

    Le message est limpide : à l’exemple de saint Guidon, soumettez-vous à l’autorité, révérez les riches et les puissants et gardez votre rang dans la crainte de Dieu. En 1898, en Belgique, l’instruction n’est pas obligatoire et le pays compte 32 % d’illettrés.

     

    1.1.3. Mort et inhumation de saint Guidon.

     

    Saint Guidon meurt le 12 septembre 1012, victime de la dysenterie ou de la peste. Son corps resta « paré comme si c’étaient les anges eux-mêmes qui l’avaient préparé », nous dit Rayssius, l’un des biographes de saint Guidon. La légende du caractère incorruptible de l’enveloppe charnelle des saints, est très répandue dans le monde chrétien. Les chanoines du chapitre l’inhumèrent dans le cimetière de la paroisse. Toutefois, la tombe de saint Guidon ne tarda pas à tomber dans l’oubli et se vit piétinée, tant par les gens d’Anderlecht que par les étrangers de passage. Le bétail lui-même se couchait sur la tombe, comme s’il était aux champs ! Tous les commentateurs affirment que la tombe de saint Guidon fut abandonnée durant les quarante années qui suivirent son trépas. Mais un jour, dit-on, la colère divine s’abattit et plusieurs animaux qui avaient piétiné la tombe du saint furent frappés par la rage et en moururent. La dernière victime de la colère de Dieu fut un cheval qui se fracassa la tête. Il appartenait à un certain Onulphus, seigneur d’Anderlecht. Suite à cet incident, ledit seigneur, décrit comme très pieux, entoura la tombe de saint Guidon d’un jardin, afin d’éviter, à l’avenir, toute profanation sacrilège.

     

    1.1.4. Le culte de saint Guidon.

     

    1.1.4.1. De Saint-Pierre à Saint-Guidon.

     

    Bientôt, les malades et les infirmes affluèrent sur la tombe de saint Guidon où, prétendait-on, les miracles se multipliaient. On invoquait saint Guidon pour la guérison d’estropiés, d’aveugles, de sourds, de paralytiques, des malades atteints de la gravelle, pour les rhumatismes ou encore, la dysenterie. Le saint était également évoqué pour la protection et la guérison des animaux domestiques, soit surtout du bétail constitué pour l’essentiel de chevaux et de bovins. Saint Guidon apparaît donc clairement comme un saint guérisseur et, comme nous l’avons vu, il jouissait d’une grande popularité. Grâce à l’afflux des nombreuses offrandes des pèlerins, les ecclésiastiques et les habitants d’Anderlecht purent abattre l’ancienne église Saint-Pierre, qui tombait en ruines, et en bâtir une nouvelle. Et en 1054, soit 42 ans après la mort du saint, une chapelle dédiée à Guidon et à la Vierge fut ainsi construite. Celle-ci devait, en définitive, devenir la Collégiale des SS. Pierre et Guidon.

     

    1.1.4.2. La translation du 11ème siècle.

     

    C’est sous l’autorité de l’évêque de Cambrai que la première translation des ossements de saint Guidon eut lieu, soit à la fin du 11ème siècle. Ces ossements furent lavés dans l’eau de la fontaine et enfermés dans un coffre de bois qui fut placé au centre de l’église, dans une crypte dont la construction remonterait peut-être au 9ème siècle. C’est suite à cet événement que les chroniqueurs rapportèrent que les malades ayant bu l’eau qui avait servi à laver les ossements, furent complètement guéris. Aussi, le flux de pèlerins de toutes conditions ne fit que croître au rythme de la multiplication des miracles supposés. Il est certain que le culte de saint Guidon fut un grand bénéfice pour le Chapitre et la paroisse d’Anderlecht.

     

    1.1.4.3. Fermeture et réouverture de la crypte (1796-1892).

     

    En 1796, sous le régime révolutionnaire, le collège de chanoines fut dissous mais l’église put garder son titre. La crypte, par contre, fut fermée et ne sera rouverte qu’environ un siècle plus tard. Au 19ème siècle, la Collégiale des SS. Pierre et Guidon fit l’objet d’importants travaux (1843-1847). Une nouvelle translation des ossements de saint Guidon fut organisée le 11 septembre 1851. Et le 2 octobre 1892, la crypte fut rouverte et la tour de l’église fut inaugurée, au milieu de grandes manifestations populaires et en présence d’importantes personnalités du monde religieux, militaire et civil, afin de rappeler l’importance de ce lieu de pèlerinage.

