Bruxelles vu par les bruxellois.

  • Remparts et portes des 1ère et 2ème enceintes de Bruxelles.

             REMPARTS ET PORTES DES 1ère et 2ème ENCEINTES DE BRUXELLES

     

    « Qu’on s’imagine le puissant intérêt et l’aspect saisissant que présenterait notre ville si nos pères, tout en renversant les murailles qui étreignaient l’expansion de la cité, avaient isolé, en les conservant, les portes si curieuses et si pittoresques des deux enceintes. Notre commune serait semée aujourd’hui de monuments originaux, de spécimens de l’architecture d’autrefois, tranchant, par leur aspect fruste et étrange, sur l’uniformité des constructions modernes, et l’étranger viendrait les contempler, comme il va à Rouen…Nous devons regretter amèrement que ces témoins du passé aient disparu. » (Charles Buls, Bourgmestre de Bruxelles, au Conseil communal du 27 février 1888, dans « Bruxelles, notre capitale », L. Quiévreux, p. 158). Précisons toutefois que les sublimes vestiges du Vieux Rouen vantés, à juste titre, par Charles Buls, ont eu largement à souffrir de la seconde guerre mondiale : l’incendie de juin 1940 et les bombardements de 1944 ont entrainé la destruction de 28,5 ha dans la zone de 95 ha délimités par l’enceinte du 12e siècle….

     

    1. Deux remparts ou trois ?

     

    La ville de Bruxelles fut, durant son histoire, dotée de deux enceintes, l’une élevée au 12e siècle et l’autre au 14e siècle, et chacune fut percée de sept portes. C’est là un fait historiquement établi. Toutefois, nous verrons que d’autres portes furent ultérieurement ajoutées et qu’il convient de ne pas les confondre – erreur que commettent régulièrement de nombreux Bruxellois eux-mêmes - avec ce que nous appellerons, afin de les distinguer, les quatorze « portes historiques » des deux enceintes de Bruxelles.

     

    En outre, selon certaines hypothèses, un rempart – ou, plus précisément, une ligne de défense - aurait été élevé avant celle du 12e siècle. Ainsi, M. Paul Bonenfant, ancien archiviste de l’Assistance publique, basant ses recherches sur une curieuse particularité relevée par Des Marez, archiviste de la ville de Bruxelles, révèle qu’en 1694, les graissiers (marchands de volaille et de produits laitiers) demandèrent la permission d’agrandir leurs locaux jusque sur l’ « ancien rempart ».

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La maison des graissiers n’était autre que l’actuelle Brouette, qui est aujourd’hui une taverne située aux numéros 2-3 de la Grand-Place, mitoyenne du Roi d’Espagne, établissement qui forme, lui, l’angle de la rue au Beurre. Or, les historiens s’accordent pour dire qu’il n’y a jamais eu de rempart entre la Grand Place et ce qui est aujourd’hui l’arrière de la Bourse. Quel « ancien rempart » les graissiers pouvaient-ils donc bien évoquer ?

     

    Examinant le plan de Martin de Tailly (1639), M. Bonenfant découvrit près de l’ancienne église des Récollets (qui s’élevait sur l’actuel emplacement de la Bourse), un mur de défense doté d’une tour, ledit mur étant orienté parallèlement à la direction de la Senne. Selon M. Bonenfant, cette ligne de défense, probablement édifiée à la fin du 10e siècle et laissant la Grand Place à l’extérieur de son enceinte, aurait eu pour mission de protéger le castrum de l’Île St-Géry.

     

    « Préoccupé de fournir des éléments nouveaux à cette théorie, M. Van Hamme a exploré la cave du 31 de la rue au Beurre, car la ligne du rempart, telle que l’établit M. Bonenfant, se superpose exactement au côté sud de la rue au Beurre. » (Bruxelles, notre capitale, p. 86). De fait, dans la cave du n°31 de la rue au Beurre (adresse de la Maison Dandoy, renommée pour la haute qualité et la grande variété de ses biscuits), ont été découverts des blocs de grès lédien maçonnés dans les briques. On pouvait donc s’attendre à retrouver des vestiges de la ligne de défense du 10e siècle derrière les maisons de la rue au Beurre.

     

    En outre, « les travaux d’approfondissement de la cave de la maison de la rue au Beurre ont ramené au jour un crâne humain, une entrave de fer et une cruche en grès. La cruche a été datée du XVme siècle. L’entrave devait emprisonner le poignet du captif. Serait-ce dans une cellule de l’enceinte ? Le crâne, conservé pendant longtemps, a malheureusement disparu. » (Ibid.). 

     

    1. La première enceinte.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    II.1.Bref historique de la première enceinte.

     

    La construction de la première enceinte de Bruxelles trouve son origine dans certains événements survenus dans le courant des 11e et 12e siècles. A cette époque, les habitations se multiplient dans la vallée de la Senne et le castrum de Saint-Géry, même renforcé de steenen, ces maisons « en dur » (steenen vient du thiois « steen » qui signifie « pierre ») qui remplacent progressivement les vieilles maisons de bois, n’est plus en mesure d’en assurer la défense. Aussi, le comte de Louvain, Lambert II Balderic, décide-t-il de quitter l’île Saint-Géry, située en zone marécageuse, et d’édifier, semble-t-il entre 1040 et 1047, le nouveau château ducal sur le Coudenberg (actuelle place Royale).

     

    Le Coudenberg est une colline voisine de ce qui allait devenir la collégiale des SS. Michel-et-Gudule (actuelle cathédrale Saint-Michel), suite au transfert, à la même époque, des reliques de sainte Gudule, jusque là conservées dans la chapelle castrale de Saint-Géry. Les centres des pouvoirs politique et religieux se déplacent donc, au rythme de l’élargissement de la cité. Ces évolutions réclament  l’édification d’un rempart adapté à la situation nouvelle.

     

    « La construction de la première enceinte, promise aux Bruxellois par le duc de Brabant, Henri Ier (1190-1235) fut organisée et financée par la Ville elle-même ; l’ensemble fut terminé dans le courant du XIIIe siècle. » (La Porte de Hal, L. Wullus, p. 4). Il s’agit d’une muraille, haute de 6 à 7 m, sur arcades insérées dans d’importantes levées de terre, type de construction que l’on retrouve dans tout le duché de Brabant, notamment à Binche et à Nivelles. Ladite enceinte, jalonnée de 50 tours de guet reliées entre elles par des pans de mur nommés courtines, était percée de sept portes, mais afin de faciliter les relations entre le centre-ville et les constructions bâties extra-muros, l’on perça en outre, dès 1289, cinq portes secondaires nommées « wickets ». Les abords de la muraille étaient défendus par un fossé, à certains endroits, rempli d’eau et entouré de marais (nord), à d’autres endroits, sec et relativement étroit (est). L’enceinte proprement dite, d’une longueur de 4 km environ, était, en outre, jalonnée d’une cinquantaine de tours de guet reliées entre elles par des pans de murs appelés courtines.

     

    La première enceinte englobe l’île Saint-Géry, le premier port de bord de Senne, les collines du Treurenberg, incluant la première collégiale romane des SS. Michel et Gudule, le Coudenberg avec le château ducal, sans oublier la Grand Place. Mais Bruxelles poursuit son expansion. Ainsi peut-on noter la construction, hors des murs, de l’église Notre-Dame de la Chapelle -la présence d’une chapelle à l’endroit où se dresse actuellement cette église est attestée par une charte datée de l’année 1134, signée de la main du duc de Brabant, Godefroid le Barbu- de même que d’un poste avancé que l’on nommera, pour des raisons que nous évoquerons plus avant, la Porte à Peine Perdue (du côté de la rue Rempart des Moines), édifiée au début du 14e siècle.

     

    Après la mort de Jean III de Brabant (1312-1355), suivit un conflit de succession qui amena le comte de Flandre Louis II de Maele, à investir Bruxelles. C’est là que l’on place l’épisode de la révolte d’Everard t’Serclaes qui, à la tête de quelques dizaines d’hommes, entra dans Bruxelles, jeta à bas le drapeau flamand que Louis de Maele avait fait hisser à la fenêtre de la Maison de l’Etoile, sur la Grand Place, et chassa les Flamands de la ville.

     

    Toutefois, le rempart ayant largement montré les limites de son efficacité militaire, l’on décida d’en construire un second qui devait accroître grandement l’étendue de la cité et lui donner globalement l’aspect d’un pentagone. Le démantèlement de la première enceinte s’étala, selon les quartiers, du 16e au 18e s, ce qui signifie que les premier et deuxième remparts coexistèrent durant près de quatre siècles (du 14e au 18e). 

     

    Après la destruction ou l’utilisation à des fins non-militaires de ses portes et de ses « wickets » (portes secondaires), la première enceinte fut conservée aux moyens de strictes mesures de protection. Ainsi, par exemple, durant tout le 16e siècle, était-il interdit de faire pousser des vignes aux abords des murs, celles-ci provoquant le déchaussement des pierres de la muraille. Quant aux tours, parfois utilisées comme entrepôts, parfois incluses dans les habitations, elles bénéficièrent de la même protection que les courtines. Ce n’est qu’au 16e siècle que la première enceinte fut totalement démilitarisée et cédée aux particuliers. Elle sera peu à peu absorbée par l’habitat urbain.

     

    Mais au 19e siècle, sous prétexte, plus ou moins justifié, de « modernité » et d’ « assainissement », on entreprit de colossaux travaux de rénovation urbaine. Il en fut ainsi des travaux de voûtement de la Senne, compris entre 1867 et 1871. Il en fut ainsi, aussi et surtout, de cette ogresse par trop célèbre, connue sous le nom de « Jonction Nord-Midi », qui saccagea la ville un siècle durant, les travaux ayant commencé au 19e siècle pour se terminer plus que laborieusement…en 1952. De nombreux édifices et maisons furent détruits, de même que nombre de vestiges de la première enceinte que l’on retrouva sous l’habitat urbain. Les quelques vestiges qui purent être sauvés ne le furent que par la volonté de quelques personnes, tel que le bourgmestre Charles Buls, grand défenseur du patrimoine bruxellois.

     

    II.2.Portes et « wickets » de la première enceinte.

     

    II.2.a.Les sept « portes historiques » de la première enceinte.

     

    S’il existe encore un certain nombre de vestiges du premier rempart de Bruxelles, il n’existe plus de trace de ses sept « portes historiques ». Nous en connaissons toutefois l’emplacement :

     

    -La Steenpoort (ou Porte de Pierre) était située au coin du boulevard de l’Empereur et de la rue de Rollebeek. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Hal.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte du Coudenberg (ou Porte de Namur) était située au coin de la rue de Namur et de la rue de Bréderode. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Namur (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte du Coudenberg » plutôt que de celle de « Porte de Namur », pour désigner la porte de la première enceinte)..