     

    1.1.4.4. La procession de saint Guidon et la course des cavaliers.

     

    Chaque année, à l’occasion de la fête de la Pentecôte, suivant une ancienne coutume souvent largement émaillée d’incidents, se déroulait autour de l’église SS. Pierre et Guidon, une course de chevaux particulièrement violente, au cours de laquelle des cavaliers se disputaient l’honneur d’entrer le premier dans l’église, assis sur son destrier. Le cavalier vainqueur était alors couronné de roses. Le public participait activement à ces festivités d’un genre particulier.

     

    « Après que la bénédiction eut été donnée à grands coups de goupillon, le peloton se reforma. Au signal, chaque bête, excitée par une forte portion d’avoine, s’ébranla et, tandis que la foule encombrait la place, grouillait sur les murs, les arbres et les toits, la course commença dans le cimetière…trois fois passa cette mêlée de centaures, de têtes d’hommes et de chevaux, de sarraus et de croupes parsemées de fleurs…le premier (cavalier) arriva devant le porche (de l’église)…le jeune homme et sa bête écumante…franchirent les escaliers et, précédés de la théorie liturgique, dans la fumée bleue des cassolettes, passèrent sous la voûte…le doyen remit au cavalier vainqueur une couronne de roses dont celui-ci ceignit son chef…(puis) toute la cavalerie, au son d’une musique, s’en fut ripailler de ferme en ferme. » (« Guidon d’Anderlecht », Maurice des Ombiaux, Editions Rivière, Paris, 1905).

     

    Cette coutume, que certains considèreront, sans doute avec quelque raison, bien peu chrétienne, était bien connue naguère en Occident. Ainsi, par exemple, à Abbots Bromley, dans le Staffordshire (Angleterre), le « Lord of Mis-rule » (=le « Seigneur de la Contre-Règle »), faisait irruption dans l’église, sur un cheval de bois (Le Charivari, p. ???). Sans doute ce dernier avait-il remplacé, à un moment de l’histoire, le cheval véritable, tel qu’il apparaissait encore dans la cavalcade d’Anderlecht. Quoiqu’il en soit, sa référence à la « contre-règle » évoque clairement l’inversion de la « règle établie » et le cavalier semble ici incarner le « chasseur infernal », connu dans une grande partie du monde occidental sous des noms divers tels que Hellequin ou le Mau-Piqueur, et dans lequel les théologiens se plaisent à reconnaître l’image même du Diable.

     

    De telles cavalcades sont également connues dans bien d’autres régions, notamment en Suisse, en Irlande ou encore, en Ecosse. La période choisie pour les festivités d’Anderlecht, correspondait d’ailleurs à une époque du Solstice d’été, époque à laquelle de nombreux pardons de chevaux ont également lieu en Bretagne. Les rites communs à la majorité de ces manifestations, sont la bénédiction des chevaux avant la compétition, les trois tours effectués autour de l’église par le cimetière ou dans une prairie située près d’une fontaine. Si le lieu de la manifestation se situe près de la mer, la cavalcade se terminera dans les vagues qui viennent s’abattre sur la plage.

     

    Lors de la cavalcade d’Anderlecht, pour mettre toutes les chances de leur côté, les participants achetaient du fil rouge qui avait été mis en contact avec les reliques de saint Guidon : on le portait sur soi ou on l’avalait.

     

    Mais ces violentes manifestations n’étaient évidemment pas exemptes de dangers. Ainsi, en 1722, un des onze archers déployés à Anderlecht en vue du maintien de l’ordre, tomba de son cheval et fut roué de coups de bâton.

     

    Suite aux pétitions répétées des curés des villages avoisinants, on décida finalement, en 1730, d’interdire l’entrée de l’église au vainqueur monté sur son cheval.

     

    De graves incidents qui éclatèrent en 1751 et 1752, incitèrent l’archevêque à décider l’interdiction pure et simple de cette manifestation. La violence qu’elle générait fut le prétexte invoqué pour supprimer cette tradition aux allures païennes, les religieux insistant sur le fait que leurs paroissiens se rendaient à Anderlecht, lors de ces festivités, dans le seul but de commettre les pires méfaits.