     

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    L’aspect rustique de la Porte du Coudenberg étonne. La construction de l’environnement, avec une tourelle aux pignons à gradins, coupe la ligne des remparts crénelés. A droite du dessin (Cobergh, daté : 30 di seth 1613.) le dessinateur a représenté un coin de l’auberge dont l’enseigne à potence porte l’esquisse d’un porc. Un monceau de bûche, soigneusement rangées, rappelle la dureté des hivers. Une entrée aux piliers de bois donne accès de l’établissement, dont le domaine est représenté clôturé. Une charrette à deux roues repose près de la clôture. Deux hommes, côté à côte, regardent les champs. Un personnage à cheval s'apprête à franchir la porte de sortie. (Bruxelles Jadis, Van Hamme, page 79)

    La Porte du Treurenberg (ou Porte Sainte-Gudule) était située derrière la cathédrale Saint-Michel, au coin du Treurenberg et de la place de Louvain. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Louvain.

     

    -La Porte de Malines (ou Porte de Warmoesbroeck) était située au coin de la rue Montagne-aux-Herbes-Potagères et de la rue du Fossé-aux-Loups. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Schaerbeek.

     

    -La Porte Noire (ou Petite Porte de Laeken) était située au coin de la rue de l’Evêque et de la rue de la Vierge Noire. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Laeken (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte Noire » plutôt que de celle de « Petite Porte de Laeken », pour désigner la porte de la première enceinte).

     

    -La Porte Sainte-Catherine était située au coin de la rue Sainte-Catherine et de la place Sainte-Catherine. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte de Flandre.   

     

    -La Porte d’Overmolen (ou Porte d’Anderlecht) était située au croisement de la rue Marché-au-Charbon et de la rue du Jardin des Olives. La « porte historique » de la seconde enceinte qui lui correspond est la Porte d’Anderlecht (aussi est-il préférable, afin d’éviter les confusions, d’user du nom de « Porte d’Overmolen » plutôt que celle de « Porte d’Anderlecht », pour désigner la porte de la première enceinte).

     

    Durant la journée, c’est à ces portes que l’on percevait les taxes sur les marchandises. La nuit, elles restaient closes. Ajoutons que quatre de ces portes ouvrent et ferment le tracé de deux anciennes chaussées qui traversent Bruxelles :

    -la première est la « Chaussée romaine » qui s’étend, à l’intérieur de la première enceinte, entre la Steenpoort et la Porte du Treurenberg via le boulevard de l’Empereur, le Cantersteen avant de parvenir au Treurenberg en longeant la cathédrale ;

    -la seconde est la « Steenweg » (ou « Chaussée de pierre ») qui est sans doute légèrement antérieure à la première enceinte et qui s’étend de la Porte du Coudenberg à la Porte Sainte-Catherine, via la rue de Namur, la place Royale, la Montagne du Parc, le Mont des Arts, la rue de la Madeleine, la rue du Marché aux Herbes, la rue du Marché aux Poulets et la rue Sainte-Catherine.

     

    Au lendemain de la construction de la seconde enceinte, entre 1357 et 1379, les « portes historiques » de la ville, de même que les « wickets » (ou guichets secondaires) furent progressivement détruits afin de faciliter la circulation intra-muros. La Porte de Sainte-Catherine, de même que la Porte Noire, survécurent un temps du fait de leur transformation en lieu d’habitation. D’autres portes servirent d’entrepôts pour les grains et pour le sel. Toutefois, seules trois portes survécurent jusqu’au 18e siècle. Il s’agit de la Porte du Treurenberg et de la Steenpoort, qui furent aménagées en prison, et de la Porte du Coudenberg qui fut utilisée comme salle d’archives, à partir de 1594.  

     

    II.2.b. Les cinq portes secondaires ou « wickets » de la première enceinte.

     

    Nous l’avons dit, qu’il s’agisse de la première enceinte ou de la seconde, l’on commet souvent l’erreur de confondre les « portes historiques » et les portes secondaires, également nommées « guichets » ou « wickets » (ce terme thiois trouvant d’ailleurs son équivalent dans le mot français « guichet » dont il est peut-être une déformation) ou encore « portes d’octroi ». Afin de les distinguer, nous réserverons le terme de « portes » ou « pavillons d’octroi » pour les portes secondaires de la seconde enceinte et le terme de « wickets » pour les portes secondaires de la première enceinte, celles-là mêmes qui nous intéressent ici. Ainsi dénombre-t-on plusieurs « wickets », vraisemblablement cinq ;  (Promenades bruxelloises – La Première enceinte, p. 4), percés dans le rempart de la première enceinte. Nous en avons retrouvé quatre, dont un probable :

     

    -Le Wicket du Lion : La rue de la Grande Île était coupée en son milieu par le rempart. C’est à cet endroit qu’une poterne nommée Guichet (ou Wicket) du Lion, permettait d’entrer intra-muros.

     

    -Le Wicket de Driesmolen : Situé au croisement de la rue Van Artevelde et de la rue Saint-Christophe.

     

    -Le Wicket (probable) du n°42 (2002) de la rue des Chartreux : « Anciennement nommée rue du Viquet, dont on a fait par corruption Vincket, [la rue des Chartreux] a, par arrêté du 4 mai 1853, aggloméré la rue qui portait encore ce nom. » (Bochart). Au 18e siècle, l’on fit de cette artère une rue du Finquet ou encore, de Finquette : le terme « wicket » vient-il du mot français « guichet » ou, au contraire, le terme Finquet ou Finquette, vient-il du mot « wicket », ou l’une métamorphose précéda-t-elle l’autre ? La question n’est guère tranchée. Dans le vestibule du n°42 de la rue des Chartreux, on peut encore apercevoir (2002) quelques pierres d’une tour dont on suppose qu’il pourrait s’agir des vestiges d’un « wicket » autrefois installé dans cette rue.

     

    -Le Wicket de Ruysbroeck : Ce guichet s’éleva, de 1289 à 1540, sur la place de la Justice, dans le prolongement de la rue de Ruysbroeck. Il fut supprimé en 1540 afin de faciliter le passage du cortège de l’Ommegang.

      

    II.2.c. La Porte à Peine Perdue.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    Pas plus que les « wickets », la Porte à Peine Perdue, associée à la première enceinte de Bruxelles, ne compta parmi ses sept « portes historiques ». Cet ouvrage défensif avancé fut construit hors des murs, à peu près à mi-parcours de ce qui est aujourd’hui la rue de Flandre, là où cette artère forme un angle obtus, au carrefour du Marché-aux-Porcs, de la rue Léon Lepage et de la rue du Rempart des Moines. Cette dernière tient son nom d’un mur de terre et de pierre, bordé d’un fossé extérieur creusé au 13e siècle. Ledit « rempart des moines » était destiné à protéger le couvent de Jéricho, situé hors des murs de la première enceinte.

     

    On franchissait jadis ce rempart en suivant la rue de Flandre, en passant sous les voûtes de la Porte à Peine Perdue et en empruntant le pont Philippe qui enjambait alors le fossé du « rempart des moines ». Lorsque l’on décida la construction de la deuxième enceinte, dans la seconde moitié du 14e siècle, la Porte à Peine Perdue et le « rempart des moines » perdirent toute utilité. On rasa le rempart, on combla le fossé et, du fait d’une obsolescence intervenue si vite, la Porte à Peine Perdue acquit son nom. Elle « servit longtemps d’arsenal et de magasin d’objets de couchage pour les troupes. Un incendie s’étant déclaré en 1727 dans une maison attenante, le feu consuma entièrement la porte et les objets que le bâtiment renfermait. » (Bochart). On décida alors de raser ses décombres.

     

    III. La seconde enceinte.

     

     

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    III.1.Bref historique de la seconde enceinte.

     

    III.1.a. Quatre siècles au service de la défense de Bruxelles.

     

    Comme nous l’avons dit, au lendemain de la prise de Bruxelles par le comte de Flandre Louis de Maele (1356) et la reconquête de la ville par Everard t’Serclaes, les Bruxellois décidèrent de bâtir une seconde enceinte, longue de 8 km, prenant en compte l’expansion démographique et géographique de la cité. Les travaux s’étalèrent de 1357 à 1381-1383. La seconde enceinte, qui prit globalement l’aspect d’un pentagone –raison pour laquelle on se réfère parfois à « Bruxelles-Pentagone » pour désigner la ville originelle de Bruxelles-, devait s’étendre sur huit kilomètres, soit le double de la première enceinte.

     

    Comme cette dernière, elle fut percée de sept portes que nous nommons « portes historiques », qui correspondent chacune aux sept portes de la première enceinte et auxquelles, comme nous le verrons, viendront s’ajouter ultérieurement une huitième porte (la Porte du Rivage) et cinq portes secondaires dites « portes d’octroi ». La nouvelle enceinte est, en outre, jalonnée de 72 tours semi-circulaires et est, dans la partie basse de la ville, entourée d’un fossé inondé.

     

    Aux 16e et aux 17e s., les nouvelles techniques de siège et le développement de l’artillerie, obligèrent Bruxelles à entreprendre de grands travaux visant à doter le rempart de nouvelles défenses aptes à tenir l’ennemi à distance. Ainsi, de nouveaux obstacles (fossés, bastions et ouvrages défensifs triangulaires tournés vers l’extérieur), furent-ils placés en avant de l’enceinte.

     

    Entre 1672 et 1675, on construisit le Fort de Monterey (du nom du comte espagnol en charge du renforcement des défenses de la ville) sur les hauteurs de Bruxelles correspondant à la commune de Saint-Gilles, au sud de la Porte de Hal. Mais, en définitive, ces fortifications se révélèrent inefficaces : elles ne purent empêcher ni le bombardement de Bruxelles, en 1695, ni la prise de la ville par les troupes françaises, en 1746. L’ère de la guerre de siège prenait fin, et avec elle, l’utilité même des anciennes fortifications bruxelloises.

     

    III.1.b.. La garde des remparts.

     

    Durant la journée, les gardes surveillaient les différents accès de la ville, mais durant la nuit, ils étaient disséminés sur le rempart. Leur rôle était de surveiller les environs extérieurs, mais également de donner l’alerte en cas de feu ou de danger repéré intra-muros.

     

    Mais la défense de la ville reposait essentiellement sur la capacité de mobilisation de ses habitants, tous les hommes valides, de 17 à 60 ans, pouvant être appelés à porter les armes pour la défendre. Ils devaient pourvoir eux-mêmes à une partie de celles-ci (armes et armures), alors que la Ville se chargeait du matériel collectif (armes de jet, tentes bannières, artillerie…). La Ville disposait, en outre, d’un corps d’archers et d’arbalétriers regroupés dans des guildes et qui seront, ultérieurement, remplacés par des porteurs d’arquebuses et d’autres armes à feu.

     

    A l’origine, la gestion des remparts et de leurs portes était assurée par les Lignages, soit les sept grandes familles patriciennes de Bruxelles. Après 1421, les Nations – soit les neuf corps de métiers de Bruxelles- se joindront aux Lignages dans cette mission. Voilà pourquoi il fallut inventer un système d’ouverture et de fermeture des portes à deux clés, chaque porte étant du ressort d’un portier mandaté par l’un des Sept Lignages et d’un autre mandaté par l’une des Neuf Nations.

     

    III.1.c. Le démantèlement des fortifications.

     

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    Aussi, l’empereur autrichien Joseph II ordonna-t-il, en 1782, le démantèlement de la plupart des places fortes des Pays-Bas méridionaux, y compris celle de Bruxelles. Le Fort de Monterey et la majorité des portes de la ville furent rasées. Ne subsistèrent bientôt que les portes de Laeken et de Hal. Lors du rattachement des Pays-Bas méridionaux à la République Française, dans les années 1794-1795, les travaux de démolition furent arrêtés, mais ils reprirent sous le Consulat. La Porte de Laeken disparut à son tour sous le Premier Empire (1808). Enfin, par une ordonnance du 19 mai 1810, l’Empereur Napoléon Ier ordonna la destruction de la seconde enceinte qui se vit remplacée par des boulevards. Mais la fin du Premier Empire français empêcha la réalisation complète de ce projet. Les travaux d’aplanissement des ruines reprirent sous le régime hollandais (1815-1830).

     

    III.1.d. L’octroi.

     

    Les boulevards, qui suivent le tracé de ce que les Bruxellois nomment encore aujourd’hui la Petite ceinture, se virent doublés d’une barrière – la barrière de l’octroi- bordée par un fossé qui ferme la ville. « En 1800, l’administration française décida l’établissement d’octrois municipaux. L’article 131 de la loi belge du 30 mars 1836 laissa entier le principe des lois antérieures sur la matière, et les Bruxellois connurent l’octroi pendant soixante ans. » (Bruxelles, notre capitale, L. Quiévreux, p. 155).

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    Porte d'Anderlecht
    Photo de Pierrot Heymbeeck (2016)

    La barrière était défendue par un certain nombre de bâtiments nommés « pavillons d’octroi » qui remplacèrent progressivement les anciennes « portes historiques », désormais militairement obsolètes, et qui avaient pour but le contrôle de la perception des taxes sur les marchandises qui entraient dans la ville : « Avant 1860, on ne pénétrait pas aussi facilement dans Bruxelles-Ville qu’aujourd’hui. Les remparts avaient disparu, mais tout le long des boulevards extérieurs existait un fossé. Pour entrer en ville, il fallait passer par les portes de l’octroi, correspondant aux anciennes portes fortifiées. Les aubettes elle-même étaient défendues par des grilles, si bien que l’entrée de Bruxelles ressemblait étrangement à un passage en douane. Les gabelous veillaient. Ils étaient très sévères. La plupart des produits, surtout le gibier, le vin et les alcools étaient strictement contrôlés. » (Ibid, p. 155).

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    On supprima l’octroi le 21 juillet 1860. La barrière fut démantelée, « la population en liesse arracha les portes et les grilles de fer qui formaient barrière entre la ville et les faubourgs. L’Administration communale mit en vente les clôtures de la ville, à charge de démolition. » (Ibid, p. 155). Quant aux pavillons d’octroi, pour la plupart, ils disparurent. Ne subsistent de ces derniers que ceux que l’on peut encore voir aux carrefours des portes d’Anderlecht (dont l’un des anciens pavillons d’octroi abrite le Musée des égouts de la Ville de Bruxelles) et de Ninove (anciens pavillons d’octroi), de même que ceux de la porte de Namur (ancienne « porte historique » de la seconde enceinte) qui ont toutefois été déménagés au bout de l’avenue Louise, à l’entrée du Bois de la Cambre. De la seconde enceinte proprement dite, ne subsiste plus que la Porte de Hal, transformée, selon la mode romantique, en un château néo-gothique, entre 1868 et 1871, par l’architecte Henri Beyaert.

     

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    Entrée du Bois de la Cambre.

     

     

    III.2.Les portes de la 2ème enceinte.

     

    III.2.a. Les sept « portes historiques » de la 2ème enceinte.

     

    La Porte de Hal  constitue l’ultime vestige de la seconde enceinte de Bruxelles. Elle se situe à la jonction des boulevards du Midi et de Waterloo, en face de la rue Haute.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Namur était située à l’endroit qui porte encore son nom aujourd’hui et dominait la ville. Elle fut démolie en 1760 et remplacée, en 1835, par des pavillons d’octroi.

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    La Porte de Louvain était située entre les places Madou et Surlet de Chokier, à l’endroit qui porte encore son nom de nos jours. Elle fut démolie en 1783 et remplacée ultérieurement par des pavillons d’octroi.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Schaerbeek (parfois nommée aussi « Porte de Cologne », à ne pas confondre avec les pavillons d’octroi de la « Porte de Cologne » jadis située au bout de la rue Neuve, du côté de la place Rogier) était située au croisement des actuels boulevard Botanique et rue Royale, à l’endroit qui porte encore aujourd’hui le nom de « Porte de Schaerbeek ». Elle fut démolie en 1784 et ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte de Laeken était située à la jonction des boulevards du Jardin Botanique et Emile Jacqmain. Transformée en prison, elle fut finalement détruite en 1807.

     

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    La Porte de Flandre était située à l’endroit où, aujourd’hui, les rues de Flandre et Antoine Dansaert aboutissent au canal de Charleroi. Elle fut détruite en 1783 et ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi.

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    La Porte d’Anderlecht était située à l’endroit qui porte toujours ce nom aujourd’hui, où la rue d’Anderlecht rejoint le boulevard du Midi. Détruite en 1784, elle fut ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi qui existent toujours.

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    III.2.b. La Porte du Rivage.

    Portes de la ville de Bruxelles,

    La Porte du Rivage –parfois également nommée « Porte du Canal » ou « Trou du Rivage »- était une huitième porte, ajoutée en 1561, soit deux siècles après la construction de la première enceinte (raison pour laquelle nous devons la considérer comme une « porte tardive » à distinguer impérativement des sept « portes historiques » de la seconde enceinte), afin de contrôler l’accès au port fluvial auquel on accédait par le nouveau canal. Elle était située à l’emplacement de l’actuelle place de l’Yser, où l’on trouvait anciennement l’Allée verte (J. d’Osta). Cette porte constituait donc l’accès fluvial et douanier du canal de Willebroeck vers l’ancien port intérieur de Bruxelles, dont les bassins aboutissaient à la place Sainte-Catherine. La Porte du Rivage fut détruite en 1783, puis remplacée par des pavillons d’octroi.

     

    1II.2.c. La Grosse Tour.

     

    La Grosse Tour, également nommée « Tour du Pré-aux-Laines », était un élément de la seconde enceinte situé au niveau de l’actuelle place Louise. Avec ses 30m de diamètre, c’était l’une des plus grosses tours du second rempart, raison pour laquelle on lui a donné le nom qui est le sien. Elle fut utilisée comme tour de guet et également dans le cadre du tir annuel des archers, des arbalétriers et des arquebusiers. La Grosse Tour subsista longtemps après le démantèlement de la seconde enceinte et même à celui de la grille de l’octroi : elle ne fut démolie qu’en 1907. Une rue qui relie la place Stéphanie et la rue de la Concorde, nommée « rue de la Grosse Tour », perpétue son souvenir.

     

    III.2.d.. La Tour Bleue.

     

    Avec la Grosse Tour, la Tour Bleue (ou Tour Hydraulique) était l’une des deux tours particulièrement remarquables de la deuxième enceinte de Bruxelles. Elle était située entre les « portes historiques » de Namur et de Louvain, et, plus précisément, au niveau du milieu de la rue Zinner, sur la droite, lorsque l’on vient de la rue Ducale pour se rendre au boulevard du Régent. Cette tour a subsisté des siècles durant mais a aujourd’hui disparu.

     

    III.2.e. Les pavillons d’octroi de la seconde enceinte (19e s.).

     

    Il convient de distinguer deux types de pavillon d’octroi :

    premièrement, ceux que l’on a substitués aux anciennes « portes historiques », de même qu’à la « porte tardive » du Rivage ; c’est le cas des portes de Namur, de Louvain, de Schaerbeek, du Rivage, de Flandre et d’Anderlecht ;

    deuxièmement, ceux qui ont été édifiés en supplément des premiers ; c’est le cas des portes de Charleroi (dite « Louise »), de la Loi, Léopold, de Cologne, d’Anvers et de Ninove.

     

    Nous comptons donc une douzaine de « pavillons d’octroi », tous composés de deux bâtiments de style néo-classique :

     

    La Porte de Charleroi, soit deux pavillons d’octroi édifiés en 1840, était située à la place Louise (entre les « portes historiques » de Namur et de Hal), que les Bruxellois nomment plus volontiers « Porte Louise ». Quoi de plus naturel d’ailleurs : la prétendue « place Louise » n’est, dans les faits, qu’un simple carrefour. Les pavillons d’octroi de la « Porte Louise » (le nom de « Porte de Charleroi » n’est plus utilisé, ni dans la toponymie, ni dans le langage courant) n’existent plus. Une fois de plus, on a substitué à un nom toponymique, celui d’une personnalité qui n’apporte aucune information sur le lieu ainsi nommé, ce que l’on ne peut que déplorer. La place ou porte Louise doit son nom à la reine Louise-Marie d’Orléans, épouse de Léopold Ier. Comme nous l’avons déjà dit, au niveau de la place Louise se situait un édifice nommé la Grosse Tour dont le nom se voit perpétuer dans celui d’une rue voisine située pour moitié sur le territoire de Bruxelles-Ville (n°s impairs), pour l’autre, sur le territoire d’Ixelles (n°s pairs).

     

    La Porte de Namur « historique » fut détruite en 1782 et remplacée temporairement par une aubette de bois qui servit à la perception de l’octroi. Cette aubette précéda les deux pavillons de pierre élevés en 1835 et conçus par l’architecte Auguste Payen. Ces derniers subsistèrent à cet endroit jusqu’en 1863, soit trois années après l’abolition de l’octroi, et furent alors déplacés à l’entrée du Bois de la Cambre, au bout de l’avenue Louise. En 1866, à l’emplacement des anciens pavillons d’octroi, on édifia une fontaine monumentale à laquelle on donna le nom de Charles De Brouckère (1796-1860), en mémoire de cet ancien bourgmestre de Bruxelles. Cette fontaine fut démantelée en 1955. Ajoutons que l’on a parfois donné le nom de « Nouvelle Porte du Coudenberg » à la Porte de Namur (2ème enceinte), en souvenir du nom de la Porte du Coudenberg qui était la porte correspondante dans la première enceinte et que l’on nomme aussi parfois… « Porte de Namur ». Afin d’éviter les confusions, nous préférons, pour notre part, réserver le nom de « Porte de Namur » à la porte de la 2ème enceinte qui était jadis située à l’emplacement du quartier nommé « Porte de Namur » aujourd’hui, et celui de « Porte du Coudenberg » à la porte correspondante de la première enceinte, jadis située au coin des actuelles rue de Namur et des Petits Carmes.