     

    La course fut donc interdite, mais le pèlerinage à cheval fut maintenu jusqu’en 1781. Cependant, une fois encore, les désordres furent tels, que le Magistrat de Bruxelles interdit formellement aux cavaliers de tirer des coups de feu en l’air, sous peine de se voir frappés de lourdes amendes et de se voir confisquer leurs armes.

     

    Suite à la disparition progressive de l’habitat rural autour de Bruxelles, le pèlerinage tomba ensuite lentement en désuétude : le saint patron « vétérinaire » avait, il faut le dire, perdu l’essentiel de son aura, du fait de la disparition progressive des chevaux et des bovins.

     

    La Confrérie de saint Guidon disparut au lendemain de la première guerre mondiale, mais la procession rituelle, impliquant la participation (pacifique) des cavaliers, sera toutefois maintenue, quant à elle, jusqu’en 1963.

     

    Il ne reste aujourd’hui de cette époque révolue, qu’un grand marché annuel qui se tient le premier mardi après le dimanche qui suit le 12 septembre, fête de saint Guidon.

     

    1.1.4.5. Saint Guidon jusqu’à nos jours.

     

    Avant certains aménagements urbanistiques destructeurs, tous les lieux de culte de saint Guidon, qui d’ailleurs correspondaient aux emplacements où se déroulaient les rites équestres que nous évoquons au point suivant, étaient réunis sur le territoire de la commune d’Anderlecht. Il s’agit de la Collégiale, du cimetière, de la fontaine dans laquelle furent lavés les ossements de saint Guidon, de la chapelle bâtie à l’endroit où grandit le chêne miraculeux et du lieu le plus remarquable, à savoir la crypte romane où était déposée la dalle sous laquelle se glissaient les pèlerins atteints de la « danse de saint Guy ». La fête de saint Guidon est fixée au 12 septembre, date anniversaire de sa mort fixée, comme nous l’avons dit, au 12 septembre 1012. Saint Guidon fut canonisé en 1112.

     

    1.2. La légende de saint Guidon.

     

    1.2.1. L’Ange et la Charrue.

     

    Le savant Arnold Rayssius, le seul parmi les biographes de saint Guidon à nous avoir laissé une description de cette histoire de l’ange et de la charrue, affirme ainsi que le Diable avait juré la perte de saint Guidon. Aussi, un compagnon du futur saint patron d’Anderlecht le dénonça-t-il un jour à son maître, à savoir le fermier pour lequel Guidon travaillait. Selon le délateur, Guidon quittait son travail pour partager son pain avec ses parents. Le fermier et le délateur décidèrent alors de faire tomber Guidon dans un piège. Après que le fermier eut donné à Guidon son pain pour la journée, les deux compères se cachèrent pour l’espionner. De fait, ils virent bientôt Guidon mettre son pain dans sa besace, quitter son travail et se rendre chez ses parents pour leur donner le pain. Mais à la grande stupéfaction du fermier et de son informateur, dès que Guidon fut parti, un ange, empoignant la charrue, prit sa place et se mit à labourer à sa place ! Guidon, qui avait mis de la terre dans sa besace, afin de donner l’illusion que le pain s’y trouvait toujours, revint bientôt et, prenant la charrue des mains de l’ange, poursuivit le labour. Certain, toutefois, de prendre Guidon en faute, le fermier se rua sur lui, ouvre sa besace, mais au lieu d’y découvrir de la terre, il y trouva bel et bien un pain…

     

    1.2.2. Le chêne miraculeux.

     

    Une autre histoire rapporte que Guidon ficha un jour son bâton dans le sol et qu’aux yeux de tous, il se couvrit de feuilles et devint un arbre bien vivant, un chêne miraculeux qui, dit-on, fut vert pendant six siècles, soit jusqu’au 17ème siècle. Durant l’année 1633, il est dit que les branches de l’arbre se desséchèrent et qu’en tombant, elles endommagèrent les maisons qui se trouvaient en dessous. Aussi, les habitants jetèrent-ils lesdites branches dans le feu, provoquant ainsi la colère de Dieu…Une épidémie de dysenterie frappa la population locale. Elle fit de nombreuses victimes et décima même une famille entière. Confrontés à d’aussi étranges circonstances, les chanoines du Chapitre prirent la décision d’abattre définitivement cet arbre et ils soumirent dans ce but, une requête à la chambre des comptes de sa majesté impériale, de même qu’à l’archevêque de Malines. L’un et l’autre acceptèrent la requête des chanoines et l’arbre fut abattu avec tout le respect qui lui était dû, puis il fut transporté en l’église des SS. Pierre et Guidon. Selon les recommandations de l’archevêque de Malines, ils devaient conserver le bois de cet arbre miraculeux ou encore en faire une statue de saint Guidon, des rosaires, etc. De nos jours, un morceau de cet arbre est encore conservé dans la chapelle consacrée à saint Guidon.