     

    Les Portes de la Loi et Léopold, respectivement construites en 1849 et 1850, et situées entre les « portes historiques » de Namur et de Louvain, donnaient, l’une et l’autre, accès au quartier Léopold (où se situe aujourd’hui le Parlement européen). Les pavillons d’octroi de ces portes n’existent plus et leurs noms eux-mêmes se sont perdus, tant dans la toponymie de la ville que dans les mémoires.

     

    La Porte de Louvain « historique », jadis située au niveau des places Surlet de Chokier et Madou, fut détruite en 1783. Elle fut remplacée par deux pavillons d’octroi de plan octogonal, qui défendaient l’accès de l’hémicycle de la Porte de Louvain. Lesdits pavillons furent démolis lors de l’abolition de l’octroi, en 1860.

     

    La Porte de Schaerbeek « historique », jadis située à l’emplacement de l’actuelle place de Schaerbeek, fut démolie en 1785. On la nomma également « Porte de Cologne », nom que nous ne retiendrons toutefois pas pour désigner cette porte, afin d’éviter toute confusion avec les pavillons d’octroi de la Porte de Cologne, érigés en 1839, à hauteur de la place Rogier. Des pavillons furent également construits à l’emplacement de la Porte de Schaerbeek, en 1827. Ils furent démolis au lendemain de l’abolition de l’octroi, en 1860.

     

    La Porte de Cologne (1839) était située entre les « portes historiques » de Schaerbeek et de Laeken et, plus précisément, à hauteur de l’actuelle place Rogier (que l’on connut notamment sous le nom de « place de Cologne »). Les « pavillons d’octroi » de la Porte de Cologne, qui avaient été installés au bout de la rue Neuve et qui restèrent en place jusqu’en 1860, n’existent plus.

     

    La Porte d’Anvers :

     

    *La première porte d’octroi : La Porte d’Anvers est la première des portes d’octroi à avoir été édifiée, en 1804, sur le tracé de la deuxième enceinte. On la situait entre la « porte historique » de Laeken et la porte que nous dirons « tardive » du Rivage. Le percement de la Porte d’Anvers permit de passer directement de la rue de Laeken à la chaussée de Laeken (de nos jours, « chaussée d’Anvers »), sans devoir effectuer un détour en « U » par la Porte de Laeken voisine (jadis, il semble que l’on pouvait cependant accéder de la rue de Laeken à l’actuelle chaussée d’Anvers, par une poterne que l’on a muré ultérieurement). Le nouveau passage fut flanqué de deux pavillons d’octroi.

     

    *Sous le Premier Empire : C’est par cette porte, où l’on avait édifié une arche triomphale sur laquelle étaient écrits ces quelques mots, « Son nom seul le rend impérissable », que, le 1er septembre 1804, le Consul Napoléon Bonaparte (il ne sera sacré empereur que le 2 décembre 1804) fit son entrée à Bruxelles. Et voilà pourquoi, en 1807, on lui donna le nom de « Porte Napoléon ». C’est également par cette porte que, via la chaussée d’Anvers (à l’époque, « chaussée de Laeken »), « l’impératrice Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, petite-fille de Marie-Thérèse, fit son entrée à Bruxelles, le 23 avril 1810, avec l’empereur Napoléon Ier. » (Bochart) Après la chute de l’Empire, on donna à la « Porte Napoléon », le nom de « Porte de Laeken », puisqu’elle remplaçait la vraie « Porte de Laeken », « porte historique » de son état, située originellement à la jonction des actuels boulevard Emile Jacqmain et du Jardin Botanique, et détruite en 1807 : « Plus généralement connue sous le nom de Porte de Laeken. Elle sépare la place d’Anvers de la chaussée du même nom. Sous le régime impérial français, on la nomme Porte Napoléon. » (Bochart)

     

    *Sous le régime hollandais (1815-1830) :

     

    La Porte Napoléon prendra tout naturellement le nom de « Porte Guillaume », en référence au roi Guillaume Ier des Pays-Bas, pays sur lequel ladite porte donne dès lors un accès direct. La « Porte Guillaume » s’ouvre également sur la promenade champêtre très prisée et très mondaine de l’Allée verte. En 1819, un genre d’arc de triomphe aux prétentions monumentales, œuvre de l’architecte Tilman-François Suys, y est construit, pour perpétuer le souvenir de l’entrée de Guillaume Ier à Bruxelles (1817), le souverain des Pays-Bas ayant vraisemblablement décidé d’imiter Napoléon :

    Portes de la ville de Bruxelles,

     

    « Lors de l’entrée du roi Guillaume Ier dans Bruxelles (1817), les magistrats de cette ville et un grand nombre d’habitants lui préparèrent une brillante réception, et pour en perpétuer le souvenir, la régence fit construire une sorte d’arc de triomphe, exécuté sur les dessins de Suys, par Van Gheel ; il était soutenu par deux colonnes corinthiennes, avec un bas-relief représentant le bourgmestre Vanderfosse offrant les clefs de la ville au roi, au-dessus de l’archivolte étaient placées quatre grandes figures, et sur les côtés, à plomb des colonnes, deux statues colossales allégoriques. Depuis cette époque, jusqu’en 1830, on donna à cette entrée de Bruxelles la dénomination de Porte Guillaume. » (Bochart).

     

    Selon Jean d’Osta, les pavillons d’octroi de la Porte d’Anvers sont alors déplacés vers la nouvelle Porte de Ninove, pour laisser place à l’arche susmentionnée :

     

    « Mais, en 1819, on décida de transférer les deux petites aubettes de la rue de Laeken au boulevard de l’Abattoir, pour les besoins de la nouvelle Porte, dite de Ninove, et de construire à leur place une porte monumentale au bout de la rue de Laeken, dédiée au roi Guillaume. » (J. d’Osta)

     

    Cette thèse semble être toutefois contredite par Eugène Bochart, en 1857, qui précise qu’au lendemain des événements de 1830 (soit bien après 1819), la « Porte Guillaume » (future « Porte d’Anvers »), « qui n’avait pas été solidement construite, fut démolie à l’exception de la partie inférieure, c’est-à-dire des deux aubettes de l’octroi, que l’on voit encore actuellement. » (Bochart). Selon un témoignage d’époque, donc, les deux portes d’octroi de la Porte d’Anvers étaient toujours bien situées au même endroit, non seulement après 1830, mais jusqu’à la moitié des années 1850. Elles ont ainsi survécu à la Porte Guillaume elle-même, qui fut détruite en 1838.

     

    Ceci dit, Jean d’Osta n’a pas tort lorsqu’il prétend que des éléments de ladite Porte Guillaume ont bien été déplacés vers la Porte de Ninove, il ne s’agit toutefois pas des portes d’octroi, mais des seules colonnes de la Porte Guillaume (ex-Napoléon). Ainsi, Eugène Bochart précise-t-il qu’en 1820, on adapta à la Porte de Ninove, les colonnes de la Porte Guillaume.

     

    *Dans le royaume de Belgique (de 1830 jusqu’à nos jours) :

     

    Suite à la création du royaume de Belgique, au début des années 1830, la porte d’octroi change une fois de plus de nom –il n’est plus question, à présent, de garder celui du souverain des Pays-Bas, dont les territoires qui composent la Belgique viennent de se détacher !- pour devenir, comme nous l’avons dit,  la « Porte d’Anvers ». A noter qu’en 1835, c’est à l’Allée verte, à proximité de la Porte d’Anvers donc, qu’on édifiera la première gare ferroviaire de la ville. La Porte d’Anvers, dont le nom s’est perpétué jusqu’à nos jours, n’est plus aujourd’hui qu’un carrefour situé au croisement de la rue de Laeken et du boulevard d’Anvers.

    Porte d'Anvers.JPG

    Porte d'Anvers (2016)

     

    La Porte du Rivage, bâtie en 1561, est une huitième porte ou, plus précisément, une « porte tardive » de la seconde enceinte. Elle était située à l’emplacement de la place de l’Yser. Au lendemain de sa destruction, en 1783, on édifiera à cet endroit deux pavillons d’octroi qui seront démolis après la suppression de cet impôt, en 1860.

     

    La Porte de Flandre « historique » fut détruite en 1783. Elle fut ultérieurement remplacée par des pavillons d’octroi dont il ne reste cependant plus trace aujourd’hui. Le nom de « Porte de Flandre » s’est toutefois perpétué jusqu’à nos jours pour désigner un carrefour où se rejoignent les rues Antoine Dansaert et de Flandre.

    Ninove.jpg

    La Porte de Ninove (1806), que l’on situe entre les « portes historiques » de Flandre et d’Anderlecht est l’une des rares portes secondaires à avoir survécu jusqu’à nos jours. De fait, les pavillons d’octroi de la Porte de Ninove existent toujours. On les situe place de Ninove que les Bruxellois désignent presqu’exclusivement sous le nom de « Porte de Ninove ». A noter que c’est également à la Porte de Ninove que l’on situait la « Petite Ecluse ». C’est, en effet, à cet endroit que le bras occidental de la Senne pénètre en ville.

    Ecluse.jpg

    La Porte d’Anderlecht « historique » fut détruite en 1784. A son emplacement (toujours nommé « Porte d’Anderlecht » aujourd’hui), on édifia, en 1836, deux pavillons d’octroi, qui existent toujours et dont l’un abrite le Musée des égouts de la Ville de Bruxelles.

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Bruxelles, notre capitale, PIM-Services, 1951, p. 85-86, 155-158 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995, p. 23, 118-119, 227 / Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, Eugène Bochart (1857), Editions Culture et Civilisation, 1981, p. 94, 157, 199, 209, 321-322 / Histoire de la Ville de Bruxelles, A. Henne et A. Wauters, Editions « Culture et Civilisation » Bruxelles, 1968,  p. 30-31 / Histoire secrète de Bruxelles, Paul de Saint-Hilaire, Albin Michel, 1981, p. 57-65 / La Porte de Hal – Témoin silencieux d’une histoire tumultueuse, Linda Wullus, Musées Royaux d’Art et d’Histoire, 2006, p. 4, 5, 9, 14, 28-32. / Promenades bruxelloises, La première enceinte, Ville de Bruxelles, 2002.

  • Gustave Van Boxem

     Monsieur Gustave Van Boxem

     

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    "Je viens d'apprendre le décès survenu en décembre 2016 de

    Monsieur Gustave Van Boxem.

     

    Bien triste nouvelle, d'autant que Gus avait insisté à plusieurs reprises sur le plaisir qu'il aurait à voir vivre ce site d'échanges et de contacts entre anciens de l'ALL.

    Condoléances à sa veuve, pour laquelle il fit preuve d'un dévouement exceptionnel.