     

    1.2.3. Saint Guidon à Laeken.

     

    Lorsque le moment fut venu, Guidon quitta Anderlecht pour Laeken où l’on vénérait une statue miraculeuse de la Vierge Marie.Un jour qu’il était en prière dans l’église, le curé le remarqua et lui proposa la charge de sacristain. Il est dit de saint Guidon que sa frayeur du péché était telle qu’il ne cessait de se confesser, s’accusant de péchés véniels comme s’il s’agissait des fautes les plus abominables ! Sa tâche quotidienne de sacristain terminée, il restait souvent de longues heures dans l’église, à tel point que l’on pouvait dire que « le tabernacle du Seigneur était devenu son habitation et sa demeure »…

     

    1.2.4. Saint Guidon tenté par le Diable.

     

    On pourrait croire ce tableau de religieuse sainteté dénuée de toute intervention maléfique, mais ce serait compter sans les artifices du Prince de ce monde ! Sachant qu’il ne pourrait faire tomber Guidon dans le piège de la tentation, le Diable lui souffla qu’il était préférable qu’il devienne marchand arguant que le profit de son négoce pourrait lui permettre d’aider les pauvres. Un marchand, naturellement plus au fait des questions d’argent que des affaires de la religion, vint alors à passer par Bruxelles et il proposa à Guidon une association. A. Henne et A. Wauters, croient pouvoir déceler dans cette anecdote légendaire, certains détails historiques du 12 es siècle bruxellois : « Au temps de Lambert, vivait saint Guidon, qui fut sacristain à Laeken et mourut à Anderlecht en 1012. Sa vie, racontée par un contemporain, présente quelques détails pleins d’intérêt. On y voit qu’un marchand du château de Bruxelles persuada au saint de faire le négoce. Le texte du légendaire est remarquable en ce qu’il prouve à la fois et qu’il y avait déjà une population bourgeoise à Bruxelles, et que cette localité n’avait pas encore acquit les privilèges et les droits des villes : s’il en eût autrement, il l’aurait qualifiée d’Oppidum. » (Histoire de la Ville de Bruxelles, A. Henne et A. Wauters, t.1, 1968, p. 20). Soit. Quoiqu’il en soit, Guidon, oubliant que « celui qui cherche à devenir riche, détourne les yeux de Dieu » (de quoi s’interroger sur le caractère authentiquement pieux d’un certain haut-clergé à travers l’Histoire, mais soit…), tomba dans le piège diabolique en acceptant la proposition du marchand. Un jour que Guidon et son associé descendaient la Senne, ils heurtèrent un banc de sable ce qui provoqua le naufrage et la perte de tous leurs biens.

     

    1.2.5. Saint Guidon en pèlerinage à Rome et à Jérusalem.

     

    Guidon perçut dans ce désastre matériel un message de Dieu et il décida de partir en pèlerinage à Rome. Immédiatement après, il prit la route de Jérusalem, puis revint une seconde fois à Rome. Lors de cette seconde étape romaine, il rencontra le doyen d’Anderlecht, Wonedulphus, mais ce dernier ne reconnut pas Guidon. Ce dernier, par contre, put nommer le doyen par son nom, de même que chacun de ses compagnons. Ainsi le « pauvre d’Anderlecht » se fit-il reconnaître. Les pèlerins, accompagnés par Guidon, prirent alors le chemin de la Terre Sainte. Ce sera donc là le second voyage de saint Guidon dans cette région. Guidon et ses compagnons, parviendront à destination après, dit-on, avoir triomphé de multiples dangers. Sur le chemin du retour, le doyen Wonedulphus ôta sa bague en or et la remit à Guidon pour qu’à son retour à Anderlecht il puisse la montrer comme témoignage de la mort du doyen. De fait, ce dernier avait effectué là son ultime voyage.

     

    1.2.6. Les miracles de saint Guidon.

     

    1.2.6.1. Il est dit qu’en présence de saint Guidon, trois infirmes et deux aveugles furent guéris sur la tombe de Wonedulphus.