    Pour répondre à sa volonté maintes fois exprimée, si l'on relançait ce site d'échanges, qui nous a permis de nous souvenir de tant d'événements petits ou grands de notre enfance ?

    Il en serait ravi. Merci Gust et au revoir.

    Tu étais un toffe peï et un excellent professeur.

    Sincères condoléances Madame, votre mari était d'une grande humanité.

    André Tastenoy (Lepage 1968 -1979)"

    Ce commentaire a été posté par Tastenoy.

     

     

    "Bien triste nouvelle, surtout pour son épouse dont il s'occupait de tout son cœur.

    Gus était un grand monsieur, toujours à l'écoute et un assidu du net jusqu'à la fin, bref, comme le dit si bien notre ami André, un "toffe pei", un vrai de chez nous...

    Sincères condoléances, Madame van Boxem, je garderai de votre époux un excellent et inoubliable souvenir !

    Frans Asselberghs ( Lepage 1959-1963 )"

    Ce commentaire a été posté par Asselberghs.

     

     

    "Que voilà une bien triste nouvelle. Un prof remarquable et drôle comme tout.

    Merci pour tout Mr Van Boxem.

    Toutes mes condoléances à sa famille.

    Georges De Ridder (ALL 1968-1981)"

    Ce commentaire a été posté par DE RIDDER.

     

     

  • La rue du Tabora.

     

    LA RUE DE TABORA.

     

     

    1.Tabora, une ville de l’ancienne Afrique orientale allemande (Tanzanie).

     

    La plupart des artères bruxelloises que l’on trouve entre la Grand Place et la place de la Monnaie, évoquent le monde du commerce : la rue Marché-aux-Poulets, la rue Marché-aux-Herbes, la rue au Beurre, la rue des Fripiers, etc. Et cela rend pour le moins étrange la présence, en ces lieux, d’une « rue de Tabora » située sur l’itinéraire traditionnelle du cortège du Meyboom  ( http://bruxellesanecdotique.skynetblogs.be/archive/2013/09/16/le-meyboom-7926879.html ) et dont les origines du nom m’apparurent longtemps mystérieuses. Pourquoi avait-on baptisé de ce nom, cette rue qui, longeant l’une des faces de l’église Saint-Nicolas, s’étend du commencement de la rue au Beurre à la rue Marché-aux-Herbes ? Et que pouvait-il bien signifier ? Désignait-il un objet religieux ou un instrument quelconque ? Cette rue avait-elle toujours porté ce nom ? De fait, au cœur du Vieux Bruxelles, où les rues et la Grand Place voisine rappellent le passé le plus ancien de la ville, le nom de Tabora apparaît comme une étrangeté et bien peu nombreux sont les gens qui, aujourd’hui, pourraient encore dire à quoi ce nom se rapporte. Je fus longtemps de ceux-là. Mais un jour, en discutant autour d’une pinte de bière artisanale au « Schieven Architek », un estaminet de la place du Jeu de Balle, j’en vins à entretenir mon vieil ami, Jean-Louis Vanderpoorte, de l’église Saint-Nicolas, sis rue de Tabora. Il me demanda soudain si je connaissais l’origine du nom de Tabora et je me vis dans l’obligation d’avouer ma honteuse ignorance. Tabora, me dit-il doctement et avec justesse, rappelle le nom d’une ville africaine prise aux Allemands par les troupes coloniales belges au cours de la première guerre mondiale. De fait, Tabora était alors une des deux principales villes de l’Afrique allemande et, aujourd’hui encore, ce nom désigne une vaste région de la Tanzanie. Et ceci nous permet, en outre, d’établir une relation avec le centenaire de la première guerre mondiale.

     

    2.Contexte géopolitique en Afrique orientale durant la première guerre mondiale.

     

    L’aventure de l’Afrique orientale allemande commence le 3 mars 1885, lorsqu’un certain Carl Peters, fondateur de la Société pour la colonisation allemande, reçut une autorisation impériale afin d’établir un protectorat en Afrique de l’est. Ses frontières, fixées en 1910, englobait les territoires actuels de la Tanzanie (à l’exception de l’archipel de Zanzibar), du Rwanda et du Burundi. Lorsqu’éclata le premier conflit mondial, l’Afrique orientale allemande était entourée d’ennemis : les Britanniques dans les actuels Ouganda et Kénya (au nord), dans l’archipel de Zanzibar (à l’est), au Malawi et en Rhodésie du Nord (actuelle Zambie, au sud) ; les Portugais, dans l’actuel Mozambique (au sud) ; les Belges au Congo (à l’ouest). Dans ces conditions, les Allemands ne pouvaient remporter de victoire décisive. Il ne reste dès lors qu’une chose à faire : garder les Britanniques (de loin la force ennemie  principale) sur le terrain, le plus possible, aussi longtemps que possible et leur faire dépenser le plus grand nombre possible de ressources en hommes, munitions et en vivres. Ce sont ainsi vraisemblablement 200.000 Britanniques qui, du fait de ce conflit africain, manqueront sur le front européen. C’est le lieutenant-colonel Paul-Emil von Lettow-Vorbeck qui, s’inspirant semble-t-il de techniques napoléoniennes, sera l’artisan de cette campagne dont les troupes allemandes sortiront invaincues.

     

    Le conflit débute le 5 août 1914, par une escarmouche opposant des militaires britanniques à des postes avancés allemands situés le long de la rivière Kagera, sur la frontière avec le Protectorat britannique d’Ouganda. S’ils parviennent, non sans difficulté, à assurer définitivement leur suprématie sur le lac Victoria, les Britanniques n’en subissent pas moins nombre de défaites, à tel point que l’on écrira plus tard que le Royaume Uni subit lors de ce conflit, les plus remarquables échecs de l’histoire militaire britannique ! Et de désigner plus précisément les batailles de Moshi (3 novembre 1914, connue sous le nom de « bataille du Kilimanjaro », elle n’aura, en fait, pas réellement lieu, les Britanniques ayant perdu une grande partie de leur équipement en route, décidant, après quelques escarmouches, de se replier en Afrique orientale britannique) et de Tanga, qui, malgré un rapport de forces défavorables, se soldera par une victoire allemande, suite à un désastreux débarquement amphibie britannique.  En 1916, c’est un général sud-africain du nom de Jan Smuts qui prend la tête des troupes britanniques. Alors que les Portugais, dont l’efficacité militaire laissera à désirer, se massent à la frontière sud de l’Afrique orientale allemandes, Smuts fait appel à la Force publique du Congo belge qui remportera plusieurs victoires contre les troupes allemandes, dont celle de Tabora (19 septembre 1916). Nous y reviendrons.

    Au début de 1917, la grande majorité des soldats qui composent les troupes britanniques sont africains (ils en composeront le totalité à la fin de la guerre). Le général Smuts, se voit remplacer par un autre Sud-Africain, le général Van Deventer, qui, comme son prédécesseur, se voit contraint de demander l’aide de la Belgique afin de confier à la Force publique, une partie d’une nouvelle offensive. Au cours de celle-ci, les Belges emporteront une seconde victoire face aux troupes allemandes, lors de la bataille de Mahenge. Suite à leur défaite, les troupes de von Lettow-Vorbeck fuient vers le Mozambique portugais duquel elles attendent, à juste titre, peu de résistance. En juillet 1918, le chef militaire allemand, qui a été promu Generalmajor , livre bataille à Namcurra, puis, à la surprise générale, reprend la route du nord le mois suivant. Les troupes allemandes arrivent en Rhodésie du Nord en octobre 1918. Invaincues, elle rendent les armes le 25 novembre 1918, quelques jours après la signatures de l’Armistice.

     

    3.Le Congo belge entre en guerre.

     

    Suite aux déclarations de guerre de l’Allemagne à la Belgique et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, le lieutenant-général Charles Tombeur, commandant en chef de la Force publique (FP), ordonne la mobilisation le 6août 1914 et nomme le lieutenant-colonel Frédérick Olsen, chef d’état-major. Pour rappel, la Force publique est une force armée créée en 1885 pour exercer des missions de police dans l’Etat indépendant du Congo de Léopold II. Composée principalement, à l’origine, de mercenaires –officiers européens, notamment scandinaves, et troupes africaines originaires de Zanzibar ou de zones côtières anciennement colonisées-, elle devait se doter, dès l’année suivante, d’officiers belges et recruter parmi les populations locales, notamment des Bangala, une tribu guerrière du Haut-Congo. La FPdevait garder son nom jusqu’après l’indépendance congolaise et la Crise congolaise de 1965. En 1914, la FP comptait environ 17.000 soldats. Elle remporta plusieurs succès militaires contre les troupes allemandes, notamment à Tabora et à Mahengé. De 1914 à la fin 1917, 58 militaires européens, 1895 soldats et 7124 porteurs devaient trouver la mort au cours des combats.

    Les premiers affrontements mettant aux prises, de 1914 à 1915, troupes belges et allemandes se concentreront principalement sur le lac Tanganyika et sur ses rives. Les Belges, soutenus par les Britanniques, parviendront finalement à s’imposer. La FP interviendra également en Rhodésie du Nord. Et le 9 octobre 1917, la FP devait remporter la victoire, à l’issue de la bataille de Mahengé. Mais en ce qui nous concerne, c’est la bataille de Tabora qui nous intéresse plus particulièrement.

     Les troupes belgo-britanniques, affaiblies par les maladies tropicales, peinent à poursuivre von Lettow-Vorbeck. Il est vrai que, confrontés à un rapport de forces qui leur est défavorable, les troupes allemandes se voient le plus souvent dans l’obligation de se retirer. Partie de Bukavu, la « brigade sud » de la FP (commandement : lieutenant-colonel Frédérick Olsen) s’empare de nombreuses positions allemandes, entre le 6 mai et le 30 juillet 1916, principalement dans les actuels Rwanda et Burundi et sur les rives du lac Tanganyika. Sans réels combats, la FP contrôle désormais 120 km de la voie ferrée des chemins de fer allemands qui va de Dar es Salaam (Océan indien) à Ujiji (Tanganyika). Le troupes allemandes ont mené plusieurs opérations de sabotage, avant de se replier sur Tabora. Il faut donc réparer car la voie ferrée doit permettre le ravitaillement de la brigade. Mais la progression vers Tabora se poursuit. Le 10 septembre 1916, la « brigade sud » entame les premières lignes de défense de Tabora. Elle est rejointe par la « brigade nord » (commandement : lieutenant-colonel Armand Huyghé) dans la nuit du 13 au 14 (alors que les Britanniques restent en arrière, empêtrés dans des problèmes de télécommunication et de logistique…). De violents combats vont ainsi opposer les troupes belges aux troupes allemandes jusqu’au 19 septembre, date à laquelle les Belges s’emparent de la ville et mettent en fuite les troupes du major-général Kurte Wahle. Les Britanniques, quant à eux, n’arrivent à Tabora que le 23 septembre, alors que la position est entièrement sécurisée par la Force publique…

    Tabora fut le cœur administratif  de la partie centrale de l’Afrique orientale allemande. Sa prise par les hommes de la Force publique apparaît donc comme une victoire décisive. De fait, elle aboutit à la « décapitation » de la logistique allemande et à la prise de contrôle, par la coalition belgo-britannique, de la ligne de chemin de fer allemande qui relie Dar es Salaam à Ujiji, comme nous l’avons déjà mentionné. Pour von Lettow-Vorbeck, il est évident que le nord de la colonie allemande est définitivement perdu, ce qui n’empêchera pas les troupes allemandes de poursuivre le combat, jusqu’à après l’armistice de 1918. L’absence de rôle militaire joué dans la prise de Tabora ne dissuadera pas pour autant les Britanniques de s’inquiéter ouvertement d’une possible prétention des Belges sur la colonie allemande et, sans complexe, de demander à ceux-ci de regagner le Congo belge et d’aller assurer la sécurité du Ruanda-Urundi qui allait ainsi devenir possession belge. Le général Tombeur remet alors le commandement général de la Force publique à Armand Huyghé et prend le commandement des forces d’occupation du futur Ruanda-Urundi belge fortes d’environ 2000 hommes. Il établit son QG à Tabora. Toutefois, la future Tanzanie devait devenir par la suite possession britannique.