     

    1.2.6.2. De son vivant, le doyen d’Anderlecht Wonedulphus envoya un jour ses ouvriers travailler aux champs. Lorsqu’ils arrivèrent sur le lieu de leur labeur, ils découvrirent « une moisson de la plus belle qualité ». Ce champ, qui appartenait au doyenné d’Anderlecht, était connu sous le nom de « Bonnier du miracle ».

     

    1.2.6.3. Il est étrange de constater qu’il n’est nulle part fait mention, dans l’opuscule de 1898, de miracles destinés à soigner les animaux, alors que saint Guidon apparaît comme un saint protecteur du bétail et tout particulièrement des chevaux. Bien au contraire, les animaux qui ont l’innocente audace de marcher ou de se coucher sur la tombe du saint sont, comme nous l’avons, frappés par la « justice divine ». Il n’y est pas fait mention non-plus d’une quelconque guérison miraculeuse suite au passage sous la dalle qui supportait naguère la Châsse de saint Guidon. Ce rite fut vraisemblablement jugé « païen » par l’Eglise, à un moment de l’histoire d’Anderlecht.

     

    2. La Collégiale des SS. Pierre et Guidon.

     

    2.1. La Collégiale en quelques dates.

     

    2.1.1. 8e-9e s. : La Collégiale des SS. Pierre et Guidon se situe place de la Vaillance, sur le territoire de la commune bruxelloise d’Anderlecht. Il s’agit d’une église de style gothique, élevée sur une crypte romane. C’est à cet endroit, peut-être vers le 8e ou le 9e s., qu’a été fondée une église dédiée à saint Pierre. En l’absence de nouvelles fouilles, l’ancienneté de l’église Saint-Pierre lui assure donc un statut d’ « église-mère ».

     

    2.1.2. 11e s. : Les premiers textes concernant cet édifice n’apparaissent toutefois qu’au début du 11e siècle et les vestiges archéologiques datant de cette période sont particulièrement rares. A cette époque, Anderlecht devint la résidence et le domaine principal de Folcard d’Erpe, époux de Renilde. Cette famille seigneuriale portera le nom d’Anderlecht dès l’an 1080. Sans doute est-ce à l’initiative de Renilde que sera fondé, dans l’église seigneuriale, le Chapitre de Saint-Pierre. Ainsi, une charte datant de 1078 fait-il état d’une donation de quarante bonniers d’alleu ou de terres libres situées à Anderlecht, faite par Renilde, alors veuve de Folcard, en faveur du Chapitre de Saint-Pierre. Ledit Chapitre, semble-t-il l’un des plus anciens du Brabant, aurait donc été établi par les seigneurs d’Aa entre 1075 et 1080. A la fin du 11e siècle, on assistera à la première translation des reliques de saint Guidon et à leur inhumation dans la crypte romane de l’église Saint-Pierre.

     

    2.1.3. 1515 : Adriaan Floriszoon, né à Utrecht en 1459, est chanoine d’Anderlecht. Il sera pape de 1522 à 1523 sous le nom d’Adrien VI. Ce sera le dernier pape non-italien jusqu’à l’élection de Jean-Paul II, en 1978.

     

    2.1.4. 11 septembre 1851 : Nouvelle translation des ossements de saint Guidon.

     

    2.1.5. 19 septembre 1898 : La nouvelle flèche de la tour de la Collégiale des SS. Pierre et Guidon. A cette occasion parut un opuscule relatant la vie et les prétendus miracles de saint Guidon. Cet opuscule s’inspirait de la Vita Guidonis, rédigée par un chanoine anonyme du Chapitre de Saint-Pierre au début du 12e siècle. Il complète la « Vita Guidonis » en l’enrichissant d’anecdotes relatées par des « écrivains latins » dont les noms ne sont toutefois pas cités. Ce texte moralisateur loue les vertus de la pauvreté et encourage « à s’exercer aux vertus les plus héroïques ».

     

    2.2. La crypte. 

     

    La Collégiale des SS. Pierre et Guidon est dotée d’une crypte romane dont l’origine reste incertaine et dont la construction remonterait peut-être, comme nous l’avons suggéré, au 9e siècle. Elle est large de 4,30 m et profonde de 12,04 m. Peut-être s’agit-il là des vestiges d’une église primitive, enterrée par la suite. Ceci expliquerait l’origine des traces d’exposition aux intempéries que l’on peut voir sur les quatre colonnes monolithes en grès rouge-brun que l’on peut encore voir dans ladite crypte de nos jours.