    Le général Tombeur (1867-1947), d’origine liégeoise, sera, en tant que commandant en chef de la Force publique (23 février 1915 – 19 septembre 1916), considéré comme l’artisan de la victoire de Tabora. Le capitaine-commandant Charles Tombeur était arrivé dans l’Etat indépendant du Congo en 1902, avant de devenir l’officier d’ordonnance du roi Albert Ier, de 1909 à 1912. Il retourne en Afrique et devient inspecteur d’Etat, de même qu’administrateur du Katanga entre 1912 et 1914. C’est également lui qui réorganisera la Force publique. Après la victoire de Tabora, il sera, jusqu’au 22 novembre 1916, commandant en chef des troupes d’occupation du Ruanda-Urundi, comme nous l’avons dit. En 1917, il sera nommé vice-gouverneur du Congo belge, avant de reprendre le poste d’administrateur général du Katanga, de 1918 à 1920. Le 29 décembre 1926, il est anobli avec le titre de baron par le roi Albert Ier, et devient ainsi le baron Charles Tombeur de Tabora (on appréciera au passage le jeu de mot, sans doute bien involontaire…). Il a également donné son nom à une rue de la commune bruxelloise d’Etterbeek (ex-rue Ma Campagne).

    La campagne de 1916 dite « de Tabora » devait coûter la vie à 5875 hommes (41 officiers et sous-officiers), 1334 hommes de troupe et 4500 porteurs, ces derniers étant tous morts de maladies ou d’épuisement).

     

    4.La rue de Tabora, prolongation de la rue au Beurre.

     

    La petite rue de Tabora (40 m) est de même longueur que l’église Saint-Nicolas qu’elle borde, entre la rue de la Bourse et la rue Marché-aux-Poulets. On lui donna son nom actuel, en souvenir de la bataille de Tabora, au lendemain de l’armistice de 1918. Auparavant, cette rue était en fait le premier tronçon de la rue au Beurre dont elle a hérité des maisons numérotées de 1 à 13 et de 2 à 20. C’est la raison pour laquelle notre actuelle rue au Beurre, qui s’étend de la Bourse à la Grand Place, commence aux numéros 15 et 22. La rue de Tabora fut aussi parfois désignée, dans les années 1840, sous le nom de « Coin des Trois Pucelles », référence à une ancienne fontaine qui se situait dans ce quartier et qui représentait trois jeunes filles dont les seins faisaient jaillir six minces filets d’eau. Elle était connue sous le nom de « Fontaine des Trois Pucelles ». En 1857, Eugène Bochart inclut clairement l’actuelle rue de Tabora dans la rue au Beurre, mais il évoque également en ces termes, l’histoire de la Fontaine des Trois Pucelles : « Au coin, en face de la rue des Fripiers, se trouvait la remarquable fontaine des Trois Pucelles ou des Trois Déesses. La tradition rapporte que cette fontaine était un ancien souvenir du paganisme, et remontait aux premiers temps de la ville. Cette fontaine représentait un pilier que trois statues de femmes tenaient embrassé ; de leurs mamelles jaillissait l’eau qui tombait dans les cuves ; un concours fut établi en 1776 pour réparer ce chef d’œuvre, mais les finances de la ville ne permirent pas d’entreprendre cette réparation artistique. On érigea un obélisque qui en 1826 a été à son tour remplacé par une borne fontaine. » Parmi les curiosités de cette petite artère, outre l’église Saint-Nicolas –à laquelle plusieurs maisons de la rue de Tabora et de la Petite rue au Beurre, sont adossées- on notera la présence, au numéro 11, du café A la Bécasse, véritable institution dans l’univers des libations bruxelloises. On y accède par un très long couloir qui n’est autre qu’une ancienne impasse, déjà citée aux 15e et 16e siècles, sous le nom de Geuzenstroetke, en bruxellois thiois, et d’impasse des Gueux, en français. Or, au 17e siècle, voire au 16e siècle, ladite impasse possédait déjà une brasserie dénommée La Bécasse, De Snip, en thiois.

     

    Sources : Dictionnaire historique des rues, places…de Bruxelles, Eugène Bochart (1857), Editions Culture et Civilisation, 1981 / Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles, Jean d’Osta, Le Livre, 1995 / La chanson des rues d’Etterbeek, Jean Francis, Louis Musin Editeur, Bruxelles, 1976.

     

     

    +-+-+-+-+-

     

    Merci à Yves Keymolen, pour les recherches aux archives de la ville de Bruxelles.

    Tabora,

  • Auderghem

    SI AUDERGHEM M’ETAIT CONTE…

     

    1.Origines et brève histoire chronologique d’Auderghem.

     

    1.1.Les origines d’Auderghem.

     

    A l’origine, Auderghem s’est développé dans la vallée de la Woluwe, alimentée par deux affluents : le Watermaelbeek (ouest, prend sa source à Watermael) et le Roodclosterbeek (est, prend sa source à Tervueren). Ces deux affluents se jettent dans la Woluwe (partiellement souterraine aujourd’hui), rue Jacques Bassem, à hauteur du parc du Bergoje. Le bassin de la Woluwe est vraisemblablement occupé depuis le Néolithique moyen (civilisation du Michelsberg : -3000 / -2200). A l’époque romaine (-58 à +476), le territoire d’Auderghem fait partie intégrante de la forêt « charbonnière » qui couvre le territoire de l’actuelle Belgique, du nord au sud.

     

    1.2.Epoque franque (476 – 987).

     

    Les Francs Saliens s’installent dans la vallée de la Woluwe au 5e siècle. Ils créent des domaines agricoles dans les clairières ou dans les zones déboisées et défrichées par leurs soins. De ces domaines naîtront divers hameaux, dont Auderghem (dont le nom apparaît dans la moitié du 13e s.), qui est alors la plus isolée des « localités » imbriquées dans la forêt. Il s’agit d’un conglomérat de quelques exploitations agricoles indépendantes, reliées entre elles par des chemins de terre. Auderghem est un hameau qui dépend de Watermael, sur les plans civil et religieux.

     

    1.3.Epoque médiévale (11e – 13e s.).

     

    Vers l’an Mil, la chapelle Sainte-Anne fut construite sur l’emplacement d’un oratoire en bois. Un siècle plus tard, une tour lui est adjointe. Le nom d’Auderghem, sous sa forme d’origine d’Oudrenghem, est attesté pour la première fois dans un acte, en 1253. Le nom vient de Ouder (vieux) et hem ou ghem, dérivé du vieil allemand haim (maison). Il pourrait remonter à l’époque franque et serait dès lors issu de Aldaharinga haim (Maison d’Alaric). Oudrenghem est cité une seconde fois dans un acte abbatial, en 1257. On répertorie à cette époque, une vingtaine de maisons, entourant trois ou quatre métairies. En 1262, le prieuré de Val-Duchesse est fondé.

     

    1.4.Bourgogne et Habsbourg (1363 – 1794).

     

    En 1368, le prieuré du Rouge-Cloître est fondé. En 1435, on compte 174 foyers pour Watermael, Boitsfort et Auderghem et 180, en 1536. On compte alors à Auderghem quatre moulins à eau, dont trois sur la Woluwe, et deux sur le Roodekloosterbeek. En 1726, passage de la chaussée de Wavre. En1749, pavage de la chaussée de Tervueren.

     

    1.5.Le 19esiècle.

     

    En 1830, Auderghem compte 500 habitants. En 1843, construction de l’église Sainte-Anne. En 1844, Auderghem est reliée à Boitsfort par une chaussée pavée. Le 1er janvier 1863, Auderghem, qui s’étend sur 903 ha et compte 1600 habitants, obtient son indépendance communale ; lancement d’un vaste programme de travaux publics. En 1886, 66 Auderghemois sont emportés par une épidémie de choléra. En 1881, la commune compte 2487 habitants (dont seulement 229 électeurs). En 1888, installation de l’éclairage public.

     

    Saint Anne.jpg

    Photo prise en janvier 2017.

     

    1.6.Le 20e siècle.

     

    En 1904, installation de la distribution d’eau à Auderghem. En 1906, construction de l’église Saint-Julien. En 1914, Auderghem compte 8000 habitants ; 49 Auderghemois seront tués au cours de la première guerre mondiale (Monument au Morts, rond-point du boulevard du Souverain). En 1923, Auderghem compte 9850 habitants et, en 1940, 18.279 habitants. Durant la deuxième guerre mondiale, 53 Auderghemois perdent la vie. En 1959, construction de l’église de Blankedelle. En 1956, désaffectation des lits de la Woluwe et du Watermaelbeek ; voûtement à proximité du boulevard du Souverain. En 1963-1965, construction de l’actuelle église Saint-Julien. En 1970, inauguration d’une nouvelle Maison communale. En 1976, prolongation du métro jusqu’à la station Hermann-Debroux. En 1977, inauguration du Centre d’art du Rouge-Cloître. En 1983, création d’un musée de la forêt au Centre d’information de la forêt de Soignes au Rouge-Cloître. En 1990, aménagement d’un espace vert au Bergoje. En 1997, opération « Bruxelles, ma découverte : Auderghem ». Environ 25.000 personnes visitent le site de Val-Duchesse.

     

     2.Les Meuniers d’Auderghem.

     

    C’est en 1949 qu’un groupe folklorique auderghemois, « Les Meuniers d’Auderghem » (ou « Boerkens van Ouderghem »), voit le jour dans le quartier populeux de la commune, concentré autour de la rue du Vieux Moulin, derrière la maison communale actuelle. A cette époque, les gens venaient au moulin à eau qui se trouvait à cet endroit, au bord de la Woluwe. Le fondateur de ce groupe portait le nom de Désiré Jacquemyns.  Un groupe de danse d’une centaine de personnes se constitua autour d’un accordéoniste.

     

    Les hommes étaient habillés en meuniers, avec un chemisier blanc et un foulard rouge, retenu par une boîte d’allumettes. Les femmes portaient une jupe rouge avec une ruban blanc dans le bas et un foulard vert avec des « floches ». Et ils portaient des sabots argentés…bien peu pratiques pour la danse ! Les Meuniers d’Auderghem ont toutefois remporté nombre de concours folkloriques, et participaient régulièrement aux jubilés et aux mariages. Ils se sont même produits en France, à Cambrai.

     

    Dans leurs déplacements, des étendards et des géants les suivaient. Les deux géants furent baptisés en 1949, du nom des deux paroisses d’Auderghem, Julien et Anne. Le bourgmestre Lebon donna lecture de leur acte de naissance, avant qu’ils ne furent bénis à l’église Sainte-Anne. Les « Meuniers d’Auderghem » assurèrent le parrainage.

     

    Survint un jour la modernité avec son cortège de pollution et de bruit automobiles, radiophoniques et télévisés et, en 1956, les Meuniers d’Auderghem disparurent. Quant à Julien et Anne, ils tombèrent dans les oubliettes de l’histoire locale. De ce temps, il ne reste plus aujourd’hui que quelques photos jaunies, comme le dit un jour au journal Le Soir, Jeanne, l’épouse de Désiré Jacquemyns.

     

    3.Les églises Sainte-Anne et Saint-Julien.

     

    3.1.De la chapelle à l’église Sainte-Anne.

     

    La chapelle Sainte-Anne, dressée sur un promontoire, surplombe le domaine de Val-Duchesse. Antérieure au couvent tout proche, elle a été bâtie au 11e s., dans le style roman, avec caractères issus du type rhénan. Elle a    vraisemblablement été précédée par un édifice en bois. Très rapidement, la chapelle devint un lieu d’un important pèlerinage : on venait y prier la Vierge et sa mère, sainte Anne, afin de solliciter diverses guérisons ; c’était, en particulier, le cas des femmes frappées de stérilité. On accédait à la chapelle Sainte-Anne, par une rampe pavée –le Kapelleweg-, de même que par un escalier de pierre construit en 1667, mais qui fut en partie démoli, au début du 20e siècle.

     

    C’est en 1307 que le duc de Brabant Jean II, donna la chapelle Sainte-Anne au couvent des dominicaines de Val-Duchesse, qui dirigeaient déjà, à l’époque, le couvent Saint-Clément de Watermael. A la fin du 16e s., les bâtiments de Val-Duchesse vont souffrir d’un incendie qui endommagea aussi légèrement la chapelle Sainte-Anne. Celle-ci tendit à prendre, dès lors, un aspect plus gothique, notamment pour ce qui est de la tour et des vitraux.

     

    Tout au long de son histoire, la chapelle Sainte-Anne joua un rôle central dans le développement d’Auderghem, la communauté paroissiale s’organisant autour d’elle. Survint la Révolution française, et en 1812, sous le Premier Empire, Sainte-Anne fut vendue à un particulier nommé Jean Puraye. Il fallut attendre 1825 (régime hollandais) et la double intervention d’une ancienne dominicaine de Val-Duchesse, Caroline Mac Mahon, et du bourgmestre de Watermael-Boitsfort, Van Campenhout, pour la voir rouvrir au culte. La mayeur de Watermael-Boitsfort avait fait l’acquisition de l’église à ses frais, après l’avoir fait restaurer.

     

    Jugée trop petite, la chapelle Sainte-Anne fut à nouveau fermée au culte en 1843. Et on la remplaça par un nouvel édifice : l’église Sainte-Anne, construite sur l’avenue de Tervuren (Sainte-Anne, qui dépendait jusque-là de Saint-Clément, à Watermael, devint alors une paroisse autonome). Quant à la chapelle d’origine, elle fut désaffectée en 1854, et transformée en métairie. Elle changea ensuite plusieurs fois de propriétaire, avant d’être rachetée, en 1902, par un certain Charles Madoux, qui la restaurât. En 1908, l’épouse de ce dernier la revendit au propriétaire du domaine de Val-Duchesse, le baron Charles-Dietrich. Celui-ci la restaurât également, en 1916-1917, sous la direction du chanoine Lemaire qui en réimagina notamment la décoration intérieure. La chapelle ainsi restaurée fut consacrée le 1er juin 1917. En 1983, l’archiduchesse Marie-Christine de Habsbourg y fut baptisée, en présence de l’impératrice d’Autriche Zita.

     

    L’élément le plus remarquable de la chapelle Sainte-Anne (domaine de Val-Duchesse), lieu de culte de l’ancien village, est la tour du 12e siècle, dotée de trois étages, avec fenêtres, meurtrières, baies cintrées et contreforts aux angles.

     

    Quant à l’église Sainte-Anne, de style néo-classique et édifiée en 1843, elle se dresse toujours au n°89 de l’avenue de Tervuren(emplacement du Schietheideveld), c’est-à-dire à l’est du centre de l’ancien village. Pendant plus de soixante ans, elle demeura la seule église d’Auderghem, celle de Saint-Julien (la première) étant construite en 1906 et celle de Notre-Dame de Blankedelle (rue des Héros n°34), à la fin des années 1960. Le cimetière paroissiale cerna l’église Sainte-Anne jusqu’en 1920, époque de sa désaffectation.

     

    Parmi son patrimoine artistique (qui provient de la chapelle Sainte-Anne), on compte la statue de Sainte-Anne –elle porte la Vierge et l’Enfant- en bois polychromé du XVIe s.

     

    3.2.L’église Saint-Julien.

     

    Si vous parcourez l’avenue Gabriel-Emile Lebon, peut-être n’y décèlerez-vous pas immédiatement la présence d’une église, et pourtant… La chose massive et bétonnée qui s’y trouve, et n’est pas sans rappeler un élément du Mur de l’Atlantique, est bien l’actuelle église Saint-Julien, bâtie en 1965 ! Mais une autre église Saint-Julien exista à Auderghem. Nous allons en dresser le bref historique.

     

    En 1889, un négociant athois du nom de Nestor Plissart, acquit de vastes terrains autrefois occupés par des briquetiers, aux alentours du carrefour formé par la chaussée de Wavre et la rue Valduc. En 1906, la famille Plissart céda à très bas prix un terrain qui servit à la construction de la première église Saint-Julien (n°10 de l’avenue de l’Eglise Saint-Julien, qui relie le boulevard des Invalides à la chaussée de Wavre). C’est autour de cette église que se forma le quartier Saint-Julien. Et, tout naturellement, la population donna à la rue où se situe l’église, le nom de « rue Saint-Julien ». Mais une autre rue portant ce nom en région bruxelloise (à Molenbeek-Saint-Jean), on la rebaptisa, en 1917, « rue des Aquarellistes ». Et ce n’est qu’en 1932 qu’elle prit son nom actuel.

     

    Mais pourquoi Saint-Julien ? Selon les uns, l’église aurait été dédiée à l’évêque espagnol, saint Julien de Cuenca. Selon les autres, le choix du sieur Plissart en faveur de saint Julien pourrait provenir de ses origines athoises, et du fait que l’église d’Ath est dédiée à saint Julien (de Brioude).

     

    3.3.Le bois de Melsdael.

     

    A l’époque médiévale, plusieurs léproseries existaient dans les alentours de Bruxelles (Pentagone). Au sud de l’actuel square De Greef, se concentrait une population pauvre ou malade. Une léproserie y avait vraisemblablement été installée, à moins qu’elle eut été située de l’autre côté de la chaussée de Wavre, dans le bois de Melsdael.

     

    4.Le Vieil Auderghem.

     

    4.1.Le Village d’Auderghem défiguré…

     

    Le Vieil Auderghem correspond à ce qu’on appelait autrefois le « village ». Il s’agit du centre de la commune, là où se croisent la chaussée de Wavre et le boulevard du Souverain, deux monstrueuses artères qui ont à jamais défiguré le cœur de la commune, tout en la divisant en deux parties.

     

    4.2.De la place de la Gare à la place Félix Govaert.

     

    Cette place changea plusieurs fois de noms, notamment en raison des doublons existant en région bruxelloise : Félix Govaert (1916/1917-1925), Jules Génicot (1925-1945), Félix Govaert (depuis le 1er août 1945). Mais auparavant, cette place porta le nom de place de la Gare ou place de la Station, et ce de 1882 à 1916. De fait, la station ferroviaire d’Auderghem se situait à cet endroit, sur la ligne Bruxelles-Tervueren. La gare a brûlé en 1972.

     

    4.3.La maison « Mauresque ».

     

    Des anciens bâtiments qui bordaient jadis la ligne de chemin de fer, il ne subsiste plus aujourd’hui qu’une ancienne école, le pensionnat d’Hauwer, situé au n°18 de la place Félix Govaert. L’édifice étant du plus pur style art nouveau, d’inspiration mauresque  -façade couverte de crépi couleur sable, avec fenêtres et balcons -, on la surnomme la maison « Mauresque ». La maison « Mauresque » (ou du moins sa façade), a été classée le 28 mai 1998.

     

    4.4.Les rues du Vieil Auderghem.

     

    -Rue de la Sablière (n°2 : Lutgardiscollege pour garçons, construit en 1912 ; chapelle gothique).

    -Rue Idiers (du nom d’un échevin -1866-1872- qui posséda une teinturerie à cet endroit).

    -Rue du Verger.

    -Rue du Villageois.

    -Montagne de Sable (en escaliers).

    -Rue de la Pente (venelle très étroite et en pavés).

    -Avenue de Waha (du nom du second bourgmestre d’Auderghem : 1873-1884).

    -Rue du Vieux Moulin (pavée en 1844, le nom de cette rue rappelle qu’un moulin à eau y fonctionna sur la Woluwe jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale ; propriété des religieuses de Val-Duchesse pendant cinq siècles, soit de 1280 à 1780, ce moulin vit ses ultimes vestiges anéantit, en vue d’y construire un immeuble à appartement).

     

    4.5.Angles de rues du Vieil Auderghem.

     

    -Angle de la chaussée de Wavre et du boulevard du souverain : un immeuble occupe l’emplacement de l’ancienne maison communale d’Auderghem.

    -Angle de la chaussée de Wavre et de la rue Jacques Bassem : place communale, bâtie en 1989. Derrière cette place, une petite colline forme le clos du Bergoje, autrefois nommée Loozenberg. Les habitants la rebaptisèrent « Bergoje », en dialecte, « petites maisons sur la colline ». Le Bergoje s’est aujourd’hui étendu, et un ensemble d’habitations privées uniformes , construites dans l’espace situé entre le vieux clos et le parc du Bergoje.