     

    Marcel Jacobs, sans exclure l’éventualité d’une origine romaine de ces colonnes, souligne que ces « colonnes avaient été réemployées auparavant et furent peut-être utilisées dans une église primitive, là où apparaîtrait plus tard, la crypte. »

     

    Entre la première et la deuxième colonne de droite, se trouve un autel dont le dessus n’est autre qu’une pierre tombale, laquelle, comme les colonnes, paraît avoir été exposées aux intempéries. Il s’agit d’une dalle trapézoïdale décorée d’une bordure et rehaussée de trois marches et d’une longue branche à quatre feuilles. On ne remarque sur cette pierre, aucun signe chrétien, pas plus qu’une quelconque représentation de personne, comme c’était pourtant la coutume à l’époque romane. Ce monument fut placé dans la crypte après sa construction, sa forme générale rappelant celle du dolmen.

     

    Cette pierre tombale –une dalle bleue du Tournaisis- est peut-être d’origine mérovingienne ou carolingienne. A l’origine, elle couvrait sans doute, à l’origine, un sarcophage. De fait, ces sarcophages trapézoïdaux dérivaient des formes rectangulaires romaines. Quant au motif de la branche aux quatre feuilles, il a peut-être motivé le choix de la pierre, ce dessin pouvant éventuellement être mis en rapport avec la légende du bâton de saint Guidon se couvrant de feuilles et se changeant en chêne, qui sait ? Cela pourrait également être une représentation de l’Yggdrasil, l’Axis Mundi des Nordiques ? Tout cela, toutefois, reste du domaine de la pure spéculation qu’aucune preuve ne vient étayer. De plus, les historiens datent généralement cette pierre du 10e ou du 12e siècle, encore que cette datation elle-même ne semble pas faire l’unanimité.

     

    Le monument de la crypte de la Collégiale, sur lequel reposait jadis la Châsse de saint Guidon, tenait un rôle central dans un pèlerinage destiné à guérir les convulsionnaires et autres épileptiques : les malades se glissaient par un étroit passage de 67 cm de haut sur 33 cm de large situé sous le monument. Une preuve indirecte de l’existence de cet ancien rite nous est fournie par la présence de quatre alvéoles, deux en haut et deux en bas, qui sont la trace de la présence passée de deux tiges métalliques placées à cet endroit pour empêcher la pratique, vraisemblablement jugée « païenne » ou, à tout le moins, « peu chrétienne » par les autorités ecclésiastiques, du rituel de passage contre la « danse de saint Guy ». Nous ne savons toutefois pas quand fut instaurée cette interdiction, ni combien de temps elle dura.

     

    Quoiqu’il en soit, ce pèlerinage contre la « danse de Saint-Guy », également nommée « chorée contagieuse », était notoirement connu à Anderlecht. Plus précisément, cette « danse de saint Guy » désigne « une suite d’affections caractérisées par l’apparition de mouvements involontaires », les malades bondissant en arrière de manière extraordinaire, puis s’effondrant sans force, expirant leur souffle.

     

    A noter que ceci n’est pas sans rappeler l’histoire, légendaire elle, des « danseurs de Kölbig qui, pour avoir refusé d’assister à la messe de minuit, à Noël, se lancèrent dans une danse endiablée, jusqu’à ce que mort s’en suive. Dans la légende arthurienne, Lancelot est confronté à un péril comparable.

     

    Sous le régime révolutionnaire, la crypte, qui renfermait les reliques de saint Guidon, fut fermée (1796), et ce pour environ un siècle. Durant cette période, la Collégiale servit de salle de fêtes, et la crypte, de débarras. Celle-ci ne sera rouverte que le 2 octobre 1892.

     

     

    Eric TIMMERMANS.

     

     

    Sources : L’essentiel de cette recherche sur la Collégiale des SS. Pierre et Guidon, et la légende de saint Guidon, a été effectué par mon père, Georges Timmermans, né à Anderlecht, le 24 février1938 et décédé dans cette même commune, le 27 novembre 2004 / Histoire de la Ville de Bruxelles, t.1, A. Henne et A. Wauters, Editions Culture et Civilisation, 1968, p. 20.