    -Angle de la chaussée de Wavre et de la chaussée de Tervueren : à cet endroit, se dressait jadis une chapelle, Notre-Dame des Sables ou chapelle de la Sablonette, construite vers 1650 par les religieux du Rouge-Cloître sur des terrains qu’ils avaient reçus en dons. Elle fut démolie en 1830. Son existence est rappelée par une niche située dans la façade de l’immeuble actuel et abritant une statue de la Vierge, de style Louis XV, en porcelaine.

     

    5.Les Bousineus, Achille et Pélagie.

     

    C’est en 1977 que se constitua un groupe de danseurs-musiciens nommé les Bousineus. Ces derniers (dont le principal fondateur fut Paul Claeys) et « Les Bousineus-Danse » (dont Kathleen Peereboom fut toujours la responsable) rassemblaient des personnes qui dansaient et jouaient pour leur plaisir, tout en affichant une volonté de transmission qui ne fut…guère évidente à réaliser.

     

    En 1977, les Bousineus se composaient d’un groupe de musique et d’un groupe de danse folklorique (créé en 1983), les danseurs, au nombre de 16, portant des costumes régionaux (19e s.). Doté d’un ensemble original d’instruments de différentes époques, ils jouaient des mélodies traditionnelles et des airs à danser de nos Pays-Bas méridionaux (et, accessoirement, d’autres pays d’Europe centrale et occidentale).  Le groupe s’est longtemps concentré sur la démonstration (spectacles, festivals, cortèges de géants), et ce même si les musiciens poursuivaient parallèlement des activités autonomes (concerts, disques).

     

    Le scoutisme jouera un grand rôle dans la création du groupe des Bousineus. Celle-ci fut favorisée par le scoutisme pluraliste et son groupe ucclois : Honneur. Ainsi, plusieurs traditions de divertissement pour les chefs scouts de divers groupes artistiques, dont un centre de danse, où Kathleen et Paul étaient inscrits comme jeunes chefs scouts. On y exécutait des danses de divers pays (Allemagne, Angleterre, Belgique, Israël…) pour le seul plaisir.

     

    Le centre monta aussi de beaux spectacles de danse, au centre culturel d’Uccle, notamment en 1963 et 1965. Ultérieurement, sous le nom de H40 (« H » pour le groupe « Honneur » et 40 pour le 40e anniversaire du groupe) et avec l’appui, cette fois, des scouts catholiques, et en collaboration les associations Carmagnole et Farandole, un grand spectacle de danse sera monté au Théâtre National. Par la suite, le groupe visera à exécuter des danses plus compliquées d’Israël, de pays de l’ancienne Yougoslavie et de Hongrie.

     

    Une scission intervint alors, marquée par le départ des bons danseurs, qui formèrent le groupe Hourvari, dans lequel Paul et Kathleen restèrent deux ou trois ans. En 1976, ils suivirent un stage de danses hongroises, suite à quoi ils furent invités à présenter des danses de nos régions, au festival international de Szeged (Hongrie), en 1977.

     

    Mais le groupe Hourvari ne portait que peu d’intérêt aux danses de nos régions, jugées trop fades, il fallut donc les améliorer, notamment en concevant et en fabriquant deux géants : Achille et Pélagie (aucune filiation avec les géants des Meuniers d’Auderghem, Julien et Anne). Afin qu’ils puissent danser, ces géants ne pouvaient évidemment être trop lourds. On les fabriqua donc avec une armature en aluminium de sac à dos, avec du polystyrène et une carcasse en cercles d’osier suspendue aux épaules. Ainsi furent préservés la liberté des bras, ainsi que des mouvements au-dessus de la taille. Et c’est ainsi qu’Hourvari, en partie grâce à Achille et Pélagie, obtint un grand succès à Szeged !

     

    Après le spectacle, c’est l’éclatement. Certains danseurs restent à Hourvari, mais Paul Claeys, qui a pris goût aux musiques et danses de nos régions, fondent alors les Bousineus, orchestre de musique folklorique de nos régions. La plupart des musiciens sont d’anciens danseurs. Ils animent des nombreuses festivités et célébrations. Des danseurs, dont Kathleen Peereboom, accompagnent bientôt l’orchestre avec les géants, à la rue Haute et à diverses autres occasions. C’est ainsi qu’en 1983, à l’occasion du festival de danse de Montignac, se formera le groupe « Les Bousineus – Danse ». Plusieurs spectacles de danse sont montés à Uccle et à Saint-Gilles. Le groupe se produit dans divers pays (France, Grèce, Suisse, Suède…) et sort même un 33 tours, en 1987. Les Bousineus, qui ne cessent de diversifier leurs activités, créent aussi un spectacle complet, dont le thème est une rivalité entre le musicien et le diable, pour conquérir une petite fille qui joue à la marelle ! Par ailleurs, Achille et Pélagie sont invités à la ronde des géants portés à Steenvoorde (France), qui regroupe une centaine de géants.

     

    Passèrent les années. Vinrent l’âge, la fatigue, les problèmes physiques (quinze ans de danses hongroises, ça se paie !). Et la relève des danseurs ne fut pas assurée. Les Bousineus durent donc se réorienter, le groupe frôlant néanmoins l’extinction pure et simple, à la fin des années 1990. En 2004, il était précisé que le groupe s’était réorienté vers le bal et la transmission de connaissances (ateliers). A cette époque, le groupe musical des Bousineus était constitué de Paul Claeys (saxophone, clarinettes, flûte, accordéon diatonique ), Jacques Féron (clarinettes, percussions), Daniel Stévenne (accordéon chromatique), Dominique Harvengt (clarinette), Claudia Bindelli (violoncelle, percussions), Marie de Salle (violon).

     

    Les Bousineus participation encore, avec enthousiasme, aux rencontres de Gennetines, avant de se retirer progressivement, sans héritier, mais avec le sentiment d’une vie de musique d’abord (l’activité première), mais aussi de danse (nullement reléguée au second plan) bien remplie et parfaitement accomplie. L’une des caractéristiques des Bousineus fut d’interpréter des thèmes musicaux de toutes les régions de Belgique et cela ne lui valut guère une grande popularité, les puristes de chaque région critiquant ce choix. Non-inscrits à la Sabam, notamment pour des raisons financières et de « marketing » (il faut savoir se vendre, dans le monde d’aujourd’hui !), les Bousineus n’ont jamais perçu de subsides.

     

    Le 2 décembre 2007, à la ferme de Holleken (Linkebeek), les Bousineus célébrèrent leur 30e anniversaire…et la fin de leur groupe. Une page de de l’histoire locale d’Auderghem se tournait, sur une note toutefois particulièrement positive et réussie pour ces passionnés qui animèrent, trente années durant, les Bousineus et les Bousineus-Danse.

     

    6.Le domaine de Val-Duchesse.

     

    XIIIe s. :

     

    Le prieuré de Val-Duchesse est les plus ancien établissement des dominicaines dans nos régions. Il fut fondé en 1262, dans une vaste clairière de la Forêt de Soignes, par la duchesse de Brabant, Aleyde de Bourgogne, veuve du duc Henri III. La duchesse décida d’appeler ce prieuré S’Hertoghinnedael, en latin Vallis Ducissae, et l’attribua aux nonnes de Saint-Dominique. Celles-ci étaient appelées les witte vrouwen (les « dames blanches »), car elles étaient habillées de blanc. Le couvent s’enrichit rapidement et en 1271, biens et immunités furent confirmés par une bulle du pape Grégoire X. Il obtint aussi le patronat des églises de Watermael, Ekeren, Orthen et Bois-le-Duc. Le couvent possédait, en outre, des biens répartis dans des dizaines de localités du duché de Brabant, dont deux moulins à Auderghem. En 1281, l’un d’eux, situé sur la Woluwe au sud du domaine, fut donné au couvent, par Jean Ier de Brabant.

     

    XVe s. :

     

    En 1496, la communauté de Val-Duchesse se composait de 40 religieuses professes, six converses, trois confesseurs, un clerc, un prévôt, de même que plusieurs ouvriers laïcs. Cette communauté religieuse contribua à l’essor du hameau d’Auderghem en s’adressant aux métiers présents dans la population : bouchers, boulangers, brasseurs, cochers, charretiers, jardiniers, vachers, bûcherons, ouvriers agricoles. Elle apporta aussi une aide importante aux pauvres, malades et vieillards.

     

    XVIe s. :

     

    La prospérité économique de Val-Duchesse se perpétua de manière presque continue jusqu’à la fin du règne de Charles-Quint. En 1562, durant les guerres de religions, le couvent fut pillé et le prieuré, partiellement incendié.

     

    XVIIIe s. :

     

    Durant la guerre de succession d’Espagne (1701-1714), à la fin du règne de Louis XIV, les armées occupantes forcèrent le couvent à de fortes contributions. La communauté ne retrouva une relative prospérité que sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780). Par contre, son fils Joseph II (1741-1790), fit promulguer, en 1783, un décret relatif à la suppression de 170 couvents considérés comme non-productifs. Celui de Val-Duchesse fut fermé mais non vendu. En 1790, suite à la mort de Joseph II et à la faveur de la révolution brabançonne, les religieuses réfugiées à Asse, revinrent à Val-Duchesse. Mais l’irruption des révolutionnaires français, elles furent à nouveau chassées, cette fois, définitivement.

     

    XIXe s. – XXe s. :

     

    Des religieuses tentèrent, sans succès, de racheter le domaine de Val-Duchesse qui devint successivement la propriété de plusieurs industriels. Le site fut aménagé en fonction des besoins de ceux-ci et de nombreux bâtiments disparurent. Subsistent aujourd’hui le château de style Louis XVI, qui constitue, en fait, l’ancien quartier prioral, transformé et restauré, durant les décennies qui suivirent : les jardins français, l’Orangerie ou Palais des orchidées avec ses serres, pièces d’eau, fontaines ; un jardin Renaissance ; un corps de logis, de même qu’un étang, de quelque cinq hectares, longé par la Woluwe. L’entrée principale de Val-Duchesse, se situe au n°259, boulevard du Souverain. Depuis 1956, Val-Duchesse est le siège de réunions politiques importantes, sur le plan international. Les fonctionnaires européens se sont d’ailleurs installés au n°103 de la rue du Vieux Moulin, près de Val-Duchesse. Leur club occupe le château dit de Sainte-Anne. 

     

    Eric TIMMERMANS.

     

    Sources : Guide pratique du Folklore – Bruxelles et Brabant wallon, 1986, 3e édition, Service de Recherches Historiques et Folkloriques et des Relations culturelles et publiques, Province du Brabant / http://www.canardfolk.be/Historique/Details/Bousineus2007.htm /Auderghem - Guides des communes de la Région Bruxelloise, Guides CFC-Editions, 1998 / http://archives.lesoir.be/louis-schreyers-raconte-la-naissance-en-1949-d-un-group_t-199301